Chapitre 4 — EXPO 67, ses pompes, ses œuvres

Table des matières

La recherche sur l’identité du Québec contemporain n’accorde pas d’attention à l’exposition universelle et internationale de Montréal (Expo 67) ou elle ne fait que la mentionner comme un phénomène d’un mouvement plus vaste et plus explicite. Pourtant, Bouchard (2000 : 160) signale Expo 67 comme une des « données circonstancielles » qui ont joué un rôle dans les changements identitaires du Québec. De plus, dans le « roman mémoriel » (expression de Robin 1990) qui circule sur l’histoire récente du Québec, Expo 67 occupe une place de choix : pas un Québécois de quarante ans ou plus qui ne soit prêt à partager ses souvenirs de l’Expo, à risquer une théorie sur son rôle dans la vision du monde des Québécois, leur rapport à la gastronomie, le développement des cafés-terrasse à Montréal, voire dans ses propres relations aux personnes de l’autre sexe. Dès lors, les questions s’accumulent : quels imaginaires l’auto-portrait légitime du Québec a-t-il présentés à l’Expo? Comment a-t-on défini l’authenticité du Québec et sa spécificité dans le Canada? Le Québec n’était-il « lisible » qu’au pavillon du Québec ou ailleurs aussi? La vision du Québec que les visiteurs ont retenue se conformait-elle à ce que voulaient les organisateurs? Qu’il y eût conformité ou non, comment peut-on l’expliquer?

Les lignes qui suivent ne visent pas à résoudre immédiatement ces interrogations, mais à indiquer les « lieux d’identité » (pour parodier les « lieux de mémoire » de Nora 1984-1993) dispersés dans l’exposition de Montréal, autant de points névralgiques que ce travail vise à articuler. Ces lieux symboliques ou matériels ne concernent pas exclusivement le Québec, mais ils esquissent un texte dont le Québec fournissait la trame et l’on peut raisonnablement penser que les influences furent réciproques. Un rappel du contexte historique précédera une description chronologique de l’Expo et un tableau des enjeux identitaires qui ont travaillé les divers objectifs de l’Expo.

La période significative pour comprendre Expo 67 commence techniquement en 1958, lors de l’exposition universelle et internationale de Bruxelles qui présente des traits du XIXe et du XXe siècles : les colonies y sont encore à l’honneur, de même que le système de prix et de récompenses, tandis que la formulation des sous-titres de l’exposition (« La technique au service de l’homme », « Le progrès humain à travers le progrès technique ») pérennise la célébration volontariste des bienfaits du progrès. Parallèlement, le titre de l’exposition, « Bilan du monde pour un monde plus humain », et l’accent porté sur une technologie nucléaire qui sait se faire inoffensive (Bensaude-Vincent 1983) marquent une étape importante d’un regard critique sur la science dans les expositions[35].

Cette remise en question accompagne un double mouvement contradictoire sur la scène internationale : l’émancipation des colonies et le raidissement de la Guerre froide qui culmine en 1962, alors même que se prend, au Canada, la décision d’organiser une exposition universelle et internationale. Bien que les organisateurs de l’Expo (Dupuy, commissaire général, 1972; Jasmin, directeur du Département des relations publiques, 1997) ne mentionnent pas cette concomitance dans leurs souvenirs, comment ne pas lire dans cette décision la saisie d’une opportunité unique de détourner vers soi les regards internationaux en leur fournissant une raison d’espérer?

Avec les années, la tension internationale se relâche, bien que la France gaullienne cherche des occasions de marquer ses distances envers les États-Unis. Les avances du gouvernement Lesage arrivent d’ailleurs à point nommé dans cette stratégie (Bernier 1996). En effet, parallèlement à ce défi géopolitique, le Québec du début des années soixante lance un défi au temps historique comme en témoigne le terme de « rattrapage » (Rioux 1968) souvent utilisé pour caractériser cette période. Depuis que Lesage et son équipe libérale gouvernent le Québec (juin 1960), ils renforcent les assises de l’État à l’intérieur et se dotent d’une politique extérieure dont la politique culturelle de « premier ordre » est le « fer de lance » (Bélanger 1994 : 425) : la délégation générale du Québec voit le jour en 1961; le Québec et la France signent deux ententes sur l’éducation au début 1965 et le ministre de l’Éducation Paul Gérin-Lajoie affirme en avril la volonté — et la légitimité — de prolonger les compétences internes du Québec au niveau international. Le chef de l’opposition et futur premier ministre Daniel Johnson dénigre la politique étrangère « fastueuse » du gouvernement, appuyé en cela par une partie de l’opinion (Bernier 1997 : 41 et 43) qui ne perçoit pas ou n’approuve pas les négociations identitaires qui se jouent dans la reconnaissance extérieure.

En fait, au milieu des années 1960, il semble que l’on atteigne un seuil où se présente l’alternative suivante : continuer de s’affirmer institutionnellement et risquer l’éclatement ou ralentir et risquer l’étiolement des acquis dans le giron fédéral. La victoire de l’Union nationale qui porte Daniel Johnson au gouvernement en 1966 fournit la réponse en endossant les acquis des libéraux. Cette période est assez paisible à l’intérieur, du moins socialement, mais le délicat équilibre des pouvoirs fournit un contexte qui ne peut qu’aiguiser l’acuité symbolique et sociale de l’exposition.

L’initiative fédérale d’organiser une exposition universelle émane de Mark Drouin, président du Sénat canadien. C’est en visitant l’exposition de Bruxelles qu’il déclare qu’une exposition doit célébrer le Centenaire de la Confédération (Grenier 1965, Dupuy 1972, Jasmin 1997). Mais l’idée germait déjà en 1956, depuis que le publicitaire Barthe l’avait proposée à Pierre Sévigny, chargé par le premier ministre canadien John Diefenbaker de reconstruire le parti conservateur au Québec (Jasmin 1997 : 15). L’idée séduisit successivement Diefenbaker et le premier ministre du Québec Maurice Duplessis. Le maire de Montréal Jean Drapeau ne les suivit pas, mais son successeur en 1957, Sarto Fournier, emboîta le pas. Après la victoire du parti conservateur aux élections fédérales de mars 1958, tout s’enchaîne : Sévigny rejoint dans la délégation fédérale le ministre William Hamilton et le sénateur Mark Drouin ( ibid. : 16). À Bruxelles, Drouin visite l’exposition et prononce, enthousiaste, le discours conçu par Sévigny (reclus temporairement pour raison de santé), dans lequel il affirme qu’un tel événement conviendrait tout à fait pour célébrer le centenaire de la Confédération ( ibid. : 17).

Au retour de Bruxelles, Mark Drouin trouve rapidement les premiers appuis nécessaires pour entreprendre un projet d’exposition universelle, et le 30 août, le maire de Montréal, Sarto Fournier, envisage déjà le mode de financement tripartite (fédéral-provincial-municipal) qui prévaudra, lançant ainsi officiellement la candidature de Montréal (Grenier 1965 : 19). Le choix de Montréal s’est imposé d’emblée, car elle était « le berceau des expositions au Canada » (Grenier 1965 : 9) et parce que 1967 marquait le 325e anniversaire de sa fondation.

Un « Comité de l’Expo[37] » s’y constitue en été 1959 ( ibid. : 21), dont les arguments soulignent la reconnaissance que le Canada obtiendra lors d’un tel événement, la capacité d’accueil de Montréal et la rentabilité que l’on peut espérer si l’on se fie au succès déclaré de l’exposition de Bruxelles. Le 5 décembre 1959, le Comité de l’Expo soumet son projet au ministre fédéral du commerce, Gordon Churchill, et Ottawa s’engage à fournir 20 millions de dollars; Québec accepte de fournir 15 millions et Montréal, 5 millions (Grenier 1965 : 22).

Les gouvernements québécois, y compris celui de Daniel Johnson, soutiennent le projet sans réserve, semble-t-il (Dupuy 1972, Jasmin 1997), mais le reste du Canada et une partie des Québécois renâclent dès les débuts, certains arguant du privilège accordé au Québec, et tous appréhendant les dépenses subséquentes (Grenier 1965, Jasmin 1997). Les critiques d’ordre identitaire se sont sans doute prolongées, si l’on en juge par l’application du commissaire général de l’Expo, Pierre Dupuy, à déjouer toute critique sur un éventuel détournement de l’Expo par le Québec en portant au pinacle la fierté et l’unité du Canada tout au long de son ouvrage (1972).

Le Canada transmet son dossier au BIE, alors que l’URSS a déjà présenté sa candidature en vue de célébrer le cinquantenaire de la Révolution d’octobre. En mai 1960, l’assemblée du BIE retient le projet de Moscou, à une voix près, après quatre tours de scrutin (Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992 : 217, Jasmin 1997 : 18). Dans le camp canadien, la déception est rude, mais Jasmin rapporte l’avis prémonitoire du président du BIE, Léon Barety, confié à Sévigny le soir même : « Les Russes ne veulent pas avoir à surveiller 20 millions d’étrangers, et ils ne veulent pas montrer au monde entier la misère du système socialiste. Ils vont se désister et, dès que je le saurai, je vous préviendrai » (Jasmin 1997 : 18). De fait, l’URSS se désiste le 1er avril 1962.

Un « Comité fédéral-provincial-municipal sur la possibilité de tenir l’exposition universelle de 1967 à Montréal » se constitue en juillet 1962 sur la suggestion du premier ministre Diefenbaker[38]. Selon celui-ci, « les premières rencontres [du comité] devraient donner lieu à un examen de la situation en général et à la préparation d’un mémoire sur les faits et circonstances qui existent aujourd’hui » (Rapport du Comité FPM été 1962 : 1). Le rapport, dont les projections s’appuient sur l’expérience bruxelloise, souligne les avantages économiques et politiques de l’entreprise. Voici la teneur de la conclusion :

 

Résumons cette étude par quelques conclusions :

1. Le bilan financier de l’Exposition de Bruxelles accuse un profit[39], quelle que soit l’hypothèse de travail envisagée. On ne voit pas pourquoi l’expérience serait différente à Montréal.

2. Une exposition internationale amènerait des gains en devises étrangères fortement accrus et agirait comme stimulant de l’économie nationale.

3. Une exposition internationale à Montréal, tout en donnant au Canada l’occasion de faire connaître ses produits, contribuerait, alliée aux efforts du Ministère du Commerce fédéral, à promouvoir et à diversifier les exportations canadiennes sur une plus haute échelle. L’exposition aurait le même effet que les « sample shows » tenus récemment à Montréal et à Toronto et serait le complément de nombreuses missions commerciales à l’étranger.

4. Les dépenses nécessaires à la préparation d’une exposition à Montréal seront encourues en grande partie durant les quelques années qui précèdent l’exposition. La politique actuelle de stabilisation aura atteint les résultats attendus bien avant l’heure des déboursés importants.

5. L’année 1967 est tout indiquée pour une exposition internationale au Canada. En effet, elle placerait sur la scène mondiale la célébration du centenaire de la Confédération canadienne, qui sans cela passerait peut-être inaperçu.

6. L’exposition de New York en 1964-65 va aider plutôt que nuire à une exposition internationale à Montréal en 1967.

7. Il reste suffisamment de temps pour organiser une exposition internationale à Montréal en 1967. On a lancé les invitations pour l’Exposition de Bruxelles en mars 1954 seulement, soit un peu plus de quatre ans avant l’ouverture officielle. Les travaux de construction des exposants ont commencé en juillet 1956 seulement. Étant donné les méthodes de construction plus modernes de l’Amérique du Nord, il ne faudrait pas plus de temps pour faire le même travail au Canada.

8. Les travaux publics nécessaires dans la région de Montréal sont déjà commencé et seront bientôt terminés. Ils seront tous complétés avant 1967[40].

9. Les facilités d’hôtellerie de la région de Montréal déjà réputées à travers le monde sont en voie de se développer encore davantage.

10. Plusieurs sites sont disponibles pour une exposition sans que l’on soit obligé d’y apporter d’importants changements.

11. La position géographique de Montréal est encore plus avantageuse que celle de Bruxelles. Elle saura contribuer au succès tangible d’une exposition internationale.

12. Une exposition internationale à Montréal pourrait renforcer la position internationale du Canada en montrant aux élites étrangères les réalisations politiques, économiques, scientifiques et culturelles du Canada.

13. Le succès que le Canada a obtenu en réalisant l’unité et la prospérité nationales tout en préservant la diversité et la liberté serait un exemple pratique pour plusieurs pays en voie de développement et qui sont actuellement aux prises avec des problèmes ethniques, culturels et constitutionnels.

14. Une grande fête nationale telle que notre centenaire, célébrée aux yeux du monde entier, servirait à renforcer l’unité et la maturité politique de la nation canadienne.

 
-- Rapport du Comité FPM été 1962 : 21-23  

Suivent plusieurs appendices sur des données chiffrées émanant de la Banque nationale de Belgique et sur la prééminence de Montréal comme hôte potentiel de l’exposition. D’ailleurs, à nouveau maire de Montréal depuis 1960, Jean Drapeau s’est rallié entre temps au projet.

Forte du dossier mis à jour, la nouvelle délégation avec à sa tête Pierre Sévigny (ministre fédéral) présente sa candidature à l’assemblée du BIE le 13 novembre 1962; en l’absence de concurrence, l’exposition de Montréal est acceptée à l’unanimité.

La Compagnie canadienne de l’Exposition universelle et internationale de Montréal 1967 (CCEU) est constituée le 20 décembre lors du vote de la loi C-103 à la Chambre des Communes. Elle est complétée par l’accord tripartite, le 18 janvier 1963, entre le gouvernement canadien, le Québec et la ville de Montréal qui assureront respectivement 50%, 37,5% et 12,5% du financement de l’exposition.

En janvier 1963, le premier ministre conservateur Diefenbaker nomme deux hommes d’affaires montréalais à la tête de la Compagnie : Paul Bienvenu devient commissaire général et Cecil Carsley, commissaire général adjoint. Les douze administrateurs sont nommés en février par le gouverneur général (dont six sur proposition du Québec), tous des hommes, dont neuf proviennent du Québec (six de Montréal), les trois autres de Halifax, Toronto et Vancouver (Grenier 1965 : 47)[41]. Cette première équipe lance les invitations à 150 pays (janvier 1963), conçoit l’organigramme de la Compagnie, son mode de fonctionnement et l’attribution des ressources; elle crée le Comité consultatif sur le thème, composé d’intellectuels canadiens (liste fournie en Annexe 3), qui développe le thème, préalablement choisi lors d’un colloque à Montebello, organisé à cette fin en mai 1963[42].

C’est aussi cette équipe qui fixe le site de l’Expo sur le fleuve, sur proposition du maire Drapeau : l’Île Sainte-Hélène qu’il faut prolonger, réunir à l’Île Ronde et à l’Île Verte, et l’Île Notre-Dame, à construire. L’option semble en effet la plus économique et la plus rapide, puisqu’elle n’induit aucune expropriation — ni les frais et délais légaux afférents (Grenier 1965 : 60-61) —, et permet incidemment d’utiliser la terre excavée du métro en construction. Toutefois, ce choix ne s’opère pas sans difficultés, car, d’une part, la loi créant la Compagnie stipulait un emplacement sur l’île de Montréal et, d’autre part, le BIE s’était prononcé sur un projet précis, le plan de l’architecte Van Ginkel et associés. Ce projet prévoyait un emplacement éclaté : à Pointe-Saint-Charles, le long des berges et sur l’espace où se trouve aujourd’hui Radio-Canada (Jasmin 1997 : 54). Grenier remarque (1965 : 61) que Diefenbaker et son successeur libéral, Lester B. Pearson (élu en avril 1963), hésitent à sauter le pas; mais les trois parties parviennent à un accord le 8 juillet 1963. Le 12 août, on inaugure les travaux sur l’Île Sainte-Hélène — le site doit être « livré » à la CCEU dix mois plus tard, en juin de l’année suivante (Jasmin 1997 : 55).

Au même moment, Bienvenu remet sa démission, bientôt suivi par Carsley, à la suite de nombreux tiraillements (internes et entre les paliers de gouvernement) relatifs au site de l’exposition (Jasmin 1997 : 25 ; Grenier 1965 : 49, 75). Jasmin laisse toutefois entendre que les deux hommes, recrus de critiques de toutes parts — non fondées, en tout cas sur le plan de la gestion — fléchissaient surtout devant l’énormité de la tâche (1997 : 24). On n’atermoie pas les travaux pour autant : dragage du fleuve, creusage d’une carrière dans l’Île Ronde (plus tard remplie d’eau et transformée en « lac des Dauphins »), transport de roc provenant du métro, construction d’une estacade en amont pour éviter les embâcles et inondations (Jasmin 1997 : 56; Grenier 1965 : 63).

Le 6 septembre 1963 est rendue publique la nomination de Pierre Dupuy, ambassadeur du Canada à Paris, à la tête de la Compagnie. Avec celui qui devient son adjoint, l’ingénieur Robert Shaw, il réorganise la CCEU et le 23 décembre, les gouvernements du Canada (le libéral Pearson est devenu premier ministre) et du Québec approuvent le Plan directeur de l’exposition (Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992 : 217). Une version du Plan directeur (6 février 1964[43]) montre que le projet est déjà très élaboré :

 

Le thème de l’Exposition « Terre des hommes » prendra une forme concrète dans l’élaboration pratique des sous-thèmes suivants :

- L’homme dans la cité

- L’homme cherche

- L’homme crée

Cette élaboration se concrétisera au cœur de complexes immobiliers situés au centre de chacun des trois secteurs principaux de l’exposition. Les estimés de la Compagnie prévoient une somme de $ 37, 000, 000 pour défrayer le coût des édifices et une petite partie des objets de l’exposition. Il incombera ensuite aux gouvernements participants et à l’entreprise privée de solder le reste des dépenses que l’on estime de l’ordre de $46, 000, 000.

 
-- Plan directeur et coûts estimatifs , 6 février 1964 : 1  

Suit une description précise des emplacements et des édifices qu’ils recevront, ainsi que des coûts envisagés pour la Compagnie et les gouvernements.

 

Les principales parties de l’exposition ont été disposées de façon à tirer le plus grand avantage de la majesté du fleuve, de la vue du port et de la voie maritime du Saint-Laurent, ainsi que du profil que Montréal découpe sur le ciel.

 
-- Plan directeur et coûts estimatifs, 6 février 1964 : 2  

Les « principales parties » sont :

- la jetée McKay-Pointe Saint-Charles, qui recevra trois immeubles construits par la CCEU (l’accueil, l’administration et la presse, le pavillon « L’homme dans la cité ») et cinq immeubles privés, mais qui seront loués par la Compagnie durant l’exposition (le Palais des congrès, Habitat 67, un restaurant, le stade, l’arène);

- l’Île Verte (extension en aval de l’Île Sainte-Hélène), qui accueillera des pavillons nationaux et privés, la présentation du thème « L’homme et la recherche » et un amphithéâtre en plein air;

- l’Île Notre-Dame où se trouveront des pavillons nationaux et privés ainsi que le thème « L’homme crée ». « Le groupe d’immeubles canadiens logeant les pavillons fédéral et provinciaux sera érigé sur la pointe sud de l’île. La Compagnie espère que la France et l’Angleterre construiront leur pavillon respectif à proximité [...] » ( Plan directeur et coûts estimatifs , 6 février 1964 : 3);

- l’Île Ronde, où seront construits un parc d’attraction, un port de plaisance, des terrains de jeu et « des reproductions d’éléments historiques pittoresques » ( ibid. ).

Le plan directeur prévoit aussi les services offerts : « toilettes, postes de police, postes de premiers soins, kiosques de renseignement, etc. » ( ibid. ), les aires de stationnement et le transport en commun sur le site (dont le tracé est déjà défini).

Quant aux prévisions financières, elles sont optimistes puisque le coût net (coûts déduction faite de la valeur des actifs et des revenus de l’exposition) avancé pour la CCEU est de 47 millions de dollars au lieu des 210 millions dont fait état le rapport final (CCEU 1969 : 1113). Les coûts nets prévus pour les gouvernements sont les suivants : fédéral 71 millions, provincial 21 millions, municipal 62 millions — à ma connaissance, aucune source n’indique quels ont été les coûts nets réels pour les gouvernements.

Au cours de l’année 1964, Dupuy sillonne le monde pour obtenir des participations. La Grande-Bretagne accepte dès janvier, la Belgique en mai et la France en août; les États-Unis n’acquiescent qu’en juillet 1964 et l’URSS en mars 1965. Fin décembre 1965, 53 pays auront accepté sur les 60 pays représentés à Expo 67 en plus du Canada (CCEU 1969 : 263-264) (voir Annexe 4).

Les travaux de dragage, de remblaiement et de construction se déroulent conformément à l’emploi du temps prévu sous la férule du colonel Edward Churchill qui utilise avec succès — et popularise ainsi — la méthode informatisée du cheminement critique, « système de gestion qui prévoit toutes les phases d’une opération et qui les coordonne de telle façon qu’elles se suivent ou se juxtaposent d’une façon logique et ordonnée » (Jasmin 1997 : 59). Il faut préciser qu’à partir d’octobre 1966, les préparatifs de l’exposition (comme plus tard son exploitation) sont protégés par un accord entre la CCEU et les fournisseurs, selon lequel aucune grève ne viendra entraver le cours des travaux[44].

L’Expo ouvre ses portes le 28 avril 1967, au lendemain de l’inauguration officielle, et se clôturera le 27 octobre. Les organisateurs prouvent ainsi aux détracteurs de l’exposition et au monde entier que « le Canada est en mesure d’entreprendre une grande œuvre et de la réussir » (Dupuy 1972 : 75).

Cette chronologie doit souligner le rôle majeur du maire Drapeau, lequel a multiplié les interventions auprès d’Ottawa et Québec et auprès d’investisseurs privés afin d’activer le processus et de rassurer les décideurs quant au succès de l’exposition (Grenier 1965, Dupuy 1972, Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992, Jasmin 1997). Sur le papier, les autres paliers de gouvernement conservent leur prééminence : les comptes de la Compagnie sont sous contrôle permanent et ils sont vérifiés annuellement aux niveaux fédéral et provincial; les budgets annuels doivent être approuvés par les deux ministères des Finances avant leur soumission à la Chambre des Communes et à l’Assemblée nationale (Grenier 1965 : 39-40, Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992 : 217-218). Une phrase de Grenier donne toutefois à penser que la réalité bouscule le partage officiel des pouvoirs quand il écrit : « la responsabilité première d’Ottawa est sauvegardée par la création d’une société [la CCEU] dont l’existence dépend du parlement fédéral » (1965 : 39, je souligne). Cela n’est qu’une allusion, mais il n’en demeure pas moins que dans les souvenirs des témoins, Jean Drapeau est à la fois la tête et le moteur de l’exposition.

Les enjeux identitaires affleurent à tout sujet et s’entremêlent, mais nous les verrons successivement : les aspects économiques et commerciaux, la valorisation des identités nationales et leur spatialisation, puis les ambitions éducatives.

Lorsque l’on s’intéresse aux incidences financières et commerciales d’Expo 67, on rencontre deux discours qui, sans être contradictoires, créent une tension intéressante du point de vue des idéaux véhiculés par l’Expo : d’une part, celle-ci a été rentable et, d’autre part, on en a banni tout mercantilisme. Le rapport de la CCEU (1969 : 1113) estime le coût net de l’exposition à 210,6 millions de dollars, que l’on peut comparer avec les estimations du plan directeur du 6 février 1964[45] :

Les revenus de la CCEU ont donc presque doublé par rapport aux prévisions et les dépenses, plus que doublé.

Un tableau intéressant du document Plan directeur et coûts estimatifs (6 février 1964) présente un plan de financement de l’exposition au complet. Je le reproduis ci-dessous en le traduisant — dans ce Plan directeur, le texte est en français, mais les tableaux en anglais. Il distingue clairement, d’une part, les dépenses qui incombent à la Compagnie, à la préparation du site lui-même et aux participants de l’exposition; d’autre part, il ventile la contribution des chaque gouvernement selon les dépenses.

Financement prévu de l’Exposition en millions de dollars[46]

( Plan directeur et coûts estimatifs, 6 février 1964 : 8)

On voit que les proportions de l’accord financier tripartite (50% pour le fédéral, 37,5% pour le provincial et 12,5% pour le municipal) sont respectées quant au financement de la Compagnie. Mais les proportions se bousculent ensuite, dès que l’on considère la préparation du site (qui incombe surtout à la ville) et les constructions de pavillons gouvernementaux. Au fond, d’après ces prévisions, la province a tout à gagner d’une telle entreprise, tandis que la ville se place la dragée très haute.

À l’aide de ces prévisions, d’une part, et de la comparaison entre les projections et la réalité financière de la CCEU, d’autre part, on pourrait supposer les dépenses réelles des trois gouvernements. Il est tentant de risquer l’opération suivante : appliquer aux prévisions de dépenses gouvernementales le même ratio qui permet de passer des prévisions de la CCEU à ses dépenses réelles (x 4,3).

De telles projections sont sans doute osées, mais elles ne valent qu’à titre indicatif, à défaut de sources sur ce point[47].

Une source toutefois permet presque d’accréditer la projection qui concerne les dépenses provinciales : une lettre alarmée du premier ministre Jean Lesage à son ministre de l’Industrie et du Commerce, le 31 décembre 1964, dont voici un extrait :

Cher collègue,

La présente fait suite à notre conversation de ce matin au sujet de l’Exposition universelle de 1967.

Je suis bouleversé des engagements financiers que nous aurions à prendre à ce sujet en surplus des promesses déjà faites. Je dois vous dire que je ne suis pas prêt à approuver l’augmentation projetée de personnel. les employés n’ont qu’à travailler plus fort. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de temps perdu à l’administration.

Pour ce qui concerne les engagements additionnels que le gouvernement devrait prendre en ce qui concerne l’augmentation du budget de $ 47,000,000 à $ 93,740,518, quant à moi, la réponse est définitivement NON. [...] Lettre de Jean Lesage à Gérard-D. Lévesque, 31 décembre 1964[48]

En tout cas, sur les emprunts contractés par la CCEU auprès du receveur général du Canada (205 Millions $) et auprès des banques (35 millions $), une partie du remboursement n’a pas été honorée. Un arrêté en Conseil (numéro 1539, du 21 mai 1969[49]) énonce que sur cette somme non remboursée (dont le montant total n’est pas précisé), 56,1 millions $ restent à payer au Receveur général du Canada. Du fait des accords qui lient les paliers de gouvernement entre eux et à la CCEU, le Québec doit verser 10,7 millions $ au Canada (près de 15 millions en comptant les intérêts), le tout étalé sur neuf ans, d’octobre 1969 à avril 1977. Ainsi, l’Expo n’était pas totalement payée quand eurent lieu les jeux olympiques de 1976.

Cela dit, répliquant aux reproches de dépenses excessives, Dupuy (1972) et Jasmin (1997) arguent a posteriori qu’il faut tenir compte des revenus indirects que les visiteurs ont occasionnés par le biais de leurs divers achats, des taxes et des impôts payés par les fournisseurs et les concessionnaires, des impôts versés par les employés. Dupuy va jusqu’à avancer les chiffres que Robert Shaw, préposé à la liquidation de la Compagnie, a établis « en dernière analyse » (1972 : 232) :

Total des investissements effectués

par l’intermédiaire de la CCEU : 285 Millions de dollars

Total du revenu dont a bénéficié l’économie canadienne : 514 Millions de dollars

Soit un apport net de 229 Millions de dollars. Sans reprendre ces chiffres, Jasmin renchérit en indiquant l’estimation officielle de l’Office canadien du tourisme pour 1967 : celle-ci « fait état d’une augmentation des revenus touristiques de 553 millions de dollars par rapport à 1966 » (1997 : 434). « Il est reconnu, d’autre part, que le dollar touristique se multiplie par sept. On parlerait alors de rentrées de plus de trois milliards de dollars pour cette seule année 1967 » ( ibid .). Mentionnons, à titre de comparaison, les projections enthousiastes — mais plus modestes — qui figurent dans une brochure de la CCEU[50], datée de 1963, et qui vise à recruter des entreprises pour participer à la prévente des passeports : « Expo 67, cela veut dire un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars dont chaque entreprise ou organisme du Canada aura sa part ».

Jasmin s’emploie aussi a énumérer les bienfaits que l’Expo a apportés à Montréal, comme l’estacade, en amont du pont Champlain, qui a rendu possible la navigation hivernale dans le port, l’accélération des travaux du métro et son prolongement jusqu’à Longueuil, la construction de la place Ville-Marie et de plusieurs autoroutes ( ibid . : 58, 72-76). Ces justifications s’inscrivent bien dans la tradition des discours sur les expositions universelles. Jasmin déplore la dissolution de la CCEU dès décembre 1967 parce qu’elle a entraîné une fermeture prématurée des livres. Pourtant, il y a fort à parier que même sur la base de chiffres affinés et définitifs, les détracteurs de l’Expo auraient trouvé à sourciller et les partisans de quoi parader. Les résultats de l’Expo continueront donc à alimenter les imaginaires (voir la section 4.6, ce chapitre).

Cela dit, et malgré les impératifs de rigueur financière, l’exposition ne doit pas afficher d’intentions mercantiles sur les lieux et le commissaire général lui-même y tient; il précise qu’il ne s’agit pas d’organiser une foire commerciale (Dupuy 1972 : 76), mais de faire valoir un thème et que par conséquent, il ne faut pas solliciter sans arrêt la bourse des visiteurs ni valoriser excessivement les commanditaires et annonceurs. On est tenté d’expliquer ainsi la portion congrue accordée aux commanditaires, concessionnaires, titulaires de permis et annonceurs dans le Guide officiel d’Expo 67 : ils apparaissent à la fin du Guide , en tout petits caractères, avant le supplément sur le Centenaire. Voilà encore une tension entre la raison matérielle et l’idéal.

S’il est une fonction explicite d’Expo 67, c’est bien la valorisation des identités nationales. Tout d’abord, Expo 67 doit être avant tout un facteur d’unité nationale, pense Dupuy; c’est dans cette perspective qu’il accepte son mandat de commissaire général et il ne compte pas privilégier la province ou la ville, mais bien le pays (1972 : 16-18). Lorsqu’il passe en revue les pavillons des entités canadiennes, dont celui des Indiens du Canada, il affirme : « Les Canadiens s’ignoraient. Ils se sont découverts. Ils ont compris que leurs réalisations multiples et variées témoignaient de la richesse de leurs propres facultés et que celles-ci étaient la meilleure garantie de leur avenir » ( ibid. : 143). C’est bien le Canada qui prime. Dupuy ne verse cependant pas dans la promotion du Canada auprès des autres pays et il refuse même l’idée de « vendre » son pays à l’étranger; au contraire, il ne fait que proposer aux autres de servir leurs propres intérêts en participant à l’exposition ( ibid . : 41-42). Ses intentions fraternelles sont aussi explicites dans sa préface du Guide officiel d’Expo 67 (voir Annexe 5).

Pour recruter les participants, il fait ainsi jouer l’orgueil national, comme lorsqu’il veut convaincre l’URSS et les États-Unis de venir à Montréal. Il fait valoir aux premiers la proximité des seconds comme un atout pour démontrer les performances de leur civilisation, leur promet une stricte égalité de traitement et l’existence d’une passerelle de la Paix (qui deviendra du Cosmos) entre les deux pavillons (situés respectivement sur l’Île Notre-Dame et l’Île Sainte-Hélène); ensuite il emporte l’adhésion des Américains en leur présentant l’ambitieux projet soviétique ( ibid . : 43-44).

D’ailleurs, le service de relations publiques, dirigé par Yves Jasmin, travaille dans le même sens pour attirer le public. Comme celui-ci l’explique dans son livre (1997), les budgets du service étaient très limités « même s’il s’agissait de millions de dollars » ( ibid. : 214). Or, il fallait convaincre des millions de personnes : les Canadiens qui rechignaient devant la « faveur » accordée au Québec (le « show » du maire Drapeau); les Américains échaudés par la foire de New York de 1964-65 considérée comme un fiasco ruineux (en fait de participations étrangères, les pavillons étaient privés et se contentaient de vendre de la « camelote »); les Européens et les Japonais, à bonne distance ( ibid. : 203-227 et 231). Jasmin délègue la publicité outre-mer, et se concentre sur l’Amérique du Nord en s’efforçant de titiller les fiertés nationales. Il recourt à de grandes vedettes, susceptibles d’inspirer confiance, pour vanter à la télévision américaine et canadienne les attraits de leur pavillon national à l’Expo : Maurice Chevalier pour la France, James Mason pour la Grande-Bretagne, Ed Sullivan pour le Festival mondial et Youri Gagarine pour l’URSS. La présence de ce dernier sur les ondes renforce le message largement diffusé dans Life , accompagnant une photo du pavillon soviétique : « Look what the Russians are building, just 40 miles from the USA. As an American, you should look into it » (1967)[51].

Le service de relations publiques doit aussi convaincre les exposants privés et commanditaires qu’Expo 67 n’aura rien à voir avec la foire de New York et qu’ils ont tout à gagner en figurant dans une exposition à caractère universel. Le service de relations publiques mise donc sur l’enthousiasme. Dans une brochure qui incite les entreprises canadiennes à participer à la prévente des passeports pour Expo 67[52], l’Expo est présentée ainsi :

 

C’est notre anniversaire et nous invitons le monde entier à venir le célébrer, le monde entier y sera! [...] Le plus grand pouvoir d’achat au monde concentré en un seul lieu facilement accessible à tous. [...] L’expo 67 constituera la plus grande et la plus remarquable entreprise de toute l’histoire du Canada. Son ampleur et ses répercussions sur l’économie surpasseront de loin celles de ces autres gigantesques entreprises que sont la Voie maritime du Saint-Laurent ou le chemin de fer transcontinental. Expo 67, ça veut dire un chiffre d’affaires de 2,5 milliards de dollars dont chaque entreprise ou organisme du Canada aura sa part.

 
-- C’est notre anniversaire 1967 : 1, 7, 11  

Quant aux participations nationales, elles relèvent, selon Dupuy, d’un phénomène de contagion continentale; c’est à cela qu’il attribue l’absence de la plupart des pays d’Amérique du Sud à la suite de la défection du Brésil et de l’Argentine (1972 : 64). Inversement, il se félicite des nombreuses participations africaines, surtout celles des pays fraîchement indépendants dont la plupart se regroupent Place d’Afrique[53]. On peut d’ailleurs se demander si un tel regroupement, économiquement justifié, a servi ou desservi l’affirmation des distinctions nationales de pays si différents.

En revanche, certains points demeurent dans l’ombre. Nulle part Dupuy ne dit servir la politique extérieure du Canada en parcourant ainsi des continents jusque-là délaissés par celle-ci. Ni Dupuy ni Jasmin ne détaillent la destination des invitations. Certains refus sont amplement commentés (l’Espagne et le Luxembourg) et l’on peut ainsi mesurer les efforts déployés pour emporter leur adhésion. Les autres pays ont-ils fait l’objet du même empressement? Rien n’est dit sur l’absence de certains pays d’Europe centrale et de l’Est, par exemple (Pologne, Hongrie, République démocratique d’Allemagne, Roumanie, Bulgarie). On ignore pour l’instant l’essentiel de ces joutes diplomatiques dont l’Expo fut la toile de fond.

La répartition de l’espace à Expo 67 relève du commissaire général qui officie avec l’aide de l’architecte en chef de l’exposition, Édouard Fiset[54]. Dupuy n’évoque pas une fois ce délicat sujet dans son livre et Jasmin n’y accorde que quelques lignes. Ce que l’on peut en dire pour l’instant permet pourtant de discerner une symbolique intéressante. Dupuy voulait créer des pôles d’attraction (Jasmin 1997 : 62), d’où les répartitions suivantes : l’emplacement de l’URSS et des États-Unis de part et d’autre de la passerelle du Cosmos; la Place des Nations à l’extrémité sud de l’Île Sainte-Hélène, aux « antipodes » de La Ronde; le Canada au sud de l’Île Notre-Dame, à l’opposé de l’URSS. Tout au nord de l’Île Saint-Hélène, La Ronde propose ses divertissements, séparée des démonstrations « culturelles » par le parc Hélène-de-Champlain. Entre les pavillons de services et les manèges, le Pavillon de la Jeunesse fait face à l’édifice de la sécurité publique. (voir figure page suivante)

Source : Guide officiel d’Expo 67

Figure 1 : Plan général d’Expo 67

Source : Guide officiel d’Expo 67

Figure 2 : Plan de la Cité du Havre

Source : Guide officiel d’Expo 67

Figure 3 : Plan de l’île Sainte-Hélène

Source : Guide officiel d’Expo 67

Figure 4 : Plan de l’île Notre-Dame

Il faut noter aussi que le Canada s’entoure des pavillons de ses entités et que le Québec est encadré de ses deux partenaires les plus significatifs : l’Ontario au sud et la France au nord. (voir sur le plan de l’île Notre-Dame, page précédente : le pavillon du Québec est le 408.) Le pavillon des Indiens du Canada n’est pas répertorié dans la catégorie des pavillons canadiens, car il est de statut privé, mais il s’inscrit dans l’« espace » canadien puisqu’il avoisine les provinces de l’Atlantique. On peut toutefois signaler la symbolique de son emplacement qui jouxte celui des Nations Unies.

Cette configuration des lieux est frappante aujourd’hui, imprégnés que nous sommes de proxémique et de sémiotique mais nous ne savons pas dans quelle mesure elle a marqué les esprits voilà trente ans et cela mériterait d’être creusé.

Le projet éducatif des expositions universelles s’imprime dans l’espace, nous l’avons vu, mais ce qui est nouveau à Expo 67, c’est l’accent porté sur le thème, « Terre des hommes », qui inspire tout l’événement. L’identité de l’exposition elle-même ressortit ainsi à l’unité. C’est d’ailleurs la direction que se donne le commissaire général dans sa préface au Guide officiel d’Expo 67 : « [...] ce qui divise les hommes est beaucoup moins important que ce qui les unit », fidèle en cela aux intentions du Comité consultatif sur le thème.

« Terre des hommes » comporte dix-sept éléments regroupés en trois ensembles et présentés ici dans l’ordre retenu par la CCEU (1967) au fil de son ouvrage Terre des hommes. Man in His World .

Le génie créateur de l’Homme

La galerie des beaux-arts

Sculpture contemporaine

Esthétique industrielle

Photographie

L’Homme à l’œuvre

Ressources de l’Homme

L’apprenti sorcier

Le progrès

L’Homme interroge l’Univers

L’Homme, la planète et l’espace

L’Homme et la vie

L’Homme et la mer

L’Homme et les régions polaires

L’Homme et l’agriculture

L’Homme et la santé

L’Homme dans la cité

Labyrinthe

Habitat 67

Auditorium Du Pont du Canada

Le Guide officiel ainsi que les souvenirs de Dupuy (1972) et Jasmin (1997) parlent seulement du thème, pas des classifications, bien que les articles exposés en subissent une, la même qu’à Bruxelles (voir l’Annexe 6). Le Guide officiel décrit les pavillons thématiques avant tous les autres, reléguant le Centenaire de la Confédération canadienne — pourtant motif de l’exposition — dans un chapitre distinct, à la fin.

L’unité est donc prioritaire et rien n’est laissé au hasard pour le démontrer. Unité de temps, tout d’abord, car les horloges confiées à l’Industrie horlogère suisse indiquent scrupuleusement la même heure sur tout le site. Il convient aussi de noter au sujet du « temps de l’Expo » que les troubles extérieurs semblent délibérément occultés dans les souvenirs de Jasmin et Dupuy, ce dernier ne faisant qu’une menue allusion aux « événements du Proche-Orient » qui causèrent « on ne sait pourquoi » le retrait du Koweit au cours de l’été 1967 (Dupuy 1972 : 63) — il s’agissait de la Guerre des six jours. Cette oblitération donne inévitablement à penser que l’exposition devait, dans l’esprit des organisateurs, respecter une horloge interne, hors du temps commun, à la manière du carnaval avec lequel j’esquissais le parallèle en introduction.

Unité de lieu grâce au « passeport pour la Terre des hommes » qui permet l’accès à tout ce microcosme et dont les « visas » témoignent de l’ouverture des frontières[55]. Unité linguistique, car les pictogrammes prennent le relais des langues, lorsque le bilinguisme français-anglais ne suffit plus. Unité de style, car la plupart des pavillons, les affiches, l’uniforme des hôtesses glorifient le design. Unité fraternelle qui anime le Pavillon chrétien, volontairement œcuménique, le Pavillon de la jeunesse, dont Dupuy souhaite qu’il réponde vraiment aux questions et aux attentes communes et distinctes des jeunes du monde entier, la Place des nations qui accueille chaque jour la fête d’un pays et le soir, « plusieurs milliers de jeunes laissant déborder leur vitalité dans des rythmes frénétiques » (Dupuy 1972 : 69).

Même l’art, faute d’échapper à l’académisme, propose une unité fraternelle. Le Musée d’art a fait l’objet d’une particulière attention : à la pointe de la muséographie (Dupuy 1972 : 89), son unité réside dans l’intention d’« étudier d’abord l’homme pour connaître ce qui le rapproche de ses semblables ou ce qui l’en éloigne ». Et les personnages représentés « ont en commun une aspiration, un besoin de s’élever qui est l’essence même de la vie humaine. C’est la clef de notre Exposition » (Dupuy 1972 : 90 et 94). Le Festival mondial des spectacles participe de la même ambition : « Il n’est pas une représentation qui [n’] ait fait participer [l’Homme] à une richesse collective et qui, en même temps, ne fût une émanation la plus intime de son être » (Dupuy 1972 : 209).

Et la science n’est pas en reste, sous la houlette d’un Comité scientifique qui veille à l’exactitude — à la rectitude? — des démonstrations et à leur conformité au thème. Dans l’auditorium DuPont du Canada, les éditions MacLean-Hunter et Noranda Mines parrainent des conférences de science pure et appliquée, de science sociale et d’humanités (Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992 : 219), dispensées par des « hommes de renommée internationale pour avoir contribué à l’étude des problèmes de notre temps » (Dupuy 1972 : 193). D’après Dupuy, ces conférences convergent toutes vers une nécessaire coopération universelle ( ibid . : 193-201).

Le symbole de l’Expo synthétise à lui seul toutes ces intentions d’unité : comme le décrivent Schroeder-Gudehus et Rasmussen (1992 : 216 ), il s’agit d’un « cryptogramme de huit groupes identiques [...] de caractères jumelés (l’homme debout, les bras tendus[56]) [inscrits dans un cercle et] représentant l’humanité autour du monde »; les couples et le cercle forment une unité, les bras tendus évoquent fraternité et spiritualité, le sujet préhistorique transcende le temps. Comme l’indique la brochure du Centre de catéchèse de Montréal dont nous parlons ci-après, « les huit symboles jumelés forment une ronde joyeuse autour du globe qui exprime bien la priorité que l’Expo 67 veut accorder à l’homme sur la matière » (voir page suivante).

Source : Fac similé du Passeport pour la Terre des hommes,

édité en 1997 pour les 30 ans de l’Expo

Fgure 5 : Symbole d’Expo 67

L’Église catholique a bien saisi les intentions spirituelles de Pierre Dupuy et mise sur Expo 67 pour jeter un « regard neuf sur un monde nouveau »[57]. Dans sa brochure Nous irons dans l’île , l’introduction n’hésite pas à affirmer que l’exposition est « une occasion unique de devenir quelqu’un ». Par quels moyens? la suite le détaille : en cherchant dans chaque thème de l’Expo ce qu’il y a de plus beau dans l’humanité. Suivant l’ordre géographique des pavillons thématiques, la brochure incite à la réflexion sur Le génie créateur de l’homme, L’homme dans la cité, L’homme interroge l’univers, L’homme à l’œuvre, L’homme et l’agriculture. Une présentation du Pavillon chrétien conclut le tout, assortie d’une prière sur le thème de Terre des hommes (reproduite en Annexe 8). Celle-ci s’interroge sur la destinée humaine et elle formule le vœu que l’exposition contribue à unir les hommes, riches et pauvres, dans la paix et la fraternité.

Pour le commissaire général, toute l’exposition dans ses moindres détails doit démontrer la valeur des points communs de l’humanité et les bienfaits de l’unité. Certes, les considérations qui précèdent ne concernent pas toujours directement l’identité du Québec, mais elles esquissent le contexte dans lequel le Québec s’est présenté et qui a renforcé l’opérativité de la présentation québécoise.

Pendant ces cent quatre-vingt-six jours, il s’est produit tant d’événements qu’il ne saurait être question de les relater ici. L’ouvrage d’Yves Jasmin (1997) s’y emploie avec brio et on peut le compléter avec le Guide officiel d’Expo 67, et avec la brochure iconoclaste, « unauthorized », Expo inside out! [58] , qui attribue une note à chaque attraction (de cinq étoiles à la mention « to avoid ») assortie de commentaires sans complaisance (sauf dans le registre de l’ironie). Nous allons seulement parcourir les principaux attraits du site (sélectionnés à partir du volume que leur accorde Jasmin, des étoiles octroyées par Expo inside out! et du thème de ce travail) puis énumérer les principaux temps forts.

 

La véritable réussite de cet ensemble [...] est urbanistique. [L’Expo] préfigure vraiment la ville rêvée [...] parce qu’aucune rigidité de principe ne la rend froide et sèche alors que l’intransigeance y règne. Domination sans dictature.

 
--Folch-Ribas 1967 : 17  

C’est dire si ces lieux sont enchanteurs. Pour parcourir cette « ville rêvée », nous passerons de la Cité du Havre à l’Île Sainte-Hélène puis à l’Île Notre-Dame et enfin à La Ronde.

L’entrée s’effectue à la Cité du Havre, en face de l’Autostade, sur la rive gauche du Saint-Laurent. À part les édifices qui accueillent l’administration de l’exposition et les services de presse, les principaux édifices sont les suivants :

• Le Génie créateur de l’homme; ce pavillon thématique abrite le musée d’art, « magnifique exposition à laquelle vingt-deux pays ont envoyé le meilleur de leur art » (Bucci 1967 : 25). Il réunit 200 œuvres de 125 musées et collections particulières du monde, assurées pour 35 millions de dollars (Jasmin 1997 : 328). « This may well be the best presentation of the world’s art ever assembled » [cinq étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 5).

• Le pavillon de la Photographie — 500 photos de 269 photographes venant de 80 pays (Jasmin 1997 : 328).

• Le pavillon du Design industriel : il définit et justifie le design, omniprésent; « tout est design, de la machine-outil énorme assemblant des pièces au pavillon de l’Homme au travail, jusqu’au minuscule tétraèdre qui contient la crème servie avec la tasse de café » (Lamy 1967 : 53), sans oublier les lampadaires, les panneaux, les abris téléphoniques, les boîtes aux lettres, l’uniforme des hôtesses et... les pavillons.

• Les Industries du Québec : « 165 industries québécoises témoignant de la vitalité du Québec sous le thème du Saint-Laurent, bassin industriel » (Jasmin 1997 : 330). « [...] an incredibly banal display which presents Quebec as an enormous collection of dump trucks, factory chimneys, and small operators in snow shoes. [...] At the exit you can get a printed list of the companies responsible for this charade » [mention to avoid ] ( Expo inside out! 1967 : 37).

• Le Labyrinthe : « ancêtre de l’Imax actuel, commandé par l’Expo à l’Office national du film » (Jasmin 1997 : 331). « It is perhaps the only theme pavilion which does not take progress for granted, and insists on taking a personal view of Man. “You are the hero”, says Labyrinth, not “you are the product” » [cinq étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 22).

• L’homme et la santé : moins bien coté, ce pavillon présente l’« état de santé de l’homme contemporain et les espoirs qui lui sont permis » ( Guide officiel 1967 : 43), y compris des films d’opérations chirurgicales qui occasionnent des évanouissements à répétition (Jasmin 1997 : 334).

• L’homme dans la cité : ce pavillon présente une vision futuriste de la ville et obtient cinq étoiles d’ Expo inside out! Ses principes sont mis en pratique dans Habitat 67.

• Habitat 67 : Conçu par un jeune architecte frais émoulu de l’Université McGill, Moshe Safdie, « Habitat 67 donne une juste et grande idée de l’ingéniosité avec laquelle l’homme a su se construire un abri pourvu de tous les attributs du modernisme, dans un cadre urbain où l’espace est précieux comme l’or » ( Guide officiel 1967 : 30). Cet ensemble sur 12 étages est constitué de 354 modules disposés de telle sorte que le toit des uns serve de terrasse aux autres (Jasmin 1997 : 319). Noté cinq étoiles par Expo inside out! (1967 : 17).

Par le pont de la Concorde, à pied ou dans l’Expo-express, on passe à l’Île Sainte-Hélène, à laquelle on peut aussi accéder en métro.

• Place des Nations : sorte d’agora où se célèbrent les fêtes de chaque nation au cours de l’Expo, et où le soir sont organisées des soirées dansantes. En face, se trouve le lac des Cygnes et le stabile de Calder symbolisant l’homme ou l’humanité.

• Trois pavillons traitent du thème L’homme interroge l’univers : L’homme et la vie, L’homme, la planète et l’espace, L’homme et les régions polaires, L’homme et la mer (tous trois très bien cotés par Expo inside out! ).

• Plusieurs édifices privés : Le pavillon de l’Industrie canadienne du téléphone; Polymer; la Régie des alcools du Québec; l’auditorium DuPont du Canada, qui reçoit des conférenciers du monde entier, des congrès et symposiums; le pavillon d’Air Canada; celui des Brasseurs du Canada, et celui du scoutisme.

• Plusieurs pavillons nationaux : Scandinavie, Belgique, Corée du Sud, Suisse, Chine (Taïwan), Iran, Pays-Bas, Autriche, ainsi que les pavillons de New York, du Maine et du Vermont.

• Le pavillon du Japon : « il a déçu beaucoup de visiteurs par son contenu » (Jasmin 1997 : 343). Mais « only the Japanese could do a hard sell with such delicacy. Outside, a traditional Japanese garden [...]. Inside, [...] the exotic blossoms of Japanese industry » [quatre étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 20).

• Le pavillon des États-Unis : formé d’une sphère géodésique conçue par Buckminster Fuller et encore en place aujourd’hui, il a suscité l’admiration des visiteurs, même si son contenu fut controversé, jugé trop esthétisant et ludique (Jasmin 1997 : 354). Mais d’après Expo inside out! :

 

You have to see it. [...] It’s spectacular outside by day and by night, and we think it’s pretty spectacular inside too. [...] The US has not emptied its factories and museums (à la USSR), but its national attic [...] It adds a wry look at its own recent past, and its present world image [...]. But what we remember is the fun, the enormously funny display of especially-commissioned pop and op art, the feeling of joy and freedom and youth... which is, after all, what the US claims it’s all about.

 
-- Expo inside out! 1967 : 42  

Près du pavillon des États-Unis, on peut quitter l’île, emprunter la passerelle du Cosmos et rejoindre ainsi l’Île Notre-Dame.

Cette île accueille le plus grand nombre de pavillons privés et nationaux, dont voici les principaux.

• Le pavillon de l’URSS : cette année-là, les Soviétiques fêtent le 50e anniversaire de la révolution russe; ils présentent leurs performances dans les domaines du spatial et du nucléaire, « tous deux exploités à des fins pacifiques » précisent-ils (Jasmin 1997 : 359).

 

Beneath a massive medallion of Lenin are laid out fifty years of progress in the arts and science. And education. And industry. And Health and welfare It’s all so complicated and impressive and noble (“for the good of man”) that we felt guilty about feeling bored. [...] Unlike the US, the Russians are not out to surprise you. They’re out to impress you. And they succeed.

 
-- Expo inside out! 1967 : 43  

• À proximité, divers pavillons privés : L’homme et l’agriculture (on y présente les solutions technologiques, scientifiques et traditionnelles de résoudre la faim dans le monde); le pavillon de l’Acier; celui des Pâtes et papiers du Canada; le pavillon du Judaïsme; la Maison Châtelaine (maison modèle tout confort); le pavillon de la Vie économique (24 entreprises canadiennes expliquent comment elles contribuent à la richesse du pays);

• Israël : la métamorphose du territoire depuis 1948, le mode de vie, les souvenirs de Masada et d’Auchwitz.

• Cuba : le pavillon transcende tout embargo; la présentation rappelle explicitement l’esclavage et la violence, « que tous les autres pays ont évité de montrer » (Jasmin 1997 : 370), et les Américains peuvent venir y acheter en toute quiétude des cigares interdits aux États-Unis.

• La Grande-Bretagne : le pavillon décrit avec humour le mode de vie anglais, « rappelle les gloires passées, militaires, religieuses, politiques, culturelles. [Le tout sous] un immense moteur du supersonique Concorde » (Jasmin 1997 : 274). « An outstanding successful pavilion... full of lights and sounds and action and even — a rarity at Expo — laughter. [...] Britain is great fun, and deservedly one of the most popular pavilions at Expo » [cinq étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 8).

• La France : le pavillon compte huit étages si l’on compte le toit (restaurant) et le sous-sol; le thème unissant le tout est Tradition et invention. En descendant, on passe de la littérature à la peinture (XIXe et XXe siècle), puis au cinéma, à la science (un satellite est exposé), à la télévision et à Paris et au voyage. « You could spend a whole week here » [cinq étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 15).

• Le Canada : dans le plus haut pavillon de l’Expo, en forme de pyramide renversée, le « Katimavik » (« lieu de réunion » en inuit) reçoit « Photos, cinéma, exposition d’œuvres d’art, tout y est pour dire au monde entier ce qu’est le Canada » (Jasmin 1997 : 377). « Like France and the USSR, the pavilion is big and full of displays; [...] Like the US, [it] is fun. [...] Canada is the best [pavilion]; because it has something of the best of most of the others » [cinq étoiles] ( Expo inside out! 1967 : 8-9).

• Les Provinces atlantiques : les présentations sont axées sur les richesses maritimes, y compris au restaurant.

• Le pavillon de l’Ouest canadien : on y propose des expériences, « Each of nine “experience capsules” has it’s own feel, sound, and smell », comme un passage dans la forêt de Colombie britannique ou une descente dans une mine ( Expo inside out! 1967 : 44). Beaucoup de Québécois découvrent cette partie du Canada.

• L’Ontario : axé sur la jeunesse, le pavillon connaît un grand succès, notamment grâce à son film « “A Place to Stand”, dont la chanson fut bientôt sur toutes les lèvres  » (Jasmin 1997 : 376); le pavillon reçoit quatre étoiles dans l’ Expo inside out! .

• Le Québec : Jasmin intitule son paragraphe sur le pavillon québécois « Le monde du travail » (1997 : 375), ce qui ne correspond pas à l’esprit de ses concepteurs (voir chapitre suivant). Ce cube en verre légèrement pyramidal reflète les alentours de jour et, de nuit, révèle l’intérieur du pavillon. Il présente « l’eau, la forêt et l’industrie » ( ibid. ). D’après Expo inside out! , le pavillon est « a major disappointment. Impressive from the outside, especially at night. Inside, no nonsense and precious little of anything else » [mention to avoid ] (1967 : 37). Plus diplomate, Folch-Ribas affirme que le pavillon « est une vision de l’esprit, pure jusqu’à la quintescence, un joyau poli planté dans un cadre magnifique, et qui risque fort de rester un exemple d’un certain lyrisme abstrait, symbolique de notre époque » (1967 : 17).

• Les Indiens du Canada : dans ce pavillon privé, « les messages sont sans complaisance. Les journalistes de l’Expo en parlent et le message est porté dans le monde entier. [...] Un pavillon qui fait beaucoup réfléchir » (Jasmin 1997 : 378).

 

« White men go home » seems to be the theme of this controversial pavilion, which indicts the pioneers and progress praised elsewhere at Expo. Alas for the intellectual Indians who planned it all, canoes and tomahawks still account for visitor interest, and the neon-campfire sort of queers the pitch for a return to primitive values.

 
-- Expo inside out! 1967 : 18  

D’après Brigitte Schroeder-Gudehus, citée par Jasmin (1997 : 378), « c’est à l’Expo que les Indiens du Canada se sont retrouvés et qu’ils ont esquissé leur actuel mouvement d’unité », conformément aux souhaits de Pierre Dupuy.

• Nations Unies : ce pavillon rappelle l’œuvre de l’organisme et distille une « Typical UN pastoral » ( Expo inside out! 1967 : 42).

• Le pavillon Chrétien : il réunit huit Églises et s’articule autour du huitième jour, « jour où le destin de l’homme est maté par sa volonté » (Jasmin 1997 : 379). Dans ce pavillon, « the world’s problems are shockingly explicit. The Christian answer remains (intentionaly?) vague » ( Expo inside out! 1967 : 12).

• La Place d’Afrique : quinze pays d’Afrique noire indépendants depuis peu présentent leurs richesses culturelles et économiques : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, la République démocratique du Congo (ex-Congo-Brazzaville), l’Ouganda, le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie, Madagascar; dans l’unité de ce lieu, ils tentent d’exprimer leurs différences; comme le dit Expo inside out! , « Your first impression will be that each nation is like all the others; so look for something distinctive » (1967 : 4) et les descriptions de pavillons rendent justice à ces distinctions.

Et pour finir ce tour d’horizon, il faut passer à La Ronde, soit en empruntant l’Expo-Express à l’est de l’Île Notre-Dame, soit par le pont Jacques-Cartier.

Situé dans la partie est de l’Île Sainte-Hélène, ce parc d’amusement s’inspire des Jardins de Tivoli, à Copenhague, et repose sur des principes architecturaux que le jeune architecte Andrew Hoffman acquiert à cette fin chez Walt Disney (Jasmin 1997 : 387). La Ronde fait « un pendant essentiel à l’Expo, une détente après la visite de l’exposition » ( ibid. : 390). Le Guide l’Expo précise d’ailleurs que « La Ronde n’a rien du genre fête foraine propre à tant de parcs d’amusement » (1967 : 243); pas de vacarme, simplement « une gaieté sereine » ( ibid. ).

Outre les manèges et les attractions diverses, on trouve à La Ronde un aquarium et un cirque marin, commandités par Alcan, et le pavillon de la Jeunesse, conçu par Pierre Dupuy « au cours d’une de ses envolées oratoires » ( ibid. ) — le pavillon n’était pas prévu dans le plan directeur. C’est donc le service des exposants qui se charge du projet et qui engage le personnel requis pour ce faire ( ibid . : 391). Le contenu repose sur les résultats d’une enquête effectuée auprès de 33 mouvements de jeunesse canadiens et se compose d’une succession d’événements culturels et de variété (théâtre, cinéma, conférences, spectacles et une discothèque) ( Guide de l’Expo 1967 : 246). D’après Expo inside out! , dans ce pavillon, prévu pour les 16-30 ans, « since it opened, there’s hardly been a teenager to catch the Important Debates, Controversial Speakers, and Experimental Theatre. But when a group such as the Modern Jazz Quartet comes, it’s hard to get near the place » (1967 : 45).

Il serait superflu d’énumérer ici tout ce qui s’est produit au cours des six mois de l’Expo, puisque, encore une fois, le livre d’Yves Jasmin (1997) en relate l’essentiel. Voyons toutefois quelques aspects que le survol géographique ne pouvait évoquer.

Chaque jour connaît plusieurs événements notables, comme une fête « nationale », un nombre remarquable de visiteurs, une anecdote, la visite d’un chef d’État (Jasmin 1997 : 131-171). Les journées nationales donnent lieu à une cérémonie Place des Nations, suivie généralement d’un spectacle offert par la nation concernée. Voici quelques-uns de ces moments forts.

• Journée de Montréal (17 mai) : l’International Nickel offre à la ville de Montréal le stabile de Calder.

• Journée du Québec (24 juin) : visite du premier ministre du Québec, Daniel Johnson, et son épouse.

• Journée du Canada (1er juillet) : le Canada est représenté par le commissaire général aux visites d’État de 1967, Lionel Chevrier. Le Canada offre à la foule réunie Place des nations un gâteau de 100 kilos.

• Journée de la France (25 juillet) : visite du Général de Gaulle et son épouse, le lendemain de la déclaration du balcon de l’Hôtel de ville; « on a demandé aux autorités de l’Expo de ne pas recevoir le général en visite officielle. MM. Dupuy et Shaw opposent un refus catégorique, l’Expo étant au-dessus de toute considération politique » (Jasmin 1967 : 153-154).

• Journée des Indiens du Canada (4 août) : les Indiens du Canada sont représentés par le Gouverneur général, Roland Michener et Madame. Les dirigeants de l’Expo reçoivent des parures de plumes.

D’autres personnes de marque ont aussi visité l’exposition : Lyndon Johnson, Elizabeth II, Rainier et Grace de Monaco, John Diefenbaker, « ancien premier ministre et féroce détracteur de l’Expo depuis son séjour dans l’opposition, qui se dit maintenant et fièrement père de l’Expo » (Jasmin 1967 : 151), et de nombreuses célébrités du monde du spectacle.

Tout au long de l’exposition, le Festival Mondial s’est tenu dans les trois salles de la Place des Arts, à l’Expo Théâtre, à l’Autostade, à la Place d’afrique, à La Ronde et dans quelques pavillons nationaux (Bolchoï, Opéra de Vienne, Opéra de Milan, Ballet de l’Opéra de Paris, ballet du XXe siècle de Maurice Béjart). En six mois se produiront 200 spectacles classiques et de variété ( ibid . : 407), tandis que dans les kiosques de fanfare, 775 groupes amateurs donnent 3 650 performances ( ibid . : 408).

Dans le rythme des journées, le moment des repas donne l’occasion aux visiteurs de fréquenter les nombreux restaurants et casse-croûte du site, concessionnaires auprès desquels l’Expo perçoit une redevance sur les recettes (Jasmin 1967 : 414). C’est sans doute ce qui explique que, d’après Expo inside out! , « prices are for the most part between 25% and 50% higher than for comparable fare in downtown Montreal » (1967 : 20). Mais il y en avait pour toutes les bourses et pour tous les goûts (Jasmin 1997 : 413-420).

Deux événements ont légèrement assombri le succès de l’Expo : la grève des transports en commun de Montréal, du 21 septembre au 20 octobre, qui n’a pas nui gravement à l’Expo, si ce n’est que les pavillons doivent fermer plus tôt pendant cette période (Jasmin 1997 : 168); et le « scandale » de Logexpo : émanation de la CCEU, Logexpo doit guider les visiteurs vers un gîte (dans un hôtel, un motel, une maison de touristes ou chez un particulier). Au préalable, un groupe de travail créé par le gouvernement du Québec avait pour mandat de vérifier la qualité des logis offerts. Or, Logexpo a failli à sa tâche, pour une raison « qui reste un mystère » (Jasmin 1967 : 93). Pas tant que cela cependant, puisqu’il s’avère que certains motels construits à la va-vite reçurent leur agrément, ainsi que des motels inexistants ( ibid. ); le groupe de travail n’avait donc pas rempli son mandat. Comme les visiteurs devaient payer leurs nuitées d’avance, beaucoup d’entre eux ont été floués et n’ont pas pu être dédommagés ( ibid. ); nous y revenons dans la section suivante.

Au moment de la clôture, on constate « qu’il n’y pas eu un seul cas de violence, pas de bagarres, pas de conflits raciaux. L’Expo s’est distinguée par son atmosphère de cordialité, d’amitié universelle » (Jasmin 1997 : 169). Ce jour-là, « on remet des médailles d’or aux commissaires généraux de chaque pays participant », ainsi que leur drapeau qui flottait Place des nations, une médaille d’argent aux commissaires des autres pavillons ou participants privés ( ibid. : 170).

Pour finir, un arrêté en Conseil (no 45, 10 janvier 1968[61]) dispose du site : la CCEU vend « par voie de soumissions publiques le matériel roulant, la voie ferrée, les installations électriques et mécaniques du réseau de transport en commun connu sous le nom de Expo Express ». Elle cède pour un dollar la Cité du Havre au Canada, sauf le Musée d’art et l’Expo-théâtre, cédés au Québec pour la même somme symbolique. La ville de Montréal reçoit de la même façon tous les actifs situés sur les îles Notre-Dame et Sainte-Hélène, y compris La Ronde, les structures, les installations des monorails, les ponts. Mais l’Expo ne s’arrête pas avec la liquidation sur le papier, le bilan se prolonge quelque peu dans la vie matérielle et imaginaire.

Si l’on revient au parallèle Exposition-carnaval, il faut bien reconnaître qu’aux antipodes des phénomènes d’inversions carnavalesques, la liesse et la fraternité débouchent sur l’acceptation de la réalité sociale et même sur la gratitude des gens « ordinaires » envers leurs dirigeants. La thèse dominante sur les expositions serait ainsi vérifiée, à savoir que les profits reviennent essentiellement aux élites. Mais un regard plus attentif vient nuancer cette assertion pour conclure qu’en fait les élites sont loin d’avoir confisqué les profits de l’Expo, même si elles en ont amplement perçu. Il est donc intéressant à cette étape-ci de rappeler la thèse du « drainage des profits ». Nous verrons aussi comment Expo 67 confirme en partie cette thèse, mais ensuite comment elle la tempère : les élites se sont discréditées à diverses occasions lors d’Expo 67 et elles ont dû partager avec la population les conséquences des anicroches et du déficit de l’Expo; quant aux bienfaits matériels de l’Expo, ils échoient aussi aux Québécois « ordinaires »[62].

Les organisateurs d’expositions affichaient des intentions reflétant leur confiance dans le progrès capitaliste : le prestige international, les retombées économiques pour le pays, et l’accès de la population à un savoir nouveau. Bref, des profits partagés. Les organisateurs ont-ils fait preuve d’angélisme ou de cynisme, toujours est-il qu’une partie des objectifs n’ont pas été atteints, d’autres ont été dévoyés, et certaines conséquences inattendues ont vu le jour. Le prestige escompté se heurte parfois aux soubresauts de la politique internationale, comme lors des expositions parisiennes de 1889, boudée par la Prusse et ses alliés (Schroeder-Gudehus 1989), et de 1937, où la course au prestige a plutôt profité à l’URSS et à l’Allemagne qu’au pays hôte (Namer 1981). Le succès économique se fait parfois modeste ou inexistant, car les investissements sont énormes et leur matérialisation en partie éphémère (la plupart des bâtisses sont détruites après l’exposition) (Findling 1990). Les masses n’ont pas toujours pris au sérieux le programme éducatif, éconduit alors au profit des attractions « populaires » (Heaman 1999).

Cet écart entre objectifs et résultats des expositions a conduit les analystes des expositions (Benedict 1983, Rydell 1984 et 1993, Forest et Schroeder-Gudehus 1988, Findling 1990, Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992, Schroeder-Gudehus et Cloutier 1994, Heaman 1999) à mettre en évidence les fonctions politiques, économiques et sociales de celles-ci, c’est-à-dire la façon dont les élites ont « profité » des expositions. Lorsqu’on parle de profit, il faut comprendre ce terme au sens matériel (économique) mais surtout symbolique — nous y revenons ci-dessous. Et qui sont les élites dont on parle? Ce sont les personnes qui contrôlent les grandes institutions correspondantes ou y participent : pour l’aspect matériel, les dirigeants des organismes financiers et des entreprises manufacturières ou de services; pour l’aspect politique, les chefs d’État et leur entourage, les élus, les membres de l’administration gouvernementale; pour l’aspect social, les scientifiques, l’Église (au XIXe siècle surtout), les syndicats.

Du point de vue économique, il peut sembler que les profits reviennent principalement aux élites, c’est-à-dire à ceux qui ont les moyens d’investir et qui obtiennent un retour sur investissement (éventuels dividendes en cas de levée de fonds capitalisée) ou sont rétribués pour leur production (construction de bâtiments et de matériel : transport sur les sites ou vers les sites, mobilier dans les bâtiments), ou perçoivent les retombées publicitaires de l’exposition sur la production nationale. Les profits politiques sont plus flous mais néanmoins réels : au niveau international, les dirigeants bénéficient du prestige de l’exposition; au niveau national, ils reçoivent la reconnaissance de la population pour le travail accompli, et peuvent bénéficier de la relative anesthésie sociale qui en découle. Quant aux autres profits symboliques (sociaux) qui reviennent aux élites, ils concernent les valeurs qu’elles suscitent et entretiennent, comme la hiérarchie des races, la supériorité de l’homme sur la femme et le tabou du corps (XIXe et première moitié du XXe siècle) ou la science et l’éducation au service de la paix (deuxième moitié du XXe siècle) (voir pour ces aspects Benedict 1983, Rydell 1984 et 1993, Forest et Schroeder-Gudehus 1988, Findling 1990, Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992, Schroeder-Gudehus et Cloutier 1994, Heaman 1999).

Les recherches sur les expositions universelles portent principalement sur le travail des élites, car celles-ci ont laissé des traces écrites qui permettent de reconstituer peu ou prou les événements et de les analyser. Lorsqu’elles se penchent sur les expériences des visiteurs dans ces événements, c’est surtout pour souligner que celles-ci consistent à absorber les connaissances que les élites tiennent à transmettre, à savoir une description hiérarchisée de la réalité (hiérarchies universelles, internationales et intra-nationales).

Si les profits des expositions reviennent essentiellement aux élites, c’est donc qu’en toute logique, seule une portion congrue des profits revient à la population : profits matériels pour les employés qui ont été recrutés en vue de la construction et du déroulement de l’exposition; profits symboliques pour les visiteurs qui trouvent ainsi l’occasion de sortir de chez eux, de « monter » à la ville, de s’amuser voire s’étourdir dans la section des attractions, d’assouvir leur curiosité dans les divers pavillons. Ceux qui ont à perdre dans les expositions proviennent quant à eux de deux univers fort différents : les indigènes arrachés à leurs tropiques pour s’exhiber dans des cadres « authentiques » reconstitués (à Expo 67, ces exhibitions étaient révolues); les investisseurs publics et privés lorsque l’exposition ne dégage pas de profits. Les visiteurs, eux, n’ont rien à perdre, à moins d’être déçus par telle ou telle présentation, mais cela ne comporte pas grand risque, ni matériel ni symbolique.

Finalement, les pertes, les profits, les élites, la population, ces catégories ne sont pas vraiment étanches.

Si les expositions constituent des événements extraordinaires (parce que les concepteurs et réalisateurs se sont efforcés de les créer comme telles), elles n’en charrient pas moins leur dose de problèmes au cours de la construction, pendant l’exposition et après sa fermeture. Ces problèmes affectent toute la population plus ou moins directement et en tous cas n’épargnent pas les élites. À Expo 67, deux problèmes ont terni l’organisation de l’événement : l’Expo-express, jugé superflu par certains, et Logexpo, considéré comme un fiasco du gouvernement provincial. Quant au déficit de la Compagnie, enfin, il figure lui aussi au passif des organisateurs.

L’Expo Express, commandé par la CCEU, était une voie ferrée qui transportait sur les îles les visiteurs stationnés à la Cité du Havre. Partant de la Place d’accueil, il passait sur le pont de la Concorde jusqu’à la pointe sud de l’île Sainte-Hélène, empruntait ensuite le pont des Îles jusqu’au centre de l’île Notre-Dame, traversait celle-ci vers le nord puis rejoignait La Ronde par le pont de l’Expo Express.

 

C’était un chemin de fer long de 5,75 kilomètres. Il était composé de huit trains de six wagons chacun, à commande entièrement automatique, qui pouvaient transporter un maximum de 25 000 passagers à l’heure dans les deux directions. [Il] transporta 44 millions de voyageurs pendant l’Exposition, parcourant en tout 612 870 kilomètres. Il n’y eut qu’un seul déraillement, sans causer de blessures, et aucune collision.

 
--Jasmin 1997 : 69-70  

En décrivant ainsi les prouesses de l’Expo Express, Jasmin en justifie l’existence. Car ce chemin de fer a soulevé une certaine opposition dès le moment de sa conception. Pour trois raisons. Une raison liée au chauvinisme d’abord, parce que la construction en a été confiée à une entreprise ontarienne — et non pas québécoise. Une raison pratique ensuite : le métro reliait Montréal à l’île Sainte-Hélène et à Longueuil (l’île Sainte-Hélène était aussi accessible par Hovercraft et par traversier), et le déplacement sur le site était déjà assuré de diverses façons : des minirails, des balades (petit train sur pneumatiques), des vaporettos. La variété des modes d’accès et de déplacement pouvait donc indiquer que l’Expo Express n’était pas indispensable. Une raison « écologique » enfin : après l’exposition, il a fallu démonter l’Expo Express, car il n’était pas techniquement récupérable par le transport en commun de Montréal. Dans cette histoire, la CCEU et la Ville de Montréal n’ont pas su s’accorder, comme l’indiquent les témoignages de Pierre de Bellefeuille (qui travaillait à la Compagnie) et de Guy Legault (service d’urbanisme de Montréal) :

Il y a par exemple le problème qui s’est présenté et je n’ai jamais eu la réponse complète. Il y avait un chemin de fer qui s’appelait l’Expo Express. [...] Et le contrat de l’Expo Express a été donné hors Québec. Et après l’Expo, l’Expo Express a été démantelé, pas immédiatement, mais il a finalement été démantelé parce qu’il n’était pas compatible avec le transport en commun montréalais. Question : pourquoi l’Expo Express n’était-il pas compatible avec les transports en commun montréalais? Quand j’ai fait cette enquête sur la Révolution tranquille, dont je vous parlais, là, j’ai interrogé beaucoup de monde sur toutes sortes de choses, je suis revenu un peu sur l’Expo et j’ai cherché à savoir et j’ai demandé à Robert Shaw [vice-président de la CCEU] pourquoi l’Expo Express n’était pas compatible. Et là sa réponse était confuse, sa réponse était : « c’est la faute de la ville de Montréal ». Bon, j’interviewe ensuite Lucien Saulnier, qui était le bras droit de Jean Drapeau [maire de Montréal]. Il me répond : « Ah, c’est la faute de la Compagnie de l’Exposition ». J’ai jamais réussi à savoir qui disait vrai. Est-ce que c’est Robert Shaw qui voulait donner ça à une compagnie ontarienne, puis qui voulait pas que ça puisse constituer un cadeau après l’exposition à la ville de Montréal... Ou bien est-ce que c’était la ville de Montréal qui avait des exigences qui ne correspondaient pas au mouvement de l’Expo. Il y a une explication quelque part, mais je ne la connais pas. (Pierre de Bellefeuille, par. 105)

On a eu des critiques à faire au sujet de l’Expo, de la Compagnie canadienne de l’Expo, pour vous donner un exemple, [...] nous avons dit à l’Urbanisme, de concert avec les Travaux publics, que le métro devait aller à l’Expo. Et la Compagnie de l’Expo a dit : « Nous n’en avons pas besoin ». Ah! bon. Évidemment, ce dont ils avaient peur, c’est qu’on leur demande une contribution, alors Saulnier a dit, d’autorité : « nous allons faire la communication avec l’Expo quand même ». Par condescendance, la Compagnie a accepté. [Elle] a dit : « Nous avons notre métro express ». Alors l’expérience a démontré que soixante-six pour cent, disons en gros les deux tiers des visiteurs sont arrivés à l’Expo par le métro de Montréal. [...] Les gens de l’Expo avaient une idée, vraiment ferme, que l’accès de l’Expo se ferait en voiture. Que l’Expo Express, évidemment, prendrait les gens du stationnement et les amènerait au site de l’Expo. Si ça s’était produit comme ça, il n’y aurait pas eu cinquante millions de visiteurs. C’était impossible, il fallait vraiment le métro de Montréal [...] qui fonctionnait les vingt heures, dix-huit heures par jour qu’il fallait pour transporter les gens qui venaient de tous les coins de la région, et qui se trouvaient un coin pour stationner quelque part, chez des parents, des amis, puis là, ils entraient à l’Expo par le métro parce qu’il n’y avait pas de place de stationnement. (Guy Legault, par. 255-259)

Les visiteurs ont abondamment utilisé l’Expo Express, confortant ainsi la CCEU dans son choix, mais la dépense — six millions de dollars d’après Jasmin[63] (1997 : 70) — a contribué au déficit de l’Expo, absorbé à terme par tous les contribuables canadiens, et dont le poids symbolique incombe à la CCEU. Les élites comme la population ont gagné et perdu quelque chose.

Pour ce qui concerne Logexpo, il s’agit moins d’un choix discutable que d’un échec stratégique. Sur le modèle de Logexpo à l’exposition de Bruxelles en 1958, le gouvernement du Québec entreprend, en accord avec la CCEU, de combler le besoin de gîtes pour les millions de visiteurs attendus. Il s’agissait donc pour le groupe de travail responsable de recenser et accréditer les logements disponibles, chez l’habitant ou ailleurs.

 

Le 23 mars 1967, Yves Gabias, secrétaire de la province, déclara que le service de logement avait inspecté et établi des prix pour 79 365 chambres, dont 40 000 dans les hôtels, motels ou maisons de touristes, donc 39 365 dans des maisons privées. L’Expo en avait demandé 20 000. À cela s’ajoutaient 1200 unités de motels et de roulottes en plus de 20 000 places de camping. En tout, Logexpo a reçu et manipulé 556 356 transactions.

 
--Jasmin 1997 : 93  

En fait, le nombre de logements enregistré par Logexpo était excessif et certaines accréditations injustifiées. C’est ainsi que de nombreux touristes se sont inscrits dans des motels inexistants ou insalubres, si bien que la CCEU reçut 1900 plaintes au sujet de l’hébergement dont les trois quarts concernaient des bévues des services provinciaux, d’après Jasmin (1997 : 94). Tout en précisant qu’on n’a jamais rien prouvé, ce dernier pense d’ailleurs qu’on ne peut pas écarter l’hypothèse de la corruption dans cet imbroglio ( ibid. : 93). Ici encore, c’est aux élites qu’échoit le poids de l’échec, même si les premières victimes sont des particuliers. Ce sont les élites qui se font vilipender par la presse et que l’on accuse encore, trente ans plus tard, d’incurie.

Le déficit de la Compagnie de l’Exposition n’échappe pas à ce traitement. Nous l’avons vu plus haut, le déficit de la Compagnie s’est élevé à 211 millions de dollars, et même à 233 millions selon le rapport annuel de 1989 de la Société de l’Exposition (Schroeder-Gudehus et Rasmussen 1992 : 216; Galopin 1997 : 154), montant qui doit être grossi de celui des intérêts. Si Jasmin (1997) souligne les retombées considérables de l’Expo sur l’économie qui compensent amplement le déficit (revenus touristiques, immobilisations), Galopin (1997) est plus sévère : il constate qu’après plusieurs années, les bilans des expositions du XXe siècle traduisent une plus-value au terme de la liquidation, même s’ils étaient négatifs à la clôture. Comme le mentionnait déjà le chapitre 2 section 4  : « Les opérations affichant une perte définitive, telles New York 1939, Montréal 1967 ou New Orleans 1984 seraient l’exception et l’illustration même d’une mauvaise gestion ou d’ambitions démesurées dans la phase dépensière » (1997 : 150). Gestion déficiente ou ambition excessive, toujours est-il que les contribuables montréalais, québécois et canadiens ont dû assumer leur part au fil des années et que les élites, encore une fois, portent la responsabilité de ces errements.

Cela dit, le succès de l’Expo a sans doute occulté bien vite ce déficit dans les mémoires (contrairement à celui des Jeux olympiques de 1976 dont on parle encore), et il fort possible que le déficit de la CCEU ait été compensé par les gains de l’économie. Nous y revenons un peu plus loin.

Au terme de ce survol des principales difficultés qu’Expo 67 a rencontrées, il semble que les élites n’ont pas eu à porter que les lauriers de l’événement, mais bien aussi le fardeau symbolique de ses échecs. Inversement, il convient maintenant de montrer que les élites n’ont pas confisqué les profits de l’Expo, car toute la population a pu en tirer bénéfice, matériellement et symboliquement.

Pierre Dupuy (1972) et Yves Jasmin (1997) se sont employés à démontrer l’ampleur des profits d’Expo 67, à la fois matériels et symboliques. Matériels, grâce aux investissements préalables qui ont stimulé l’économie et à la venue de milliers de touristes canadiens, américains et européens; profits symboliques à cause de la fierté qui en est résultée chez les citoyens canadiens (les deux auteurs prennent essentiellement les Canadiens en considération, très peu les Montréalais et quasiment pas les Québécois). On peut être tenté de ranger leur rhétorique au chapitre des justifications a posteriori , comme s’y sont efforcés les organisateurs de toutes les expositions (voir Galopin 1997 : 132).

Il demeure que chaque exposition stimule directement l’économie locale de diverses façons : par les emplois qu’elle génère (même temporaires) et qui entraînent consommation, paiement d’impôts sur le revenu et de taxes à la consommation; par la consommation de biens et services des visiteurs; par les investissements en infrastructures : Expo 67 a bénéficié des travaux déjà en cours à Montréal, comme l’aurotoute Bonaventure, la Place Ville-Marie, le réseau de métro, mais elle en suscite d’autres. « Moi je dis, la plus grande chose qui est arrivée au Québec, à ce moment-là, c’est que ça [Expo 67] nous a permis de construire des infrastructures qui n’existaient pas, on était une petite république » (Jacques Lorion, par. 261). On restaure le Marché Bon-Secours et la Place Jacques-Cartier, on agrandit l’aéroport de Mirabel (Galopin 1997 : 120), on démolit un quartier « insalubre » près du pont Victoria pour y construire un centre de radio- et télé-diffusion, un stade et l’entrée principale de l’Expo (Germain et Rose 2000 : 84). On construit les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame, devenues par la suite des lieux de loisirs : le complexe de La Ronde est encore exploité aujourd’hui, et la partie sud de l’île Sainte-Hélène héberge maintenant le Casino de Montréal dans l’ancien pavillon de la France (qui a récemment annexé le pavillon du Québec); l’île Notre-Dame s’est vue agrémentée d’une piscine olympique et d’un circuit pour courses automobiles (Galopin 1997 : 131). Aucune étude chiffrée n’a établi rigoureusement les retombées matérielles d’Expo 67, mais d’autres études sur d’autres expositions permettent d’oser quelques analogies intéressantes.

Galopin (1997 : 134) relate par exemple que pour l’exposition de Seattle en 1962, la Washington State Tax Commission a évalué à 150 millions de dollars (américains) les ventes au détail générées par l’événement. Cette exposition fut pourtant modeste : moins de 10 millions de visites (le multiplicateur serait donc de 15). Est-ce à dire qu’Expo 67, avec ses 52 millions de visites aurait généré l’équivalent de 780 millions de dollars américains (15 x 52 M de visites = 780 M $ US) en ventes de détail? Cela semble énorme, invraisemblable. Une estimation très conservatrice, en diminuant des deux tiers le multiplicateur, donnerait quand même 260 millions de dollars américains (5 x 52 M de visites), ce qui est déjà considérable comme gain collectif.

L’exposition de Spokane (état de Washington, États-Unis) en 1974, qui a compté 5,6 millions de visites (Findling 1990 : 390), a fait l’objet d’une étude systématique a posteriori par les étudiants de l’Eastern Washington State College. Elle ne porte pas seulement cette fois-ci sur les ventes de détail, mais sur le revenu global occasionné par l’exposition.

 

[Cette étude] évalue à 139 millions de dollars le revenu global supplémentaire de la ville dont plus de la moitié va à l’hôtellerie, la restauration et les distractions diverses; le bâtiment — abstraction faite de l’activité de construction hors site — n’enregistre que 23 millions, soit moins que les transports locaux (27 millions). La hausse des courbes par rapport à la normale est spectaculaire dans certains secteurs : plus 165 % pour les cinémas et autres lieux de divertissement, plus 67 % pour l’hôtellerie, plus 35 % pour les stations-service. L’augmentation du chiffre d’affaires dans les autres compartiments de la vente au détail est comprise entre 13 et 20 %, celle de la construction de 7,4 % seulement. Voilà qui permet de mieux cerner les vrais bénéfices — dans un cas de figure certes, qui est propre aux expositions américaines.

 
--Galopin 1997 : 134  

Dans le cas de Spokane, le multiplicateur entre le nombre de visites et l’augmentation globale de revenus estimée est de 24,83 (multiplicateur obtenu par l’équation : 5,6 M de visites x 24,83 = 139 M $). Appliqué à Expo 67, le multiplicateur donne un revenu de 1 291 millions de dollars américains en revenus supplémentaires (52 M de visites x 24,83 = 1291,16 M $ US). Cette fois encore, ce chiffre semble astronomique. Réduit au tiers, cet apport virtuel serait de 430 millions de dollars américains, chiffre qu’agréeraient volontiers les tenants inconditionnels d’Expo 67.

Cet exercice d’inférences pourrait demeurer stérile s’il s’agissait de connaître réellement l’apport économique d’Expo 67; mais il n’en est rien, ce serait illusoire dans le cadre de ce travail. Il ne s’agit pas non plus d’accorder un crédit aveugle à ceux qui veulent obnubiler les déficits des grands événements derrière la richesse collective que génèrent les investissements somptuaires. Car après tout, dans la collectivité, la population de bénéficiaires directs des retombées ne recouvre pas tout à fait celle des « contributeurs »; en d’autres termes, ce ne sont pas les mêmes individus qui assument par leurs impôts la charge réelle des déficits (les contributeurs) et qui perçoivent les revenus des ventes supplémentaires de biens et services (les bénéficiaires directs). Il s’agit simplement de montrer que les profits matériels de l’Expo ont certainement été considérables, d’une part, et que, d’autre part, ils ont enrichi directement une bonne partie de la collectivité. Il faut toutefois restreindre ici le sens de collectivité, car c’est certainement la région de Montréal qui a le mieux prospéré grâce à l’Expo, même si Guy Legault est prudent : « Les retombées économiques de l’Expo pour Montréal n’ont pas été si grandes qu’on le dit, je vous mets en garde » (par. 115).

Les milieux qui gagnent le plus sont la construction et les travaux publics, mais s’y greffent d’autres professions :

 

Aux architectes, bureaux d’études techniques, et sociétés d’ingénierie s’ajoute un vaste éventail de métiers plus spécifiques, producteurs d’images et de spectacles, scénographes, décorateurs, graphistes et photographes, publicitaires et autres spécialistes de la communication, agissant en concurrence désordonnée ou — plus souvent — formant des groupes pluridisciplinaires et usant de stratégies commerciales savamment élaborées... C’est sans doute ici la caractéristique principale d’une exposition internationale que d’éveiller — ou de réveiller — de nombreux secteurs aux frontières de l’art et de la création. Le gain s’exprime alors en termes qualitatifs autant qu’en chiffre d’affaires et — à en juger par l’expérience — peut rehausser durablement le niveau culturel de toute une ville. [...] À l’autre pôle de l’activité marchande, l’hôtellerie, la restauration, les transports locaux, sont toujours les premiers bénéficiaires, mais l’on est frappé de voir les profits spectaculaires que peuvent tirer les lieux de divertissement populaire [...] dont la ville peut être prodigue. À un niveau plus bas, les transactions bancaires, les opérations d’assurances connaissent une certaine effervescence. L’incidence est généralement beaucoup moindre sur les ventes au détail de produits manufacturés. En réalité, le visiteur de l’extérieur a un comportement qui n’est guère différent de celui du touriste; il consomme en conséquence.

 
--Galopin 1997 : 136-137  

Pour ce qui est des gains matériels indirects pour l’ensemble de la collectivité, on peut raisonnablement supposer que le circuit économique s’est chargé de diffuser le surplus, tandis que le « circuit » administratif et politique aura redistribué sa part, perçue sous forme d’impôts et de taxes. Sans doute la région montréalaise aura-t-elle davantage profité des retombées diverses que les autres régions, mais si l’on parle en termes de « classes sociales », ces retombées matérielles concernent, au-delà des élites, les classes moyennes et laborieuses qui ont participé à la création d’Expo 67 ou qui en ont été contemporaines : le journaliste Michel Vastel affirme que le plus faible taux de chômage enregistré au Québec, « record historique », fut de 4,1 % en 1966, « grâce à Expo 67 » ( Le Soleil , 24 août 2002 : D 5). Cela n’est sûrement pas passé inaperçu à l’époque.

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Pour résumer, certains pavillons d’Expo 67 jouent le jeu de la fête distinguée, acceptent de donner une image d’eux-mêmes qui confortera ou dépassera les attentes (le Canada, les États-Unis, l’URSS, la France); d’autres, les Indiens du Canada et Cuba, offrent une prestation quasi séditieuse. Le pavillon du Québec semble déjouer l’alternative bienséance-mutinerie en optant pour l’abstraction. Parallèlement, le fil de l’Expo se déroule dans une jovialité de bon aloi, et les impairs semblent peser moins lourd que les bénéfices.

D’ailleurs aujourd’hui, ceux qui ont visité l’Expo évoquent cet événement avec émerveillement et avancent volontiers qu’elle a été déterminante pour le Québec. Est-ce à dire qu’ils ont associé l’exposition à la province en obnubilant la reconnaissance du Canada et de Montréal? Ont-ils retenu l’idée d’unité que Dupuy souhaitait imposer? Le portrait du Québec se limitait-il à son pavillon ou s’instillait-il dans toute l’exposition? Ce portrait à la plastique design rompait-il vraiment avec le « Canadien français »? Le chapitre suivant commencera à répondre à ces questions en retraçant l’historique de la présentation québécoise.



[35] . Au sujet de cet aspect pour l’exposition de Bruxelles 1958, voir Schroeder-Gudehus et Cloutier (1994).

[37] . Grenier ne mentionne que les noms du président et du vice-président de ce comité, respectivement Jean-Claude Asselin et Murray Hayes (1965 : 22).

[38] . Le comité se compose des personnes suivantes : pour le fédéral, Jean Miquelon et Glen Bannerman; pour le provincial, Robert Plante et Patrick Hyndman; pour le municipal, Lucien Hêtu et Valmore Gratton (Rapport du comité FPM été 1964 : 1)(ANQ-Qb : E16 1960-01-035/178).

[39] . C’est ce qui paraît effectivement dans les sources officielles, telles que les rapportent Schroeder-Gudehus et Rasmussen (1992 : 206). Rydell (1990 : 317) dit au contraire que les dépenses ont substantiellement dépassé les revenus. Mais il ajoute que les retombées furent considérables (emplois, tourisme, infrastructures).

[40] . Il s’agit des travaux suivants : boulevard métropolitain, liens du boulevard avec les autoroutes, autoroutes, pont Champlain élargi, métro, aérogare de Dorval, Place des Arts, grand stadium avec piscines olympiques (Rapport du Comité FPM été 1964 : 18) (ANQ-Qb : E16 1960-01-035/178).

[41] . Le conseil d’administration se compose des personnes suivantes : Jean Drapeau, maire de Montréal, et Lucien Saulnier, président du Comité exécutif de la ville; ainsi que T.-Norbert Beaupré, président de British Columbia Forest Products Ltd (Vancouver); Jean Lanctôt, président de Rougier Inc. (Montréal); Herbert H. Lank, président de DuPont du Canada Ltd (Montréal); Victor de B. Oland, président de Oland & Sons Ltd (Halifax); Lucien Piché, vice-recteur de l’Université de Montréal; Claude Pratte, Pratte et Côté Inc. (Québec); Harry I. Price (Toronto); Me Maurice Riel (Montréal); André Rousseau, ex-ministre québécois du Commerce et de l’industrie; Fridolin Simard, président de Simard et Frères Cie Ltée (Ville-Saint-Michel— P.Q.).

[42] . Le thème fut fixé en janvier 1963, lors d’une réunion entre «le maire Drapeau, le président du comité exécutif de Montréal Lucien Saulnier, le maître d’œuvre de l’Expo pour l’hôtel de ville de Montréal Claude Robillard, le sénateur Mark Drouin et le ministre Pierre Sévigny représentant Ottawa, le ministre André Rousseau représentant Québec » (Jasmin 1997 : 308). D’après Jean Drapeau, Claude Robillard a trouvé le thème anglais Man and his World , puis le groupe a choisi l’équivalent français sous la forme de Terre des Hommes, emprunté au titre de Saint-Exupéry ( ibid. ).

[43] . ANQ-Qb : E5 1960-01-027/102

[44] . Arrêté en Conseil 1850, 19 octobre 1966. ANQ-Qb E5-1960-01-027-102.

[45] . ANQ-Qb E5 1960-01-027/102.

[46] . J’ai arrondi les chiffres pour alléger le tableau (l’original est en milliers de dollars), ce qui explique que les additions ne tombent pas toujours juste.

[47] . En fait, un expert en comptabilité publique pourrait certainement vérifier la chose en compulsant les budgets municipaux, provinciaux et fédéraux sur plusieurs années.

[48] . ANQ-Qb, E5 1960-01-027/102.

[49] . ANQ Qb E5 1960-01-027/102.

[50] . C’est notre anniversaire [...] (1963 : 11), CHM, 1997.32.3.37.

[51] . CHM, non classé.

[52] . CHM, 1997.32.3.37.

[53] . La Place d’Afrique regroupe le Cameroun, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Kenya, Madagascar, le Niger, le Nigeria, l’Ouganda, le Rwanda, le Sénégal, la Tanzanie, le Tchad et le Togo (CCEU 1969 : 393-409).

[54] . Le Guide officiel d’Expo 67 classe les pavillons en quatre catégories : les pavillons thématiques (auxquels les pays participent selon leur gré), les pavillons nationaux (ce qui inclut ceux des États américains ou de villes), les pavillons canadiens (provinces et pavillon fédéral) et les pavillons privés (industriels, internationaux, communautaires ou religieux).

[55] . Le prix des passeports était variable : le passeport quotidien coûtait 2,50 $; l’hebdomadaire, 12 $; le saisonnier, 35 $. Ils étaient gratuits pour les bébés et moitié prix pour les jeunes jusqu’à 12 ans. C’est notre anniversaire [...] (1963 : 8), CHM, 1997.32.3.37.

[56] . «Cet emblème [...] représente la première image d’un homme dans une caverne préhistorique. Il a les bras tendus en signe de prière. C’est pourquoi on l’appelle l’orant. M. Julien Hébert, l’auteur du symbole, multiplia les orants dans un cercle pour symboliser la solidarité humaine autour de la terre » (Dupuy 1972 : 33).

[57] . Nous irons dans l’île , Centre de catéchèse de Montréal 1967.

[58] . CHM, non classé.

[61] . ANQ-Qb, E 5 1960-01-027-102.

[62] . Les bienfaits symboliques que perçoivent les Québécois «ordinaires » sont traités dans le chapitre 7 sur l’identité populaire.

[63] . «Le coût total de l’Expo Express, capital et exploitation, comprenant même l’utilisation de l’autobus à l’occasion pour satisfaire la demande, s’est chiffré à 18 300 000 $. Le 0,50 $ ajouté au prix des entrées pour amortir le coût de ce transport gratuit a représenté 12 400 000 $, en tenant compte des ristournes et des abaissements pour les passeports. L’Expo Express a donc coûté moins de six millions de dollars et a contribué immensément au plaisir de l’Expo » (Jasmin 1997 : 70).