Table des matières

Lettre à mon instituteur :

Cher monsieur Germain,

 [...] On vient de me faire un bien trop grand honneur [l’attribution du prix Nobel], que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. [...]

Albert Camus. 

-- (CAMUS cité dans DUBET (dir.), 1997 : 153.)

Ce mémoire étudie comment Condorcet, Hegel, Durkheim, Parsons, Bourdieu et Passeron conçoivent les fonctions respectives de la famille et de l’école en matière d’éducation. Depuis la Révolution française, les idées modernes sur ce partage ont beaucoup évoluées. C’est à titre de témoins éminents de cette évolution que ces auteurs sont interrogés. Toutes héritières des principes issus du siècle des Lumières, les conceptions étudiées varient selon le rapport à l’ordre social et selon l’intention qui les guide ; le bonheur universel qui fait autorité sur la liberté de l’individu en formation devient de moins en moins abstrait. En tant que finalité, cet idéal se fait supplanter, presque, par la question du bonheur individuel, pourtant soumise aujourd’hui à l’exigence de la réussite scolaire. La responsabilité individuelle s’en trouve accrue, puisque, depuis que les structures sociales inégalitaires ont été sévèrement critiquées, l’ordre social ne doit plus reposer sur des déterminations de classe.

This study examines how Condorcet, Hegel, Durkheim, Parsons, Bourdieu and Passeron perceive the roles of both the family and the school with regard to upbringing. Since the French Revolution, these perceptions have greatly evolved. We refer to these authors since they clearly represent the context of this evolution. Although these perceptions have inherited principles originating from the Enlightenment, they vary according to the relationship with society and the intentions by which they are guided. Universal happiness, which has an impact on the freedom of the growing individual, becomes less and less abstract. In the end, this ideal is almost surpassed by the freedom of personal happiness, which still depends today on success in school, as it is a generally accepted requirement. The responsibility of each individual is amplified, because, ever since unequal social structures have been highly criticized, social order shall no longer be based upon class determination.

Mon objectif de départ était de comprendre la relation entre la famille et l’école dans le partage de l’éducation. J’avais pensé comparer les discours du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) et de la Fédération des comités de parents de la province du Québec (FCPPQ), depuis le début de leurs activités jusqu’à aujourd’hui, sur le rôle qu’ils ont attribué à la famille et à l’école. Leur composition interne, rassemblant des acteurs impliqués directement dans le milieu scolaire, et leur renouvellement continuel, en faisaient des représentants du discours québécois des dernières décennies sur le sujet. Cette étude allait s’inscrire dans mon projet de thèse sur l’histoire de l’éducation – au sens large – au Québec depuis le milieu du XIXe siècle. Comme cette étude se limitait à l’analyse de deux sources, que j’avais déjà l’intention de faire remonter cette étude plus loin dans le temps et que mon intention principale était de réfléchir sur cette question – et non pas devenir une spécialiste du CSE ou de la FCPPQ –, mon directeur de maîtrise et moi avons convenu qu’il était plus pertinent pour ma formation d’interroger d’abord des classiques de la philosophie moderne et de la sociologie pour approfondir mon questionnement. Mon premier projet de maîtrise a fait l’objet d’une communication au 71e congrès de l’ACFAS.

Ce mémoire n’aurait pas cette forme si je n’avais pu profiter du support et des précieux conseils de plusieurs personnes. Je tiens à les remercier pour tout ce qu’elles m’ont appris et apporté.

Mon directeur de mémoire, Gilles Gagné, a fourni de nombreux conseils et fait partager ses réflexions très riches et très érudites sur l’éducation. Plusieurs de nos rencontres ont été décisives pour l’orientation de mon mémoire. Il prenait le temps de me recevoir dans son bureau et d’explorer avec moi les aspects de mon enquête. Je lui suis reconnaissante pour tout.

Jean-Jacques Simard, professeur qui m’a encouragée et supportée, a commenté certaines parties de mon projet et a généreusement laissé sa porte ouverte en cas de panique. Je l’en remercie sincèrement. Travailler avec lui au Laboratoire de recherche en sociologie auprès d’étudiants du premier cycle m’a amenée à consolider davantage mes méthodes de recherche.

Reconnaissance que je transmets aussi à Andrée Fortin, qui m’a initiée, avec Carole Després et Geneviève Vachon, aux études urbaines et m’a fait participer à deux communications et deux publications. Les exigences d’imagination et de clarté que j’y ai rencontrées ont contribué à préciser ma pensée. Même si ce mémoire ne porte pas sur l’urbanité, l’intérêt n’en est pas tellement éloigné : mesurer les effets de la modernisation, sur l’écologie urbaine ou sur la socialisation.

Je tiens aussi à remercier Jean-Pierre Proulx, président du CSE depuis septembre 2002 et professeur à l’Université de Montréal ainsi que Arthur Marsolais, professionnel de recherche au CSE, pour m’avoir fait partager leurs connaissances et leur expérience de l’histoire de l’éducation des dernières décennies. Patricia Réhel, technicienne en documentation au CSE, m’a apporté une aide précieuse dans mes recherches documentaires.

Je suis également reconnaissante envers Ghislain Boisvert, directeur des services de la FCPPQ, et Joyce Buckley, directrice de la zone de Mauricie-Bois-Francs, pour l’accès à la documentation et les informations sur l’histoire et le fonctionnement du FCPPQ qu’ils m’ont généreusement fournis.

Margaret Kunach, jeune traductrice de formation, a minutieusement traduit le résumé du mémoire vers l’anglais. Sans elle, le message n’aurait sans doute pas été le même qu’en français et n’aurait pas été aussi intelligible pour des anglophones. Je lui transmets ma reconnaissance pour son beau travail.

Un merci tout spécial à mon conjoint, Dominique Morin, pour la patience et la générosité dont il a fait preuve pendant mes moments d’angoisse, malgré l’obligation qu’il avait lui aussi de finir son mémoire pour la fin de l’été. Je veux également le remercier pour ses conseils éclairants et ses critiques lucides : il sait aider ses amis en se souciant de faire avancer leur travail. Ma famille et mes amis m’ont aussi apporté beaucoup de support en discutant avec moi de l’avancement de mon mémoire et en m’obligeant à formuler plus clairement mes intentions de recherche.

Martin Bussières et Dave Tanguay, des amis avec qui j’ai étudié au premier cycle en sociologie, m’ont aidée à préparer ma communication à l’ACFAS. Merci à tous les deux pour le temps qu’ils m’ont accordé et le regard extérieur qu’ils m’ont offert.

Finalement, je veux remercier le Fonds FCAR (maintenant FQRSC) pour le soutien qu’il a apporté à mes études de maîtrise. J’ai pu consacrer tout un été à la rédaction sans souci financier.