Introduction

Au Mali, mis à part les rizières, la plupart des sols, en particulier ceux sous culture de blé, sont caractérisés par leur faible teneur en phosphore. Cette déficience en phosphore constitue un facteur limitant de la production du blé, principale culture de la région de Tombouctou, principalement de la zone de Diré, au Nord du Mali. Aussi, pour améliorer le rendement des cultures, les paysans utilisaient traditionnellement le superphosphate triple pour fertiliser les sols. Par ailleurs, les prix très élevés des engrais importés et la pression économique sur les paysans, ont nécessité la recherche d’engrais efficaces, moins coûteux et d’accès facile. D’où l’utilisation du phosphate naturel de Tilemsi (PNT) comme engrais phosphaté.

Le Mali produit des phosphates naturels dont le plus important est le phosphate naturel de Tilemsi. Le PNT est le seul phosphate naturel de l’Afrique de l’Ouest à avoir une solubilité dans l’acide formique supérieure à 55%, valeur retenue par la Commission Européenne pour l’emploi direct des phosphates en agriculture. Cependant, dans la pratique, il s’est montré peu efficace dans la plupart des sols, principalement ceux sous culture de blé. Malgré sa solubilité moyenne, il peut se passer, en fonction des sols, deux à trois années d’application annuelle avant d’observer un effet satisfaisant sur la production. En plus, pour avoir des effets correspondant à ceux des phosphates solubles, il faut utiliser 2 à 6 fois les quantités de phosphates naturels (Cescas, 1972). Cette situation a occasionné une baisse de la production de PNT et même une fermeture temporaire de l’usine, suivi du licenciement de plusieurs chefs de familles. Pour éviter que cette situation ne perdure, plusieurs stratégies et technologies sont actuellement mises en branle pour améliorer la solubilisation du PNT. Parmi toutes les stratégies développées, peu de place a été réservée à la collecte et à l’utilisation des microorganismes.

Les microorganismes du sol, principalement les champignons, peuvent solubiliser les phosphates naturels. En effet, il existe dans les sols et la rhizosphère des plantes, une microflore capable de dissoudre les différentes formes de phosphates insolubles. L’incidence de cette microflore, son importance et son activité peuvent être influencées par plusieurs facteurs édaphiques. Ainsi, la nature de la source de carbone et d’azote, utilisée par cette microflore influence directement la nature et la composition des acides organiques produits et par conséquent, l’importance de l’activité de dissolution. La présence de métaux lourds dans les phosphates et leurs interactions avec les autres éléments formant la roche, peuvent directement influencer l’activité des microorganismes dissolvant le phosphore, en affectant négativement leur croissance. De même, la nature et la composition des exsudats racinaires (sucres, acides organiques et sidérophores) des plantes cultivées, jouent un rôle important dans la répartition et l’activité de la microflore rhizosphérique.

Malgré tout, le meilleur moyen d’améliorer la solubilisation des phosphates naturels, demeure l’utilisation des microorganismes rhizosphériques. Cependant, à notre connaissance, aucune étude n’a été réalisée, au Mali, en vue d’évaluer l’incidence des populations de microorganismes rhizosphériques capables de dissoudre les phosphates inorganiques sur la mise en disponibilité du phosphore du PNT au blé irrigué du Mali. Il est cependant envisageable que plusieurs microorganismes de la rhizosphère du blé soient capables d’améliorer la croissance du blé en solubilisant le PNT. Aussi afin de combler cette lacune, nous nous sommes fixé comme objectif, la mise au point d’un inoculant biologique pour le blé irrigué du Mali.

Hypothèses

1- Les microorganismes, isolés de la rhizosphère du blé du Mali, peuvent solubiliser efficacement le phosphate naturel de Tilemsi.

2- Les microorganismes, pouvant coloniser la rhizosphère du blé et dissoudre le PNT, peuvent améliorer la nutrition phosphatée et le rendement du blé du Mali.

Objectif général :

L’objectif à long terme de ce projet de recherche est de développer un inoculant biologique pour le blé cultivé au Mali, qui lui permettra de combler rapidement ses besoins en phosphore à partir du phosphate naturel de Tilemsi.

Pour atteindre cet objectif, quelques étapes doivent être réalisées. Chacune de ces étapes vise un certain nombre d’objectifs spécifiques.

Première étape :

Cette étape vise à isoler de la rhizosphère du blé, des microorganismes pouvant solubiliser efficacement le PNT.

Le premier objectif consiste à isoler et à cultiver les microorganismes de la rhizosphère du blé, impliqués dans la dissolution du phosphate naturel de Tilemsi.

Le deuxième objectif consiste à sélectionner (ceci présume la viabilité), en laboratoire, des bactéries isolées de la rhizosphère du blé cultivé au Mali montrant une grande activité de dissolution du phosphate naturel de Tilemsi.

Deuxième étape :

Cette étape vise à déterminer l’impact de l’inoculation des graines de blé, avec les microorganismes sélectionnés, sur la croissance et le rendement des cultures.

L’objectif visé par cette étape est de déterminer, aux champs, l’effet de l’inoculation des graines de blé, sur la nutrition et le rendement du blé du Mali.

Afin de mieux de mieux comprendre ce qui a été fait dans le domaine, le premier chapitre de cette thèse expose l’état des connaissances et le bilan des techniques utilisées ou qui pourraient être utilisées pour, non seulement, isoler et caractériser les microorganismes solubilisant le P, mais aussi, formuler un inoculant biologique efficace contenant un ou plusieurs de ces organismes.