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Cette étude décrit les effets d'un programme de médiation par les pairs adapté à des élèves qui présentent des troubles de comportement. Les 140 participants proviennent de deux écoles spécialisées et ont été évalués sur les plans comportemental, socioaffectif et sociocognitif avant et après l’intervention. Quinze élèves du groupe expérimental ont été formés et ont agi comme médiateurs pendant une année scolaire. Les résultats indiquent certaines améliorations chez ces enfants au niveau de l’autocontrôle comportemental, de l’expression des habiletés sociales, de l’estime de soi et une diminution de l’agressivité. Des variables susceptibles d’influencer l’adaptation psychosociale de ces médiateurs ont été identifiées et des pistes d’intervention proposées. Cette expérience démontre que des élèves qui présentent des troubles de comportement peuvent agir comme médiateurs et retirer des bénéfices personnels de l’expérience. Cependant, des conditions spéciales d’implantation doivent être considérées pour favoriser la réussite de l’intervention auprès de cette clientèle.

Cette recherche étudie les effets d’un programme adapté de médiation par les pairs chez des élèves qui présentent des troubles de comportement et qui fréquentent une école en adaptation scolaire. Elle s’intéresse aux effets de ce programme sur l’ensemble des élèves, sur les médiateurs et aux variables susceptibles de favoriser le développement psychosocial de ces médiateurs particuliers. Un protocole quasi-expérimental a été utilisé et une adaptation du programme «  Vers le Pacifique » a été faite par la chercheure afin de mieux répondre aux besoins spécifiques de ces enfants. Les participants sont 140 jeunes du primaire répartis dans deux écoles spéciales. Tous les élèves du groupe expérimental et du groupe témoin ont été évalués sur les plans comportemental, socioaffectif et sociocognitif avant et après l’année scolaire. Quinze jeunes du groupe expérimental ont été entraînés comme médiateurs pour aider leurs pairs à gérer leurs conflits. Les analyses de covariance indiquent peu d’effets sur l’ensemble des participants après une année d’intervention. Cependant, certains gains ont été observés chez les médiateurs aux niveaux de l’autocontrôle comportemental, de l'expression des habiletés sociales, de l’estime de soi et d’une diminution de l’agressivité. Une augmentation significative de l’anxiété a été décelée chez ceux qui ont effectué un plus grand nombre de médiations. Il a été de plus rapporté que les médiations non réussies auraient une influence négative sur le niveau de satisfaction personnelle exprimé par les filles médiatrices alors que les garçons seraient moins sensibles à cet aspect. L’analyse de l’implantation révèle une diminution des comportements violents à l’école pendant la durée de l’expérimentation et indique que le programme s’est bien intégré dans les activités scolaires. La popularité remportée par cette approche auprès des jeunes en difficulté témoigne de l’intérêt qu’elle suscite chez eux. La fierté des médiateurs et le désir des autres élèves à occuper ce rôle démontrent que ces jeunes sont très motivés à aider leurs pairs quand cette opportunité leur est offerte. De nouvelles pistes d’intervention et de recherche sont suggérées concernant le développement des habiletés d’entraide chez ces élèves en difficulté pour favoriser leur adaptation sociale.

Claire Beaumont, candidate Égide Royer, directeur de thèse

This research analyses the effects of a peer mediation program adapted to behaviorally disordered pupils in primary school. The 140 participants are from two special educational schools and they were evaluated on behavioral, socio-emotional and socio-cognitive aspects before and after the intervention. Fifteen of these children were trained and played a mediator role during a whole school year. Results indicate that mediators increase their behavioral self control, expression of social skills, self-esteem and decrease their aggressivity. In despite of this positive impact, two more sensitive aspects were linked with mediation practice: an increase of anxiety level for the mediators who made more mediations and a decrease in personal satisfaction for girls mediators after an unsuccessful mediation. Suggestions are given to direct the selection, training and supervision of mediators with special education needs and improve the success of this type of approach for the whole school.

Cette thèse est constituée d’articles pour lesquels je suis la première auteure. Le premier, « La médiation par les pairs et les élèves en trouble de comportement », a été publié dans la Revue de Psychoéducation et d’Orientation en avril 2003. Les trois co-auteurs des articles ont aussi agi comme membre de mon comité de thèse et m’ont soutenue durant toutes les étapes de ce périple doctoral.

Je n’aurais pu souhaiter meilleures conditions pour écrire cette thèse et compléter ces années d’étude. J’aimerais adresser premièrement toute ma reconnaissance à mon directeur de thèse, M. Égide Royer, pour la qualité de l’encadrement qu’il m’a prodigué, pour les opportunités qu’il m’a fournies à l’échelle internationale et surtout pour la confiance qu’il m’a toujours témoignée. Des remerciements sont aussi adressés à M. Richard Bertrand, grand manitou des analyses, qui m’a permis d’apprivoiser mes démons de la statistique et à M. François Bowen qui, par la justesse de ses commentaires, m’a fait profiter de son expertise dans le domaine de la médiation par les pairs et de l’analyse de programmes.

Écrite en partie en Europe, cette thèse est imprégnée de l’enseignement reçu de mes directeurs de stage européen, M. Éric Debarbieux de l’Université Bordeaux2 et Mme Catherine Blaya de l’Observatoire Européen de la Violence Scolaire. Je leur témoigne affection et reconnaissance et conserverai le souvenir des longues discussions confrontant, entre autres, nos façons différentes d’aborder la recherche en éducation. Mes remerciements s’adressent aussi au Pr. Helen Cowie, de l’Université de Surrey Roehampton qui m’a si chaleureusement accueillie dans son laboratoire britannique et a fait de moi une vraie adepte des systèmes d’entraide par les pairs.

Le soutien technique du Centre International de Résolution de Conflit et de Médiation m’a aussi été d’un précieux recours de même que l’appui financier de la Fondation de l’Université Laval et des Fonds Hydro-Québec qui m’ont permis de me consacrer à temps plein à mes études.

Merci aussi à mes collègues de « terrain » qui m’ont soutenue pendant l’expérimentation, à Marie-Claude Bertrand, ma collaboratrice si précieuse qui a participé à l’implantation du programme et qui a toujours cru au potentiel de ces enfants. Encore merci à Josée Robitaille et à Solange F. Fortier, mes lectrices préférées qui ont contribué à améliorer la qualité de mes textes.

Mon clin d’œil final s’adresse à mon compagnon de vie, Jacques, complice d’une autre entreprise aventureuse! Le soutien chaleureux dont il m’a entourée ne saurait que m’encourager à planifier mon prochain plan machiavélique... qui est déjà en ébullition d’ailleurs!

Et pour tous ceux et celles qui consacrent leur temps à venir en aide aux jeunes en difficulté :

«« S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit le renard au petit prince.»

«Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps.»

« Que faut-il faire ?»

«Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...»

«Ainsi le petit prince apprivoisa le renard.»

«Je peux maintenant te livrer mon secret, dit le renard. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux».»

«(St-Exupéry, 1943)»