TROISIÈME PARTIE : LES RÉSULTATS

Table des matières

Les résultats sont présentés en cinq sections : 1) la description de la population et de l’échantillon; 2) les résultats des analyses quantitatives; 3) les résultats de l’analyse qualitative; 4) l’identification des facteurs de résilience qui favorisent la participation sociale; et 5) les résultats obtenus ont conduit à l’ajout d’une section qui porte spécifiquement sur l’analyse des relations entre le dynamisme et la perception d’efficacité personnelle.

Cette section documente la population cible ainsi que l’échantillon. Les données descriptives sont présentées ainsi que des comparaisons entre ces groupes. La population est constituée des usagers de l’IRDPQ qui répondent aux critères de sélection et dont la période de réadaptation intensive a commencé entre 1995 et 2000.

Les principales caractéristiques des répondants sont présentées au tableau 9. On y retrouve également des renseignements sur les personnes qui ont refusé de participer à l’étude et sur celles qui n’ont pu être rejointes suite à une mauvaise adresse dans le fichier disponible. Les caractéristiques indiquées sont l’âge, le genre, la région de résidence au moment de l’étude, le type de localité au moment de l’étude, la scolarité et la responsabilité de paiement. Le taux de participation est de 20%, soit 53 répondants sur 265 personnes rejointes.

1) MSSS : Ministère de la santé et des services sociaux 3) CSST : Commission de la santé et de la sécurité du travail

2) SAAQ : Société de l’assurance automobile du Québec 4) IVAC : Indemnisation des victimes d’actes criminels

* Différence statistiquement significative

Les renseignements ont été recueillis dans les dossiers médicaux dans le cas des personnes non rejointes ou n’ayant pas accepté de participer à l’étude. Quelques données sont manquantes pour ces groupes, par exemple, le niveau de sévérité n’était pas noté systématiquement au dossier dans les années 1995 à 1998. Ainsi, cette donnée n’était disponible que pour un certain nombre de cas.

La date de référence pour calculer les moyennes d’âge est celle qui correspond au moment de la participation à l’étude pour les répondants et au 1er août 2002 pour les autres groupes. L’âge moyen des répondants au moment de la collecte de données est de 37,4 ans (é.t. = 8,7 ans; étendue = 20,6 – 52,1 ans). L’âge moyen au moment du traumatisme est de 33,4 ans (é. t. = 8,7 ans; étendue = 18,7 – 49,2 ans). Le délai moyen entre le traumatisme et le moment de la collecte de données est de 3,9 ans (é. t. = 1,7 ans; étendue = 1,2 - 7,4 ans). Pour quelques cas, la référence aux services de réadaptation a été faite plusieurs mois, voire plusieurs années, après le traumatisme, ce qui a causé un long délai entre le traumatisme et la collecte de données.

Les localités suivantes sont classifiées dans la catégorie « urbaine » : Québec, Lévis, Montmagny, Thetford Mines et Saint-Georges. Les autres localités sont dans la catégorie « semi-urbaine » (villages et banlieues) et quand le lieu de résidence du répondant est un rang, il est classé dans la catégorie « rurale ».

Des analyses comparatives entre les différents groupes présentés au tableau 9 ont été effectuées. La comparaison des répondants avec les personnes qui ont refusé de participer à l’étude permet de vérifier la présence de biais de sélection. La comparaison du groupe des répondants aux autres groupes ou à l’ensemble de la population ciblée permet de vérifier si l’échantillon est représentatif de cette population.

Seulement quelques caractéristiques présentent des différences statistiquement significatives entre les groupes. L’ âge entre le groupe des répondants et le groupe des personnes ayant refusé de participer à l’étude présente une différence statistiquement significative, les répondants étant plus âgés (t = 3,43; p < 0,001). Il en est de même en comparant le groupe des répondants avec les groupes des personnes qui ont refusé de participé à l’étude et ceux qui n’ont pas été rejoints ensembles (t = 3,61; p < 0,001).

Sur le plan de la localité , la seule différence significative se situe dans le groupe des personnes qui n’ont pu être rejointes suite à la mauvaise adresse dans les fichiers disponibles (test Z de comparaison des proportions, intervalle de confiance = 0,1717 ± 0,1364). Ainsi, les personnes ayant changé d’adresse et ne pouvant être rejointes demeurent davantage en milieu urbain. De plus, pour eux, le délai depuis l’accident est plus élevé, augmentant ainsi la probabilité de changement d’adresse.

On note également que les répondants ont tendance à être un peu plus scolarisés que les autres groupes, un plus grand nombre ayant complété un niveau universitaire. Cette différence n’est toutefois pas statistiquement significative (X2 = 3,76; p < 0,06).

Le délai entre le moment de l’accident et le moment de la collecte de données présente une différence significative entre les répondants et les personnes non rejointes (t = 2,98; p < 0,01), les non rejointes ayant un délai plus long depuis l’accident. Il en est de même entre le groupe des personnes ayant refusé et les personnes non rejointes (t = 2,61; p < 0,01). Ainsi, il apparaît que plus le délai depuis l’accident est long, plus les personnes sont difficiles à rejoindre.

L’information recueillie dans les dossiers médicaux, dans les questions spécifiques et dans les questions ouvertes permettent de compléter la description de l’échantillon. Les données relatives aux indicateurs de sévérité du traumatisme sont présentées au tableau 10. Il est à noter que plusieurs données sont manquantes pour ces indicateurs. En ce qui concerne le niveau de sévérité, toujours selon les dossiers médicaux, 10 (19%) participants avaient un traumatisme qualifié de léger, 18 (34%) un traumatisme qualifié de modéré et 24 (45%) un traumatisme qualifié de sévère (tableau 11). La donnée sur le niveau de sévérité était manquante pour un participant.

Sur le plan des occupations principales, au moment du traumatisme, 49 répondants étaient au travail (92%), une personne était aux études, deux étaient à domicile et une était en congé de maladie (arrêt de travail temporaire). Les emplois étaient variés : huit occupaient un travail de bureau, six dirigeaient leur propre commerce ou entreprise, six travaillaient dans une usine, cinq travaillaient dans le domaine de la construction, quatre étaient dans le transport (camions, autobus scolaires), trois étaient mécaniciens, trois étaient opérateurs de machines, trois étaient dans le domaine de la vente, trois dans le domaine de la sécurité (armée, policier, agent de sécurité) et finalement huit occupaient d’autres types d’emploi. La majorité était des ouvriers manuels. Au moment de la collecte de données, 17 avaient repris une activité productive (32%). Sept d’entre eux avaient repris le même travail qu’avant l’accident, dont trois possédaient leur propre entreprise. Sept avaient repris un autre emploi et trois étaient aux études. Les autres répondants avaient des occupations variées : onze étaient bénévoles, 19 étaient à domicile, quatre étaient en stage de réinsertion au travail et deux n’avaient pas terminé le processus de réadaptation.

Les répondants ont été répartis en fonction de leur niveau de sévérité et de leur intégration au marché du travail, en éliminant toutefois les personnes dont le processus de réadaptation active n’était pas encore entièrement finalisé (deux personnes) et celles qui demeuraient à domicile par choix (deux personnes ayant un niveau de sévérité léger) (tableau 11). On remarque que les personnes ayant un niveau de sévérité léger ont intégré le marché du travail dans une proportion de 83%, que 50% de celles ayant un niveau modéré en font autant et que seulement 18% de celles ayant un niveau sévère y sont parvenues. Ces taux reflètent les données habituellement publiées sur cette population.

Vingt et un participants (40%) ont subi des changements dans leur situation de vie suite à l’accident, par exemple un déménagement, un divorce ou une séparation. Au moment de la collecte de données, 14 personnes vivaient avec leur famille (conjoint et enfants); il s’agissait d’un nouveau conjoint dans un cas. Quinze personnes vivaient avec leur conjoint (sans enfant cette fois); il s’agissait d’un nouveau conjoint dans neuf cas. Dix-sept personnes vivaient seules, leur conjoint les ayant quittés dans huit cas. Quatre vivaient avec leurs parents ou un membre de leur famille et finalement trois vivaient seulement avec leurs enfants (tableau 12).

Des précisions peuvent être apportées sur les causes du traumatisme (tableau 12). Les plus fréquentes sont celles reliées au réseau routier (n = 34), soit les accidents de voiture (n = 22), de moto (n = 6), les accidents piétonniers (n = 5) et la réception d’un objet provenant d’un véhicule routier (n = 1). Les sports comptent pour neuf traumatismes, soit la motoneige (n = 3), les véhicules tout terrain (n = 3), la bicyclette (n = 1) et autres (n = 2). Les accidents de travail (n = 4) et les actes criminels (n = 2) sont aussi relatés comme cause du traumatisme. Dans un cas, il s’agissait d’une tentative de suicide. Trois personnes avaient subi plus d’un TCC au cours de leur vie.

L’échantillon est équivalent à la population générale des TCC sur le plan de la proportion d’hommes et de femmes ainsi que sur le plan des causes du traumatisme. Les autres caractéristiques comme l’âge et le degré de sévérité ne peuvent être comparées à la population car elles sont définies par les critères de sélection. Les comparaisons entre les répondants et ceux qui ont refusé de participer à l’étude ont permis de conclure que ces deux groupes ne sont pas différents statistiquement, sauf en ce qui concerne l’âge. Les répondants et le groupe total ne sont pas différents statistiquement. Par ailleurs, l’annexe E présente les différences entre l’échantillon et la population des personnes admises en centre de réadaptation. L’échantillon est représentatif d’une partie de la population qui reçoit ces services.

Cette section présente les résultats obtenus avec les différents instruments utilisés dans l’étude. Deux tests fournissent des normes de population générale qui permettent une comparaison avec les résultats de l’échantillon, ce sont le Test de personnalité PER et l’échelle de cohésion et d’adaptabilité des couples et des familles. Ces comparaisons sont effectuées car elles peuvent fournir certaines pistes pour expliquer les résultats des analyses subséquentes.

Pour deux instruments, quelques rares données étaient manquantes, soit huit au total pour l’échelle de perception d’efficacité personnelle et 18 pour l’échelle de cohésion et d’adaptabilité des couples et des familles. Les données manquantes ont été remplacées par l’entier le plus proche de la moyenne obtenue à l’item par l’ensemble des répondants.

Rappelons que les propriétés psychométriques des deux instruments traduits en français dans une étape préliminaire à cette collecte de données sont présentées à l’annexe H. Les propriétés psychométriques de l’échelle de mesure du sens de cohérence, version française du Orientation to Life Questionnaire , ont aussi été vérifiées car ces données n’étaient pas disponibles pour cette version et sont présentés dans la même annexe. Ces trois instruments ont des propriétés psychométriques satisfaisantes.

Les résultats obtenus au Test de personnalité PER et les comparaisons avec les résultats normatifs disponibles sont présentés au tableau 13. Les personnes ayant subi un TCC démontrent des résultats inférieurs à la population générale dans l’échelle globale du PER (bien-être psychologique) (t = 3,26; p < 0,001) ainsi que dans les sous-échelles d’autonomie (t = 3,9; p < 0,0001), de dynamisme (t = 4,43; p < 0,0001), de relations avec les autres (t = 2,65; p < 0,01) et de stabilité émotive (t = 3,4; p < 0,001). Le dynamisme est la caractéristique personnelle qui s’écarte le plus du groupe normatif. Elle est donc celle qui est la plus touchée pour les victimes d’un TCC parmi ces caractéristiques.

Différence statistiquement significative en comparaison avec le groupe normatif :

* p < 0,01

** p < 0,001

*** p < 0,0001

Les résultats concernant les échelles de cohésion et d’adaptabilité des couples et des familles sont présentés au tableau 14. En fonction des critères définis par les auteurs, l’ensemble de l’échantillon se situe dans la catégorie modérément équilibrée (annexe D). La valeur de la cohésion obtenue est très voisine de la valeur centrale du modèle (la valeur limite est de 60), soit à cheval sur les catégories « rapproché » et « séparé » par opposition aux catégories « désengagé » et « intriqué ». Sur le plan de l’adaptabilité, les résultats se situent dans la partie moyenne supérieure de la catégorie « flexible », par opposition aux catégories « chaotique », « structuré » et « rigide ». Parmi les seize types de couples et de familles proposés dans le Circumplex Model , les répondants de l’étude se situent donc à la limite des catégories « rapproché flexible » et « séparé flexible ».

Cette section se divise en deux volets. Le premier présente les résultats des analyses effectuées pour s’assurer que les données s’ajustent au modèle de mesure choisi, soit le modèle de Rasch. Le second volet présente les résultats des analyses qui vérifient les liens entre les variables descriptives et la participation sociale.

La première série d’analyses, effectuées pour s’assurer que les données s’ajustent au modèle de mesure choisi, porte sur les paramètres suggérés par plusieurs auteurs, soit la fiabilité, la séparation et les statistiques d’ajustement ( fit statistics ) (28, 220, 221). Elle a été effectuée avec les 69 items du test et elle a fait ressortir plusieurs difficultés. Certains items ont présenté des mauvais ajustements ( misfit ) importants, soit une valeur plus grande que 2. Une vérification approfondie de chaque item a permis d’identifier les données qui divergent le plus du modèle. Quelques modifications ont été apportées suite à cette étape. Deux items qui n’ont jamais eu de réponse puisqu’ils étaient non applicables ont été éliminés (54 et 55, soit la fréquentation de la garderie et la fréquentation de l’école primaire et secondaire). L’item 34 (reconnaissance de l’argent), que tous ont réussi, a été regroupé avec l’item concernant le budget (item 35). Plusieurs autres items qui évaluent des activités similaires et ont obtenu des résultats identiques ont été regroupés : les items 38 et 39 (prendre soin et éduquer les enfants), les items 7 à 12 qui portaient sur les soins personnels (hygiène, habillage...), les deux items sur l’utilisation du téléphone (18 et 19), les items 25, 26 et 27 qui portent sur les déplacements dans la résidence et l’utilisation de l’ameublement et finalement les items 51 et 52 qui portent sur les déplacements dans les lieux publics. Les calculs et les analyses ont donc été effectués avec 56 items (2 éliminés et 11 regroupés). Les paramètres évaluant les qualités psychométriques de l’instrument ont été améliorés suite à ces modifications. La fidélité de la version finale est de 0,89, la séparation est de 2,78, la moyenne des ajustements internes ( infit ) est de 1,03 et des ajustements externes ( outfit ) de 0,95. Il est à noter que les modifications apportées sur le plan de la mesure n’altèrent en rien l’instrument (MHAVIE) et ne sont pas généralisables à d’autres échantillons.

La compilation des données descriptives en rapport avec les variables sociodémographiques de l’échantillon est complétée par des analyses visant à vérifier si certaines variables descriptives sont en relation avec la participation sociale. Des tests statistiques bivariés et multivariés ont été effectués pour vérifier si les différentes caractéristiques sociodémographiques catégorielles pouvaient être mises en relation avec la variable dépendante (la participation sociale) (tableau 15).

Ainsi, les sous-groupes créés en fonction du genre, de la région, du type de localité, du niveau de sévérité, de la scolarité et de la couverture d’assurance ont été comparés. Aucune différence significative n’est notée entre ces sous-groupes, sauf pour le niveau de sévérité, en comparant le groupe des personnes ayant un niveau sévère avec celles qui ont un niveau léger et modéré ensembles. Ce résultat devient non significatif si les analyses sont effectuées avec les trois niveaux de sévérité séparément (ANOVA) ou si on fait un ajustement de Bonferroni pour le nombre de comparaisons effectuées.

En ce qui concerne les variables descriptives continues, la vérification de la relation est effectuée par la corrélation de Pearson (tableau 16). Les variables sont l’âge, le délai depuis le traumatisme, l’ Échelle de coma de Glasgow et la durée de l’amnésie post-traumatique. Aucune corrélation ne s’avère statistiquement significative. Cependant, une tendance est observée pour la durée de l’amnésie post-traumatique. Cet indicateur de sévérité du traumatisme tend donc à être en relation avec la participation sociale, tel que noté dans plusieurs études précédentes (tableau 5). La durée du coma n’a pas été utilisée dans ces analyses étant donné le grand nombre de données manquantes. Globalement, les variables sociodémographiques retenues ne sont donc pas en relation avec la participation sociale.

Sur le plan conceptuel, il est possible de faire des rapprochements entre plusieurs variables à l’étude. La corrélation de Pearson permet de vérifier les liens entre ces variables et peut orienter le choix des variables à inclure dans l’équation de régression. La matrice de corrélations obtenue à partir des résultats aux différentes échelles est présentée au tableau 17.

Légende

PER = score global au Test de personnalité PER , indicateur de bien-être psychologique

Sous-échelles du PER : Acc = Acceptation de soi Anx = Anxiété Aut = Autonomie

Dyn = Dynamisme Rel = Relations avec les autres Stb = Stabilité émotive

PEP G = Échelle de perception d’efficacité personnelle générale

PEP R = Échelle de perception d’efficacité personnelle sociale

Sens c. = Échelle de sens de cohérence

Échelle de résilience des couples et des familles : Cohés. = cohésion Adapt. = adaptabilité

Part. sociale = participation sociale

Un ajustement de Bonferroni pour le nombre de corrélations 2 à 2 effectuées place le seuil de signification à 0,0006 (soit 0,05/78) pour un coefficient de corrélation minimum de 0,49, le nombre de sujets étant constant. En considérant seulement les variables personnelles (excluant les deux mesures relatives à la famille et la participation sociale), toutes les corrélations sont statistiquement significatives sauf la corrélation entre l’échelle d’autonomie et l’échelle de perception d’efficacité personnelle sociale (r = 0,42; p = 0,002). Les mesures reliées à la famille ne corrèlent pas de façon significative avec les variables personnelles sauf l’échelle de cohésion familiale avec l’échelle de sens de cohérence (r = 0,51).

En rapport avec cette matrice de corrélations, les points suivants peuvent être soulignés. Tout d’abord, si on exclut les corrélations observées et attendues entre les sous-échelles du Test de personnalité PER , les corrélations les plus élevées se situent : 1) entre la mesure globale du bien-être psychologique (PER) et l’échelle de sens de cohérence (0,87); 2) entre l’acceptation de soi et l’échelle de sens de cohérence (0,83); 3) entre l’échelle de dynamisme et l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale (0,83). D’autres corrélations s’avèrent particulièrement élevées, soit celle entre la mesure globale du bien-être psychologique (PER) et l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale (0,76), celles entre les relations avec les autres et l’échelle de perception d’efficacité personnelle sociale (0,81) ainsi qu’avec le sens de cohérence (0,72) et finalement celle entre l’anxiété et le sens de cohérence (0,78). Il est aussi à noter que les corrélations de Pearson observées ici entre les sous-échelles du Test de personnalité PER sont plus élevées que celles de l’échantillon normatif (0,47 à 0,89 versus 0,27 à 0,71).

Ces analyses permettent d’amorcer les réponses aux questions de recherche. Ainsi, certaines caractéristiques personnelles sont davantage affectées par le TCC, comme le dynamisme et l’autonomie (tableau 13). Leur relation avec la participation sociale prend donc une importance particulière. On observe de plus que les variables descriptives ne sont pas en relation avec la participation sociale. Elles ne seront donc pas intégrées dans l’équation de régression. Par ailleurs, les fortes corrélations observées entre les résultats aux différents tests suggèrent, tel qu’attendu, que les variables sont associées entre elles et qu’une sélection sera nécessaire pour l’équation de régression finale.

En plus de compléter les questionnaires correspondants aux instruments de mesure, les participants devaient aussi répondre à des questions ouvertes. La prochaine section rapporte les données recueillies dans cette étape de la collecte de données.

Cette section présente les résultats de l’analyse des données qualitatives. Les facteurs en rapport avec la participation sociale dégagés des commentaires des participants sont regroupés en deux catégories principales, soit les facteurs personnels et les facteurs environnementaux. Une troisième section fait état du cheminement dans le processus d’adaptation décrit par les participants. Ensuite, le résultat de la triangulation des données avec d’autres sources d’information est présenté. Finalement, les facteurs qui peuvent être intégrés dans l’équation de régression sont identifiés. La classification complète de tous les thèmes abordés par les participants est donnée à l’annexe I.

Cette section se divise en deux parties soit les caractéristiques personnelles favorables à la participation sociale et celles qui sont défavorables.

Plusieurs caractéristiques personnelles ressortent des données comme facteurs pouvant favoriser la participation sociale. La qualité ou caractéristique personnelle qui est mentionnée le plus souvent comme facilitant le processus de réadaptation et d’adaptation ou la participation sociale s’avère être la volonté . Des 53 participants à l’étude, 26 ont fait explicitement état de toute la détermination, la persévérance, voire l’ambition requise pour reprendre leurs activités suite au traumatisme. Pour six d’entre eux, cette caractéristique est plus importante que tous les autres facteurs (famille, services et autres). Certains ont utilisé les expressions « orgueil » (n = 4) et « tête de cochon » (n = 2) pour désigner ce type d’investissement personnel. Ces qualités sont désignées comme des facteurs de réussite permettant l’atteinte d’objectifs qui peuvent sembler inaccessibles ou de franchir des obstacles qui paraissent insurmontables au départ. Toutefois, dans le cas de séquelles trop importantes, malgré tous les efforts et la motivation, il a parfois été impossible d’atteindre certains objectifs comme la reprise du travail antérieur (n = 4). La personne pouvait, dans cette situation, vivre un pénible sentiment d’échec, notamment si elle n’a pas été convenablement accompagnée dans le choix d’objectifs réalistes.

Une autre caractéristique personnelle qui ressort des commentaires des participants est la capacité d’adaptation (n = 13). Il est fait mention de « bon caractère », « bon tempérament » et d’ « optimisme » pour les aider à surmonter les épreuves. Ces participants disent par exemple avoir accepté les tests, les thérapies et les critiques. Ils ont fait ce qui leur était proposé de leur mieux. Ils ont donc bénéficié de l’aide offerte et ont canalisé leur énergie de façon positive.

Quatre participants ont indiqué que leur sens de l’humour les a aidés à faire face à certaines difficultés. Le traumatisme en a rendu plusieurs irritables ou moins tolérants. Le fait d’être moins tolérant peut, jusqu’à une certaine limite, être favorable. Trois personnes ont déclaré que cette caractéristique les aide à s’affirmer dans certaines situations.

Finalement, plusieurs ont confié comment les qualités personnelles qu’ils possédaient avant l’accident ont influencé positivement leur cheminement. Leurs qualités physiques les ont aidés à récupérer, tout comme leurs aptitudes intellectuelles les ont aidés à comprendre leurs difficultés, à développer des stratégies et à se prendre en charge (n = 15). Sur ce point, les participants ont évoqué des qualités comme l’esprit d’analyse, la sociabilité, l’ambition, l’expérience, le sens de l’organisation et autres.

Les participants ont présenté des séquelles de différentes natures. Sur le plan des atteintes motrices et sensorielles , on retrouve chez les participants à l’étude : 1) des atteintes aux membres supérieurs allant de légères limitations articulaires à une perte de fonction complète d’un membre supérieur (n = 9); 2) des atteintes aux membres inférieurs sans nécessiter d’aide technique à la marche (n = 8), dont quatre avaient aussi une atteinte aux membres supérieurs; 3) l’anosmie (perte de l’odorat) (n = 7); 4) les troubles visuels (perte de champ visuel par exemple) (n = 5); 5) les troubles auditifs (n = 3); 6) des problèmes d’équilibre ou des étourdissements (n = 3).

Le trouble cognitif persistant le plus fréquemment rapporté est la difficulté à emmagasiner de nouvelles connaissances (n = 20) ou problème de mémoire. Sept ont dit présenter des troubles des fonctions exécutives, accentués dans les tâches complexes, dans les doubles tâches ou dans les situations nouvelles (n = 4). Parmi les autres problèmes mentionnés, on retrouve des troubles d’attention, de concentration, de lecture, de calcul, de compréhension (conversation, films) et d’orientation spatiale. Quatre ont parlé de lenteur d’exécution. Sept ont dit avoir de légers troubles de langage , par exemple une voix faible ou un manque du mot.

Sur le plan des autres séquelles , six ont signalé des maux de tête et de l’hypersensibilité aux sons, quoique, selon eux, ces problèmes soient grandement diminués comparativement aux premiers mois suivant l’accident. De plus, trois se plaignaient de troubles du sommeil.

Le traumatisme a rendu une grande part des accidentés plus prompts, intolérants, irritables voire agressifs, particulièrement dans les mois suivants l’accident (n = 34). C’est le problème de comportement qu’ils ont le plus fréquemment déploré. Dans quelques cas, il a même été question de rage et de colère (n = 3). Ce problème s’atténue avec les années et, selon plusieurs (n = 8), il augmente avec la fatigue. Dans quelques cas, la colère était parfois une manifestation de la difficulté à accepter les séquelles ou leurs conséquences. Au moment de l’étude, la presque totalité des participants avait trouvé un moyen pour contrôler leurs sauts d’humeur.

Les émotions peuvent également être perturbées. Trois présentaient de la labilité émotionnelle se manifestant par des pleurs inexpliqués ou à la moindre émotion. Sans exprimer directement de sentiments dépressifs, deux ont confié avoir une humeur changeante, être joyeux le matin et subitement devenir triste. Enfin, trois ont affirmé ne plus ressentir d’émotions telles la joie, la peine ou le désir.

Le traumatisme peut causer d’autres perturbations au plan comportemental. Onze participants ont déclaré qu’ils sont maintenant plus craintifs ou ont carrément peur . De la crainte de circuler à haute vitesse en voiture au stress post-traumatique intense, en passant par la crainte de perdre à nouveau des capacités ou des crises d’angoisse circonstancielles, ce sentiment atteint les victimes à des degrés divers. Les innocentes victimes et les victimes d’agression sont davantage affectées par ce sentiment.

Les séquelles cognitives peuvent causer divers problèmes de fonctionnement comme l’oubli de rendez-vous ou l’échec dans certaines tâches. Onze personnes ont éprouvé une perte d’ estime de soi ou de confiance en soi suite à ces difficultés. Ils ont à rebâtir cette estime et cette confiance au fil des réussites qu’ils vivent et en fonction des moyens de compensation qu’ils apprennent à utiliser.

Résultant à la fois de troubles cognitifs et émotionnels, trois personnes ont avoué être devenues très influençables face à leur environnement, au point d’être vulnérables par exemple en faisant des achats inconsidérés ou en suivant les conseils de personnes mal intentionnées. Pour améliorer la maîtrise d’eux-mêmes et contrer cette tendance, ils ont dû développer des stratégies comme un contrôle strict des dépenses, éviter de regarder les annonces publicitaires, consulter des personnes de confiance avant toute décision et même s’isoler pour éviter les situations à risque.

Certains participants ont révélé avoir eu des troubles sévères du comportement qui peuvent être même qualifiés de répréhensibles pendant une certaine période. Deux étaient insouciants par rapport à leur traumatisme et rebelles face aux recommandations. Ils ont ainsi aggravé leurs séquelles. Deux autres ont déploré des problèmes au plan de la sexualité (désinhibition) et trois au plan de l’abus des substances (alcool et drogues). Ces troubles étaient toutefois résorbés au moment de l’étude.

La fatigabilité est le problème persistant le plus fréquemment signalé par les répondants et représente un facteur de limitation des plus importants dans la réalisation de leurs activités (n = 38). La majorité d’entre eux ont dû apprendre à respecter leur sommeil, à gérer leur temps de travail et de repos. Plusieurs ont dû restreindre leurs activités de travail, de loisirs et leurs activités sociales car c’est pour eux la seule façon de compenser cette incapacité.

En résumé, pour la section sur les facteurs personnels, on remarque que les usagers attribuent à eux-mêmes une partie relativement importante de leur réussite ou de leur cheminement. On observe aussi que les séquelles du traumatisme, tout comme leurs conséquences, affectent la participation sociale par exemple la perte de confiance en soi ou les peurs (tableau 18). Sur le plan des interventions, il faut retenir qu’il n’est pas toujours possible d’agir sur les séquelles, mais qu’il est généralement possible d’en gérer les conséquences.

Six composantes de l’environnement peuvent influencer la participation sociale selon les données recueillies : 1) les services dispensés dans le réseau de la santé et des services sociaux; 2) l’indemnisation; 3) la famille; 4) les amis et le réseau social; 5) les pairs et groupes d’entraide; et 6) le milieu de travail. Les éléments favorables et défavorables de chaque composante sont décrits ci-après.

Même si un grand nombre de commentaires envers les services du réseau de la santé et des services sociaux ont été élogieux, il n’en reste pas moins que des lacunes ont aussi été signalées. Certains ont accepté de participer à l’étude parce que c’était pour eux une façon de faire des suggestions et des recommandations découlant de leur perception des services reçus. Cette occasion qui leur était donnée de contribuer à leur façon à l’amélioration de la qualité des services a été pour eux une source de valorisation. Pour quatre personnes qui avaient vécu des difficultés majeures, il était important de livrer un message pour ne pas que d’autres vivent la même situation qu’eux.

Plusieurs ont dû vivre des délais d’attente (n = 9) pour la prise en charge initiale en réadaptation. Pour trois d’entre eux, le fait de ne pas être couvert par la SAAQ pouvait être mis en cause dans ces délais. Les délais ont été occasionnés par une difficulté à établir le bon diagnostic au début et une mauvaise référence par la suite dans cinq cas.

Trois commentaires négatifs ont porté spécifiquement sur l’ accueil en centre de réadaptation spécialisé suivant immédiatement la période des soins aigus en milieu hospitalier. Pour eux, le fait d’arriver dans un milieu inconnu, où circulent de nombreuses personnes en fauteuil roulant, où plusieurs ont des appareils de marche ou des prothèses, a été vécu difficilement.

Selon plusieurs remarques, la compétence de certains intervenants peut être remise en cause, particulièrement les professionnels non spécialisés envers cette clientèle ou ceux qui ont été peu ou n’ont pas été sensibilisés à la problématique particulière du TCC (n = 8). Ainsi, le mauvais diagnostic initial ou le manque de référence à des ressources spécialisées a causé une réaction en cascade par l’ absence de services et le manque de suivi qui en a découlé. Trois de ces personnes étaient des accidentés du travail, ce qui fait ressortir le manque de formation spécialisée de certains intervenants de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). Les difficultés éprouvées par ces personnes et leurs familles sont notamment les échecs imprévus dans l’accomplissement de leurs tâches, les comportements inhabituels, l’inactivité prolongée, la détérioration de la vie familiale et autres. Certains sont allés jusqu’à la dépression et la tentative de suicide. Selon les répondants, ces situations auraient pu être évitées par un suivi adéquat. Pour trois participants, les conséquences de l’absence de traitement spécialisé sont déclarées pires que les conséquences du traumatisme lui-même. Les services spécialisés n’ont pas, non plus, toujours été à la hauteur, d’où un questionnement quant à la compétence de certains intervenants (n = 18). Des cas de mauvaise orientation professionnelle, de mauvaise relation avec le thérapeute, de retour au travail trop hâtif, de mauvaise évaluation soit des capacités de travail ou soit des exigences du travail ont été déplorés.

Ceux qui n’ont pas obtenu de services suite à un mauvais diagnostic n’ont pas non plus obtenu l’ information sur le TCC en début de processus. Ils l’ont obtenu beaucoup plus tard, ce qui leur a permis de comprendre leurs difficultés après les avoir vécues, c’est-à-dire par essais et erreurs et après s’être débrouillés tant bien que mal.

Certaines remarques démontrent que les services ne sont pas toujours adaptés aux individus , principalement dans le cas de ceux admis en interne en centre de réadaptation après la phase aiguë (n = 11). Dans cette situation, un rythme de vie et des activités leur sont imposés (lever, repas, traitements, sorties et autres), ce qui est considéré par certains comme une entrave à leur liberté (n =7). Le fait d’être suivi en externe a le plus souvent solutionné le problème. De plus, les tests et les thérapies tels les jeux et les activités de groupe, sont parfois perçus comme inutiles ou humiliants (n = 3). Ces participants suggèrent des activités plus près du vécu spécifique des personnes et de leur laisser plus d’initiative.

Certaines personnes ont subi un traumatisme sévère et doivent réorienter complètement leur vie. Six d’entre eux déplorent le manque de suivi à long terme . Ils aimeraient avoir une personne à qui se référer en cas de besoin à leur retour à domicile, par exemple, une ligne d’entraide téléphonique a été proposée.

Les familles des personnes ayant subi un TCC ont aussi bénéficié de différents services qui, selon les répondants, ont été appréciés, par exemple, le soutien au conjoint, les explications fournies, l’aide personnelle et autres (n = 13). Toutefois, huit répondants relatent que leur conjoint ou les membres de leur famille n’ont pas ou peu reçu d’aide, ou encore que cette aide n’était pas adéquate et a généré d’autres difficultés.

Les différents programmes d’indemnisation des victimes d’un TCC possèdent leurs propres structures et leurs propres règles. Ils interfèrent ainsi avec les services dispensés dans le réseau de la santé et des services sociaux. De nombreux accidentés étant des victimes de la route, ils ont eu à transiger avec les représentants de la SAAQ et ont émis des commentaires à ce sujet. Les services d’indemnisation et de réadaptation de la SAAQ sont perçus positivement par quinze répondants et négativement par quatre répondants. Dans ces derniers cas, les règles, les procédures et les délais administratifs sont pointés du doigt. Les quatre répondants qui avaient subi un accident du travail ont dit éprouver de sérieuses difficultés avec la CSST sur plusieurs plans. L’absence d’un programme spécifique à cette clientèle et l’absence de spécialisation des intervenants semblent en cause dans les difficultés en rapport avec cet organisme.

La perte de revenu et le stress engendré par les règles administratives des organismes d’indemnisation s’ajoutent aux difficultés. Quand les séquelles sont importantes et qu’il est évident que la personne est incapable de retourner sur le marché du travail, elle peut compter relativement rapidement sur une stabilité financière et, selon plusieurs, cela les aide à se réorganiser (n = 7). Dans le cas de lésions moins sévères, il peut s’écouler un long laps de temps avant de connaître les capacités et les limites de la personne, ce qui peut l’amener à vivre une pénible période d’incertitude.

Les commentaires reçus sur les services sont résumés au tableau 19. Globalement, les services du réseau de la santé et des services sociaux et ceux relatifs à l’indemnisation sont appréciés de façon variable selon les situations, démontrant la non-uniformité dans la qualité de certains services dispensés à cette clientèle tout au long du continuum. Il est à noter que les commentaires recueillis sont les perceptions des usagers sur des services dispensés souvent il y a plusieurs années. Ainsi en fonction des lacunes mentionnées, plusieurs solutions peuvent être dégagées. Une meilleure préparation de l’accueil, l’information aux usagers dès le début du processus, la mise en place de programmes spécifiquement dédiés aux TCC, la formation des intervenants, la possibilité d’adapter les services aux besoins de la personne, l’instauration d’un suivi à plus long terme et la mise en place de services aux familles sont des mesures réalisables qui ont déjà été implantées à plusieurs endroits. Un défi plus grand pourrait consister à uniformiser l’ensemble des programmes de réadaptation, de soutien à l’intégration et d’indemnisation provinciaux, soit un service d’indemnisation sans égard à la cause du traumatisme. On remarque aussi que plusieurs commentaires vont dans le sens de favoriser la prise en charge de l’individu, de le soutenir dans sa démarche personnelle et non de lui imposer celle reliée à l’organisation des services. Certaines qualités personnelles mentionnées dans la section précédente allaient également en ce sens.

Le conjoint et les familles sont des partenaires indispensables au processus de réadaptation et d’adaptation. Ils constituent un facteur ayant le potentiel d’influencer la participation sociale. Cinquante des 53 participants de l’étude ont déclaré avoir eu directement de l’aide des membres de leur famille suite au traumatisme (parents, conjoint, frères et sœurs). Certains ont eu une période de réadaptation ou de convalescence à domicile avec l’aide de leur famille. Huit répondants ont qualifié cette aide de déterminante dans le processus de réadaptation et d’adaptation et neuf l’ont qualifié de très importante.

L’aide concrète a été de différentes natures: hébergement transitoire, garde des enfants, remplacement des soignants et thérapeutes, transport, aide dans les tâches domestiques, réalisation de travaux que la personne accidentée ne peut faire pendant sa réadaptation, visites, tenir compagnie et autres. Le soutien psychologique tel le fait de se sentir accepté, écouté et encouragé par les membres de sa famille a aussi été significatif. En général, l’aide s’est manifestée de façon plus intense lors de la phase aiguë et lors de la réadaptation intensive.

L’apport de la famille est essentiel, mais celle-ci n’offre pas toujours l’aide et le soutien adéquat. Dix participants de l’étude ont vécu un divorce ou une séparation suite au traumatisme. Trois ont été victimes d’abus de la part de leurs proches. Trois disent ne pas avoir pu compter sur les membres de leur famille comme ils l’auraient souhaité. Parfois l’aide et le soutien étaient exagérés et perçus comme de la surprotection (n = 5). Par ailleurs, les familles doivent aussi s’adapter aux nouvelles capacités de la personne accidentée. Dans trois cas, la famille a éprouvé des difficultés d’adaptation et cela a nuit au cheminement de la personne elle-même. Ces difficultés se sont manifestées par exemple par des attentes irréalistes ou des comparaisons répétées des capacités actuelles avec les capacités antérieures.

Les commentaires concernant la famille sont résumés au tableau 20. Il ressort des commentaires que la famille ne peut être considérée simplement comme un complément aux services du réseau de la santé et des services sociaux car elle est présente tout au long de la vie de la personne. Les proches ont également besoin d’information et de soutien en plus d’être guidés dans leur rôle face à la personne victime d’un TCC.

Outre l’aide des intervenants, de la famille et parfois des amis, les pairs (autres personnes ayant subi un TCC) et les groupes d’entraide TCC ont contribué de façon substantielle au processus de réadaptation et d’adaptation. Selon plusieurs, le simple fait de côtoyer des pairs lors des séjours ou des visites en centre de réadaptation les a aidé à mieux se comprendre eux-mêmes (n = 7). Treize participants ont mentionné explicitement que le groupe d’entraide TCC a été favorable sur plusieurs plans. Ils y ont obtenu de l’écoute, de la compréhension et du soutien. Le fait de rencontrer d’autres personnes qui vivent des difficultés semblables aux leurs les a aidés à accepter leur situation. Ceux qui n’ont pas été référés en réadaptation suite aux lacunes dans le continuum de services en ont bénéficié d’une façon particulière (n = 3). Par contre, ceux qui refusent toujours d’accepter leurs séquelles n’ont pas apprécié le contact avec leurs pairs et n’ont pas aimé les activités du groupe d’entraide. C’est un monde auquel ils ne veulent pas s’identifier et qu’ils rejettent, un monde qui semble perçu comme un ghetto (n = 2).

Les personnes ayant subi un TCC qui ont des séquelles importantes trouvent au sein des associations des moyens pour réorganiser leur vie au retour dans leur milieu (n = 7). Ils peuvent se faire de nouveaux amis dans les activités sociales organisées par l’association, échanger avec les autres sur leurs difficultés et partager les solutions développées. Quatre disent qu’ils se sentent mieux compris et mieux écoutés par ceux qui ont vécu les mêmes difficultés qu’eux. Il est aussi plus facile de planifier des activités avec des personnes qui adoptent le même rythme. De plus, ils peuvent être valorisés par leur participation aux activités de bénévolat proposées par le groupe d’entraide TCC et par l’aide qu’ils peuvent maintenant donner aux autres personnes qui ont subi un TCC et leurs familles.

Les propos concernant les amis et les pairs sont regroupés au tableau 21. Globalement, le réseau social peut être largement affecté par le TCC. Le groupe d’entraide TCC s’avère une ressource essentielle, particulièrement pour ceux qui ont de graves séquelles persistantes au moment du retour dans le milieu. En ce qui concerne les amis et l’entourage, le fait que les séquelles ne soient pas apparentes physiquement augmente la difficulté à comprendre les difficultés ou les comportements de la personne qui a subi un TCC. Selon les propos recueillis, l’amélioration des connaissances sur les conséquences de ce traumatisme et la diffusion de cette information pourraient favoriser l’inclusion sociale de ces individus.

Le milieu de travail peut être un facilitateur ou un obstacle en fonction de ses caractéristiques. Parmi les caractéristiques défavorables mentionnées par les participants, on retrouve le travail qui ne présente pas de souplesse et d’adaptabilité (n = 9), les échéanciers fixes, les milieux compétitifs (n = 5) ainsi que le travail sous pression (n = 1). Chez ceux qui ont rencontré des milieux favorables qui leur ont permis de retourner sur le marché du travail (n = 14), on retrouve des caractéristiques telles la souplesse des horaires ou la possibilité de travail à temps partiel (n = 10), l’attitude d’ouverture (n = 7), l’aide des collègues ou des compagnons de travail au début (n = 5) ainsi que de la latitude décisionnelle (n = 6). L’adaptation du poste de travail a permis le retour au travail dans un cas. Il est à noter que les caractéristiques favorables devaient être associées à une lésion suffisamment légère pour permettre d’atteindre éventuellement le niveau de productivité du marché compétitif dans cet échantillon.

Le fait que la fatigue se compense par une gestion stricte des activités a une influence sur le retour au travail. Dans ce contexte, certaines personnes qui occupaient un emploi qui ne présente pas de latitude décisionnelle, qui a des échéanciers précis, qui n’est pas adaptable sur le plan des horaires ou de la répartition du travail ont éprouvé un échec dans leur essai de retour au travail.

Les caractéristiques reliées au milieu du travail sont résumées au tableau 22. Les lois qui régissent le monde du travail pourraient contribuer à faciliter l’intégration au travail des personnes ayant subi un TCC en mettant en place des mesures qui assouplissent le cadre de travail, tels les horaires variables et le temps partiel. Par contre, il faut considérer que le marché de plus en plus compétitif dans la majorité des secteurs de l’économie constitue un obstacle.

En conclusion aux deux précédentes sections et de façon générale, les commentaires des participants démontrent que la participation sociale résulte de l’interaction entre les facteurs personnels et environnementaux. Les services dispensés dans le réseau, l’indemnisation, la famille, les amis, les pairs et le milieu de travail peuvent constituer soit des obstacles ou soit au contraire des facilitateurs. En fonction de la gravité et de la nature des séquelles, il serait possible d’adapter l’environnement pour favoriser la participation sociale. Plusieurs pistes ont été dégagées en ce sens dans les sections précédentes. Les valeurs de tolérance et d’ouverture face aux différences sont sans aucun doute à promouvoir. Les deux caractéristiques de résilience des milieux que sont la cohésion (aide des collègues, des amis, des pairs par exemple) et l’adaptabilité (souplesse dans le travail ou les services par exemple) ressortent des commentaires des participants. Après ces considérations, la prochaine section aborde le processus d’adaptation de la personne ayant subi un TCC dans la reprise de ses activités et ses rôles.

Cette section présente les réponses aux questions concernant les événements survenus depuis le traumatisme et le cheminement parcouru jusqu’à la situation actuelle. Les participants faisaient part de leurs perceptions et rapportaient ce qu’on leur avait dit de la période plus ou moins longue dont ils n’avaient plus de souvenir (amnésie post-traumatique). Le traumatisme a été vécu pour tous comme une rupture brutale dans la continuité de leur existence. Cette rupture a été suivie d’une période de récupération et d’adaptation plus ou moins difficile jusqu’à ce que la vie reprenne son cours, soit par la reprise des activités antérieures, soit par l’accomplissement de nouvelles activités. En fonction des critères de sélection relatifs au délai depuis le traumatisme, à la fin de la réadaptation intensive et au retour dans le milieu, il est possible de considérer que la majorité des participants se situaient dans une période d’adaptation ou à la fin de cette période au moment de la collecte de données. Pour seulement quelques personnes, la situation n’était pas encore stabilisée au moment de la collecte, par exemple certaines phases de la réadaptation n’étaient pas terminées ou elles avaient fait une rechute. Pour celles dont la situation était stabilisée, les événements relatifs à cette période d’adaptation étaient récents ou actuels étant donné le délai moyen depuis l’accident. Les participants pouvaient donc en parler avec un certain recul, en même temps que cela était frais à leur mémoire. Trois trajectoires de vie ont pu être dégagées des commentaires des participants. La première est relatée par la majorité d’entre eux. Ils ont remonté la pente mais considèrent que leur situation est moins avantageuse qu’avant. Pour un deuxième groupe, ils se considèrent au même point qu’avant le traumatisme et pour quelques personnes, peu nombreuses, le traumatisme a même été une occasion d’améliorer leur situation.

Les thèmes énoncés par les participants pour décrire leur cheminement depuis le traumatisme sont regroupés sous cinq rubriques : 1) la connaissance de sa nouvelle identité; 2) la réalisation des pertes; 3) la résolution des émotions; 4) l’adaptation aux nouvelles capacités; 5) la transcendance des pertes, la reprise des activités et des rôles. Ces rubriques ont été inspirées de celles définies dans l’étude de Charmaz (1994) sur le processus d’adaptation des personnes atteintes de maladies chroniques. Ce cheminement personnel s’est fait au fil des rencontres, des interventions, des situations, des échecs et des autres événements vécus suite au traumatisme. Une description des stratégies gagnantes dans le processus, tel que relaté par les participants, complète cette section. L’accent est donc mis sur les éléments qui ont le plus contribué à l’état de bien-être que certaines personnes avaient atteint au moment de la collecte de données.

Pour pouvoir s’adapter à leurs nouvelles capacités et réorganiser leur vie, les participants devaient d’abord en acquérir une connaissance. Cette entreprise s’avère généralement plus difficile pour les personnes ayant subi un TCC que pour une personne ayant une lésion à la moelle épinière ou une lésion musculosquelettique par exemple. En effet, les séquelles du TCC sont le plus souvent non apparentes. C’est principalement dans l’action que les personnes peuvent en prendre réellement conscience, en constatant leur rendement dans les activités. Elles ont également besoin d’explications ou de rétroaction pour comprendre leurs attitudes, leurs échecs ou leurs réactions et pour trouver les bonnes stratégies de compensation.

Plusieurs ont exprimé que cela a été difficile et qu’il leur a fallu du temps avant de comprendre qu’ils n’étaient plus la même personne suite au traumatisme (n = 9). Il est à noter que cinq d’entre eux n’avaient pas été référés pour des services spécialisés suite à l’accident et qu’ils ont cheminé par eux-mêmes, par essais et erreurs, pour une bonne partie du processus d’adaptation. Trois ont dit ne pas encore être à l’étape de reconnaître leurs limites car ils font encore des progrès réguliers.

Les services spécialisés ont aidé à la connaissance des nouvelles capacités et limites dans de nombreux cas (n = 24). Les services qui se rapprochent le plus de la réalité comme les évaluations de capacités de travail, les stages en emploi, les essais de travail adapté et le retour progressif au travail avec supervision seraient les plus utiles (n = 20). Un participant a souligné l’importance des activités de groupe avec des pairs où ils peuvent comprendre leur propre situation en regardant les autres agir. Deux ont suggéré de ne pas donner d’explication verbale sur les incapacités car cela peut sembler abstrait et difficilement compréhensible, mais d’utiliser plutôt l’action pour faciliter la prise de conscience des incapacités et de leurs conséquences.

Les activités que les personnes décident par elles-mêmes d’accomplir sont aussi une manière efficace de prendre conscience de leurs capacités et limites (n = 19). Expérimenter une activité familière, dont ils connaissent le rendement donné habituellement, est un point de comparaison solide pour eux. Parmi les activités de ce type, on retrouve la construction ou les rénovations au domicile, le fait de prendre des cours, les essais personnels de retour au travail ou la réalisation d’une activité spécifique reliée au travail, l’essai d’un sport régulièrement pratiqué avant l’accident, l’essai d’un jeu à l’ordinateur qui a des normes de réussite ou des concurrents et dont le niveau de difficulté est connu. Ils peuvent, entre autres, connaître ainsi la durée de travail efficace qu’ils peuvent accomplir. Par contre, le contact avec la réalité peut être confrontant car la personne réalise à ce moment toutes ses difficultés et ne peut pas en nier l’évidence. Il est ainsi souhaitable qu’elle bénéficie d’un suivi lors de ces essais et que ceux-ci soient dosés dans la mesure du possible.

La personne qui a pris conscience de ses limites doit vivre le deuil de ses pertes. Ce deuil se fait en franchissant différentes étapes. Ces processus de connaissance des capacités et limites, d’adaptation et de deuil se chevauchent et peuvent prendre plusieurs années. Les participants ont parlé de délais de 2 ν à 7 ans. Le délai le plus long a été mentionné par un de ceux qui n’avaient pas obtenu de service au départ et qui avaient été référés beaucoup plus tard en réadaptation.

Les pertes subies lors de l’accident varient d’une personne à l’autre et vont influencer tout le processus de réadaptation et d’adaptation. Les pertes se situent d’abord sur le plan organique (séquelles). Puis elles génèrent des conséquences sur les capacités et la réalisation des habitudes de vie, comme l’impossibilité de reprendre son travail antérieur (n = 19) ou certaines activités de loisir (n = 11). La perte du travail antérieur est ce qui a été vécu le plus difficilement dans plusieurs situations (n = 12). Certains ont dû vivre un divorce en plus du traumatisme (n = 10) avec parfois la perte de la garde des enfants. Le permis de conduire a été suspendu pour trois répondants à cause des séquelles de leur traumatisme et trois autres ont désormais des restrictions sur leur permis. Quand ils prennent conscience de la permanence de leurs pertes, nombreux sont ceux qui vivent un choc. Par exemple, on réalise qu’on ne goûtera plus jamais rien, qu’on ne pourra plus jamais sortir seul en auto, qu’on sera confronté jour après jour dans son quotidien par ses limites.

L’espoir de guérir, de revenir comme avant, de conduire sa voiture ou de reprendre son travail peut habiter les personnes pendant longtemps. Toutefois, seulement quatre participants conservaient encore des espoirs de cette nature au moment de l’étude et leur deuil n’était ainsi pas encore terminé. Un seul tenait des propos démontrant qu’il niait encore ses séquelles et qu’il ne croyait pas à leurs conséquences néfastes sur la reprise de ses activités antérieures.

Malgré de très grandes pertes, trois participants ont admis que l’accident leur avait permis de faire certains gains et de vivre des expériences positives, par exemple en se rapprochant des membres de leur famille.

La famille est aussi affectée par ces pertes et doit vivre le même processus d’adaptation et de deuil. Huit familles ont vécu un changement profond des rôles de chacun qui a dû être accepté par les deux conjoints et même les enfants dans certains cas. La solidité du couple avant le traumatisme est invoquée pour la réussite de cette adaptation dans trois cas.

Les circonstances associées au traumatisme ont occasionné d’autres pertes. Ainsi, dans plusieurs situations, l’accident a fait d’autres victimes (n = 15). Lorsque les victimes étaient des membres de la famille ou des proches, la personne qui a subi un TCC avait des difficultés supplémentaires à surmonter. En plus des pertes subies pour elle-même, elle devait vivre le deuil d’une personne chère, d’un collègue ou soutenir un proche qui a aussi été blessé. L’accident a causé des blessures graves à des membres de la famille ou des amis très proches dans cinq cas. Cinq personnes ont dû vivre le deuil d’une personne chère ou d’un collègue. Un des participants a dû vivre les deux épreuves, soit la perte de deux proches tout en ayant à soutenir une troisième personne qui avait aussi été blessée lors de l’accident. Il a confié vivre des difficultés majeures.

Quand ils réalisent leurs pertes, plusieurs accidentés sombrent dans la dépression. Vingt-deux participants ont avoué avoir eu une période dépressive que certains ont appelé période noire, creuse, ou down . Pour certains, cette période peut durer tant et aussi longtemps qu’ils n’entrevoient pas de solution (n = 2).

Certaines circonstances du traumatisme conduisent à des difficultés supplémentaires dans le cheminement, particulièrement le fait d’avoir été blessé par une autre personne. Quatre répondants qui peuvent être considérés comme des innocentes victimes lors de l’accident ont confié qu’ils n’avaient pas réussi à « pardonner » et qu’ils ont même de la difficulté à envisager cette éventualité. Deux d’entre eux connaissaient même la personne qui a causé le traumatisme. Cette « agression » était volontaire dans trois cas et due à la vitesse et l’alcool dans un autre cas. Ces quatre personnes présentent des séquelles et des difficultés d’adaptation importantes. Certaines sont habitées par la rage et la rancœur, d’autres ressentent craintes et peurs.

Dans quatre autres situations, les participants ont réussi à pardonner car la personne qui a causé l’accident ne l’avait pas fait volontairement. Un autre répondant a avoué qu’il doit se pardonner à lui-même d’avoir causé l’accident car il en est le seul responsable. Ceux qui ont accompli une forme de pardon ont manifesté avoir retrouvé une certaine paix intérieure et une certaine sérénité.

En général, les participants ont réalisé des progrès réguliers après leur traumatisme, sur le plan de la récupération des capacités (n = 32). Ces progrès s’expriment par une diminution de l’irritabilité, de la douleur, une augmentation de l’endurance et autres. Tous sont demeurés avec des séquelles plus ou moins importantes auxquelles ils ont dû s’adapter. Selon plusieurs, l’adaptation aux nouvelles capacités a constitué l’obstacle le plus difficile à surmonter.

Le mécanisme d’adaptation le plus utilisé est la gestion stricte de l’alternance travail (ou activité) et repos, ce qui signifie le dosage des activités, la discipline et le respect du sommeil (n = 16). Trois ont parlé d’adopter une routine de vie saine, un horaire régulier. Ceux qui présentent des problèmes de mémoire notent tout (n = 7) ou encore planifient minutieusement ce qu’ils ont à faire (n = 6), pour s’assurer de ne rien oublier et de faire le moins d’erreurs possibles. De plus, l’utilisation de l’agenda ou du calendrier est répandue. Ils disent ainsi parvenir à fonctionner adéquatement à la maison ou au travail. Spécifiquement pour la reprise du travail, d’autres stratégies ont été utilisées comme la diminution des activités de loisirs, le respect des pauses, le temps partiel, la répartition des tâches pendant la journée pour alterner celles qui sont plus exigeantes avec celles qui le sont moins, la demande d’aide ou de supervision occasionnelle, la consultation lors de la prise de décision, la délégation de certaines tâches, l’adaptation du poste de travail et finalement l’adoption de postures différentes pour accomplir le travail. Quatre répondants ont dit atteindre le même niveau d’efficacité qu’avant dans leur travail, mais en utilisant des méthodes différentes.

En rapport avec la vie à domicile ou sociale, quelques-uns ont dit avoir modifié leurs habitudes de consommation d’alcool (n = 2), leurs habitudes alimentaires ou ont arrêté de fumer (n = 1). Certains évitent simplement les activités où ils sont trop confrontés à leurs limites et qu’ils ont trop de difficulté à réaliser, par exemple, ils évitent les endroits bondés ou bruyants (n = 2) ou encore les situations nouvelles (n = 2), ils évitent de parler parce qu’ils ont des difficultés d’élocution (n = 1) ou de regarder les publicités ou les circulaires pour ne pas faire d’achat inconsidéré (n = 1). Certaines stratégies font appel aux proches. Quatre les consultent davantage lors des prises de décision, quatre utilisent un encadrement et une supervision régulière, une personne avertit un membre de sa famille de ses projets de la journée pour qu’il lui rappelle au besoin. Cinq utilisent des aides techniques comme les avertisseurs pour faire la cuisine. Deux ont dit maintenant vivre au jour le jour, à cause de leur difficulté à planifier et maintenir des projets à long terme. Un autre confie devoir développer des habiletés pour négocier avec son conjoint. Finalement, certains doivent apprendre à vivre avec la douleur (n = 4) ou avec l’hypersensibilité aux sons (n = 2).

Dans cette épreuve que constitue le fait de subir un TCC, d’assumer les pertes qui en découlent et de s’y adapter, quatre répondants ont confié que le plus difficile était d’accepter la situation, d’accepter leurs pertes et leurs nouvelles capacités. Pour 17 d’entre eux, cette acceptation était extrêmement difficile. En rapport avec le moment de la collecte de données, vingt participants ont déclaré expressément avoir accepté l’accident, les pertes et leurs conséquences et six confient même avoir résolument tourné la page sur cette étape de leur vie et regarder maintenant vers l’avenir, sans regret ou ressentiment. Dix autres disent aussi clairement ne pas encore accepter leurs limites. Pour un répondant, il n’est pas important de savoir s’il a ou non accepté, il se centre sur ce qu’il doit faire et travaille du mieux qu’il peut pour réussir. Enfin, pour un autre, le refus d’acceptation a conduit à une mobilisation de ses propres énergies pour récupérer et compenser les séquelles.

Pour parvenir à accepter la situation, ne serait-ce que partiellement, certaines personnes ont dû faire un cheminement intérieur important. Elles ont parfois dû changer de système de valeurs (n = 15), reléguant à des niveaux inférieurs la productivité ou la rentabilité quand ils ne pouvaient reprendre une activité rémunératrice et laissant plus de place à la famille ou au simple bien-être par exemple. Certains disent aussi mieux comprendre la souffrance des autres et mentionnent que certaines choses qui leur paraissaient futiles sont devenues importantes et vice versa.

Treize répondants émettent des commentaires qui démontrent qu’ils ont vécu une croissance personnelle comparable à celle que vivent des personnes confrontées à des épreuves importantes. Selon les propos recueillis, ce cheminement peut parfois sembler exemplaire ou spectaculaire pour l’entourage de la personne qui a subi un TCC. Toutefois, trois personnes disent le faire sans avoir réellement le choix. Pour eux, le courant de la vie est fort et les mène. Leur entourage réclame leur présence ou les soutient tellement positivement dans l’épreuve qu’ils ne peuvent s’en échapper. Pour ces trois personnes, l’entourage a ainsi joué un rôle déterminant dans leur évolution.

Ce cheminement se fait à travers la reprise d’activités et la réalisation d’habitudes de vie. La plupart des répondants avaient repris des activités régulières au moment de la consultation. Dix ont repris les mêmes qu’avant et neuf s’en disent satisfaits. Douze ont repris des activités dans le même domaine, mais avec des ajustements comme le travail à temps partiel et sept s’en disent satisfaits. Vingt-cinq ont du réorienter complètement leur vie et 17 s’en disent satisfaits. Finalement, six n’ont pas encore repris d’activités régulières car ils n’ont pas complété certaines étapes de leur réadaptation.

Parmi les activités nouvelles dans lesquelles les gens s’investissent, plusieurs choisissent la voie du bénévolat. Dix en font pour des associations et trois pour des particuliers. Les personnes développent aussi de nouveaux intérêts ou de nouveaux loisirs comme les arts (n = 4), les sports (n = 4), ou le jardinage (n = 3). Quatre ont pris des cours divers (langue seconde, diction et autres) et deux des cours qui conduisent à un diplôme. Deux disent participer aux activités de l’association TCC car ils sont incapables de suivre le rythme des activités régulières, peu importe leur nature.

Les personnes qui ont surmonté les épreuves reliées au traumatisme ont dû compter sur leurs ressources personnelles, sur l’aide de leur famille, de leur entourage et sur les divers services en place. Ils ont expérimenté des activités qui ont apporté leur contribution sur divers plans. Ainsi, tel que mentionné précédemment, plusieurs activités leur ont permis de connaître leurs nouvelles capacités et limites. Outre ces éléments souvent qualifiés d’importants ou déterminants, quelles sont, selon les participants, les stratégies gagnantes qui ont favorisé leur cheminement?

La reprise des activités antérieures permet de reprendre confiance en soi, de se « sentir comme avant » (n = 4). La reprise d’activités qui étaient particulièrement appréciées par les personnes a été favorable (n = 4), à ce titre on a mentionné la chasse, le véhicule tout terrain, le ski et les activités manuelles. Pouvoir regagner son autonomie, de prendre à nouveau le contrôle sur sa destinée s’est avéré aidant (n = 8). Le fait de se fixer des buts, des objectifs ou d’avoir des projets contribue à mobiliser les énergies (n = 20). Les buts peuvent être par exemple de récupérer au maximum, de retrouver son permis de conduire, de travailler vingt heures par semaine, de rénover sa maison, de pratiquer un sport ou autres. Trois participants ont comme projet principal maintenant de fonder une famille. Deux autres envisagent de déménager, de changer de milieu, ce qui les aiderait à tourner la page sur cette étape de leur vie.

La réalisation d’activités qui comportent un certain défi mais qui sont aussi à leur mesure contribue à leur adaptation (n = 19). À ce titre, les participants ont mentionné par exemple le fait de prendre des cours (n = 6), de s’investir dans la pratique d’un nouveau sport (n = 3), ou simplement de pratiquer un sport (n = 6), de réaliser une activité qui aurait été difficile même avant l’accident (n=4), de réaliser une tâche au travail qui est jugée difficile (n = 2), de contribuer à sa manière à l’entreprise familiale (n = 2) ou simplement d’assumer sa propre prise en charge personnelle et de s’occuper de sa résidence (n = 6). L’atteinte d’objectifs personnels et la réussite des projets sont de puissants renforcements et augmentent la confiance en soi. Cette confiance peut à son tour favoriser la participation sociale.

La reprise d’activités valorisantes et utiles pour leur entourage est essentielle pour plusieurs victimes d’un TCC qui n’ont pu retourner à leurs activités ou travail antérieurs (n = 10). Par ailleurs, un grand nombre de participants possédaient des animaux de compagnie, soit 23 sur les 53. Dans certains cas, cet animal a été une présence aidante lors du retour au domicile. Pour faciliter le deuil, quelques répondants sont allés rencontrer des témoins de l’accident ou sont retournés sur les lieux de l’accident (n = 4). Pour deux autres, le fait de se faire expliquer précisément le fil des événements depuis le traumatisme a été aidant. Par exemple, l’utilisation de photos ou de notes journalières prises par des proches peut aider à la compréhension des événements.

En conclusion, pour la section sur le cheminement et le processus d’adaptation, les personnes qui ont subi un TCC, peu importe la gravité des séquelles, ont besoin d’une raison de vivre, comme c’est le cas de tous les êtres humains. Une synthèse des éléments qui ont influencé le processus d’adaptation et le cheminement vers la reprise des activités et des rôles est présentée au tableau 23.

Les données qualitatives ont été triangulées avec les résultats quantitatifs, avec les données descriptives générales de cette population, ainsi qu’avec les connaissances théoriques, dans le but d’en démontrer la validité. Les données qualitatives recueillies apportent également un certain éclairage sur les résultats obtenus dans les analyses quantitatives. Cette section souligne donc les relations entre les variables étudiées et les commentaires des participants. Les nombreux points de convergence apportent une justification supplémentaire au choix des variables de cette étude.

Il est possible de faire un rapprochement entre les difficultés rapportées et les résultats aux tests utilisés. Ainsi, les commentaires recueillis sont cohérents avec les résultats obtenus aux différentes échelles du Test de personnalité PER . La fatigabilité est le problème le plus fréquemment mentionné (n = 38) et les résultats à l’échelle de dynamisme sont ceux qui s’éloignent le plus des résultats normatifs. Cette échelle (dynamisme) comporte en effet de nombreux items en rapport avec la fatigabilité. La difficulté de s’adapter et de faire face aux imprévus est aussi rapportée dans les commentaires. De la même manière, les items qui portaient sur ce point ont obtenu de faibles résultats dans l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale (item 11) et dans l’échelle de dynamisme (item 16).

Les faibles résultats à l’échelle d’autonomie peuvent s’expliquer en considérant la proportion relativement importante de personnes qui n’ont pu reprendre leurs activités antérieures et qui ont besoin de soutien à long terme. Il est aussi possible de faire des rapprochements entre les nombreux propos sur l’irritabilité (n = 34) et les faibles résultats à l’échelle de stabilité émotive du Test de personnalité PER . Un moins grand nombre de personnes ont énoncé des craintes et des peurs (n = 11) et les résultats à l’échelle d’anxiété sont équivalents à ceux du groupe normatif. Le processus d’acceptation, quant à lui, peut être mis en relation avec l’échelle d’acceptation de soi. Le résultat équivalent au groupe normatif peut s’expliquer par un relativement grand nombre de répondants qui ont dit avoir accepté la situation, dont certains ont même transcendé leurs pertes.

Les propos relatifs à l’expérimentation d’activités pour la connaissance des capacités et limites, à l’atteinte de buts et d’objectifs, à la réussite de projets, au fait de relever des défis et à la confiance en soi peuvent être mis en relation avec le concept de perception d’efficacité personnelle. Le cheminement et les stratégies gagnantes relatés par les participants ont en effet plusieurs similitudes avec le processus décrit par Bandura dans l’évolution de cette caractéristique personnelle, soit l’expérimentation personnelle de succès, l’observation des autres (pairs) et l’état somatique.

Les commentaires des participants sont aussi cohérents avec ce qui est généralement relaté dans la documentation notamment en ce qui concerne les séquelles comme la fatigabilité et l’irritabilité, les conséquences du traumatisme comme la dépression, le processus d’adaptation, le rôle de la famille et autres.

Cette triangulation démontre donc la crédibilité des données qualitatives recueillies. Parmi les nombreux facteurs dégagés de l’analyse qualitative, certains peuvent être plus directement en lien avec la participation sociale. La prochaine section présente le résultat des démarches qui permettent de déterminer ceux qui peuvent être utilisés dans l’analyse quantitative.

Certaines caractéristiques personnelles et environnementales qui ressortent de l’analyse qualitative pourraient être incluses dans une équation de régression visant à démontrer statistiquement leur apport à la participation sociale. Pour ce faire, les variables devaient avoir été mentionnées clairement par un nombre suffisant de participants. Plusieurs caractéristiques personnelles répondaient à ces critères. Par contre, peu de variables environnementales ont pu être sélectionnées. En effet, les éléments de l’environnement sont souvent trop complexes pour faire l’objet d’une classification dichotomique sans ambiguïté. Il arrivait souvent par exemple qu’un participant émette des commentaires positifs et négatifs sur un même élément de l’environnement, ce qui empêchait sa classification dans une catégorie. Ainsi, en ce qui concerne les services, les personnes qui n’avaient fait que des commentaires positifs ont été inclus dans la catégorie correspondante pour les analyses. Ceux qui avaient fait à la fois des commentaires positifs et négatifs ont été classés avec ceux qui ont fait des commentaires négatifs ou n’en avaient pas fait mention. La famille avait été mentionnée pratiquement par l’ensemble des répondants, il n’a donc pas été possible de faire des analyses comparatives avec cette variable. Les caractéristiques reliées au milieu du travail étaient aussi trop disparates pour créer des catégories qui permettaient des analyses. Sur le plan des relations sociales, les participants pouvaient signaler à la fois des caractéristiques favorables et défavorables de leurs amis. De plus, dans certains cas, les éléments relatés étaient des événements, des émotions ou des opinions et non des facteurs qui pouvaient être mis en relation avec la participation sociale.

Des analyses bivariées ont été effectuées pour comparer la participation sociale des répondants qui avaient identifié une caractéristique et ceux qui ne l’avaient pas fait. La liste des variables sélectionnées avec le résultat de ces analyses sont présentés au tableau 24. Selon ces analyses, seulement la volonté ou détermination ressort de façon statistiquement significative. De l’analyse qualitative on tire donc une variable dichotomique qui sera appelée « volonté » pour être incluse dans l’équation de régression. Les expressions motivation ou détermination ont été ici considérées comme des synonymes de volonté.

Pour approfondir la compréhension de la variable « volonté », un test statistique a été effectué pour vérifier le lien possible avec le niveau de sévérité de l’atteinte. Un lien significatif a été trouvé. Les personnes ayant identifié la volonté comme facteur favorisant la participation sociale sont davantage dans la catégorie des atteintes légères et modérées considérées conjointement que dans la catégorie des atteintes sévères (X2 = 4,95; p < 0,02). Ainsi, la volonté pourrait avoir plus d’influence pour les personnes présentant les niveaux de sévérité léger et modéré.

La régression linéaire est utilisée pour déterminer les facteurs qui expliquent la participation sociale. Les résultats de l’analyse effectuée avec le logiciel SAS intitulée « All regression » sont présentés au tableau 25. Cette analyse fournit toutes les combinaisons possibles de variables explicatives à inclure dans l’équation de régression. Elle a d’abord été effectuée pour les neuf variables personnelles à l’étude auxquelles a été ajoutée une variable tirée de l’analyse qualitative, soit la volonté. Les variables sont placées par ordre d’importance de variance expliquée de la participation sociale. Sur le plan de la régression simple, les trois variables qui expliquent la plus grande part de la participation sociale sont le dynamisme, la perception d’efficacité personnelle générale et la volonté. Sur le plan de la régression multiple, seulement les équations les plus significatives sont présentées. Les résultats démontrent que dans une équation qui contient déjà le dynamisme ou la perception d’efficacité personnelle générale, seulement la volonté ajoute un pourcentage significatif d’explication de la participation sociale.

À partir de ces deux équations à deux variables, l’ajout de n’importe laquelle des autres variables n’augmente pas le pourcentage d’explication de la participation sociale de façon significative. En effet, même l’équation qui contient les dix variables n’obtient que 2,4% de plus que celle qui n’en contient que deux. On note aussi que si on ajoute le dynamisme à une équation qui contient la perception d’efficacité personnelle générale, le gain est significatif, le pourcentage passant de 33,8% à 39,6%. Cette analyse permet de conclure que deux combinaisons de deux variables constituent les meilleurs modèles explicatifs de la participation sociale avec environ la moitié de la variance de la participation sociale expliquée, soit le dynamisme avec la volonté et la perception d’efficacité personnelle générale avec la volonté. La valeur du C(p) de Mallow indique que ces équations minimisent aussi l’erreur, soit une faible valeur du C(p) et une valeur voisine du nombre de variables dans l’équation plus 1. Dans la suite de ce document, pour référer au concept mesuré par l’échelle de mesure de la perception d’efficacité générale, l’expression perception d’efficacité personnelle sera utilisée pour ne pas alourdir le texte.

Tous les paramètres habituels des équations retenues ont été vérifiés (absence de multicolinéarité, homocédasticité, normalité, indépendance des résidus, effet de la présence de données atypiques) et respectent les conditions de façon satisfaisante. De plus, la volonté étant une variable dichotomique, une variable indicatrice (volonté multipliée par l’autre variable) a été ajoutée pour vérifier la présence d’interactions entre les variables. Après vérification, l’ajout des termes d’interaction ne modifie pas le coefficient de détermination de façon significative et cause de la multicolinéarité. Ceux-ci ne sont donc pas inclus dans les équations finales (tableau 26). La réponse à la première question de recherche se lit donc comme suit:

Deux combinaisons de deux facteurs personnels expliquent le mieux la participation sociale, soit le dynamisme et la volonté ainsi que la perception d’efficacité personnelle et la volonté. Le dynamisme, la perception d’efficacité personnelle et la volonté constituent donc des facteurs de résilience qui peuvent favoriser la participation sociale.

D’autres analyses ont été effectuées pour vérifier l’apport des facteurs environnementaux reliés à la famille (tableau 27). Le pourcentage d’explication de la participation sociale est à la limite du seuil de signification (0,05) pour l’adaptabilité et n’est pas statistiquement significatif pour la cohésion. La réponse à la deuxième question de recherche se lit donc comme suit :

Les facteurs environnementaux reliés à la famille n’expliquent pas, ou expliquent très peu, la participation sociale. Ces tests statistiques n’ont pas permis de se prononcer sur les autres facteurs environnementaux.

Sans négliger l’importance des autres variables à l’étude, la signification de ces résultats est que trois caractéristiques personnelles peuvent principalement influencer positivement la participation sociale et constituent des facteurs de résilience, ce sont le dynamisme, la perception d’efficacité personnelle et la volonté. Il est toutefois nécessaire d’approfondir ces résultats pour en tirer des conclusions sur le plan des interventions cliniques, de l’organisation des services ou de la recherche. Dans cette optique, la prochaine section analyse spécifiquement les relations entre le dynamisme et la perception d’efficacité personnelle.

L’échelle de dynamisme et l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale corrèlent fortement (r = 0,83) et ces deux variables expliquent la plus grande proportion de la participation sociale. Pour comprendre et approfondir la relation étroite observée ici entre ces deux concepts, des analyses complémentaires ont été effectuées.

Les liens entre le dynamisme et la perception d’efficacité personnelle s’expliquent d’abord par le contenu des instruments de mesure, soit les items eux-mêmes. Beaucoup de questions de l’échelle de dynamisme concernaient directement l’énergie, l’endurance ou la fatigabilité de la personne, séquelle très fréquente chez les personnes qui ont subi un TCC. Plusieurs items de cette échelle concernent également le fait d’être peu actif, problème aussi vécu de nombreuses personnes qui n’ont pu reprendre leurs activités antérieures. Enfin, d’autres items semblent directement en lien avec la perception d’efficacité personnelle, ce qui peut expliquer, au moins partiellement, la forte corrélation observée. Par exemple, l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale contient des items qui sont en lien avec la réalisation de buts et de projets (items 1 et 4). Ces items peuvent être mis en relation avec les items concernant les projets et le fait d’être entreprenant de l’échelle de dynamisme (items 135 et 137). De plus, chaque test a un item en rapport avec la capacité à faire face aux imprévus (item 16 de l’échelle de dynamisme et item 11 de l’échelle de perception d’efficacité personnelle générale).

Toujours pour comprendre le lien entre le dynamisme et la perception d’efficacité personnelle, une analyse factorielle des 28 items de la sous-échelle du dynamisme a été effectuée. Les items formulés négativement ont été inversés pour qu’une valeur élevée indique un dynamisme plus grand. Huit facteurs ont été dégagés (valeur propre >1), dont quatre ont une valeur propre plus grande que 1,5. Le premier facteur explique 34,5% de la variance (valeur propre = 9,66) et le deuxième facteur explique 10,7% de la variance (valeur propre = 2,99). L’analyse en composantes principales démontre que tous les items sont reliés à la première composante, un seul item ayant une saturation inférieure à 0,3 et vingt items ayant une saturation supérieure à 0,5. Une rotation Varimax avec normalisation de Kaiser a été utilisée pour compléter l’analyse des composantes principales. La saturation pour certains items sélectionnés de l’échelle pour les deux premières composantes est présentée au tableau 28. Les items sélectionnés sont ceux qui ont des saturations élevées et dont la saturation contraste avec les autres. On remarque que dans la deuxième composante, les saturations les plus élevées (> 0,6) correspondent toutes à des items reliés à la fatigue. Ces items contrastent avec les autres dont les saturations varient de 0,0 à 0,4 (non démontrées dans le tableau). Le dynamisme pourrait donc inclure une composante « fatigabilité ».

Pour approfondir encore le concept de dynamisme, les résultats ont été soumis à l’analyse de Rasch dans le but de classifier les items en ordre de difficulté. Selon la séquence obtenue, les items les plus difficiles sont principalement ceux reliés à la fatigue et à la difficulté à faire face aux imprévus, soit les items 96, 38, 16, 60, 90 et 125 ici placés par ordre en commençant par le plus difficile. L’item 16 se lit comme suit : « J’aime les événements imprévus ». Ce sont donc ces items qui causent le faible résultat obtenu pour cette échelle. Le faible dynamisme reflète donc principalement cette dimension qu’est la fatigabilité ainsi que les habiletés à s’adapter aux imprévus. L’échelle de perception d’efficacité personnelle générale a aussi un item qui porte sur les imprévus (item 11 : « Quand des problèmes imprévus arrivent, je ne m’y prends pas bien »). Tout comme dans l’échelle de dynamisme, cet item obtient un des plus faibles résultats.

Ces analyses permettent de conclure que le dynamisme a deux composantes qui sont particulièrement difficiles pour les victimes d’un TCC. Il s’agit de la fatigabilité et de la capacité à faire face aux imprévus. La composante fatigabilité n’est pas évaluée directement dans l’échelle de mesure de la perception d’efficacité personnelle générale tandis que les deux échelles ont un item qui porte sur les événements imprévus. La corrélation obtenue entre les deux variables tend à démontrer que la fatigabilité et possiblement la difficulté à faire face aux imprévus peuvent affecter la perception d’efficacité personnelle. La personne victime d’un TCC se percevrait moins efficace car elle sait qu’elle est fatigable et qu’elle peut difficilement fournir un bon rendement. Cette interprétation s’appuie d’ailleurs sur les commentaires des participants.

Tous les résultats obtenus se doivent d’être discutés avant d’en tirer des recommandations et des conclusions pour la recherche ou les différents paliers d’intervention. Ces éléments seront traités dans la prochaine section.