INTRODUCTION

Au cours des dernières années, on a assisté à une croissance rapide de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et des communications dans le secteur de la santé. Ces technologies, introduites en soutien aux restructurations majeures qu’ont connues les systèmes de santé au Canada et ailleurs dans le monde, constituent à plusieurs égards un changement important dans la fourniture de soins et de services de santé à la population. Parmi les nouvelles technologies d’information et de communication appliquées au domaine de la santé, on distingue généralement trois grandes catégories d’applications : les dossiers cliniques informatisés, les systèmes d’information clinico-administratifs et la télésanté. Selon Bashshur, Reardon et Shannon (2000), la télésanté couvre un champ très large et inclut tout système visant à soutenir, par le biais de moyens électroniques, les activités reliées à la santé, allant de l’éducation aux patients à la prestation des soins, en passant par la formation des professionnels et la gestion du système de santé. La télésanté permet ainsi de surmonter les barrières géographiques, temporelles, sociales et culturelles afin de faciliter les échanges d’information et la fourniture de services de santé (Reid, 1996).

Pour sa part, la télémédecine est considérée comme un sous-ensemble de la télésanté et est définie comme étant : «  the role of electronic communication in the provision of medical care in the clinical setting  » (Bashshur, Reardon & Shannon, 2000 : p. 615). Néanmoins, les termes télésanté et télémédecine sont parfois utilisés pour désigner le même phénomène. Par exemple, selon le Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS, 2001), la télésanté désigne « les soins et services de santé, les services sociaux, préventifs ou curatifs, rendus à distance par le biais d’une télécommunication, incluant les échanges audiovisuels à des fins d’information, d’éducation et de recherche, et le traitement de données cliniques et administratives effectués à distance par le biais d’une communication électronique » (p. iv), ce qui correspond à la définition de la télémédecine proposée par le Conseil d’évaluation des technologies de la santé (CÉTS, 1998), qui désigne « l’ensemble des services de santé effectués à distance par des moyens de communication électroniques » (p. i). On constate, cependant, que la télémédecine réfère surtout aux applications cliniques, alors que la télésanté inclut les champs de l’éducation et de la recherche.

Dans le présent document, les termes télémédecine et télésanté sont utilisés invariablement pour décrire l’ensemble des applications de technologies d’information et de communication électroniques utilisées pour fournir des services cliniques à distance. Par ailleurs, il importe de préciser que la télémédecine s’inscrit dans le processus de fourniture de soins et de services de santé et ne représente pas uniquement une technologie isolée, mais un ensemble d’interactions entre les équipements, l’information clinique et les pratiques professionnelles, et leurs conséquences pour les patients (Ohinmaa, Hailey & Roine, 1999).

L’utilisation des technologies d’information et de communication afin de fournir à distance des soins et des services de santé n’est pas un phénomène nouveau. En effet, les premières expériences d’utilisation de la télémédecine remontent aux années 1960, mais elles se sont souvent soldées par des échecs en raison d’infrastructures de communication inadéquates, de technologies immatures et d’un manque d’intérêt des utilisateurs (Bashshur, 1995). De façon générale, plusieurs facteurs expliquent la résurgence et le déploiement rapide des technologies de télémédecine dans les systèmes de santé au cours des dernières années, ce qui correspond, selon Bashshur, Reardon et Shannon (2000), à la seconde génération de la télémédecine. Ainsi, on peut noter les pressions exercées sur les systèmes de santé en vue d’une accessibilité accrue à des services de qualité tout en limitant les dépenses et l’arrivée sur le marché de technologies d’information et de communication très performantes, à des coûts plus accessibles (Currell et al., 2000; Gustafson et al., 1999; Hu, Chau & Sheng, 2000; Levine & Gorman, 1999; Noell & Glasgow, 1999). D’autres facteurs ont également pu contribuer à favoriser l’émergence de ces technologies visant la fourniture de services de santé à distance, dont notamment, le manque d’effectif médical dans les régions périphériques et éloignées (Mitchell, 1998) et la tendance à la décentralisation des systèmes de services de santé (Hu, Sheng & Wei, 1996). On peut aussi considérer les contraintes de temps imposées aux professionnels, qui ont à prendre en charge une clientèle plus nombreuse et souvent plus lourde, comme une condition associée à l’essor de la télémédecine (Sheng et al., 1999).

On peut prévoir un intérêt croissant envers l’utilisation des technologies de télémédecine dans notre système de santé en raison des nombreux avantages qui y sont associés. La télémédecine est d’abord considérée comme un moyen pour faciliter l’accès aux soins et services de santé aux populations résidant en région éloignée (Santé Canada, 1999). Par conséquent, la télémédecine peut contribuer à favoriser une meilleure équité entre les régions, principalement en ce qui a trait à la disponibilité de services de santé spécialisés et sur-spécialisés. Ensuite, pour les professionnels de la santé qui pratiquent en région éloignée, l’utilisation de la télémédecine offre l’opportunité d’accroître leurs connaissances et leurs compétences, que ce soit par la formation continue à distance (téléformation), le contact direct avec des experts ou la diminution de l’isolement (Watanabe, Jennett & Watson, 1999). Ainsi, l’accès direct à l’expertise que procurent les technologies de télémédecine pourrait favoriser la rétention des professionnels de la santé en région, en leur offrant un meilleur soutien. Enfin, la télémédecine présente également des avantages au niveau économique puisqu’il est possible d’envisager que la diffusion de cette technologie pourrait permettre de réduire les coûts associés aux transferts de patients (Perednia & Allen, 1995).

La télémédecine est considérée comme une innovation à la fois sur le plan technologique, social et culturel (Bashshur, Sanders & Shannon, 1997; Bashshur, Reardon & Shannon, 2000; Klecun-Dabrowska & Cornford, 2001). Cette innovation entraîne des changements radicaux au niveau des pratiques professionnelles et de l’organisation des services de santé (Aas, 2001; Bangert, Doktor & Warren, 1999; Hu, Sheng & Wei, 1996; May et al., 2002). La diffusion de la télémédecine comme composante intégrante du système de santé représente donc un défi majeur. En effet, les établissements du réseau de la santé n’utilisent pas tous les technologies de télémédecine dans une même proportion. De nombreux facteurs peuvent expliquer ces différences, notamment les particularités de l’environnement et du contexte socio-politique, les caractéristiques des organisations ainsi que les facteurs individuels associés aux professionnels qui ont à utiliser la technologie.

Par ailleurs, les bénéfices escomptés avec l’utilisation des technologies de télémédecine, que ce soit au niveau de l’accès à des services de qualité pour les populations, de l’actualisation des connaissances et des compétences chez les professionnels ou de la diminution des coûts du système sont tributaires de l’adoption de ces technologies par les professionnels de la santé de même que du support des organisations impliquées dans la fourniture de soins et de services de santé à la population (Perednia & Allen, 1995). Dans une perspective de déploiement du réseau de télémédecine à plusieurs établissements, régions, clientèles et pathologies, il importe de tenir compte des éléments qui peuvent influencer l’intégration des technologies de l’information et des communications dans la pratique médicale. En considérant les conditions qui faciliteront une utilisation optimale de la télémédecine et les contraintes potentielles à celle-ci, il devient possible d’élaborer des stratégies qui permettront d’intégrer cet outil en soutien à la fourniture de soins de santé à la population.