CHAPITRE 4 Conclusion générale

La présente étude avait pour objectifs de déterminer si l’exposition à un niveau élevé de tension au travail et le déséquilibre entre les efforts extrinsèques et la reconnaissance augmentaient le risque de consommer des médicaments psychotropes. Aussi, nous voulions vérifier l’effet modifiant du soutien social au travail et hors travail, du sexe et d’une immersion élevée (efforts intrinsèques - modèle de Siegrist seulement). Pour ce faire, nous avons effectué une série d’analyses sur une banque de données provenant d’une cohorte constituée dans le cadre d’une étude sur la santé cardiovasculaire suivie de 1991 à 2003.

Bien qu’ils soient très près du niveau de signification, les résultats obtenus ne démontrent pas de lien entre une exposition à un niveau élevé de tension au travail (RC 1,5, IC à 95% 1,0-2,2) et la consommation de médicaments psychotropes. Ils démontrent cependant un lien entre une inadéquation entre les efforts extrinsèques et la reconnaissance et la consommation de médicaments psychotropes (RC 1,7, IC à 95% 1,4-2,2). Aucune interaction entre ces relations et le soutien social au travail, le soutien social hors travail, le sexe ou l’immersion (efforts intrinsèques - modèle de Siegrist seulement) n’a pu être démontrée (résultats détaillés à l’annexe D).

La comparaison entre les modèles de tension au travail de Karasek et d’inadéquation efforts-reconnaissance de Siegrist démontre que ce dernier semble être plus sensible pour discerner certains éléments pouvant être reliés à la consommation de médicaments psychotropes. Avec l’ajout d’éléments sur la personnalité et les attentes qu’une personne peut éprouver face à son emploi, le modèle de Siegrist touche une dimension non considérée dans la composante de latitude décisionnelle de Karasek.

Malgré les relations significatives observées avec le modèle de Siegrist, nous avons constaté que le devis utilisé pour ce genre de recherche comporte des lacunes. Ainsi, « l’épuration » de la cohorte ou l’amplification de l’effet de bonne santé des travailleurs pendant la période de suivi nous a peut-être empêché de voir une relation significative entre un niveau de tension élevé au travail et la consommation de médicaments psychotropes. Ceci vient renforcer le besoin d’étudier la relation entre la tension au travail, l’inadéquation efforts extrinsèques-reconnaissance et la consommation de médicaments psychotropes par la constitution d’une véritable cohorte où il serait essentiel d’effectuer régulièrement diverses mesures afin de nous permettre de réellement suivre le phénomène dans le temps. Un devis longitudinal avec un suivi régulier assurerait aussi que l’exposition aux divers facteurs à l’étude précèderait effectivement la consommation de médicaments psychotropes s’assurant ainsi du lien causal. Ce devis est d’autant plus essentiel que, comme on a pu constater dans les années 90, les conditions de travail, la situation économique et le contexte mondial peuvent rapidement fluctuer de façon importante. Ainsi, un tel devis permettrait de mesurer les effets à court terme autant qu’à long terme de l’exposition à la tension au travail et ce, peu importe le modèle utilisé pour la quantifier et ainsi circonvenir les embûches que la comparaison d’études transversales, parfois contradictoires, est incapable d’effectuer.

Tel que le démontre l’absence d’interaction entre l’immersion (efforts intrinsèques) et la relation observée entre l’inadéquation des efforts extrinsèques et la reconnaissance, ce sont principalement des facteurs environnementaux qui modulent la consommation de médicaments psychotropes. Ces facteurs pouvant être modifiés par l’organisation du travail, il serait souhaitable que ce champ d’étude soit poursuivi et encouragé. Avec des résultats tels que ceux que nous avons observés, cela pourrait guider la société et les employeurs dans l’établissement de conditions de travail réduisant le risque d’exposition à des situations qui favorisent la consommation de médicaments psychotropes. En diminuant les situations problématiques de cette nature, les employeurs et les employés bénéficieraient à coup sûr des bienfaits qu’engendrerait une réorganisation plus adéquate des conditions de travail tant au niveau de la santé mentale et physique que des pertes monétaires et de productivité