DEUXIÈME PARTIE : LE PROTOCOLE DE RECHERCHE

Table des matières

L’état de situation conduit à préciser le protocole de recherche adopté dans cette étude dont le but est d’identifier des facteurs qui peuvent favoriser la participation sociale des adultes qui ont subi un TCC et présentent des séquelles persistantes. Ces personnes ont un potentiel de vie autonome et d’intégration au travail variable en fonction de diverses caractéristiques personnelles et environnementales. La perspective adoptée est de rechercher les forces ou caractéristiques positives de la personne et de l’environnement. Cette particularité de l’étude s’appuie sur les lacunes identifiées par plusieurs auteurs. Elle est cohérente avec la vision positive de la santé prônée en santé communautaire, avec la « psychologie positive », ainsi qu’avec les nouveaux courants de pensée sur le plan des interventions qui mettent davantage l’emphase sur la reconstruction de l’identité et la participation sociale que sur la guérison des séquelles. Dans cette deuxième partie, le cadre théorique explique les facteurs à l’étude et les questions de recherche sont précisées. La méthodologie adoptée pour répondre aux questions de recherche est ensuite décrite ainsi que la procédure.

Pour conceptualiser les facteurs positifs recherchés, la santé publique et la promotion de la santé ont proposé les notions de résilience et de protection. Cette approche oppose ainsi les facteurs de résilience ou de protection aux traditionnels facteurs de risque. Les facteurs de risque sont ceux qui augmentent la vulnérabilité des individus, tandis que les facteurs de résilience sont ceux qui vont augmenter leur résistance et les protéger (23, 111, 112, 116, 219, 256, 297). Les facteurs de résilience se situent sur différents plans, soit la personne elle-même, la famille et les diverses communautés ou organisations humaines, chacun étant complémentaire et interdépendant avec les autres. Les facteurs de résilience personnels et environnementaux ont donc le potentiel de favoriser la participation sociale (23, 48, 50, 219). L’expression facteurs de résilience est utilisée dans la suite de ce document pour désigner les facteurs recherchés.

Le modèle du Processus de production du handicap (PPH) (107, 108) est choisi pour soutenir l’ensemble de l’étude, car il fait l’objet d’un large consensus au Québec dans le domaine de la réadaptation des personnes ayant des déficiences physiques. De plus, la clarté de la segmentation conceptuelle qu’il propose facilite la définition des variables de l’étude ainsi que l’établissement des relations entre ces variables. Ce modèle a été développé par un groupe de chercheurs québécois et visait à améliorer le cadre conceptuel de la Classification des déficiences, incapacités et handicaps (CIDIH) de l’Organisation mondiale de la santé. Il fournit les définitions des concepts de participation sociale et d’habitudes de vie. Il définit également les notions de facteurs de risque, facteurs personnels et facteurs environnementaux. Les facteurs de risque sont regroupés en quatre catégories, soit les risques biologiques, les risques liés à l’environnement physique, les risques reliés à l’organisation sociale et les risques reliés aux comportements individuels et sociaux. Les facteurs personnels identifiés sont les systèmes organiques (systèmes nerveux, digestif, musculaire et autres) et les aptitudes (aptitudes reliées aux activités intellectuelles, aux sens et à la perception, aux activités motrices, à la reproduction et autres). Les facteurs environnementaux sont, quant à eux, divisés en facteurs sociaux (systèmes économique, politique, socio-sanitaire, éducatif et socioculturel, tels les réseaux, les règles sociales formelles et informelles) et en facteurs physiques (nature et aménagements). Finalement, la situation de participation sociale correspond à la pleine réalisation des habitudes de vie, résultant de l’interaction entre les facteurs personnels (déficiences, incapacités et autres caractéristiques personnelles) et les facteurs environnementaux. La schématisation du modèle est présentée à la figure 1 et la définition complète des concepts est donnée à l’annexe C.

SCHÉMA CONCEPTUEL

Processus de production du handicap : modèle explicatif des causes et conséquences des maladies, traumatismes et autres atteintes à l'intégrité ou au développement de la personne

Le modèle du PPH présente les facteurs de risque susceptibles de provoquer une atteinte à l’intégrité ou au développement de la personne. Ceux-ci ne sont toutefois pas en relation directe avec la participation sociale. Par ailleurs, le modèle introduit à la fois les aspects négatifs (déficiences, incapacités, obstacles) et les aspects positifs (intégrité, capacités, facilitateurs) à l’intérieur des facteurs personnels et environnementaux. Les facteurs de résilience pourraient correspondre aux aspects positifs soit l’intégrité, les capacités et les facilitateurs du modèle. Cependant, la nomenclature accompagnant les trois types de facteurs consiste en une énumération de leurs composantes. Ainsi, dans les aptitudes reliées aux activités intellectuelles, on retrouve par exemple la conscience, les mnésies et les pensées. Il n’est pas indiqué quelles composantes peuvent être considérées comme des facteurs de résilience pouvant favoriser la participation sociale des personnes ayant subi un TCC. Il convient donc de consulter d’autres modèles théoriques qui ont proposé des facteurs de résilience. Ceux-ci sont maintenant présentés en complément.

La résilience est une caractéristique personnelle qui est reconnue comme facteur protecteur face aux différents stress de la vie. Elle a été abondamment étudiée chez les enfants qui réussissent à surmonter des situations particulièrement difficiles (355, 372). Les enfants ou adolescents résilients s’adaptent, conjuguent avec les événements et sont même renforcés par les circonstances adverses. Ils développent leur estime d’eux-mêmes, un sens d’autonomie et une localisation du contrôle ( locus of control) interne. Résilier, c’est résister, surmonter et dépasser les épreuves comme une maladie ou un traumatisme pour continuer à vivre le mieux possible. La résilience implique donc une évolution positive de longue durée, voire de toute l’existence. Des facteurs personnels, certaines personnes significatives de l’entourage, le soutien social basé sur une acceptation inconditionnelle ainsi que l’environnement lui-même jouent un rôle important dans le développement de la résilience, notamment la famille et le milieu scolaire (48, 90, 234, 340, 355, 379).

Plusieurs caractéristiques personnelles ont été identifiées comme de possibles facteurs de résilience, par exemple les attitudes, les croyances, les valeurs, les buts, la faculté d’adaptation, la maturité, le sens de l’humour, la confiance en soi, l’estime de soi et l’identité personnelle (223, 249, 355, 373, 377, 379). Le processus d’adaptation ( coping) centré sur les problèmes et non sur les émotions, l’espoir ou l’évitement serait aussi un facteur de résilience (3, 233, 235). Les stratégies d’adaptation ( coping) et la localisation du contrôle ( locus of control) influenceraient la perception d’efficacité personnelle et finalement les résultats de la réadaptation selon le modèle proposé par Moore et Stambrook (1992). Antonosksy (1987, 1993) a étudié directement le sens de cohérence comme facteur de résilience des personnes. De plus, les états mentaux positifs et la perception d’efficacité personnelle ont été mentionnés dans la documentation comme caractéristiques personnelles à explorer (24, 120, 225, 241).

Parmi les caractéristiques personnelles identifiées comme facteurs de résilience dans la documentation, celles qui sont suffisamment articulées sur le plan théorique et sont pressenties comme pouvant affecter positivement la participation sociale de la clientèle cible sont : 1) le sens de cohérence; 2) la perception d’efficacité personnelle; 3) les états mentaux qualifiés de positifs. Ces concepts seront maintenant explicités.

L’adaptation aux situations de stress a été définie de différentes manières selon les auteurs. Plusieurs courants ont mis l’accent sur les aspects cognitifs et la personnalité tandis que d’autres ont mis en relief des aspects reliés aux comportements. Antonovsky (1987, 1993) a abondamment étudié le lien entre le sens de cohérence et la résilience. Il propose cette caractéristique personnelle, le sens de cohérence, en tant qu’élément influant sur les stratégies utilisées face aux événements qui provoquent un stress, tant au plan de la santé physique que de la santé mentale. Les personnes qui ont un sens de cohérence élevé peuvent s’avérer moins atteintes sur le plan du comportement et de l’émotivité par les stresseurs qu’elles subissent (307). Il définit ainsi le sens de cohérence:

« a global orientation that expresses the extent to which one has a pervasive, enduring though dynamic feeling of confidence that (a) the stimuli deriving from one’s internal and external environments in the course of living are structured, predictable, and explicable; (b) the resources are available to one to meet the demands posed by these stimuli; and (c) these demands are challenges, worthy of investment and engagement » (9).

Sur le plan théorique, le sens de cohérence est associé avec les stratégies d’adaptation ( coping) et la résilience (248). Il est aussi fondamentalement structuré par des facteurs sociaux. Il touche simultanément plusieurs aspects de l’être humain : l’affectivité, les réseaux formels et informels de soutien social, les aspects cognitifs et informationnels. De plus, il détermine la capacité à maîtriser les incohérences et les événements de la vie (307).

Certaines théories explicatives du comportement individuel comme celles de Bandura (1986) (théorie sociale cognitive) ou de Ajzen (1991) (théories du comportement planifié et de l’action raisonnée) pourraient jeter un éclairage nouveau sur l’analyse des facteurs personnels pouvant favoriser la participation sociale. En effet, ces théories énoncent les forces positives en faveur de l’adoption d’un comportement. Selon Bandura, une variété de facteurs internes et externes se combinent pour formaliser les pensées, les sentiments et le comportement social d’un individu. Sa vision du fonctionnement humain accorde une place prépondérante aux processus d’adaptation et de changement cognitifs, émotifs, autorégulés et autoréflexifs. Le comportement ne serait ainsi pas dicté uniquement par les forces de l’environnement ou par les pulsions internes. Le fonctionnement serait le produit d’une interaction dynamique entre des facteurs personnels (cognitifs, affectifs, biologiques), environnementaux et comportementaux. Le schéma global proposé par Bandura (1986) présenté à la figure 2 a donc certaines ressemblances avec le modèle du PPH. Ces deux modèles énoncent que le fonctionnement humain résulte de l’interaction entre la personne et son environnement.

La perception d’efficacité personnelle est un des éléments fondamentaux de la théorie de Bandura (15, 280). Il définit ainsi ce concept: « people’s judgments of their capabilities to organize and execute courses of action required to attain designated types of performances » (15). Il décrit aussi son importance dans le comportement social et la réalisation des habitudes de vie. En effet, la perception d’efficacité personnelle est déterminante et ce fait a été démontré dans plusieurs études auprès de diverses populations présentant des problèmes de santé chroniques tels l’arthrite, les maladies cardiaques et autres (318, 319). Cette dimension est aussi intégrée dans plusieurs modèles prédictifs ou explicatifs du comportement, dont ceux de Ajzen (103, 124).

Ce concept concerne les croyances des personnes en leurs capacités à réaliser leurs ambitions. Dans les situations de vie stressantes, elle peut servir comme ressource personnelle ou facteur de vulnérabilité. Elle serait reliée à la confiance en ses capacités à maîtriser les exigences de l’environnement (177).

La perception d’efficacité personnelle influence le fonctionnement de plusieurs manières. Elle influence les choix que la personne fait et la suite des actions qu’elle entreprend. Elle aide à déterminer la quantité d’effort que la personne va investir, comment elle va persévérer ou abandonner face aux obstacles. Elle influence aussi les pensées et les réactions émotives. Ainsi, la perception d’efficacité personnelle peut influencer l’atteinte des objectifs : la personne qui a une meilleure perception réussira mieux. La perception d’obstacles réels ou non dans l’environnement a un impact sur la perception d’efficacité personnelle et peut limiter les actions de l’individu. Quatre éléments contribuent au développement de la perception d’efficacité personnelle. Elle se construit d’abord sur ses performances préalables, en interprétant le résultat de ses actions, soit ses réussites et ses échecs (autorégulation). L’observation des autres accomplissant des tâches y contribue également, de même que l’opinion et l’attitude des autres à son égard. De plus, les états physiologique et émotionnel ont un impact sur la perception d’efficacité personnelle.

En ce qui concerne les caractéristiques personnelles générales qui peuvent être considérées comme facteurs de résilience, l’écrit de Warr (1978) correspond à une synthèse des concepts présentés par plusieurs auteurs. Il définit le bien-être psychologique comme un équilibre entre les états mentaux positifs et les états mentaux négatifs. Les états mentaux négatifs reposent sur des variables telles que l'anxiété, les soucis et les tensions interpersonnelles. Les états mentaux positifs ne sont pas considérés comme l'absence de soucis ou d'insatisfaction. Ils réfèrent plutôt à l'idée de santé mentale positive comprenant diverses composantes, telles l'acceptation de soi, l'autonomie psychosociale et une certaine réussite dans la poursuite de buts personnels. En rapport avec la problématique de la clientèle cible, la stabilité émotive et les habiletés relationnelles s’avèrent aussi des caractéristiques positives qui pourraient contrer certaines difficultés et favoriser la participation sociale.

Un ensemble de caractéristiques personnelles positives sont donc susceptibles de constituer des facteurs de résilience favorisant la participation sociale selon les connaissances théoriques. Toutefois, aucune théorie ni aucun auteur ne prétend avoir identifié de manière exhaustive les facteurs de résilience personnels. D’autres caractéristiques, en plus de celles mentionnées précédemment, pourraient donc être explorées. Par ailleurs, les facteurs environnementaux peuvent également constituer des facteurs de résilience. La prochaine section positionne les assises théoriques sur ce plan.

En ce qui concerne les facteurs environnementaux, les facteurs de résilience sont recherchés principalement du côté des facteurs sociaux. En effet, dans le cas d’atteintes motrices persistantes comme les incapacités à la marche, l’accessibilité architecturale est une caractéristique de l’environnement physique qui peut influencer positivement la participation sociale (rampes d’accès en fauteuil roulant, stationnements réservés et autres). Dans le cas d’une déficience souvent non apparente physiquement comme le TCC, qui n’est pas ou peu affectée par les obstacles physiques, les facteurs sociaux sont davantage susceptibles d’avoir un impact.

Une première précision est amenée au modèle du PPH pour distinguer les dimensions ou les différents niveaux des facteurs sociaux. Bronfenbrenner (1977) a divisé l’environnement social en quatre niveaux imbriqués les uns dans les autres: le macrosystème (institutions), l’exosystème (les structures sociales formelles et informelles), le mésosystème (la famille, l’école et le travail) et le microsystème (l’individu). Plusieurs autres modèles environnementaux ont distingué de tels niveaux, sans toutefois utiliser la même nomenclature (2, 215, 377). Ces modèles de l’environnement social reconnaissent en général les composantes suivantes : la famille, le milieu scolaire et de travail, le groupe social auquel on appartient, la communauté, le revenu, la déprivation relative, les conditions socio-économiques générales, l’histoire de l’endroit où on vit, le système politique, les structures gouvernementales et les facteurs socioculturels.

La cohésion sociale et le capital social sont deux facteurs de résilience environnementaux principalement du macrosystème et de l’exosystème qui ont été étudiés. La cohésion sociale est définie comme le soutien social, la répartition des richesses, la présence de programmes sociaux et l’accès aux divers services tels l’éducation, la santé, le travail et autres (18, 92, 96, 342). Bélanger, Sullivan et Sévigny (2000) définissent quant à eux le capital social en se référant aux structures et aux caractéristiques de l’organisation sociale comme la densité des réseaux ou des associations civiques, les normes de réciprocité et la confiance interpersonnelle entre les citoyens qui facilitent la coordination et la coopération pour les bénéfices mutuels, la capacité de résilience des personnes et des groupes, l’estime de soi et le sentiment d’exercer un certain contrôle sur son environnement. Ces concepts (cohésion sociale et capital social) ont été utilisés dans plusieurs études sur les inégalités démontrant leurs relations avec la santé des populations (184, 185, 186, 226, 342). Dans le même ordre d’idées, Whiteneck, Fougeyrollas et Gerhart (1997) ont identifié quatre éléments de l’environnement social qui exercent une influence significative sur la participation sociale des personnes ayant des déficiences persistantes. Ce sont l’accommodation, la disponibilité des ressources, le soutien social et l’équité. Ils ajoutent donc la dimension de l’accommodation à celles qui ont été mentionnées précédemment.

Le soutien social est mentionné comme facteur de résilience par de nombreux auteurs et ce, à tous les niveaux de l’environnement social (76, 219, 266, 373), soit le soutien familial (50, 189, 206, 249, 379), le soutien de la communauté ou les réseaux de soutien (3, 50, 76, 249, 266, 379) et enfin, le soutien en milieu de travail comme la cohésion entre les employés et le soutien des superviseurs (3). Les effets bénéfiques du soutien des intervenants du réseau de la santé ainsi que des pairs ayant un problème de santé équivalent sont aussi rapportés (189).

En ce qui concerne spécifiquement la population cible, le mésosystème (la famille, l’école, le travail) est un niveau incontournable selon la documentation consultée. De plus, certaines caractéristiques des familles et des milieux ont été mentionnées comme pistes à explorer suite aux lacunes identifiées dans les études. Cette étude recherche donc les caractéristiques des familles et des milieux en tant que facteurs de résilience. Les caractéristiques recherchées peuvent être mises en relation avec les concepts de soutien social, de cohésion sociale, de capital social et d’adaptabilité (accommodation). La prochaine section présente les modèles et concepts en rapport avec de tels facteurs.

Le concept de résilience a été utilisé pour décrire certaines caractéristiques favorables des milieux de travail, dans un monde où ces organisations doivent présenter flexibilité et résistance (21, 196, 255, 263). Toutefois aucun modèle ou définition appliqué spécifiquement au contexte de l’étude n’a pu être recensé et elle demeure donc exploratoire sur ce plan. D’une façon générale, le mésosystème (école, travail), l’exosystème (structures sociales formelles et informelles) et le macrosystème (institutions) seront examinés sous l’angle du soutien social, de la cohésion sociale, du capital social et de l’accommodation ou adaptabilité. Ces éléments amènent à considérer notamment la disponibilité des ressources, l’accès aux services et l’équité pour la population cible. Les variables du macrosystème qui ne sont pas susceptibles de présenter une certaine variance auprès de la clientèle cible, par exemple le système politique, ne sont pas retenues pour l’étude. L’ensemble des facteurs personnels et environnementaux à l’étude est présenté au tableau 7. Les prochaines sections décrivent la méthodologie qui servira à déterminer leur apport à la participation sociale.

Cette étude a pour but d’identifier les facteurs de résilience qui peuvent favoriser la participation sociale. Les questions de recherche se formulent ainsi:

1) Quelles sont les caractéristiques personnelles positives qui peuvent être considérées comme des facteurs de résilience personnels favorisant la participation sociale des adultes ayant subi un TCC?

2) Quelles sont les caractéristiques positives des familles et des milieux qui peuvent être considérées comme des facteurs de résilience environnementaux favorisant la participation sociale des adultes ayant subi un TCC?

Les facteurs associés de façon positive et significative à la participation sociale suite aux analyses seront considérés comme des facteurs de résilience.

Cette section décrit tour à tour le devis de recherche, l’échantillon, les critères de sélection, les variables, les outils de collecte de données, les analyses et les différentes procédures utilisées.

Les critères de sélection des participants sont les suivants : 1) avoir subi un TCC qui a nécessité une période de réadaptation intensive d’une durée variant de 2 semaines à 14 mois, ceci dans le but d’éliminer ceux qui n’ont pas de séquelles significatives (moins de 2 semaines de réadaptation intensive) et ceux qui ont de graves séquelles qui font qu’ils ne pourraient participer à l’étude (plus de 14 mois de réadaptation intensive); 2) avoir été admis à l’hôpital suite au traumatisme, puis avoir reçu des traitements dans les établissements de réadaptation désignés pour recevoir la clientèle TCC au Québec; 3) avoir reçu des services sur une base interne ou externe à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ); 4) avoir un plan d’intervention pendant la période de réadaptation intensive, ceci pour éliminer les sujets pouvant être considérés comme n’ayant pas de séquelles significatives; 5) avoir terminé la réadaptation intensive depuis plus d’un an et moins de cinq ans, soit entre l’été 1996 et l’été 2001; 6) demeurer dans la région administrative 03 ou 12 et à un maximum de deux heures de route de l’IRDPQ; 7) être âgés entre 16 et 50 ans au moment du traumatisme; 8) avoir au moins 18 ans au moment de participer à l’étude; 9) être francophone; 10) avoir la capacité d’accomplir les tâches reliées à la collecte de données. Une incapacité sur ce plan peut être causée par des problèmes physiques, telle l’incapacité à lire, ou des incapacités psychologiques, telle une dépression majeure. Un critère d’exclusion est aussi appliqué, soit ne pas avoir de condition associée majeure nécessitant l’admission dans un autre programme de réadaptation. En effet, la personne serait seulement en consultation au programme TCC à ce moment et ne bénéficierait pas d’un suivi régulier.

Les critères mentionnés précédemment correspondent aux caractéristiques d’une partie importante de la population adulte ayant subi un TCC et recevant des traitements en centre de réadaptation. En effet, selon les données compilées au programme TCC de l’IRDPQ, environ deux tiers des usagers ont entre 16 et 45 ans, près de 90% proviennent de la région 03 ou 12 et moins de 10% ont un niveau de sévérité ne répondant pas aux critères. Des données générales sur l’ensemble des usagers admis au programme TCC de l’IRDPQ sont disponibles à l’annexe E.

Les participants ont été recrutés parmi les usagers ayant reçu des services à l’IRDPQ. Préalablement au recrutement et à la collecte de données, les autorisations de la part du comité d’éthique et de la direction de l’IRDPQ ont été obtenues. Les documents relatifs aux autorisations, les attestations du comité d’éthique et les formulaires de consentement sont présentés à l’annexe F. Le recrutement s’est déroulé en cinq étapes :

1- La population a été constituée à partir du fichier des archives de l’IRDPQ qui contient la liste des personnes ayant reçu des services de réadaptation. Environ 400 usagers par année sont admis ou inscrits au programme desservant les personnes ayant subi un TCC, dont 200 nouveaux cas. En fonction des années ciblées pour la collecte de données, approximativement 350 personnes de ce groupe répondaient aux critères de sélection. Les taux de participation des études antérieures qui ont procédé à partir du fichier des archives de l’IRDPQ ont obtenu un taux de participation variant de 15% à 20%, notamment à cause de la difficulté à rejoindre les usagers suite à des changements d’adresse. Il était donc réaliste d’envisager un nombre de participants variant entre 50 et 70.

2- Du groupe de personnes répondant aux critères de sélection, un échantillon aléatoire de sept groupes de 50 personnes a été constitué.

3- Une lettre a été envoyée au premier groupe de 50 personnes pour leur expliquer brièvement l’étude et la nature de la participation attendue. Ils signifiaient leur accord à participer à l’étude par une lettre qu’ils signaient et retournaient par le courrier dans une enveloppe pré-adressée et affranchie (annexe F).

4- Ceux qui ont accepté ont été rejoints par téléphone pour fixer un rendez-vous.

5- Quelques semaines après le premier envoi, un autre envoi de 50 lettres était effectué. La procédure se répétait ainsi jusqu’à ce que toutes les personnes répondant aux critères aient été sollicitées.

Les caractéristiques sociodémographiques documentées dans le but de décrire l’échantillon sont : 1) l’âge au moment de la collecte de données; 2) l’âge au moment du traumatisme; 3) le genre; 4) le statut civil; 5) le délai depuis le traumatisme; 6) la cause du traumatisme; 7) le niveau de sévérité ( Échelle de coma de Glasgow , durée de l’amnésie post-traumatique et durée du coma); 8) les particularités du traumatisme (si pertinent); 9) la couverture d’assurance; 10) la situation familiale au moment du traumatisme; 11) la situation familiale actuelle; 12) la région; 13) le type de localité (rural, urbain ou semi-urbain); 14) la scolarité au moment du traumatisme; 15) la scolarité actuelle; 16) l’occupation au moment du traumatisme;17) l’occupation actuelle; 18) la source de revenus actuels (voir la section des renseignements généraux de l’annexe G). Certains facteurs de risque identifiés au dossier ont également été notés, comme l’abus des substances et la présence d’un TCC préalable, lorsque ces renseignements étaient disponibles.

Dans cette étude, la variable dépendante à expliquer est une mesure de la participation sociale. Quant aux variables indépendantes retenues, il s’agit : 1) du sens de cohérence; 2) de la perception d’efficacité personnelle; 3) des caractéristiques personnelles générales reliées aux états mentaux positifs; 4) de la cohésion du milieu familial; 5) de l’adaptabilité du milieu familial. De plus, d’autres caractéristiques personnelles et environnementales favorables à la participation sociale peuvent être mises en lumière dans le volet qualitatif de la collecte de données.

Cette section présente les instruments de mesure avec leurs propriétés psychométriques de même que les autres outils de la collecte de données. Ceux-ci sont énumérés au tableau 8 et leur version intégrale ou certains extraits sont disponibles à l’annexe G.

La mesure de la participation sociale est réalisée avec la Mesure des habitudes de vie (MHAVIE) (268). Les qualités de cet instrument sont reconnues dans le domaine social pour l’évaluation des personnes ayant des incapacités (81) et il a déjà été utilisé avec certaines clientèles, dont les personnes ayant subi un traumatisme à la moelle épinière ou un TCC (269). La MHAVIE comprend 69 items pouvant être regroupés en 12 catégories: alimentation, état général, soins personnels, communication, activités domestiques, déplacements, responsabilités, relations interpersonnelles, consommation de biens et services, éducation, travail et loisirs. Des exemples d’items sont donnés à l’annexe G. Pour chaque item, le répondant doit d’abord indiquer le niveau de réalisation sur une échelle en 4 points (sans difficulté à dépendance totale) ainsi que le type d’aide requis (aucune, aide technique, aménagement, aide humaine). Il doit finalement indiquer le niveau de satisfaction sur une échelle à 5 points (de très insatisfait à très satisfait). Dans le cadre de cette étude, la réponse de chaque item est ramenée sur une échelle de type Likert à 4 niveaux : 4) réalise l’habitude de vie sans difficulté, avec ou sans aide technique; 3) réalise l’habitude de vie avec difficulté mais sans aide humaine, avec ou sans aide technique; 2) réalise l’habitude de vie avec aide humaine, avec ou sans aide technique; et 1) incapable de réaliser l’habitude de vie ou dépendance totale. Le choix de cette échelle en 4 points s’appuie sur des études antérieures ayant utilisé cet instrument. Cette façon de faire assure en effet une meilleure qualité de mesure car la répartition des réponses est plus uniforme dans les catégories et qu’il n’y a pas de catégories avec très peu ou pas de réponses (86, 87). Il faut également mentionner que l’échelle de satisfaction n’est pas utilisée étant donné que cette variable (la satisfaction) n’a pas été retenue pour l’étude. Les résultats de chaque individu sont calculés suivant un des modèles de la famille de Rasch, soit précisément le modèle d’Andrich pour les échelles de mesure (6, 28, 53, 165, 240, 294, 333, 381, 382). Le choix de ce modèle de mesure pour le calcul des résultats de la MHAVIE a été validé dans une étape préalable à cette étude (86, 87). Cette méthode assurerait une plus grande précision de la mesure car la variable continue obtenue ne correspond pas à la sommation de chiffres tirés d’une échelle ordinale mais à un nombre qui a des propriétés arithmétiques (240, 247, 333).

La validité de construit de cet instrument a été démontrée par de nombreuses consultations et par le consensus établi au Québec autour du modèle conceptuel à la base de l’instrument, soit le modèle du Processus de production du handicap (107, 108). L’instrument a été validé auprès de plusieurs clientèles incluant les personnes ayant subi un TCC. Sa fidélité test-retest intra-examinateur a été démontrée auprès de deux échantillons, soit un échantillon de 28 personnes avec déficiences motrices et un autre de 30 adultes et 22 enfants avec déficiences motrices associées à des déficiences cognitives. La fidélité interexaminateurs a, par ailleurs, été testée auprès d’un échantillon de 20 adultes ayant des déficiences motrices associées à des déficiences cognitives ou du langage. La valeur du coefficient de corrélation intraclasse obtenu est de 0,83, ce qui est considéré comme satisfaisant (109).

L’instrument de pondération proposé par Antonovsky (1993) appelé Orientation to life questionnaire constitue une mesure du sens de cohérence. Il permet d’investiguer les facteurs personnels et les stratégies d’adaptation gagnantes. L’instrument initial comprend 29 items dont 13 ont été formulés négativement. Plusieurs adaptations de cet instrument ont été faites, dont une version à 13 items qui a simplifié la formulation en éliminant notamment les doubles négations (10). Les réponses aux questions de cette version se distribuent selon une échelle de Likert à 7 niveaux allant de « toujours » ou « très souvent » à « rarement » ou « jamais ». Quelques énoncés précisent la signification des extrémités de l’échelle. La traduction française disponible de cette version abrégée a été utilisée dans l’étude (annexe G).

Les qualités psychométriques de l’instrument de mesure du sens de cohérence ont été confirmées. La cohérence interne est élevée avec un coefficient alpha de Cronbach variant de 0,83 à 0,90, de même que la stabilité avec une corrélation au test-retest de 0,88. Les données indiquent une corrélation avec des tests de traits d’angoisse, avec les réseaux de sociabilité et la localisation du contrôle ( locus of control) . L’analyse factorielle démontre que l’instrument est unidimensionnel (307).

L’auteur a rassemblé les résultats de 38 études publiées et 23 thèses non publiées réalisées à partir de son instrument (10). Les études ont utilisé la version comprenant 29 items ou encore la version abrégée de 13 items. L’instrument a été utilisé dans vingt pays et traduit en quatorze langues. Ces études ont également confirmé les qualités psychométriques de l’instrument. Des données normatives tirées de l’ensemble des études réalisées ont de plus été proposées. Cet outil s’est par ailleurs avéré stable d’une culture à l’autre et d’une situation à l’autre. Ainsi, le sens de cohérence ne serait pas lié à une stratégie d’adaptation en particulier, mais aux facteurs qui, dans toutes les cultures, sont toujours la base d’une adaptation réussie aux stresseurs.

Antonovsky (1993) a aussi répertorié de nombreuses études corrélationnelles effectuées avec son instrument. Les principales variables mises en relation avec le sens de cohérence sont l’estime de soi, l’anxiété, le stress, la détresse émotionnelle, les problèmes de somatisation, le bien-être général, le bien-être psychologique, le bien-être physique et les habilités fonctionnelles. Les corrélations les plus élevées sont observées avec les mesures d’anxiété (-0,75), d’estime de soi (0,63), de bien-être général (0,62) et de détresse émotionnelle (-0,63).

Selon Bandura (2001), aucune mesure d’efficacité personnelle ne convient à toutes les situations. Une telle approche aurait une valeur prédictive ou explicative limitée parce que les items ne seraient pas nécessairement pertinents au domaine à l’étude. Dans le cas d’une mesure qui se veut explicative de la participation sociale, un instrument général est toutefois recherché en fonction de la nature du concept à expliquer. Le choix s'est arrêté sur l’échelle de mesure de la perception d’efficacité personnelle de Sherer ( Self-efficacy Scale ) (325, 329) d’une part, parce qu’elle respecte les recommandations du docteur Bandura sur la construction des échelles (16) et d’autre part, parce que les items correspondent à des difficultés généralement rencontrées par les personnes ayant subi un TCC (difficultés d’apprentissage, faible initiative, difficultés à faire face aux situations nouvelles, isolement, difficultés à établir des relations interpersonnelles et autres).

L’échelle de mesure de la perception d’efficacité personnelle comprend deux sections. La première concerne la perception d’efficacité personnelle générale (17 items) alors que la seconde porte sur l’efficacité sociale ou les relations interpersonnelles (6 items). Les réponses sont notées sur une échelle de Likert à 5 niveaux de « jamais » à « toujours » (329, 380) (annexe G).

La version anglaise a démontré sa validité prédictive par son aptitude à prédire le succès dans les études ou sur le plan professionnel, soit par des corrélations avec la réussite. Sa capacité à discriminer les performances attendues sur le plan scolaire et professionnel a également été démontrée (329, 380). Sur le plan de la cohérence interne, les valeurs des coefficients alpha de Cronbach sont de 0,84 pour l’échelle générale et de 0,69 pour l’échelle sociale. Des tests de validité ont démontré que l’instrument mesure adéquatement le concept général d’efficacité personnelle en tant que domaine mais qu’il ne serait pas approprié pour évaluer la perception d’efficacité personnelle en rapport avec un comportement particulier (380). Woodruff et Cashman (1993) recommandent des études plus poussées sur ce concept en rapport avec les processus cognitifs, ce qui ouvre une avenue intéressante sur l’étude de l’efficacité personnelle chez les personnes ayant subi un TCC.

Sur le plan de la validité de critère concurrente, les concepteurs de l’échelle ont réalisé plusieurs études corrélationnelles pour vérifier les liens entre leur instrument et différents instruments de mesure de la personnalité ou de traits spécifiques ( Minnesota Multiphasic Personnality Inventory, Interpersonal Competency Scale, Self-Esteem Scale, Ego Strength Scale ) (328). Les corrélations de Pearson les plus élevées sont observées avec l’estime de soi (r = 0,51) et la compétence interpersonnelle (r = 0,45). Cet instrument a été traduit en français pour être utilisé dans cette étude. La démarche suivie pour effectuer cette traduction est décrite à la section 2.3.4.5.

Le Test de personnalité PER évalue les grands traits de personnalité de l'individu (286). Il est un inventaire entièrement informatisé qui nécessite une passation individuelle. Une version du questionnaire sur papier, identique à la version informatique, est utilisée dans cette étude. Le PER , dont l’indice global en est un de bien-être psychologique, comprend 138 items répartis en six échelles qui représentent les grands traits de personnalité de l'individu : acceptation de soi, anxiété (absence de), autonomie (psychosociale), dynamisme, relations avec les autres et stabilité émotive. Le cumul des résultats aux six échelles constitue l'indice de bien-être psychologique. Les 138 items sont présentés dans le désordre et comprennent à peu près un nombre égal d'éléments positifs et négatifs pour éviter que les participants acquiescent ou s'opposent systématiquement, peu importe le contenu de l'énoncé. Les réponses se distribuent selon une échelle de type Likert à 3 niveaux (tout à fait vrai, plutôt vrai et faux). Des exemples d’items sont présentés à l’annexe G.

L’instrument a été validé auprès d’une population québécoise générale. Selon la documentation accompagnant le test, sa fidélité test-retest a été démontrée, les corrélations de Pearson variant de 0,76 à 0,95 selon l’échelle (n = 43). Les indices d’homogénéité de chacune de ses échelles sont élevés, les coefficients alpha de Cronbach variant de 0,77 à 0,94, selon l’échelle, dans trois échantillons différents. Des corrélations de Pearson sont observées entre les sous-échelles du test, elles varient de 0,27 à 0,71 selon l’échelle (286). Les corrélations observées avec le Affect Balance Scale (32) (r = 0,57) et le Satisfaction with Life Scale (80) (r = 0,55) démontrent une bonne validité concomitante. Le PER discrimine de façon satisfaisante les personnes qui présentent des malaises psychologiques et celles qui sont relativement bien sur le plan psychologique (p< 0,001) (286). Les qualités psychométriques du Test de personnalité PER ont aussi été évaluées auprès d’une clientèle ayant une déficience physique, dont plusieurs personnes ayant subi un TCC, démontrant qu’il peut ainsi être utilisé de façon valide. (88). De plus, les énoncés de l’instrument sont brefs, le choix de réponse est simple, il est donc approprié pour investiguer la clientèle ciblée.

Les résultats au Test de personnalité PER sont obtenus par une saisie informatique dans le logiciel conçu par les auteurs et prévu à cet effet. Des scores normatifs québécois pour différents groupes d’âge sont disponibles pour ce test, permettant de comparer l’échantillon à la population générale (88, 286).

L’instrument appelé Family Cohesion and Adaptability Evaluation Scale (FACES) mesure deux concepts en relation avec la résilience des familles ou des couples, soit la cohésion et la capacité d’adaptation. Trois versions de cet instrument ont été développées et une quatrième sera bientôt disponible. La version II est celle qui est recommandée pour la recherche et qui a été retenue pour l’étude car elle présente de meilleures qualités psychométriques que la version III et qu’elle est plus courte que la version I (275). Dans l’état actuel des connaissances, il n’a pas été démontré que le modèle théorique à la base de la création de l’instrument ( Circumplex Model ) s’applique à la population ayant subi un TCC (273, 274). Toutefois, la version anglaise de cet outil a déjà été utilisée avec cette clientèle et a démontré sa capacité à discriminer différents types de familles dont un des membres a subi un TCC. Il peut donc s’avérer utile sur le plan de la recherche (287).

L’échelle de cohésion du FACES II comprend 16 items en relation avec les concepts suivants : liens émotionnels, frontières de la famille, coalitions, temps, lieu, amis, prise de décision, intérêts et loisirs. L’échelle d’adaptabilité comprend 14 items en relation avec les concepts suivants : revendication, leadership, discipline, négociation, rôles et règles. Les deux séries d’items sont présentées en alternance dans un instrument unique comprenant 30 items. Les réponses se distribuent selon une échelle de type Likert à 5 niveaux de « presque jamais » à « presque toujours ». Des exemples d’items sont donnés à l’annexe G.

Les trois versions anglaises du FACES ont démontré leur capacité à discriminer les familles ayant des difficultés (274). Elles ont également démontré une bonne validité et une bonne fidélité (244). Selon la documentation reçue avec l’instrument, la version du FACES II retenue pour l’étude présente un indice alpha de Cronbach de 0,87 pour les items évaluant la cohésion, de 0,78 pour les items sur l’adaptabilité et de 0,90 pour l’échelle totale (n = 2412). Les corrélations entre les deux échelles (cohésion et adaptabilité) ainsi qu’avec la désirabilité sociale s’avèrent faibles (275). La stabilité a été examinée avec l’échelle de 50 items et la corrélation de Pearson obtenue est de 0,84. La validité de critère concurrente avec le Dallas Self-Report Family Inventory est bonne, considérant une corrélation de 0,93 pour l’échelle de cohésion et de 0,79 pour l’échelle d’adaptabilité. De plus, les analyses factorielles font ressortir un construit dominant (275). Cet instrument a été traduit en français pour être utilisé dans cette étude. La démarche suivie pour la traduction est décrite à la section 2.3.4.5.

Deux questionnaires ont été traduits de l’anglais au français, soit le Self-efficacy Scale et le FACES II, puis ces traductions ont ensuite été validées. La méthode suggérée par Vallerand (1989) a guidé l’ensemble de cette démarche. Les étapes comprenaient : 1) la préparation d’une version préliminaire par traduction renversée parallèle (34); 2) l’évaluation de la version préliminaire par comité (deux professionnels de l’IRDPQ ou chercheurs affiliés à l’IRDPQ); 3) pré-test de la version expérimentale par méthode du sondage aléatoire auprès de cinq personnes volontaires ayant des incapacités; 4) consultation du comité en cas de difficultés; 5) analyse de la fidélité et de la validité par administration des tests à un groupe d’au moins 20 personnes volontaires ayant des incapacités. Les volontaires ont été recrutés auprès des bénévoles de l’IRDPQ et des usagers qui fréquentent des associations ou qui reçoivent des services lors d’une de leur visite. Les autorisations du comité d’éthique et de l’administration de l’IRDPQ ont été obtenues avant de procéder au recrutement des volontaires. Les documents relatifs aux autorisations, le feuillet d’information et le formulaire de consentement reliés à cette étape de l’étude sont présentés à l’annexe F. Les propriétés psychométriques des traductions ont été vérifiées, soit la cohérence interne (alpha de Cronbach) et la validité de construit (analyses factorielles). Les résultats de ces analyses ont été comparés avec ceux des versions anglaises des instruments (275, 329, 380). L’étude a aussi permis de vérifier la validité de critère concurrente avec les instruments mesurant les autres facteurs personnels retenus. Ces éléments d’information sont présentés à l’annexe H. Les traductions des instruments de mesure présentent des propriétés psychométriques satisfaisantes.

L’administration des questionnaires et le déroulement de l’entrevue ont été testés préalablement auprès de deux personnes ayant un TCC qualifié de sévère. Une même personne a assuré l’administration de tous les questionnaires et a effectué l’ensemble des entrevues. La collecte de données s’est déroulée de février à juillet 2002. Les personnes ont été rencontrées à l’endroit convenu, à leur domicile ou à l’IRDPQ, selon leur convenance. Les participants signaient d’abord le formulaire de consentement et recevaient les consignes générales. Pendant la première partie de l’entrevue, la personne répondait individuellement aux questionnaires prévus, présentés dans l’ordre suivant : le Test de personnalité PER , l’échelle de mesure de la perception d’efficacité personnelle, l’échelle de mesure du sens de cohérence et l’échelle de mesure de la cohésion et de l’adaptabilité des familles. Cette étape prenait entre 30 et 45 minutes. La seconde partie de l’entrevue consistait en des questions fermées et des questions ouvertes posées par l’interviewer. La MHAVIE a été remplie de cette façon (environ 20 minutes), de même que les questions ouvertes (entre 30 et 45 minutes) et les renseignements généraux sur la personne (environ cinq minutes). L’entrevue totale durait environ deux heures, incluait une pause si nécessaire, et se déroulait dans une ambiance détendue. La partie de l’entrevue concernant les questions ouvertes était enregistrée avec l’accord du participant, pour en faciliter le déroulement et permettre les analyses subséquentes.

Les analyses comprennent quatre volets : 1) la compilation des données descriptives; 2) les analyses relatives aux résultats obtenus pour les différents instruments de mesure; 3) l’analyse qualitative; 4) les analyses qui permettent de répondre aux questions de recherche.

Les analyses spécifiques à chaque instrument de mesure ont été réalisées. Les recommandations des auteurs de chaque instrument ont été suivies pour le calcul des résultats, notamment l’inversion des résultats des items formulés négativement. Le modèle de Rasch a été utilisé spécifiquement pour le calcul des résultats de participation sociale (86). Diverses analyses ont aussi été effectuées pour s’assurer que les données s’ajustent à ce modèle de mesure. Le logiciel Winstep , version 2.98, a été utilisé à cette fin (221).

Pour vérifier les relations entre les variables indépendantes à l’étude, une matrice de corrélation a été réalisée. En effet, étant donné les liens conceptuels entre les variables et les corrélations observées dans les études antérieures entre les instruments mesurant ces variables, il était probable que les caractéristiques personnelles soient corrélées entre elles. Il était également possible que les caractéristiques familiales corrèlent avec les facteurs personnels. Par exemple, une corrélation entre l’échelle de perception d’efficacité personnelle sociale et la sous-échelle des relations avec les autres du Test de personnalité PER était attendue. L’instrument d’Antonovsky (1993) présentant des corrélations avec des mesures d’estime de soi et de bien-être psychologique, il était aussi possible qu’il présente des corrélations avec certaines sous-échelles du Test de personnalité PER . De plus, les sous-échelles du test présentant des corrélations entre elles dans les échantillons normatifs, des corrélations équivalentes étaient donc ici attendues. Les corrélations ont servi notamment pour les vérifications relatives à l’inclusion des variables dans l’équation de régression. En effet, l’inclusion de deux variables fortement corrélées fait diminuer la variance, peut causer de la multicolinéarité et conséquemment, fait diminuer la possibilité d’observer une relation entre les variables.

L’analyse qualitative a été utilisée en complément aux questionnaires pour dégager des facteurs de résilience personnels et environnementaux qui ne sont pas investigués dans les instruments de mesure. La réponse à la première question ouverte a été analysée comme un récit d’épisode de vie, relatant la suite des événements depuis le traumatisme. Les études de Robinson (1990) et de Charmaz (1994) ont guidé ces analyses. Robinson (1990) avait illustré la trajectoire de vie d’individus souffrant de sclérose en plaques par un trait continu en fonction du temps et du degré d’atteinte. Les propos des participants permettaient de dégager leur trajectoire de vie depuis le traumatisme. La présentation du contenu des étapes que les participants ont franchies dans ce cheminement a été guidée par celles que Charmaz (1994) avait décrites dans son étude qualitative auprès de 55 personnes atteintes d’une maladie chronique non mortelle. Ces étapes sont (traduction libre) : 1) la création d’identités fictives; 2) faire face à la maladie; 3) la résolution des émotions; 4) le renouvellement de soi; et 5) la transcendance des pertes. D’autres étapes de ce cheminement ont été proposées par différents auteurs, par exemple le choc, l’anxiété, le déni, la dépression, la colère, la reconnaissance et l’ajustement (8, 224). Les étapes de Charmaz ont toutefois été retenues car elles avaient été définies lors d’une étude ayant plusieurs similitudes avec celle-ci

Les trois dernières questions ont orienté directement les réponses vers un regroupement en fonction des questions de recherche, soit l’identification des facteurs de résilience qui peuvent favoriser la participation sociale. L’analyse du contenu des questions ouvertes a été faite selon une méthode d’analyse qualitative par thèmes (161, 236) et comprenait un processus de validation (205). Le logiciel N-Vivo , version 5.0, a été utilisé pour cette compilation (110, 300). Les moyens utilisés pour s’assurer de la crédibilité des données sont de trois ordres, soit la triangulation des sources d’information (validité externe), l’examen de la classification par un pair et le recodage (validité interne) (205).

La procédure suivie pour l’analyse qualitative est la suivante. Les propos des répondants étaient d’abord notés sommairement au cours de l’entrevue. Cette entrevue étant enregistrée, la transcription des propos était complétée à l’écoute de l’enregistrement. Une première classification des facteurs était faite au moment de l’entrevue et ensuite au moment de la transcription des données. La compilation des données qualitatives a commencé dès les premières entrevues pour vérifier l’atteinte d’une saturation théorique et faire les ajustements si nécessaire dans la suite de la collecte de données. Les portions d’entrevues qui comportaient des contenus plus élaborés (explications du vécu des événements par exemple) ont été transcrites verbatim . Chaque énoncé ainsi obtenu a été codé. Ils ont ensuite été regroupés par thème. La classification proposée dans le modèle du PPH a servi à structurer les grandes catégories initiales. Plusieurs catégories étaient également pressenties en fonction des écrits consultés, par exemple la présence de soutien dans le milieu, l’adaptabilité du milieu, les ressources et les services du réseau de la santé et des services sociaux tels l’utilisation, la disponibilité ou l’accessibilité. Des catégories plus détaillées ont émergé et de nouvelles catégories ont été créées en fonction des commentaires recueillis, suivant une tradition phénoménologique. Les analyses relatives au regroupement par thème ont consisté principalement à subdiviser, regrouper et rechercher les relations (167). Pour valider la classification, un chercheur indépendant a codifié les données obtenues lors de deux entrevues et les résultats ont été comparés avec ceux obtenus initialement. Un recodage a été effectué avec les précisions amenées par la nouvelle classification. Pour chaque catégorie, le nombre de fois qu’une caractéristique a été mentionnée a été calculé. Les renseignements obtenus par l’analyse qualitative ont été triangulés avec les autres sources de données, soit la documentation consultée et les résultats aux autres tests dans le but d’en assurer la validité externe.

Les thèmes dégagés de l’analyse qualitative en des catégories suffisamment claires ont été testés pour vérifier s’ils pouvaient être considérés comme des variables à inclure dans l’équation de régression. Des analyses bivariées comparant la participation sociale des répondants ayant mentionné une caractéristique particulière aux autres ont été effectuées. Seulement les thèmes qui présentaient une différence statistiquement significative sur le plan de la participation sociale étaient retenus pour être inclus dans l’équation de régression. Cette étape constituait une triangulation des types de données (167, 236).

Deux équations de régression permettaient de répondre aux questions de recherche. La première avait comme variable dépendante la mesure de la participation sociale et comme variables indépendantes les caractéristiques personnelles évaluées par les instruments de mesure auxquelles pouvaient s’ajouter les variables dégagées de l’analyse qualitative. La deuxième incluait la même variable dépendante et utilisait cette fois les mesures reliées à la famille comme variables indépendantes auxquelles pouvaient s’ajouter les variables dégagées de l’analyse qualitative. Ces analyses permettaient d’identifier les variables qui expliquent le mieux la participation sociale et de préciser le pourcentage de participation sociale expliquée. La procédure suivie a été identique dans les deux équations. Une variable à la fois a été ajoutée à l’équation de régression (démarche pas à pas) en vérifiant si l’ajout d’une nouvelle variable haussait le pourcentage d’explication de la participation sociale de façon significative. Les variables dont la corrélation avec la participation sociale était la plus élevée ont été incluses en premier dans l’équation de régression. La procédure appelée régression de tous les sous-ensembles ( All regression ) du logiciel SAS a été utilisée pour rapidement obtenir toutes les équations de régression possibles. Trois critères ont permis de sélectionner la ou les meilleures équations : 1) le pourcentage de participation sociale expliqué (R2) (devant être le plus grand possible); 2) la statistique appelée Cp de Mallow (166) (devant être le plus petit possible); et 3) inclure le plus petit nombre possible de variables pour une explication maximale (principe de parcimonie). La méthode pas à pas et celle de tous les sous-ensembles ont été utilisées conjointement pour s’assurer que le choix de la ou des équations finales n’était pas fait uniquement par sélection automatique, aveuglément, sans considérer les concepts en cause.

Le nombre maximum de variables indépendantes à inclure dans l’équation de régression finale a aussi été pris en compte. Plusieurs règles ont été énoncées à ce sujet. Celles retenues dans l’étude sont d’avoir au moins 10 sujets par variable ou encore le nombre de sujets doit excéder d’au moins 50 le nombre de variables (166). Le nombre attendu étant d’au moins 50 sujets, il était possible d’inclure 4 à 5 variables sans transgresser ces recommandations. De plus, les vérifications ont été effectuées pour s’assurer que les équations respectent les conditions habituelles (absence de multicolinéarité, homocédasticité, linéarité, normalité, indépendance des résidus, effet de la présence de valeurs aberrantes ou atypiques). La prochaine section rapporte les résultats obtenus.