CONCLUSION GÉNÉRALE

Le but de cette étude était de définir les meilleures variables à utiliser et l’échelle spatiale à prendre en compte pour décrire l’habitat du lièvre d’Amérique dans la sapinière à bouleau jaune. Cette étude avait été initiée à la suite des observations réalisées sur le terrain (Darveau et al. 2000; Darveau et al. 2001). En effet, une de ces études constate que le modèle existant ne s’applique pas correctement dans la sapinière à bouleau jaune ainsi, des peuplements normalement qualifiés par le modèle comme étant peu propice en particulier pour le lièvre d’Amérique s’avéraient soutenir des populations importantes.

Nous avons répondu à ces questions en montrant quelles variables et quelle échelle est déterminante dans le choix effectué par le lièvre. Ainsi, sachant que c’est l’habitat d’hiver qui est limitant, nous avons trouvé que la variable qui prédit le mieux la présence du lièvre est un couvert dense offrant au moins 50 à 60% d’obstruction visuelle latérale. Seuls les conifères permettent d’atteindre ce critère puisque en hiver, ils sont les seuls à offrir du couvert. Ainsi, la présence de conifères et une forte densité entre 1m et 2m de hauteur sont les variables à prendre en compte pour prédire la présence du lièvre dans la sapinière à bouleau jaune.

Dans cette étude, nous avons montré que la meilleure échelle pour décrire l’habitat du lièvre dans la sapinière à bouleau jaune était une échelle de 50 m. Cette échelle signifie qu’en un point donné, la zone qui va influencer l’occurrence du lièvre est de 50 m autour de ce point. Ainsi, la présence de conifères en régénération et une obstruction visuelle comprise entre 50 et 60% favoriseront cette présence dans le milieu considéré. Cette échelle permettra de servir de référence pour d’autres études relatives au lièvre dans le domaine de la sapinière à bouleau jaune ou tout domaine présentant les mêmes caractéristiques structurales puisque le lièvre est plus sensible à la structure qu’à la présence d’espèces en particulier (Conroy et al. 1979; De Bellefeuille et al. 2001; Ferron et Ouellet 1992b; Ferron et al. 1998; Forsey et Baggs 2001; Krebs, Boonstra et al. 2002; Sullivan et al. 2002). Cette étude implique, aussi, que le modèle actuel ne reflète pas correctement la réalité quant aux distributions des populations. Cette erreur entraîne actuellement une mauvaise planification des coupes utilisant le modèle d’indice de qualité d’habitat, surtout s’il est utilisé dans le but de protéger la biodiversité puisque le lièvre est un maillon important de la chaîne trophique (Bateman 1986; Brand et Keith 1976; O'Donoghue et al. 1997; O'Donoghue, Boutin, Krebs, Zuleta et al. 1998; O'Farrell 1965; Rohner et Krebs 1996; Ward et Krebs 1985).

De plus, au cours de cette étude, nous avons constaté que les relevés de fèces étaient suffisants pour définir l’habitat du lièvre puisque le broutement ne se retrouve par définition, que dans des milieux offrant de la nourriture alors que, les fèces, elles, se retrouvaient dans les milieux utilisés par le lièvre en tant qu’abri et en tant que couvert offrant de la nourriture (Krebs et al. 1987; MacCraken et al. 1988; Malloy 2000). Cet indicateur permettait donc de mieux définir l’habitat optimal surtout constitué d’une mosaïque entre les couverts d’abri et les couverts offrant de la nourriture (Alain 1986; Bider 1961; Brown et Litvaitis 1995; Dodds 1960; Dodds 1987; Krebs, Boonstra et al. 2002; O'Donoghue 1994; Rogowitz 1987; Sinclair et al. 1988; Telfer 1971; Wirsing et al. 2002; Wolff 1978; Wolff 1980).

Toutefois, il est important de signaler que le lièvre est une espèce soumise à un cycle d’une redondance de 10-11 ans, dans sa distribution nordique, soit en forêt boréale (Krebs, Boonstra et al. 2002; Malloy 2000). Les résultats obtenus dans cette étude ne permettent pas de mettre en évidence ce cycle. Au contraire, nous trouvons une stabilité de nos données de fèces et ces résultats appuient l’étude de Malloy (2000) qui suggère que les populations situées plus au sud de leur aire de distribution ne sont pas cycliques et présentent des populations en moyenne plus importante que dans les régions où elles sont cycliques. Ainsi, il faudrait faire une étude plus approfondie dans notre aire d’étude afin de montrer si nos populations répondent à ce patron. De plus une étude supplémentaire sur l’alimentation du lièvre en forêt mélangée pourrait nous donner une explication au broutement sur les conifères tel le sapin baumier.