CHAPITRE IV CONCLUSION ET PERSPECTIVES

Table des matières

Les activités de logistique inversée sont encore mal perçues par les organisations. Plusieurs considèrent qu’elles sont source de dépenses, plutôt que de profits. On montre dans le présent mémoire que ces activités peuvent représenter des opportunités d’affaires importantes pour les organisations. En effet, la logistique inversée peut contribuer aux performances de la chaîne régulière d’approvisionnement, tout en permettant une meilleure gestion des activités reliées au retour et au traitement des produits récupérés. Les organisations retireront de cette approche de la valeur autant sur les plans économique et environnemental que sur le plan du savoir faire.

Par les approches actuelles en regard de la gestion de cette chaîne logistique étendue, les organisations ne sont pas outillées pour profiter pleinement de ces opportunités d’affaires. Conséquemment, elles optent souvent pour une disposition simple des produits, et ce, à un niveau local. Toutefois, afin de retirer le maximum de bénéfices de chacun des produits récupérés, il est désormais important d’envisager de nouvelles alternatives de traitement des produits récupérés de manière à améliorer la possibilité de récupération de valeur. De nouvelles relations d’affaires doivent alors être abordées afin d’augmenter les débouchés possibles des matériels récupérés.

Pour ce faire, l’organisation se verra ainsi confrontée à une révision de ses façons de faire, autant en regard de la configuration du réseau que de l’élaboration des processus opérationnels et de la conception même des produits. Il s’agit alors de structurer, d’organiser, de supporter et de planifier l’ensemble des activités de l’organisation de manière à être en mesure d’exploiter au mieux les produits sur tout leur cycle de vie. En fait, il est ainsi souhaité de mettre à profit la complémentarité des flux de matière et d’information de façon à assurer le pilotage intégré de l’ensemble des activités.

C’est dans cette perspective que la problématique de l’IRDPQ a été abordée. Cet établissement souhaite améliorer la gestion interne de ses activités d’attribution ainsi que de maintenance des aides à la mobilité et, plus particulièrement, de récupération et de traitement des fauteuils roulants inutilisés de sa clientèle. Pour ce faire, une réingénierie de ses processus opérationnels a été effectuée. L’opération a permis de déceler des lacunes importantes dans les façons de faire actuelles qui peuvent bien souvent se généraliser à d’autres situations. Des solutions ont été proposées pour y remédier, ce qui a conduit à l’élaboration d’un nouveau système organisationnel ainsi qu’à une architecture de support d’information adaptés à leur réalité. Ces propositions visent une intégration harmonieuse des activités de récupération et de traitement des appareils inutilisés aux activités courantes d’attribution et de maintenance. Bien que ces solutions aient été développées pour le contexte de l’IRDPQ, elles peuvent s’étendre aux autres établissements de réadaptation de la province de Québec ainsi qu’à d’autres applications.

Le système organisationnel suggéré s’attarde plus particulièrement à un meilleur suivi et contrôle des flux de matière et d’information, et ce, de manière à améliorer l’exploitation de l’ensemble des ressources mises à la disposition de l’établissement (main-d’œuvre, équipements, matériels neufs, récupérés et valorisés, etc.). Pour ce faire, une meilleure planification ainsi qu’un suivi plus étroit des activités s’avère primordial. Ainsi, avant d’apporter toute modification à un appareil dans le cadre d’une intervention d’attribution, de maintenance ou encore de récupération et de traitement, les intervenants évalueront les coûts impliqués, en terme de temps de main-d’œuvre et de pièces de rechange, et réserveront ou commanderont le matériel nécessaire. Dans le cadre de la valorisation des appareils, le concept s’applique par une démarche « push-pull ». L’objectif de cette approche est d’assurer les gains de valeur envisageables par la valorisation du produit, en s’appuyant de critères relatifs à la condition de l’établissement (niveau des stocks, demande, etc.) ainsi que du produit (spécifications techniques, état, etc.). Pour les appareils destinés à une réutilisation ultérieure, cette planification consiste à l’évaluation de l’état de l’appareil qui serait ainsi ajouté au stock. Celle-ci permet de connaître les actions de remise en état qui devront être réalisées sur l’appareil, tout en évitant d’entreprendre des corrections qui pourraient s’avérer inutiles en vue d’une réattribution éventuelle. Lors d’une réattribution, l’ergothérapeute pourra s’appuyer des spécifications techniques de l’appareil et de cette évaluation afin de sélectionner un appareil qui pourra être livré à un nouveau client sans trop de modification. Une seconde évaluation aura ensuite lieu afin d’estimer les ajustements additionnels à apporter à l’appareil avant de le livrer au client et de planifier les activités de valorisation personnalisée. Pour ce qui est de la récupération des composants, la planification des activités consiste à évaluer le niveau de désassemblage à réaliser.

Les interventions d’attribution et de maintenance ont un impact important sur le déroulement efficient des activités de valorisation. D’abord, c’est au cours de l’attribution que l’on opte pour un modèle d’appareil et détermine ses spécifications techniques qui répondront au mieux au confort et au besoin de mobilité du client, tout en assurant des performances appropriées suivant les conditions d’utilisation (fiabilité, maintenabilité, etc.). Par les interventions de maintenance ainsi que de valorisation, on souhaite maintenir la qualité des appareils, tant d’un point de vue technique que clinique, tout en réduisant au mieux les coûts d’exploitation de l’appareil.

Toutefois, les systèmes informatiques en place ne permettent pas la mise en œuvre d’un tel système organisationnel. D’abord, il faut s’assurer d’intégrer les diverses fonctionnalités des supports informatiques et ainsi d’améliorer la saisie, l’accès et le traitement des informations. Pour ce faire, les informations doivent être saisies systématiquement et le support informatique doit suivre étroitement le déroulement des activités. On souhaite alors de permettre la planification des activités, d’appuyer les prises de décision des intervenants et de les guider tout au long d’une intervention de sorte à assurer le bon déroulement des diverses séquences d’opérations. La réduction des délais et des coûts des services offerts est ainsi directement attaquée.

Dans un contexte de logistique inversée et pour lequel les décisions lors des activités de l’organisation portent essentiellement sur les produits offerts à la clientèle, des informations complètes à leur égard faciliteront les prises de décisions des intervenants. On constate cependant un manque important à ce niveau dans les systèmes informatiques actuels. L’architecture de support informatique proposé traite de ce problème par la constitution d’un répertoire de donnés relatives aux produits (appareils et composants). Ce répertoire, en plus d’assurer la fonction courante de la gestion des stocks, permet le suivi des produits sur tout leur cycle de vie. Notamment, le devis technique de l’appareil sera conservé sur support informatique afin de spécifier la constitution de l’appareil de même que ses caractéristiques. Puisque les composants seront suivis sur tout leur cycle de vie, il sera possible d’évaluer leur âge et celui de l’appareil. Ces informations permettront d’entreprendre adéquatement tout ajustement à réaliser sur un appareil et même de prévoir des actions éventuelles, ce qui pourra faciliter la maintenance opportuniste. Les divers ajustements portés à l’appareil seront conservés en prévisions des interventions ultérieures. De plus, à l’aide des informations cumulées sur tout le cycle de vie des produits, il sera possible de revoir les stratégies d’affaires de l’établissement et même d’adresser des recommandations aux acteurs appropriés, tel à la Régie de l’Assurance Maladie du Québec ou encore aux fournisseurs. La fiabilité des appareils de même que les services et garanties offerts pourront être révisés de manière à assurer la satisfaction de la clientèle, tout en exploitant au mieux les produits sur tout leur cycle de vie.

Le présent mémoire s’intéresse principalement au niveau opérationnel de la logistique inversée. Toutefois, de sorte à mieux intégrer les activités supplémentaires exigées par cette portion de la boucle d’approvisionnement, les niveaux tactique et stratégique doivent également être abordés pour améliorer les opportunités d’affaires possibles.

Dans le cadre de ce mémoire, de sorte à profiter de la complémentarité des flux de matière et d’information de la chaîne d’approvisionnement et de la logistique inversée, il est suggéré qu’une approche réseau soit privilégiée. Quelques travaux abordent le sujet, toutefois très peu traitent de l’impact que peuvent avoir les diverses alternatives de traitement des produits récupérés les unes sur les autres ainsi que sur le réseau régulier d’approvisionnement. De plus, très peu s’intéressent au sujet de la configuration du réseau de façon dynamique, de manière à mieux tenir compte des effets du haut niveau d’incertitude relié à la logistique inversée.

Il serait intéressant de modéliser et de simuler le comportement d’une boucle d’approvisionnement suivant diverses stratégies de pilotage. Le contexte québécois de la valorisation des aides à la mobilité pourrait servir de modèle d’expérimentation. Les présents travaux de recherche ont permis de mettre en place certains éléments nécessaires pour procéder à l’évaluation de la performance de différentes configurations possibles. Il s’agira alors d’établir le réseau de manière à exploiter au mieux le bassin de fauteuils roulants sur le marché, tout en assurant un certain niveau de service à la clientèle.