Conclusion

Cette étude a permis de découvrir que l'aire de répartition du Listera australis est plus étendue que celle connue avant le début de la recherche en 1999. Cette méconnaissance de la présence du Listera australis sur une partie du territoire québécois est attribuable à la faible visibilité de la plante et aux carences en inventaire. Néanmoins, les résultats confirment qu'il ne s'agit pas d'une espèce fréquente ou abondante et qu’au total, peu d’occurrences viables contribuent à sa survie au Québec.

Le Québec compte actuellement 18 occurrences du Listera australis confirmées ou récemment découvertes. Quatre occurrences connues n'ont pu être confirmées, faute d'information précise sur leur localisation, et deux autres sont considérées disparues à la suite de la perte d'habitat. Le décompte systématique de tous les individus observés a permis de tracer un portrait plus précis des populations. Pour plusieurs occurrences connues avant le début de cette recherche, le nombre d'individus avait été nettement sous-estimé. Le nombre total de tiges dénombrées sur l'ensemble du territoire est environ 3000. Seulement quatre populations comptent plus de 300 individus et une seule d'entre elles atteint le nombre de 1000 individus. Dans onze occurrences, moins de 100 tiges ont été dénombrées, et dans sept occurrences, les populations sont au seuil ou en deçà de la limite viable à long terme estimée à 20 tiges. Des menaces de perturbation de l'habitat liées directement à des activités anthropiques ont été observées. Pour ces raisons, il apparaît que la situation du Listera australis au Québec doit être considérée précaire. Toutefois, trois occurrences, celles du Parc du Mont-Tremblant (Lac aux Atocas), du Parc de Frontenac et de Duschesnay (Lac Jaune), sont sises à l'intérieur d'une aire protégée et, de plus, la tourbière qui abrite l'occurrence de Shannon a été récemment acquise par le ministère de l’Environnement à titre d’habitat floristique.

Malgré l'extension de l'aire de répartition connue de la plante, c'est encore dans la région de Québec que sont situées la majorité des occurrences et elles présentent les populations les plus nombreuses. L'espèce est présente majoritairement sur les Basses-Terres du Saint-Laurent (régions naturelles de la Plaine du moyen Saint-Laurent et de la Plaine du haut Saint-Laurent), mais aussi sur le Bouclier canadien (régions naturelles du Massif du lac Jacques-Cartier et du Massif du mont Tremblant) et dans les Appalaches (région naturelle du Complexe appalachien de la Beauce). Malgré un certain effort de recherche, aucune occurrence n'a été trouvée dans d'autres régions naturelles que celles connues avant le début de cette recherche.

L'étude de la végétation et les mesures des conditions physico-chimiques dans 23 stations abritant le Listera australis ont permis de caractériser de manière plus consistante l'habitat du Listera australis. Mises en parallèle, par des méthodes comparatives, avec celles prises dans 41 stations n'abritant pas l'espèce, ces mesures ont mis en lumière certains facteurs qui expliquent le mieux la présence du Listera australis dans les tourbières du Québec. Les bordures forestières semi-ouvertes minérotrophes des tourbières ombrotrophes et minérotrophes pauvres constituent l'habitat du Listera australis. La présence simultanée de l'Andromeda glaucophylla, du Larix laricina et du Maianthemum trifolium sur un tapis complet et sans relief de sphaignes, dont les Sphagnum rubellum, Sphagnum angustifolium, Sphagnum fallax ou Sphagnum magellanicum, peut indiquer des conditions propices à la présence du Listera australis. L'espèce semble sensible à la concentration en ammonium (NH4 +) de l'eau de la tourbière.

L'étude de la biologie de l'espèce a permis de suivre sa phénologie depuis l'émergence jusqu'à la disparition complète de la partie aérienne. La croissance sympodiale de la plante et le développement du bourgeon annuel sous la sphaigne ont pu être observés. Le rehaussement continuel du système souterrain comme stratégie d'adaptation à l'entourbement a également été mis en lumière. La reproduction végétative par ramification du rhizome a été observée sur plusieurs individus.

La spécificité de l'habitat, les conditions physico-chimiques qui s'y rattachent et la communauté végétale qui y croit permettent d'expliquer en partie la faible occurrence du Listera asutralis au Québec et en général sur toute son aire de répartition. Toutefois, même lorsque les conditions jugées propices à son implantation sont réunies, l'espèce n'est pas toujours présente et lorsqu'elle s'y trouve, c'est souvent en nombre très réduit. Le manque de connaissance sur le cycle de reproduction de l'espèce, en particulier sur l'efficacité de dissémination et de germination des graines, empêche de bien évaluer la capacité de l'espèce à occuper son habitat.

Des études plus approfondies sur la biologie de l'espèce, particulièrement sur la reproduction sexuée et la dynamique des populations permettraient de mieux comprendre le comportement des populations, de prévoir leur devenir et de mettre en place des mesures de protection adéquates.