CHAPITRE 2 : premier article

Table des matières

Beaumont, C., Royer, É., Bertrand, R., & Bowen, F. (2003). La médiation par les pairs et les élèves en trouble de comportement. Revue de Psychoéducation et d’Orientation , 30 (1).

Résumé

Les programmes d'intervention visant à favoriser l'adaptation sociale des élèves en trouble de comportement se sont butés jusqu'ici à un problème de taille: celui de la généralisation des acquis. Parce qu'ils prétendent pouvoir intervenir sur les plans cognitifs, affectifs, comportementaux et offrir une meilleure garantie au niveau du transfert des acquis, les programmes de médiation par les pairs constituent un type d’intervention susceptible de favoriser l'adaptation sociale de ces enfants. Peu de chercheurs ont cependant étudié l'impact de ces programmes auprès des élèves en difficulté de comportement. Cet article présente une synthèse des connaissances actuelles dans ce domaine, commente la participation des élèves en trouble de comportement aux programmes de médiation par les pairs et explore de nouvelles perspectives d'intervention pour favoriser l’adaptation sociale de ces enfants en difficulté.

Mots-clés : adaptation scolaire/trouble de comportement/violence scolaire/médiation par les pairs/conflits

Abstract

The intervention programs aiming to support the social adaptation of behaviorally disordered students were faced up to now with a major problem: the generalization of the assets. Because they claim to be able to intervene on the cognitive, emotional and behavioral levels, and to offer the best guaranteed level of the transfer of assets, the peer mediation programs constitute a type of intervention likely to improve the social adaptation of these children. However, few researchers have studied the impact of these programs on elementary school students with behavioral disorders. This article presents a synthesis of current knowledge in this domain, comments the participation of pupils with behavior problems in peer mediation programs and explore some new prospects of intervention to support the social adaptation of these children at school.

Key words: Peer mediation/conflict resolution/behavior disorder/school violence

La violence en milieu scolaire est un phénomène qui préoccupe les intervenants et les chercheurs du monde entier. C’est pourquoi différents programmes ont été créés et implantés dans les écoles pour diminuer les manifestations de violence particulièrement entre enfants (Bowen, Desbiens, Rondeau, & Ouimet, 2000; Debarbieux & Blaya, 2001; Gottfredson, 2001; Weissberg & Greenberg, 1998). Bien que le Québec soit encore loin des niveaux de violence observés aux États-Unis, on constate que ce phénomène n’affecte plus seulement nos écoles secondaires. Au primaire, cette violence s’observe tous les jours sous forme de bousculades, d’accrochages, de gifles, d’insultes verbales, allant jusqu’aux agressions physiques entre pairs (Johnson & Johnson, 1994, 1996; Wolf, 1998).

Une part de ces manifestations de violence à l’école est attribuée aux jeunes qui présentent des troubles de comportement. Des données recueillies récemment aux États-Unis et en Europe indiquent que le nombre de jeunes qui manifestent des troubles de comportement à l’école a augmenté au cours des quinze dernières années (Royer & Fortin, 1997). Au Québec, cette clientèle identifiée par le réseau scolaire a triplé au primaire depuis les seize dernières années (Conseil Supérieur de l’Éducation, 2001). Qu’ils manifestent des comportements d’agressivité ou de retrait social, ces élèves présentent des lacunes importantes sur le plan des habiletés sociales (Dumas, 1988; Hubbard & Coie, 1994). Ces difficultés d’interaction nuisent à leur développement, affectent leur rendement scolaire, la qualité de leurs relations sociales et contribuent à dégrader l’atmosphère de la classe (Ministère de l’Éducation du Québec, 1994).

Les chercheurs qui se sont intéressés à la notion de conflit entre les enfants ont pu déterminer l’existence d’un lien direct entre l’habileté cognitive à résoudre des conflits et le développement de l’adaptation sociale (Crick & Dodge, 1994; Shantz, 1987; Spivack & Shure, 1974). C’est pourquoi les programmes d’entraînement aux habiletés sociales et ceux centrés davantage sur la résolution de problèmes interpersonnels ont été les principales approches utilisées en milieu scolaire pour favoriser l’adaptation sociale de ces enfants au cours des vingt dernières années (Gagnon & Vitaro, 2000). On a reconnu l’efficacité des programmes d’entraînement aux habiletés sociales pour améliorer le répertoire comportemental des enfants en difficulté et les bienfaits des programmes de résolution de problèmes interpersonnels pour leur enseigner des stratégies de règlement efficace (Bierman, Miller, & Stabb, 1987; Fisher & Ury, 1991; Gagnon & Vitaro, 2000). Cependant, la plupart des jeunes qui présentent des troubles de comportement demeurent peu influencés par les programmes d’intervention en raison des lacunes qu’on observe au niveau du maintien et de la généralisation des acquis (Beelmann, Pfingsten & Lösel, 1994; Gagnon & Vitaro, 2000; Schneider, 1992).

Plusieurs programmes de prévention de la violence destinés à l’ensemble de la population scolaire utilisent aussi la résolution de conflits comme point d’intervention privilégié (Beelmann et al., 1994; Bowen et al., 2000; Schneider, 1992). En plus d’enseigner des notions de base à la communication et des stratégies de résolution de conflits, la plupart de ces programmes incluent la formation de pairs médiateurs pour aider les élèves à régler leurs conflits à l’extérieur de la classe. En intervenant sur les plans cognitifs, affectifs et comportementaux, cette approche offre aussi une meilleure garantie au niveau du transfert des acquis et constitue un type d’intervention de choix pour favoriser l'adaptation sociale des élèves en difficulté. Plusieurs chercheurs ont mentionné l’efficacité de cette approche pour améliorer le climat scolaire mais peu d’entre eux ont étudié l'impact de ces programmes auprès des élèves qui présentent des difficultés de comportement (Beelmann et al., 1994; Bowen et al., 2000; Schneider, 1992). Ces programmes empruntent différentes modalités en ce qui concerne l’animation ainsi que le traitement des contenus abordés avec les élèves. Parmi ces modalités, la formation et l’encadrement de pairs médiateurs représente une des voies importantes développées pour la formation à la résolution pacifique des conflits interpersonnels (Bowen et al., 2000).

Cet article aborde la médiation par les pairs comme un moyen susceptible de favoriser l’adaptation sociale des élèves en trouble de comportement. Nous présentons ici une synthèse des connaissances actuelles concernant ce type d’intervention, commentons la participation des élèves en difficulté aux programmes de médiation par les pairs et discutons des aspects prometteurs de cette approche pour favoriser l’adaptation sociale de ces élèves.

Pour mieux répondre aux besoins d’ordre éducatif des élèves qui présentent des difficultés d’adaptation, le réseau scolaire québécois s’est doté d’une terminologie spécifique pour décrire ce trouble identifié chez 2.5% de la clientèle scolaire. Cette définition réfère particulièrement aux comportements de type surréactif ou de type sous-réactif, qui révèlent chez l’élève un déficit important de la capacité d’adaptation se manifestant par des difficultés significatives d’interaction avec l’environnement scolaire, social ou familial. On insiste ainsi sur le caractère significatif de l’intensité, de la fréquence et de la persistance des comportements inadéquats manifestés par les enfants (Ministère de l’Éducation du Québec, 1994). Les chercheurs s’entendent pour leur part, sur la nature hétérogène de ces troubles, leurs ramifications difficiles et changeantes ainsi que sur la comorbidité qui les caractérisent tout au long du développement de l’enfant. De façon générale, ces derniers évaluent plus importante cette prévalence des élèves en difficulté de comportement la situant davantage entre 6% et 15%, et affectant environ 5 garçons pour une fille (Dumas, 1988; Fortin & Strayer, 2000; Kauffman, 1997).

Les élèves qui adoptent des comportements de type surréactif sont certes ceux qui retiennent le plus d’attention parce qu’ils perturbent le climat de la classe et de l’école. Caractérisés par des comportements d’hyperactivité, d’inattention, d’impulsivité, d’agressivité et de conduites antisociales, ces jeunes subissent un rejet important de la part des pairs (Coie, Dodge, & Kupersmith, 1990; Vitaro, Dobkins, Gagnon, & Leblanc, 1994). Ils réagissent de façon agressive aux contraintes en insultant, menaçant, intimidant, bousculant ou en frappant les pairs. Ne sachant pas gérer efficacement leurs conflits quotidiens, ces jeunes ont une plus grande propension à utiliser des comportements qui favorisent l’escalade des conduites agressives en situation conflictuelle (Hartup, Laursen, Stewart, & Eastenson, 1988; Tremblay, 1997).

Comme le constate Bandura (1986), certaines habiletés socioaffectives (sentiment de compétence sociale et comportementale, bonne estime de soi) et sociocognitives (empathie, choix de solutions comportementales adaptées, attribution d’intentions non-agressives) s’avèrent nécessaires pour permettre à l’enfant de mieux réagir en situation de conflits. Plusieurs chercheurs ont ainsi observé que les enfants qui manifestent des comportements antisociaux présentent d’importantes lacunes à ces niveaux. Ils ont de la difficulté à percevoir correctement les actions et les sentiments des autres, réagissent impulsivement sans anticiper les conséquences de leurs actes, prêtent plus facilement des intentions hostiles à autrui et ce, particulièrement lors de situations sociales ambiguës (Bowen & Laurendeau, 1996, Dumas, 1988; Vitaro et al., 1994; Webster-Stratton & Wooley Lindsay, 1998). Selon Dodge et Sombert (1987), c’est cette dernière forme de distorsion qui mènerait à la provocation lors des situations conflictuelles.

D’autres études ont démontré que ces jeunes produisent moins de stratégies positives de résolution de problèmes interpersonnels que leurs pairs mieux adaptés lorsque confrontés à des situations conflictuelles (Groleau, 1990; Webster-Stratton & Wooley Lindsay, 1998). D’importantes lacunes sont observées au niveau de leur capacité à accepter une perspective différente de la leur et à faire preuve d’empathie (Crick & Dodge, 1994; Fortin & Strayer, 2000). Leur difficulté à reconnaître les conséquences de leurs actes les porte aussi à attribuer à autrui la responsabilité de leurs comportements inadéquats (Parker & Asher, 1987). Finalement, comme le mentionne Olweus (1999) dans ses travaux concernant les brutalités entre enfants, plusieurs enfants agressifs ont tendance à surestimer leur compétence sociale et contrairement à la croyance populaire, ils développent une image plutôt positive d’eux-mêmes.

Les comportements intériorisés et extériorisés correspondent globalement à deux pôles dans lesquels on retrouve les élèves présentant des troubles de comportement à l’école. Cependant, certains enfants peuvent manifester des comportements mixtes. C’est le cas par exemple des enfants agressifs qui sont aussi considérés comme étant isolés socialement (Araki, 1990; Fortin & Strayer, 2000; Kauffman, 1997). Ces jeunes peuvent présenter un mélange de modes de réactions angoissés et agressifs. Par leurs comportements inadéquats, ils provoquent leurs camarades de classe et réagissent violemment lorsque provoqués à leur tour. Leurs réactions agressives étant en général sans grand succès, ils se retrouvent très souvent perdants et seraient parmi les élèves les plus rejetés de l’école (Coie et al., 1990; Olweus, 1999).

On sait qu'un milieu affectueux et attentif dans l'enfance crée la base d'un attachement solide pendant toute la vie. Selon la théorie de l’attachement (Ainsworth, 1979), les enfants qui présentent une bonne qualité relationnelle, acquise grâce aux réponses chaleureuses et empathiques de leurs parents, s’attendent à ce que les autres les traitent équitablement en tenant compte de leurs besoins. Ces enfants bien adaptés socialement ont ainsi plus de chances d’adopter des comportements prosociaux lorsqu’ils rencontrent des problèmes interpersonnels, étant donné qu’ils ne récoltent aucun bénéfice en forçant l’autre ou en lui résistant lors d’une mésentente. Selon Hartup et al. (1988), les enfants qui présentent des difficultés relationnelles ont tendance naturellement à suspecter l’exploitation lorsque leurs pairs tentent de les influencer et opposent une forte résistance en situation de conflit. Leur désir de contrôler l’autre les mène ainsi à escalader le conflit lorsque les tentatives d’influences initiales n’ont pas porté fruit.

Plusieurs types d’interventions favorisant le développement et l’acquisition d’habiletés sociales adéquates ont été adressés aux élèves présentant des difficultés de comportement (Goldstein & Glick, 1987; Walker, Colvin, & Ramsey, 1995). Bien que l’entraînement aux habiletés sociales et à la résolution de problèmes interpersonnels constituent les deux approches les plus utilisées dans ce domaine, d’autres types de programmes impliquant les pairs retiennent aussi notre attention.

Plusieurs chercheurs et cliniciens considèrent l'entraînement aux habiletés sociales comme un élément essentiel à inclure dans tout programme d'intervention destiné aux jeunes en difficulté de comportement (Gresham & Elliot, 1993; Walker, McConnell, Holmes, & Todis, 1988). Les habiletés sociales sont habituellement définies comme étant des comportements appris, socialement acceptables et qui permettent à un enfant d'initier et de maintenir des relations positives avec ses pairs et les adultes (Gresham & Elliott, 1993; Walker et al., 1995). Selon Mathur et Rutherford (1991, 1996), elles peuvent être considérées comme les ingrédients de base de la compétence sociale. Ces programmes d’entraînement visent l’amélioration de la compétence sociale par l’identification et l’enseignement systématique de certaines habiletés sociales jugées déficitaires. Dans la plupart de ces programmes, on vise à accroître la connaissance de comportements sociaux adaptés, à enseigner des comportements prosociaux, à intensifier l’usage des comportements prosociaux dans un contexte naturel et à modifier le statut social des enfants. Des ateliers sont ainsi dispensés en classe selon des thèmes choisis et les élèves sont invités à pratiquer les habiletés apprises le plus souvent lors de mises en situation et de jeux de rôles effectués en classe.

L'efficacité des interventions faisant appel à l'entraînement aux habiletés sociales demeure cependant limitée. Certains chercheurs ont démontré que ce type de programme permettait d’améliorer le répertoire comportemental des enfants (Bierman et al., 1987; Gagnon & Vitaro, 2000). Toutefois les faibles garanties en ce qui a trait à la généralisation des changements et leur maintien demeurent les principales lacunes de ce type d’intervention (Gagnon & Vitaro, 2000; McConnell, 1987). Les comportements acquis en situation d’entraînement ne se généralisent pas toujours et ne se maintiennent pas après la fin du programme. Beelmann et ses collaborateurs (1994) ont recensé près d’une cinquantaine d’études qui ont utilisé des programmes d’entraînement aux habiletés sociales. Ils rapportent que l'effet à long terme de ces programmes s'avère moins important que leur impact à court terme. Dans sa méta-analyse de 79 études portant sur l'entraînement aux habiletés sociales de jeunes agressifs et isolés socialement, Schneider (1992) conclut à l’efficacité modérée de ce type de programme pour améliorer la compétence sociale en milieu naturel, particulièrement avec les enfants isolés socialement. Il constate de plus que les programmes qui utilisent des techniques de modelage et de supervision (coaching) produisent des résultats plus probants que ceux qui utilisent des méthodes cognitives. La généralisation des acquis à d'autres environnements demeure problématique pour ces jeunes qui manifestent des difficultés d’adaptation et les évaluations réalisées par les enseignants, les parents ou par les pairs ne démontrent généralement que peu d’effets de changement.

Une étude réalisée par Royer, Bitandeau, Maltais et Gagnon (1997) portant sur le transfert de ce type d’apprentissages de la classe à la maison, a relevé des modifications dans la perception qu'ont les adolescents de leurs habiletés sociales mais peu de changement dans la perception des adultes ou dans les comportements manifestes des jeunes. Selon Mathur et Rutherford (1996), pour être efficace ce type de programme doit accorder plus d’attention aux facteurs contextuels car bien qu’ils fassent l’apprentissage de nouveaux comportements, les enfants n’arrivent pas nécessairement à utiliser leurs connaissances au moment et à l’endroit opportun.

Parce que les conflits font partie du quotidien des enfants qui présentent des troubles de comportement, les programmes de résolution de problèmes interpersonnels ont aussi été très utilisés pour les aider à développer de meilleures relations sociales (Walker et al., 1995). Les travaux de Spivack et Shure (1974) ont été parmi les premiers à démontrer l’existence d’un lien direct entre l’habileté cognitive à résoudre des problèmes interpersonnels et le développement de l’adaptation sociale. Leurs études développementales effectuées dans le domaine de la résolution de problèmes interpersonnels auprès d’enfants et d’adolescents impulsifs, les ont amené à conclure que les jeunes souffrant de troubles émotifs produisaient moins de solutions alternatives à la violence que leurs pairs mieux adaptés lorsque confrontés à des situations conflictuelles (Spivak, 1966; Spivack & Shure, 1974). Indépendamment de leur quotient intellectuel ou de leur classe sociale, le déficit observé au niveau de la résolution de conflits chez ces jeunes impulsifs nuirait à leurs relations sociales et les conduirait à un échec devant les situations difficiles de la vie courante (Spivack, 1966; Spivack, Platt, & Shure, 1976).

Les différents programmes de résolution de conflits utilisés actuellement se concentrent davantage sur l’enseignement de stratégies pour faire face aux diverses situations sociales. En enseignant d’abord des notions de base à la communication on vise le développement de l’empathie chez les enfants. Un modèle de résolution de conflits est enseigné en classe, composé généralement de 4 à 6 étapes en tenant compte de l’âge des élèves (Craig, 1993; Fisher & Ury, 1991; Schrumpf, Crawford, & Usadel, 1991). Même s’il existe quelques différences d’un programme à un autre, on apprend généralement aux élèves à définir le problème lors d’un conflit, à élaborer les solutions possibles, à s’entendre sur une solution et finalement à appliquer la solution retenue. Bien que certains chercheurs concluent à l’efficacité de ce genre d’approche (Craig, 1993; Farrington, 1996) d’autres estiment qu’un problème existe également au niveau de la généralisation des apprentissages étant donné que les enfants qui présentent des troubles de comportement utilisent peu les nouvelles stratégies apprises une fois les portes de la classe franchies (Beelmann et al. 1994; Vitaro et al., 1994).

Comme l’ont constaté des chercheurs nord-américains et européens, les interventions menées par les pairs sont souvent plus efficaces que celles menées uniquement par les adultes (Johnson & Johnson, 1994; Vitaro & Charest, 1988). Chercheurs et praticiens ont ainsi eu recours à la participation des pairs dans le but d’améliorer la qualité et la quantité des interactions sociales des enfants en difficulté. Certaines études impliquant les pairs au sein même des ateliers d’entraînement aux habiletés sociales ont relevé les effets bénéfiques de cette approche au plan de l’apprentissage de comportements plus adaptés. (Carteldge & Milburn, 1995; Vitaro & Charest, 1988). On réfère aussi de plus en plus au service de pairs spécialement formés pour faciliter le développement des relations sociales entre élèves ou pour leur apporter du support dans leurs difficultés personnelles. D’autres expériences de pairage et de tutorat par les pairs ont réussi à obtenir des résultats intéressants auprès de jeunes en difficulté de comportement (Malik & Furman, 1993; Tobias, 1999). Citons l’étude de Tobias qui conclue que le tutorat pratiqué par des élèves de 8ième année a été efficace pour aider d’autres élèves de 6ième année, présentant des troubles de comportement. Après leur participation aux six rencontres animées par leur tuteur, une amélioration significative a été notée au niveau de la fréquentation scolaire, des résultats académiques, des problèmes de discipline et de l’attitude générale envers l’école. Toutes ces recherches supportent la croyance que l’entraide entre pairs peut être une ressource importante pour seconder les enseignants et les professionnels dans leur travail auprès des élèves qui éprouvent des difficultés comportementales.

Les études précédemment citées ont généralement eu recours à des situations hypothétiques ou n’étant pas directement associées à des situations réellement vécues (mises en situation, jeux de rôle, contes et histoires, activités ludiques utilisant des renforçateurs, bricolage, etc.) pour enseigner la résolution de conflits aux élèves. Il existe toutefois un autre modèle d’intervention qui combine l’enseignement d’habiletés sociales et de stratégies de résolution de conflits avec, d’autre part, le soutien et le modelage des pairs pour favoriser la généralisation et le maintien des acquis. Il s’agit des programmes de «médiation par les pairs», récemment utilisés au Québec, et issus de la foulée des programmes de prévention de la violence en milieu scolaire. Bien qu’ils soient utilisés exclusivement comme moyen de prévention pour l’ensemble de la population scolaire, les programmes de médiation par les pairs offrent des perspectives d’intervention intéressantes auprès des élèves en difficulté. C’est pourquoi nous examinerons les bases de cette approche si populaire aux États-Unis, et soulignerons les éléments susceptibles d’en faire une formule d’intervention intéressante à étudier auprès des jeunes qui présentent des troubles de comportement.

Le principal objectif poursuivi par les programmes de médiation par les pairs vise à démontrer aux enfants qu’il existe d’autres alternatives que le retrait, la passivité ou la violence pour faire face aux conflits. En enseignant de nouvelles méthodes et en offrant l’opportunité aux élèves de les pratiquer quotidiennement, cette approche augmente les chances que les apprentissages sociaux désirés se produisent plus souvent. Parmi la gamme de modèles proposés dans l’application d’un programme de médiation par les pairs, on distingue différents types d’implantation. Le modèle le plus utilisé est connu sous le nom de «cadre approach» (Johnson & Johnson, 1996). Dans un premier temps, des ateliers basés sur la communication et la gestion positive des conflits sont donnés en classe par des adultes. Ainsi on enseigne aux enfants des méthodes pour mieux gérer leur colère, mieux exprimer leurs sentiments et apprendre à développer leur empathie (Centre Mariebourg, 1998a; Schrumpf et al., 1991). Ils apprennent finalement des stratégies de résolution de problèmes interpersonnels selon une procédure pré-établie. Le deuxième volet du programme est consacré à la médiation par les pairs. Une fois les ateliers de résolution de conflits terminés, des pairs volontaires et choisis par les élèves et par les enseignants en raison d’une plus grande compétence sociale, reçoivent une formation complémentaire leur permettant de développer leur habileté à la relation d’aide. Ils agiront ensuite à titre de médiateurs auprès des pairs, et assisteront les enfants vivant des situations conflictuelles dans la cour de récréation ou dans la classe (Centre Mariebourg, 1998b; Johnson, Johnson, Dudley, & Burnett, 1992; Lantieri & Patti, 1996).

Johnson et Johnson (1994, 1996) ont aussi observé des effets positifs en formant tous les élèves comme médiateurs. Dans ce second modèle connu sous le nom de «total student body», tous les élèves agiront comme médiateurs, lorsque désignés par leur enseignant. Dernièrement, Garibaldi, Blanchard et Brooks (1998) ont utilisé ce modèle qui leur a permis de constater une diminution importante du nombre des mesures disciplinaires et de suspensions scolaires dans une école publique de la Nouvelle Orléans. Que l’on forme tous les élèves ou non comme médiateurs, la littérature scientifique rapporte que la majorité des programmes comporte un volet de sensibilisation à la résolution de conflits adressé à tous les jeunes afin qu’ils comprennent bien les buts et les objectifs de ce programme d’aide (Bell, Coleman, Anderson, & Whelan, 2000).

C’est au cours des années 60 que le «Teaching Students to Be Peacemakers» a commencé à être utilisé dans quelques écoles du Minnesota (Johnson & Johnson, 1996). Certains programmes communautaires de médiation existaient déjà aux États-Unis mais ce n’est qu’au début des années 80 que l’intérêt pour ce type de programme s’est développé. On retrouve dans la littérature les premiers programmes de médiation par les pairs à l’école conçus par le «Board Cooperative Educational Services» et par le «Community Board of San Francisco» ( Bonafé-Schmitt, 2000). À partir de 1984, après la création de N.A.M.E (National Association for Mediation in Education), on a vu se multiplier les programmes de résolution de conflits et de médiation par les pairs. En 1985 on comptait 50 programmes dans les écoles, alors qu’en 1995 on en dénombrait plus de 6,000 (Johnson & Johnson, 1996). La popularité de ces programmes s’est ensuite répandue en Grande-Bretagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada anglais. Au début des années 90, la France et le Québec se sont intéressés à leur tour à cette approche. En 1991, 22 écoles anglophones de Montréal possédaient un programme de médiation par les pairs tandis qu’en 1993 des chercheurs québécois commencèrent à étudier de plus près ce type d’intervention (Rondeau, Bowen, & Bélanger, 1999). Avec la venue du programme «Vers le Pacifique», l’un des premiers programmes de langue française conçu par le Centre Mariebourg (1998a, 1998b), la médiation par les pairs a connu une plus grande popularité au Québec. On compte aujourd’hui plus de 400 écoles québécoises, primaires et secondaires, qui utilisent la médiation par les pairs comme programme de promotion de conduites pacifiques en milieu scolaire.

Bien qu’encore récents au Québec, ces programmes de médiation par les pairs ont fait l’objet de plusieurs études américaines qui ont conclu à son efficacité principalement pour réduire le niveau de violence à l’école (Araki, 1990; Hessler, Hollis, & Crowe, 1998; Johnson & Johnson, 1994, 1996; Lindsay, 1998 ). La littérature fait état d’une multitude d’études ayant évalué ce type de programme sous différents aspects. Certains chercheurs par exemple, ont constaté que les élèves ayant participé à un programme de médiation par les pairs avaient réalisé des gains significatifs aux plans des habiletés à la médiation et à la résolution de conflits (Powell, Muir-McClain, & Halasyamani, 1995 ). Des études ont rapporté que les types de conflits les plus fréquemment observés entre les enfants concernaient les rumeurs, les taquineries, les malentendus, les menaces et l’accès à la propriété (Araki, 1990; Johnson & Johnson, 1996; Wolf, 1998). D’autres chercheurs rapportent une nette diminution au niveau du nombre de conflits, des références disciplinaires et des suspensions scolaires et ce, tant chez les enfants d’âge primaire que secondaire (Cunningham, Cunningham, Martorelli, Tran, & Zacharias, 1998; Lindsay, 1998, Powell et al., 1995). Il a de plus été reconnu que les élèves étaient capables de retenir les étapes de résolution de conflits au-delà d’une année scolaire et que le transfert des habiletés apprises s’effectuait aussi à la maison (Gentry & Benenson, 1993; Humphries, 1999). Suite à une étude menée dans une école secondaire canadienne, Stevahn, Johnson, Johnson, Laginski et O’Coin (1996) ont pour leur part obtenu des résultats significatifs quant à une amélioration au niveau du rendement scolaire chez des adolescents ayant participé à un programme de résolution de conflits et de médiation par les pairs intégré à leur curriculum scolaire. De plus, des études sur la différence entre les sexes ont permis de constater que les garçons recourent plus souvent à la violence pour régler leurs différends, sont plus souvent impliqués dans des conflits et utilisent moins les services de médiation que les filles (Hallahan, 1999; Johnson & Johnson 1995a). Quant aux types de stratégies de règlement de conflits utilisés, Johnson et Johnson (1994, 1995b) ont observé que les enfants plus jeunes manquaient de créativité dans les solutions envisagées, produisant souvent des solutions temporaires (s’excuser, se tenir loin l’un de l’autre, ne plus se parler).

Ces recherches ont certes contribué à apporter des informations susceptibles d’orienter de futures recherches, mais elles comportent toutes d’importantes limites méthodologiques qui ne permettent pas d’évaluer rigoureusement les impacts des programmes de médiation par les pairs. Seulement trois de ces études (Johnson & Johnson, 1995a; Johnson, Johnson, & Dudley, 1992; Stevahn et al., 1996) ont utilisé un groupe témoin mais par contre toujours situé dans la même école que le groupe expérimental. L’interprétation des résultats est donc à traiter avec prudence, étant donné le risque de «contamination» du groupe témoin par le groupe expérimental.

Une nouvelle génération de recherches s’intéresse plus particulièrement aux effets produits par ces programmes sur le développement affectif et cognitif des enfants. De toutes les variables étudiées, c’est sans doute l’estime de soi qui a le plus retenu l’attention. Cependant, les études ont produit des résultats mitigés concernant les effets positifs observés sur l’estime de soi des élèves qui ont participé à ce type de programme (Crary, 1992; Lane & McWhirter, 1992; Roush & Hall, 1993). Plus récemment, des chercheurs québécois ont évalué les effets du programme «Vers le Pacifique» (Centre Mariebourg, 1998a, 1998b) sur les plans sociocognitif et comportemental de 2122 élèves répartis dans cinq écoles primaires (Rondeau et al., 1999). Cette étude constitue à notre connaissance l’une des seules études dans le domaine qui ait utilisé une méthodologie rigoureuse sur une grande échelle, utilisant un groupe contrôle et différents types de mesures pour évaluer ce genre de programme. Le premier volet de ce programme se compose d’ateliers visant les notions de base à la gestion des problèmes interpersonnels (empathie, expression et identification des sentiments, gestion de la colère, étapes de résolution de conflit) tandis que son second volet inclut l’implication d’élèves médiateurs: leur sélection, leur formation et leur entrée en fonction dans la cour de récréation et dans les classes.

L’expérience pilote menée en 1994-1995 par ces chercheurs a permis de démontrer des gains significatifs sur les plans sociocognitif et comportemental chez les élèves non-médiateurs participant au programme (Corriveau, Bowen, Bélanger, & Rondeau, 1995). Deux écoles expérimentales (N=1520) et témoins (N=1030) se sont jointes au projet les années suivantes mais les résultats se sont avérés très modestes concernant l’analyse d’impact effectuée auprès de la population scolaire dans son ensemble (habiletés socio-cognitives, compétence sociales, estime de soi et habiletés comportementales). Des questions ont alors été relevées par les chercheurs concernant la qualité d’implantation du programme et les effets différentiels en fonction des milieux scolaires (Rondeau et al., 1999). Ces analyses ont toutefois permis de mettre très clairement en évidence les retombées positives du programme auprès des élèves-médiateurs (Corriveau, Bowen, Rondeau, & Bélanger, 1998).

D’autres chercheurs se sont aussi intéressés aux retombées positives de ce type de programme auprès des élèves-médiateurs. Des améliorations ont généralement été constatées, suite à leur implication à un programme de médiation, au niveau du comportement, du statut sociométrique, des habiletés de leadership, de l’estime de soi et des stratégies de résolution de problèmes à l’école et à la maison (Araki, 1990; Casella, 2000; Humphries, 1999; Gentry & Benenson, 1993; Lane & McWhirter, 1992; Vanayan, White, Yuen, & Teper, 1996). Long, Fabricius, Musheno et Palumbo (1998) posent pour leur part l’hypothèse que le développement des habiletés cognitives serait davantage relié au niveau de maturité des enfants médiateurs plutôt qu’à leur exposition à un programme de médiation par les pairs. L’étude qu’ils ont menée auprès d’élèves médiateurs de la 3e à la 8e année n’a révélé aucun résultat significatif au niveau de l’estime de soi et de l’empathie après quatre mois d’intervention. Il faut cependant noter ici, qu’aucun groupe contrôle ne prenait part à l’expérimentation et que l’évaluation prétest a été effectuée après l’entraînement de 15 heures des médiateurs. Ces chercheurs constatent cependant que les médiateurs plus âgés obtiennent des résultats plus élevés sur les échelles d’empathie et d’estime de soi que leurs cadets. Selon eux, le pratique de la médiation nécessiterait des pré-requis probablement au-delà des capacités cognitives des jeunes enfants et considèrent que cette approche ne peut être efficace que pour régler les conflits immédiats. Ils stipulent qu’une plus grande maturité serait nécessaire pour faire preuve de créativité et être capable de vraiment prendre en considération le point de vue de l’autre. Considérant l’utilisation de médiateurs en milieu scolaire comme un bon moyen pour réduire l’intensité et la quantité des conflits entre enfants, ils constatent cependant que cette approche incite les élèves à avoir plus d’interactions verbales tout en les sensibilisant aux approches alternatives à la violence.

D’autres chercheurs se questionnent quant à la neutralité et à l’impartialité que peuvent vraiment démontrer les enfants médiateurs. Comme l’impartialité est considérée comme étant l’essence même de la médiation adulte (N.A.M.E, 1996), on constate que ce rôle est moins clair dans le monde de la médiation entre enfants et adolescents. Dans leur étude Hale et Nix (1997) démontrent que les adolescents possèdent une bonne connaissance des techniques de résolution de conflit mais qu’ils éprouvent de la difficulté à considérer les besoins des deux parties. D’après les commentaires recueillis auprès d’élèves ayant eu recours au service de médiation, les médiateurs suggéreraient souvent des solutions considérées inefficaces par les parties impliquées. Ces chercheurs estiment que ce n’est pas là le rôle attendu d’un médiateur neutre et craignent que les jeunes utilisateurs ne perdent confiance en la médiation pour les aider à régler leurs conflits. Smith (1998) considère par contre qu’il peut être délicat d’évaluer l’efficacité des programmes de médiation par les pairs en mesurant seulement les gains observés sur le plan cognitif. Elle rappelle ainsi que les résultats de nombreuses recherches menées à l’aide d’autres types de mesures (observations, questionnaires auprès des enfants, des enseignants et des parents, entrevues) doivent être pris en considération si l’on veut mesurer l’efficacité de ce type d’approche dans les milieux.

Bien que la plupart des chercheurs émettent des opinions plutôt favorables concernant l’utilisation de programmes de médiation par les pairs, force est de constater que les limites méthodologiques observées dans la plupart des études nous empêchent d’en mesurer les impacts réels et de généraliser les résultats (Powell et al., 1995; Sample & Aber, 1998). Des éléments tels: l’utilisation d’instruments de mesure non standardisés d’une recherche à une autre, la durée variable de l’expérimentation , des modes d’implantation très variés et l’absence de groupes contrôle valables rendent très difficiles les comparaisons entre les études. Entre 1988 et 2000, Johnson et Johnson (2000) ont conduit 17 études visant à démontrer l’efficacité des programmes de résolution de conflits et de médiation par les pairs. Ils conviennent de la diversité des études, effectuées auprès d’élèves de la maternelle à la 9e année, fréquentant des écoles en milieu urbain, rural ou en banlieue, et utilisant plusieurs types d’implantation («cadre approach » ou «student total body»). Finalement, l’effet durable de ces programmes n’a été que peu évalué puisque la majorité des études se sont effectuées sur une courte période (4 mois à un an). Comme ce domaine de recherche est encore très récent, d’autres études appuyées par des méthodologies rigoureuses sont nécessaires afin de préciser les hypothèses déjà émises et suggérer de nouvelles pistes.

Les effets des programmes de médiation par les pairs ont été évalués sous plusieurs aspects et auprès de différentes clientèles mais la participation des élèves qui manifestent des troubles de comportement à ces projets a toutefois été peu documentée. Il est surprenant en effet de constater cette lacune dans la littérature quand on sait que ces élèves représentent entre 10% et 15% de la clientèle étudiante dans nos écoles (Fortin & Strayer, 2000). La plupart des recherches ont évalué des programmes implantés dans des écoles régulières (Araki, 1990; Humphries, 1999) ou bien dans certains secteurs de villes des États-Unis où les élèves étaient plus à risque de développer des problèmes de violence (National Institute of Justice, 1995).

Une seule étude à notre connaissance s’est intéressée aux effets produits par ce type de programme auprès d’élèves présentant des troubles de comportement. Au Québec, Hébert (2000) a étudié les effets d’un programme de résolution de conflits et de médiation par les pairs sur le sentiment de compétence comportementale, l’estime de soi et la préférence sociale chez des élèves présentant des troubles de comportement, à partir de l’échantillon original utilisé par l’étude de Rondeau et ses collaborateurs (1999). Ce chercheur montréalais a divisé son échantillon en trois sous-groupes de sujets à risque du deuxième cycle du primaire (n=304). Répartis dans deux écoles expérimentales et deux écoles contrôles, la sélection des élèves à risque a été effectuée sur la base des désignations par les pairs à l’automne 1995. Le premier groupe de sujets à risque était composé d’enfants agressifs (n=129), le second groupe rassemblait des enfants isolés ou retirés socialement (n=135) et le dernier groupe était constitué d’enfants agressifs et isolés ou retirés socialement (n=40). Les seuls résultats significatifs obtenus après une année d’implantation du programme se situent au niveau d’une augmentation sur les variables «compétence comportementale, estime de soi globale et préférence sociale» chez les filles constituant le groupe expérimental. La portée de ces résultats demeurent cependant limitée, compte tenu du nombre restreint de filles comprises dans le groupe expérimental (n=7). L’auteur de cette étude se questionne sur la portée de ce programme qui ne s’adressait pas spécifiquement à une clientèle à risque et souligne la difficulté à évaluer le degré réel d’exposition des groupes à risque à ce programme de prévention universelle, la courte durée du programme (moins d’un an) et la qualité différentielle d’implantation du projet dans les écoles prenant part à l’expérimentation.

Quelques études ont aussi été menées dans certains secteurs de villes des États-Unis où on enregistrait un plus haut niveau de violence et de criminalité. Aber, Jones, Brown, Chaudry et Samples (1998) ont pour leur part vérifié si l’application d’un programme de prévention de la violence, le «Resolving Conflict Creatively Program», (approche multimodale incluant des ateliers de résolution de conflits et un programme de médiation par les pairs) pouvait arriver à réorienter la trajectoire développementale des processus de pensée des enfants à risque de développer des comportements violents. Ils ont évalué l’impact à court terme de ce programme de prévention de la violence chez des enfants du primaire, provenant de milieux défavorisés de New-York, et exposés à plusieurs facteurs de risque (criminalité, pauvreté). Deux vagues de données ont été récoltées (automne 1994 et printemps 1995) auprès de 5053 enfants fréquentant 11 écoles primaires. Le devis quasi expérimental utilisé par les chercheurs leur a permis d’évaluer les impacts selon trois profils d’exposition aux interventions et de comparer avec le groupe contrôle. D’une façon générale, ils rapportent que les enfants obtiennent des moyennes significativement plus élevées au post test aux mesures de stratégies agressives et significativement plus faibles sur les stratégies compétentes de résolutions de conflits. Bien qu’il soit difficile d’influencer le processus sociocognitif de ces enfants, ils constatent que le profil d’exposition au programme le plus significatif, provenait des classes où les enseignants avaient reçu un entraînement et une supervision «modérés» et qui avaient enseigné plusieurs ateliers en classe. Le profil « peu d’ateliers/plus grand nombre de médiateurs par classe» semble aussi affecter plus positivement les processus sociocognitifs que le profil « plusieurs ateliers/peu de médiateurs par classe». Ces chercheurs ont dû travailler avec plusieurs profils d’intervention regroupant le nombre réel d’ateliers donnés en classe par les enseignants, le nombre inégal de médiateurs par classe et la fréquence de l’entraînement offert aux enseignants. Confrontés eux aussi à la difficulté d’application uniforme du programme, ils s’interrogent sur les moyens à utiliser pour favoriser une plus grande cohésion au sein des groupes d’enseignants dans l’application. Cette recherche n’a pu démontrer l’influence positive de ce programme auprès des enfants considérés à plus haut risque tels qu’évalués sur les variables «dépression» et «sous-performance académique». Ainsi, les auteurs recommandent d’étendre l’expérimentation sur plus d’une année étant donné que des interventions menées aux niveaux sociocognitif et comportemental peuvent demander plusieurs mois avant de produire les effets escomptés.

Une autre intervention, celle-ci parrainée par le National Institute of Justice (1995) a été menée auprès d’adolescents de quatre écoles secondaires situées aussi dans des quartiers très sensibles de New-York. Le «School Teaching Options for Peace» (S.T.O.P.) qui comporte un volet sur la résolution de conflits pour tous les élèves et la formation d’élèves médiateurs, a été implanté à l’école A, tandis que les écoles B, C et D recevaient en plus le « Safe harbour Program » (ateliers en classe, système de counseling et campagne anti-violence). Les données ayant servi aux analyses ont été recueillies à l’aide d’interviews, de tests administrés aux élèves et de statistiques scolaires relatives aux actions disciplinaires. Après 16 mois d’application des programmes, on rapporte que les élèves ayant été exposés aux deux programmes modifiaient positivement leurs croyances, considérant que le respect peut s’acquérir autrement que par la violence. De plus, des enseignants disent avoir été agréablement surpris de constater que des étudiants «très durs», désignés comme médiateurs, avaient changé leur comportement de façon radicale et qu’ils s’occupaient maintenant à des activités différentes. Bien que cette étude fasse peu état de la mise en œuvre du projet et que le design expérimental soit peu documenté, elle demeure l’une des rares recherches dans le domaine qui aura permis à des élèves à risque de devenir médiateurs.

Dans la littérature relevée, aucune recherche ne s’est toutefois intéressée aux bénéfices que pouvaient retirer des élèves en trouble de comportement autorisés à agir comme médiateurs. Dans certaines études, on relève quelques éléments anecdotiques relatifs à la participation de ces jeunes lors de projets menés à titre de prévention universelle. Dans son enquête menée auprès de 14 écoles primaires et secondaires qui possédaient déjà un programme de médiation par les pairs Lindsay (1998) a pu recueillir certains commentaires concernant le problème d’intégration des élèves en difficulté à ces programmes. Les enseignants interrogés ont mentionné que la plupart des conflits à l’école étaient causés par les élèves en difficulté d’adaptation sociale et que ces derniers n’étaient pas choisis par les élèves ou par les enseignants pour devenir médiateurs bien qu’ils profiteraient grandement d’un tel encadrement. La documentation scientifique relève bien le fait que les enfants qui présentent des troubles de comportement sont très souvent rejetés par leurs pairs et sont parmi les plus impopulaires de l’école (Asher, 1990; Sabornie & Kauffman, 1985). Comme l’ont aussi constaté Vitaro et Charest (1988), les pairs attribuent à ces enfants ciblés des intentions hostiles et leur réputation négative est un obstacle de taille lorsqu’ils souhaitent pratiquer les habiletés prosociales nouvellement acquises. Cette réputation négative peut aussi influencer les intervenants scolaires et affecter l’implication des élèves qui présentent des troubles de comportement dans les programmes de médiation par les pairs. À cet effet, des réticences ont été exprimées par des enseignants français concernant la sélection d’élèves « difficiles » comme médiateurs (Bonafé-Schmitt, 2000). En les assignant à ce poste, on craignait ainsi de valoriser leur image de « durs » et de leur fournir de bonnes occasions afin qu’ils n’abusent d’un certain pouvoir auprès de leurs pairs. Au Québec, des entrevues menées auprès de certains élèves médiateurs ne manifestant pas de problèmes de comportement, ont en effet démontré qu’il était important de bien encadrer l’action de ces derniers car il pouvait arriver, de temps à autre, qu’un d’entre eux abuse de sa position de pouvoir et d’influence (Corriveau et al., 1995). Des décisions concernant les comportements inadéquats de certains médiateurs ont aussi été prises en cours d’expérimentation. Comme le mentionne l’étude menée par Long et ses collaborateurs (1998), après avoir entraîné 42 élèves-médiateurs de niveau primaire, les responsables ont décidé de retirer quatre d’entre eux avant la fin du projet parce qu’ils présentaient des problèmes de discipline.

Permettre à des élèves qui présentent des troubles de comportement d’agir comme médiateurs place les praticiens et les chercheurs devant un paradoxe et suscite différentes prises de position. Ainsi, dans une école primaire de la ZEP de Vénissieux en France, des enseignants ont témoigné avoir été impressionnés positivement par l’attitude aidante de certains jeunes dits «difficiles» lors des jeux de rôle effectués pendant les ateliers de résolution de conflits en classe. Contrairement aux attentes des adultes, ces enfants démontraient de bonnes capacités d’écoute et faisaient preuve d’une certaine distance émotive pour rétablir le dialogue entre leurs camarades (Bonafé-Schmitt, 2000). Dans une autre étude, Araki (1990) mentionne la participation d’une élève qui présentait des troubles de comportement dans l’équipe de médiateurs. Il conclut que ce type d’élève peut être intégré au sein des équipes de médiation et retirer beaucoup de bénéfices personnels et sociaux de cette expérience mais qu’ils nécessiteraient plus de support et d’encadrement de la part des adultes. Finalement, Roush et Hall (1993) relatent que parmi les élèves médiateurs du primaire sélectionnés pour leur étude, huit d’entre eux avaient été choisis parce qu’ils étaient justement reconnus pour brutaliser les autres élèves dans la cour de récréation. De ces huit élèves, on rapporte que tous se sont comportés correctement comme médiateurs et qu’aucun ticket d’inconduite ne leur a été attribué lorsqu’ils étaient en devoir. De plus, ces chercheurs constatent une amélioration significative sur la variable «estime de soi» pour la moitié de ces jeunes médiateurs après une année d’exposition au programme.

On conçoit qu’il est plutôt inhabituel d’avoir recours à un élève en difficulté pour en aider d’autres. Gibbs, Potter-Granville, Goldstein et Brendtro (1996) ont toutefois développé une nouvelle approche psychoéducative basée sur l’entraide par les pairs et destinée à des groupes d’adolescents présentant des comportements antisociaux. Utilisée auprès de délinquants sévères en institutions fermées, cette approche consiste à créer des groupes dans lesquels les jeunes apprennent à discuter de leurs conflits afin de les résoudre de façon pacifique. Avec le « Equip Program » ils tentent ainsi d’intégrer une culture sociale positive parmi des groupes de pairs déviants, en les entraînant à un meilleur développement moral, à la gestion de la colère, aux habiletés sociales, corrigeant ainsi certaines distorsions cognitives déjà observées chez ces jeunes. Le programme vise à aider ces adolescents à assumer l’entière responsabilité de leurs comportements et à leur apprendre à aider leurs pairs à travers des groupes de résolution de conflits. Ces chercheurs citent l’étude de Gold et Osgood menée auprès de 300 délinquants qui a démontré que ce type d’approche peut être efficace pour éliminer les sous-cultures de violence et d’intimidation chez des jeunes vivant en milieu fermé (Gibbs et al., 1996, p. 42). Le système de valeurs se trouve ainsi modifié et le recours à la violence est moins valorisé parce que mieux compris. Les leaders négatifs sont alors privés du support des pairs et la seule avenue pour demeurer leader est de changer l’orientation de leur leadership. Ces chercheurs rapportent que des leaders très négatifs sont devenus des membres très forts positivement dans des groupes d’entraide. Ils insistent finalement sur le fait que nous devons non seulement enseigner des habiletés prosociales aux jeunes qui vivent des difficultés d’adaptation sociale mais aussi leur fournir une culture d’entraide en développant les prédispositions d’altruisme présentes chez tout être humain.

Nos connaissances concernant l’implication des élèves en trouble de comportement aux programmes de médiation par les pairs sont très limitées et généralement basées sur des situations anecdotiques relevées lors d’entrevues. Les travaux de Gibbs et ses collaborateurs nous incitent cependant à pousser la réflexion plus loin afin de vérifier si ce type d’approche ne constituerait pas une clé d’accès à de nouvelles interventions pour favoriser l’adaptation des élèves qui présentent des troubles de comportement et ce, même regroupés entre eux.

Il est difficile d’obtenir un consensus parmi les chercheurs concernant la façon de mesurer l’efficacité des programmes de médiation par les pairs. Il existe de très nombreuses dimensions à évaluer avec ce type de programme en raison de leur complexité et des nombreux niveaux sur lesquels ont peut s’attendre à retrouver des impacts: 1- les élèves (médiateurs/non- médiateurs; bénéficiaires versus les non bénéficiaires de l’action des médiateurs); 2- le climat et l’environnement scolaire (incluant les pratiques d’encadrement) ainsi que sur 3- la nature des changements attendus/espérés (sociocognitif, comportemental, affectif, etc.). Cependant, tous sont unanimes pour dire que ce type d’intervention incite les élèves à avoir plus d’interactions verbales, leur permet de faire l’apprentissage de nouveaux comportements prosociaux et les sensibilisent aux approches alternatives à la violence .

Les données recueillies concernant l’application de ce type de programme auprès de l’ensemble de la population scolaire sont encourageantes et nous permettent d’anticiper des résultats similaires auprès des élèves qui manifestent des problèmes de comportement. On sait cependant que ces élèves requièrent des services adaptés à leurs besoins et que leur intégration à un programme qui s’adresse à l’ensemble de la population peut demander certains ajustements. Quels pourraient être les ajustements à apporter pour améliorer les chances de succès de ces programmes auprès des élèves qui présentent des troubles de comportement? On peut d’abord se demander si les notions présentées lors des ateliers de résolution de conflits répondent bien aux besoins particuliers de ces enfants. On connaît les principaux déficits qui sont à la base des problèmes relationnels de ces jeunes et qui les amènent à réagir de façon inadéquate en situation de conflit. En tenant compte des lacunes à combler, des ajustements pourraient être apportés dans le contenu des ateliers présentés en classe. En plus d’apprendre des stratégies pacifiques de résolution de conflits, ces enfants ont besoin de développer davantage leurs capacités d’empathie, leur sens de la coopération et de l’entraide et d’apprendre à exprimer verbalement leurs besoins. Qu’ils présentent des comportements de types surréactif ou sous-réactif, leur tendance naturelle à attribuer des intentions hostiles à autrui contribue à envenimer les situations conflictuelles (Dodge & Sombert, 1987). On peut émettre l’hypothèse, qu’en enseignant des moyens pour mieux identifier les émotions d’autrui à leur égard, on peut atténuer les manifestations impulsives qui provoquent l’escalade du conflit et permettre aux enfants de se concentrer davantage sur des stratégies de résolution .

On sait que les élèves qui manifestent des troubles de comportement sont souvent rejetés et se retrouvent parmi les plus impopulaires de l’école (Asher, 1989; Sabornie & Kauffman, 1985). Il y a ainsi peu de chance qu’ils soient choisis comme médiateurs et prennent une place active au sein du projet de prévention de l’école. Parviennent-ils à s’identifier aux élèves médiateurs choisis en raison de leurs habiletés sociales? Vont-ils solliciter ou même accepter l’aide de ces pairs plus compétents socialement en situation de conflits? Leur sentiment de rejet ne risque-t-il pas de s’accentuer et d’entraîner d’autres types de comportements antisociaux? Pour favoriser cette identification et permettre une plus grande représentation de tous les enfants de l’école, il apparaît important d’inclure dans l’équipe de médiateurs quelques élèves qui présentent des difficultés de comportement. La force d’identification pourrait s’avérer positive auprès des autres élèves en trouble de comportement qui référeront peut-être plus volontiers au service de médiation. Il pourrait aussi être intéressant d’observer l’impact de la nouvelle implication positive de ces élèves jusqu’alors perçus négativement, sur le reste de la classe ou de l’école. Comme l’ont déjà expliqué Vitaro et Boivin (1989), les jeunes en trouble de comportement ayant participé à un programme d’entraînement aux habiletés sociales sont souvent confrontés à l’indifférence ou à la méfiance de leurs pairs lorsqu’ils essaient de pratiquer quotidiennement les nouvelles habiletés apprises. Après avoir reçu une formation générale destinée à l’ensemble de l’école, un entraînement supplémentaire à la pratique de la médiation, et une supervision continue très étroite dans leur nouvelle tâche, ces jeunes multiplient ainsi leurs chances de pouvoir venir en aide à leurs pairs.

Certaines études font état de gains personnels importants observés chez les élèves médiateurs suite à leur implication dans ces programmes (Gentry & Benenson, 1993; Humphries, 1999; Vanayan et al., 1996). On rapporte entre autre une amélioration du comportement, du statut sociométrique, des habiletés de leadership, de l’estime de soi et des stratégies de résolution de problèmes à l’école et à la maison. En considérant les résultats de ces recherches, on peut anticiper que les élèves qui manifestent des problèmes de comportement peuvent retirer eux aussi des gains personnels importants en agissant comme médiateurs. Les intégrer dans l’équipe de médiateurs peut s’avérer en soi une intervention rééducative des plus bénéfiques leur permettant de joindre un groupe de pairs mieux perçus socialement. Généralement peu sollicités pour aider les autres, les nouvelles expériences vécues dans le rôle d’aidant peuvent leur permettre de développer des aptitudes à l’entraide, d’améliorer leur sentiment de compétence personnelle tout en leur permettant de pratiquer les notions apprises sous le regard plus positif de leurs pairs.

Au Québec, on intègre en classe régulière au primaire 76% des élèves présentant des troubles de comportement (Ministère de l’Éducation du Québec, 1999). Ceux pour qui l’intégration en classe régulière n’est pas appropriée doivent se tourner vers des ressources scolaires alternatives (classes ressources, écoles spécialisées, scolarisation à la maison ou en centre d’accueil) afin d’y recevoir des services adaptés à leurs besoins. La structure même de l’encadrement scolaire de ces élèves peut rendre difficile leur intégration aux programmes de prévention offerts à l’ensemble des élèves et contribuer à les marginaliser davantage à l’intérieur de leur école. C’est pourquoi il importe de se pencher sur la façon d’intégrer positivement les élèves qui manifestent des troubles de comportement aux programmes de médiation par les pairs déjà existants dans nos écoles.

Peut-on aussi proposer d’utiliser un programme de médiation par les pairs comme une méthode d’intervention rééducative avec des groupes ciblés d’élèves qui présentent des difficultés comportementales trop importantes pour être intégrés en classe régulière? L’association à des pairs antisociaux a très souvent été identifiée comme étant un facteur de risque très puissant pour prédire les conduites antisociales ultérieures ( Morizot & Leblanc, 2000; Vitaro, Brendgen, Pagani, Tremblay, & McDuff, 1999). L’étude de Gibbs (1996) apporte un éclairage intéressant à ce propos en démontrant qu’on peut influencer la sous-culture de violence présente parmi des groupes de pairs déviants, en les entraînant à la gestion de la colère et aux habiletés sociales à travers des groupes de résolution de conflits. Utiliser la force de l’entraide par les pairs contribue, selon eux, à développer une culture de l’entraide favorisant le développement de l’altruisme et de l’empathie chez ces jeunes. En plus de favoriser de nouveaux apprentissages sociaux, cette approche peut fournir un élément de généralisation et de transfert des acquis, aspect considéré comme lacunaire dans les programmes d’intervention existants. Cependant, implanter un programme de médiation par les pairs au sein d’un groupe d’élèves en difficulté peut présenter plusieurs défis intéressants à relever. Ceci implique le fait de ne sélectionner que des médiateurs connaissant eux-mêmes des difficultés relationnelles et de leur fournir une supervision suffisamment importante pour qu’ils ressortent gagnants de leur expérience de médiateurs.

En réunissant sous la même formule habiletés sociales, résolution de conflits, entraide entre pairs et supervision des adultes, les programmes de médiations par les pairs offrent des perspectives d’intervention intéressantes à étudier auprès des élèves qui manifestent des troubles de comportement. Nous avons cependant besoin de mieux connaître l’implication de ces derniers aux programmes de médiation par les pairs tels qu’implantés actuellement dans les écoles. Les travaux de Hébert (2000) apportent un début d’éclairage dans ce champ d’étude mais, comme il le suggère, plusieurs paramètres doivent être mieux contrôlés si l’on veut obtenir une mesure plus juste des effets produits sur ces élèves. On doit maintenant se pencher sur des moyens nous permettant d’évaluer l’implication réelle des élèves en difficulté dans ces programmes. De plus, des interventions s’étalant sur plus d’une année s’avèrent nécessaires afin de mesurer l’effet durable des interventions effectuées. Finalement, le choix d’instruments de mesures standardisés, l’utilisation de groupes témoins et de moyens pour assurer l’intégrité des interventions permettront aux prochaines études de repousser les limites méthodologiques qui nous empêchent actuellement de généraliser les résultats de la recherche dans le domaine.

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