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CHAPITRE V: DISCUSSION ET CONCLUSION

Table des matières

Comme il en a déjà été fait mention dans le chapitre III, les feuillets épidermiques cultivés sur colle de fibrine (FECCFs) possèdent des caractéristiques similaires aux FEs cultivés sur plastique.

Les deux types de feuillets contiennent des cellules positives pour la K19 ainsi que d’autres cellules en prolifération (positives pour le marqueur Ki67). Bien que la K19 ne soit pas un marqueur strictement exclusif aux cellules souches épidermiques (une population mineure de cellules épidermiques, les cellules de Merkel expriment aussi K19), il est généralement reconnu comme marquant celles-ci5,26 . La présence de cellules exprimant la K19 indique donc que la culture de kératinocytes sur colle de fibrine est capable de conserver les cellules souches indispensables à la régénération de l’épiderme. Cette caractéristique est évidemment indispensable dans le cadre de greffes sur les grands brûlés car l’épiderme greffé doit se perpétuer pour le reste de la vie de l’individu.67,68

Les FEs normaux et les FECCFs produits lors de cette expérience étaient cultivés jusqu’à 48 heures post-confluence. Les deux types de FEs produits ne possédaient donc que deux ou trois couches de cellules et leur stratification et différenciation était incomplète. Conséquemment, les cellules des FEs et des FECCFs exprimaient majoritairement des marqueurs de la couche basale de l’épiderme (K14), alors que les marqueurs des couches plus différenciées étaient très faiblement exprimés (involucrine, transglutaminase) ou même totalement absents (K10, fillagrine). Ces résultats sont d’ailleurs en accord avec les résultats obtenus lors d’expériences similaires64 . On peut toutefois remarquer que les FECCFs semblent exprimer moins fortement des marqueurs comme l’involucrine. Cette différence n’a probablement pas d’impact sur la différenciation, puisque ces mêmes feuillets exprimaient plus fortement la transglutaminase que les FEs contrôles. En résumé, il est possible d’affirmer que les FECCFs cultivés 48 heures post-confluence se différencient d’une façon similaire aux FEs cultivés sur plastique. Le court temps de culture n’est pas suffisant pour produire un épiderme complètement différencié. Cependant, il est permis de penser qu’avec les inducteurs présents après la greffe, les cellules cultivées sur colle de fibrine produiront un tel épiderme.

Le reste des résultats mis de l’avant dans ce mémoire constituent la première étude des effets du RGTA26 (ou de RGTA de d.s. similaires) sur la croissance de cellules humaines non-transformées. Ils constituent également la première étude sur l’effet du RGTA26 dans un système de culture 3D à long terme, soit lors de la production de FDs par auto-assemblage.

Les résultats des expériences en culture monocouche montrent que le RGTA26 module la prolifération de fibroblastes humains de façon dose-dépendante et que cette modulation découle de la liaison du RGTA26 aux HBGFs .

Le fait que le RGTA26 module la croissance des fibroblastes via sa liaison avec des HBGFs est d’ailleurs confirmé par sa capacité à potentialiser le FGF-b . Le fait que la concentration la plus efficace ne soit pas la même que dans les expériences avec milieu complet pourrait s’expliquer le fait que la concentration en FGF-b était assez faible, en comparaison avec la concentration en HBGF dans le SVF. L’utilisation du RGTA26 en présence d’un seul HBGF ( FGF-b) et nécessiterait donc une concentration de RGTA26 plus élevée. Un analyse des HBGFs présents et de leurs concentrations dans le lot de SVF utilisé devrait toutefois être effectuée pour confirmer cette hypothèse.

En effet, dans les deux modèles étudiés (décompte cellulaire, incorporation thymidine-3 H), le RGTA26 (utilisé dans du milieu complet) inhibait la croissance cellulaire lorsque utilisé à hautes concentrations (5μg/mL et 10μg/mL) et la stimulait à 1μg/mL. Un effet dose-réponse semblable fut d’ailleurs observé lors de la stimulation de cellules satellites avec un CMBDS-RGTA50,51 .

L’inhibition de croissance causée par les concentrations supérieures de RGTA26 n’est pas causée par une cytotoxicité du dextran (donnés des comptes au Coulter, c’est-à-dire: absence de pics de débris cellulaires et communication personnelle). Elle s’expliquerait plutôt par le fait que les RGTAs agissent à titre de récepteurs de basse affinité sur les HBGFs. Par exemple, un excès de RGTA par rapport aux HBGFs présents dans le SVF réduirait le nombre de HBGFs disponibles pour interagir avec leurs récepteurs de haute affinité51 dont la nature et la densité sont propres à chaque type cellulaire. C’est probablement ce qui arrive dans les cas d’inhibition de la croissance cellulaire sur des cellules mésenchymateuses31,45,46 .

L’augmentation de croissance avec 1μg/mL de RGTA26 en présence de 10% SVF, est pour sa part faible par rapport aux augmentations préalablement observées50,51 . Bien qu’elle ait pu être répétée de nombreuses fois par décompte cellulaire, elle n’a pu être confirmée par des expériences d’incorporation de thymidine tritiée. En effet, les résultats obtenus par incorporation de thymidine tritiée sont pour leur part en accord avec les diminutions de croissance observées pour des cellules mésenchymateuses31,45,46 . Des expériences supplémentaires sont donc nécessaires afin de déterminer si l’augmentation de croissance induite par 1μg/mL RGTA26 observée en décompte cellulaire est significative et si elle est due à un temps de culture plus long que lors des expériences d’incorporation de thymidine tritiée. Il serait également peut-être justifié de refaire les expériences d’incorporation de thymidine tritiée à un pourcentage de confluence plus faible. Les différences entre les résultats obtenus dans le cadre de ce mémoire et ceux disponibles dans la littérature pourraient être dues aux variations physiologiques entre les cellules murines, porcines et transformées et les fibroblastes humains normaux en primo-culture. De plus, les différences pourraient dépendre du degré de sulfatation du RGTA26. En effet, il a déjà été décrit dans la littérature que des degrés de sulfatation supérieurs augmentaient la force de liaison HBGF-RGTA. Une forte interaction est souhaitable lorsque le but visé est de minimiser la prolifération et la production de CML (comme c’est le cas dans le cadre de l’utilisation du RGTA pour minimiser la fibroplasie lors d’infarctus ou lors des modèles in vitro de culture de CML). Pour sa part, une interaction plus faible pourrait permettre aux HBGFs liés aux RGTAs d’être plus facilement transférés (lorsque la concentration de RGTA le permet) sur leur récepteur de haute affinité. Si la hausse de croissance attribuée au RGTA26 est significative, elle pourrait donc s’expliquer par le fait que son d.s. de groupements sulfates est plus bas que les RGTAs incapables de produire une hausse de prolifération décris dans la littérature (i.e.: RGTA26:100%; RG1503:127%). Il demeure toutefois que l’augmentation observée était faible et ne constituait pas un grand avantage quant à l’utilisation du RGTA26 dans le cadre de la culture cellulaire.

La production de feuillets dermiques produits par auto-assemblage, repose sur la prolifération de fibroblastes en culture et sur la synthèse et l’organisation de MEC par ceux-ci lorsqu’ils sont cultivés dans des conditions favorables (en présence d’acide ascorbique). Les évènements régissant la formation des FDs ressemblent à ceux prenant place dans le tissu en réparation. Les RGTAs sont des dextrans substitués capables d’accélérer la réparation de plusieurs tissus in vivo . De plus, le RGTA26 est capable de moduler la croissance et les collagènes sécrétés in vitro 31,46,48,49 . Les effets du RGTA26 furent donc testés dans le cadre de la production de FDs afin de savoir si ce dextran substitué pouvait être utilisé pour améliorer la production de FDs.

Les FDs produits par auto-assemblage sont principalement utilisés dans le cadre de la production de peaux reconstruites. La portion dermique de ces équivalents requièrent un minimum de deux FDs empilés l’un sur l’autre. Puisque cette étape nécessite la manipulation des FDs, la qualité des FDs est donc souvent évaluée en fonction de à leur résistance à la manipulation. La résistance mécanique de chaque FD produit en présence de RGTA26 a donc été testée lors de la manipulation des feuillets nécessaire à leurs traitements histologique Les résultats de ces tests ont alors démontré que le RGTA26 n’avait aucun effet positif évident sur qualité des FDs produits. Au contraire, FDs produits avec 5μg/mL et 10μg/mL RGTA26 étaient même beaucoup plus fragiles que les feuillets contrôles. La fragilité de ces feuillets était telle qu’elle rendait trop difficile une analyse quantitative sur banc d’essai (certains feuillets ne supportaient pas leur propre poids).

Afin d’identifier la cause de la fragilité des feuillets produits en présence de RGTA26 et de s’assurer que le RGTA26 n’avait pas d’effet positif à plus faible concentration, une analyse histologique des FDs fut effectuée en conjonction avec une analyse statistique de l’épaisseur des FDs sur les mêmes coupes histologiques. Les propriétés histologiques et l’analyse statistique de l’épaisseur des FDs expliquent les propriétés mécaniques des feuillets. En effet, les feuillets produits en présence de RGTA26 étaient moins épais que les contrôles, en plus d’avoir moins de cellules et une MEC beaucoup moins dense. Ces résultats sont compatibles avec la plus grande contraction des FDs produits en présence de fortes concentrations de RGTA26 par rapport aux contrôles. En effet, la contraction des gels de collagène est proportionnelle à la concentration de cellules et inversement proportionnelle à la concentration de collagène75 .Bien entendu, d’autres facteurs (type cellulaire, nombre de cellules, type de matrice) peuvent également affecter le pourcentage de contraction des feuillets produits par auto-assemblage (ou par éponge de collagène).

La faible densité de MEC et la diminution du nombre de cellules des FDs cultivés avec les plus hautes concentrations de RGTA26, est compatible avec l’effet anti-prolifératif observé en culture-monocouche. En effet, un retard de croissance cellulaire diminuerait le nombre de cellules secrétant la MEC.

L’héparine et certains RGTAs ont la capacité de réguler la quantité et l’identité des collagènes produits par des CMLs78,79 . Par exemple, la capacité du RG1503 à diminuer la quantité de collagène I et de collagène III exprimé, mais à augmenter la quantité de collagène V exprimé a été démontrée dans plusieurs systèmes31,46-48 . La régulation de ces collagènes s’effectuerait via la liaison des RGTAs avec des HBGFs tels le FGF-2 et le TGF-β. Certains RGTAs auraient même la capacité d’activer le TGF-β 31 . Il apparaît donc que le RGTA26 pourrait agir de façon similaire sur les FDs cultivés dans un milieu 10% SVF riche en HBGFs tant exogènes (provenant du sérum) qu’endogènes (sécretés par les cellules en culture). Les collagènes exprimés par les différents FDs furent donc observés par une série de marquages immunohistochimiques. Ces marquages n’ont révélé aucune différence dans l’identité des collagènes constituants la MEC (résultats non-présentés).

Des expériences in vitro et même in vivo de la littérature donnent des pistes quant à la cause de la faible densité de MEC des feuillets produits en présence de fortes concentrations de RGTA26. Par exemple, la régulation de la MEC par le RGTA pourrait également se faire de façon post-traductionelle. En effet, le RG1503 est capable de diminuer l’expression des zymogènes de MMP2 et de MMP944 en plus de rétablir l’équilibre MMP/TIMP par la stabilisation du complexe et peut-être même via l’induction de certaines TIMP43 . Le RGTA26, utilisé à haute concentration dans un modèle de culture à long terme, pourrait alternativement avoir un effet contraire, comme c’est le cas pour la croissance cellulaire. Des analyses zymographiques et immunohistochimiques (ELISA, résultats préliminaires non-présentés) ont donc été effectuées sur les surnageants de culture des FDs à plusieurs jours de culture différents, afin de suivre l’apparition de certaines MMPs dans le temps. De façon générale, toutes les bandes caractéristiques des gélatinases et de la collagénase étaient présentes dès le début de la culture, mais gagnaient en intensité avec le temps et le nombre de cellules dans le pétri. La pro-MMP9, pour sa part, semblait disparaître au jour 14 et était identique dans tous les puits incluant le puits contrôle milieu sans cellules. Il est donc possible d’affirmer que ces bandes étaient dues au milieu. L’activation de MMP9 (présente après 8 jours de culture) a donc eu lieu lors de la culture des FDs et pourrait être attribuée à l’une des protéases présentes dans le milieu de culture (MMP1, MMP2, etc.) à ce moment. Ces mêmes protéases pourraient également être responsables de la perte de signal observé pour ces bandes dans les surnageants plus tard dans la production des FDs (il y a alors beaucoup plus de protéases présentes). Il apparaît donc que MMP9 n’est pas impliqué dans la perte de MEC des FDs.

Des variations significatives de l’intensité des bandes caractéristiques pour MMP2 et MMP1 ont toutefois pu être observées. Tel qu’attendu, l’intensité des bandes des formes clivées de MMP2 et de MMP1 variait avec la concentration de RGTA26 utilisée dans le surnageant. Dans le cas de la bande associée à MMP2, cette variation était dépendante de la dose. En effet, la quantité de MMP2 présente dans le milieu des FDs produits avec 10μg/mL RGTA26 était 17% plus élevée que celle du contrôle. L’intensité de la bande de MMP1 atteignait pour sa part sa valeur maximale à 5μg/mL (moins de 9% d’augmentation par rapport au contrôle) et non à 10μg/mL comme on aurait pu s’y attendre. Bien que les bandes des pro-formes de ces protéases semblent répondre de façon similaire par rapport au RGTA, il n’est pas possible d’affirmer que le RGTA agit en augmentant la synthèse de ces MMPs. En effet, l’intensité des bandes des pro-MMP ne reflète pas nécessairement l’activité globale de toutes les pro-MMP présentes, mais seulement l’activité de celles qui ont été activées par les conditions zymographiques (conditions semi-dénaturantes, présence d’ions Ca2+ et Zn2+ ). Afin d’évaluer correctement la quantité de pro-MMP dans les surnageants, il aurait fallu activer celles-ci avec du p-aminophenylmercuric acetate (AMPA). Le traitement avec cet organomercurien modifie la cystéine du domaine d’activation des MMP, conduisant ainsi à l’auto-clivage du pro-domaine. Il aurait ainsi été possible de doser la quantité de MMP totale (pro-MMP + MMP clivée in situ ) par rapport à la quantité de MMP activée sans traitement. Étant donné que seules les formes clivées des MMP pouvaient être responsables de la dégradation de la MEC des FDs, le dosage des MMP totales (pro-forme + forme activée d’une même MMP) ne requerrait pas ce degré de précision. Alternativement, le RGTA26 pourrait réguler l’activité de MMP2 et de MMP1 en déstabilisant l’interaction TIMP-MMP. Il apparaît donc que bien que l’augmentation de l’activité de certaines MMPs pourrait contribuer aux caractéristiques des FDs en présence de RGTA, ce mécanisme n’est vraisemblablement pas responsable de la totalité de celles-ci. La faible quantité de MEC des FDs cultivés avec des concentrations élevées de RGTA26 pourrait dépendre d’un ensemble de facteurs dont une réduction de la synthèse ou de la sécrétion de la MEC.

Lors de l’assemblage des fibres de collagène, le domaine C-terminal de l’hélice α est clivé et relâché. Il est donc possible d’évaluer la quantité de collagène sécrétée en dosant les domaines globulaires des hélices α (pro-domaines) relâchées dans le milieu de culture. Les résultats de l’ELISA démontrent qu’en effet, les surnageants des FDs cultivés en présence de 0.1μg/mL, 1μg/mL, 5ug/mL et 10μg/mL contenaient tous moins de PPI que le contrôle. Cette différence atteignait 52% et est en accord avec les différences histologiques et mécaniques des FDs produits en présence de RGTA par rapport aux FDs contrôles. On peut donc supposer que la faible densité de la MEC observée dans les FDs produits en présence de ces concentrations de RGTA26 était due, au moins en partie, à une diminution de la synthèse de collagène I. Il est toutefois impossible, pour le moment, de se prononcer sur la nature de cette diminution ou en ce qui concerne les autres collagènes. Le fait que les concentrations en PPI des surnageants des FDs cultivés en présence de 10μg/mL et 0.1μg/mL RGTA26 suggère que la diminution de la synthèse de collagène joue un rôle important dans les propriétés des FDs produits. Toutefois, la modulation de l’activité de MMP2 par le RGTA26 y joue également un rôle important. Il semble donc que les FDs et les fibroblastes humains en culture en général se comportent vis-à-vis le RGTA26 de la même façon que les CML, murines ou porcines avec d’autres RGTAs, c’est-à-dire qu’il induit une diminution de la synthèse de collagène.

Ce mémoire s’insère dans le cadre de la médecine régénératrice et plus particulièrement dans le cadre du génie tissulaire axé sur la peau normale humaine. La première partie de ce mémoire voulait explorer la possibilité d’utiliser la colle de fibrine comme substrat alternatif à la production de feuillets épidermiques dans le but de les greffer sur les grands brûlés. La deuxième partie visait à étudier l’effet d’un dextran substitué sur plusieurs modèles (deux ou trois dimensions) de cellules humaines en culture à long, moyen ou court terme (FDs, tests de croissance, test incorporation thymidine tritiée) et d’en tirer des conclusions face à son utilité dans la production de feuillets dermiques produits par la méthode d’auto-assemblage. Ce sous-chapitre présente donc les conclusions de l’un puis de l’autre sujet abordé dans ce mémoire.

Les résultats présentés dans le chapitre III démontrent que la culture de kératinocytes sur la colle de fibrine est capable de produire des FEs normaux (c’est-à-dire: par rapport aux FEs cultivés sur du plastique). Aussi, la colle de fibrine est assez rigide pour ne pas nécessiter le support d’une gaze stérile, ce qui diminue encore plus le temps de préparation de ces FEs. Les FEs produits sur la colle de fibrine restent attachés à leur substrat qui ne contracte pas. Par conséquent, il n’y a aucune perte de surface greffable due à la contraction du feuillet ou à son repliement lors de la pose de la gaze stérile. Tous ces facteurs contribuent à augmenter le rapport surface greffée/surface cultivée et potentiellement à diminuer le coût global de production (nombre de feuillets cultivés, quantité de milieu utilisée, volume occupé dans les incubateurs) des FEs destinés aux grands brûlés. Des analyses plus poussées devront toutefois être effectuées afin de vérifier si ses avantages surpassent le coût élevé de la colle de fibrine commerciale, rendant ainsi les FECCFs plus rentables à produire que les FEs traditionnels.

L’utilisation des FECCF pourrait toutefois être retardée par le fait que la fibrine commercialement disponible soit préparée à partir de composantes sanguines de plusieurs donneurs et d’aprotinine bovine, exposant potentiellement les grands brûlés à des maladies comme le SIDA, les hépatites et potentiellement à la transmission de l’encéphalopathie spongiforme bovine (BSE acronyme de la terminologie anglaise Bovine spongiform encephalopathy ). Ces risques sont toutefois minimes et l’utilisation de la colle de fibrine dans ce cadre n’est pas plus risquée que dans le cadre d’autres chirurgies. Plusieurs pays ont approuvé l’utilisation de la colle de fibrine. Ces problèmes, pourraient tout de même être contournés en isolant les composantes de la colle de fibrine à partir du plasma d’amis, de membres de la famille ou même de plasma destiné à la transfusion prélevé par des organismes compétents. De façon similaire, les problèmes éthiques liés à l’utilisation d’aprotinine bovine pourraient être contournés en utilisant de l’aprotinine recombinante humaine ou même en produisant toutes les protéines par la technologie de l’ADN recombinant.

La greffe de FECCFs sur les grands brûlés a déjà été effectuée sur un certain nombre de patients dans certains pays européens. Il semble donc que des recherches cliniques en ce qui concerne la greffe de FECCFs sur des grands brûlés seraient éthiquement acceptables dans l’avenir. Ces expériences sont d’autant plus nécessaires que la supériorité des FECCFs en tant que greffons reste encore à démontrer. Des expériences préliminaires sur des modèles animaux pourraient être effectuées. Ainsi, l’influence de la colle de fibrine sur le pourcentage de prise des greffons et la différenciation de l’épiderme après la greffe de FECCFs pourrait être évaluée à l’aide d’un modèle murin (greffe de peau humaine sur des souris athymiques)80 . Des expériences précédentes ont déjà montré que la colle de fibrine retardait quelque peu la formation de la membrane basilaire sans toutefois l’empêcher ou nuire au greffon81 . Toutefois, ces expériences vérifiaient l’impact de la vaporisation du site receveur avec la colle de fibrine. Ce mode d’application produit une couche de faible épaisseur sur le site receveur alors que la colle de fibrine utilisée comme substrat de culture peut avoir un, voir plusieurs millimètres d’épaisseur. On est alors en droit de se demander si l’épaisse couche de fibrine polymérisée des greffons (FECCFs) est dégradée assez rapidement pour permettre une viabilité maximale des cellules greffées et la formation d’une membrane basilaire adéquate. À la lumière de ces résultats, l’épaisseur du substrat de fibrine (donc le protocole de polymérisation du gel) devra peut-être être ré-évalué. Cette même expérience permettrait également de vérifier si l’utilisation de la dispase pour détacher les FEs a un impact négatif sur leurs intégrines et si l’absence d’un tel traitement chez les FECCFs a un effet positif sur le taux de prise des greffons (FECCFs). Finalement, étant donné que les FECCFs produits lors de cette expérience sont de petites tailles (voir chapitre II), plusieurs facteurs devront être optimisés (taille maximale d’un greffon facilement manipulable, production de nouveaux anneaux/rectangles pour couler les gels de fibrine, conditions de polymérisation des gels) avant que les FECCFs soient utilisés de façon aussi courante que les FEs traditionnels par des organismes comme le LOEX.

Pour leur part, les résultats concernant l’effet du RGTA26 dans les modèles de culture présentés suggère que l’utilisation du RGTA dans le contexte de la production de feuillets dermiques par la méthode d’auto-assemblage, ne comporte pas d’avantages. Les résultats obtenus constituent toutefois de bonnes pistes quant aux mécanismes d’action des RGTAs. Ils ont également mis en évidence le fait que les RGTAs aient des effets dépendants du type cellulaire, mais aussi du temps et du système de culture. Par exemple, bien que le RGTA26 est capable d’influencer la croissance cellulaire, son effet est hautement dépendant de la dose utilisé et son effet à 1μg/mL dans un milieu contenant 10% SVF, est modeste et demeure incertain (résultats thymidine tritiée). Le RGTA26 avait aussi un effet négatif sur la culture à long terme des fibroblastes humains en trois-dimensions (feuillets dermiques). Les expériences effectuées dans le cadre de ce mémoire démontrent également que le RGTA26 diminue la synthèse du collagène de typeI, module la synthèse et l’activité de MMP1 selon une courbe dépendante de la dose et augmente l’activité de MMP2 de façon proportionnelle à la concentration utilisée. Afin de mieux comprendre la nature de l’effet négatif sur la production des FDs produits par la méthode d’auto-assemblage, des expériences supplémentaires devront être effectuées. Par exemple, les FDs cultivés avec 5 et/ou 10μg/mL RGTA26 pourraient être cultivés une semaine de plus afin de s’assurer que les différences observées dans la qualité des feuillets ne sont pas uniquement dues au retard de la croissance cellulaire. Aussi, même si les MMP s en général (MMP2 en particulier) ne semblent pas être le seul facteur déterminant dans la perte de matrice des FDs produits, le mécanisme d’action de cette diminution de l’activité demeure inconnu. Une possibilité est qu’une concentration élevée de RGTA affecte leurs activités via les TIMP s. Des moyens visant à déceler des variations de ceux-ci pourraient inclure des immunobuvardages (avec des anticorps anti-TIMP et/ou anti-MMP, pour vérifier respectivement la présence de certaines TIMP s et l’interaction MMP/TIMP ) et des expériences de zymographie inversée (activité des TIMPs). L’activité collagénase et gélatinase totale pourrait également être évaluée avec plus de précision par le biais d’une technique de dosage sur plaque 96 puits utilisant du collagène ou de la gélatine couplée à de la biotine79 . Des immunobuvardages ou des dosages par ELISA, pourraient être effectués sur les surnageants ou sur des extraits protéiques des FDs afin de vérifier si la diminution de synthèse observée pour collagène de type I fait partie d’un ensemble de modulations des collagènes I, III et V précédemment décrit 31,46-48 .

Étant donné que la nature et le d.s. des groupements sont la source des activités différentielles des RGTAs, une étude comparative vérifiant l’impact de différents types de RGTAs (CMS, CMDBS, CMBDS) sur la production de FD pourrait également être effectuée.

Il serait intéressant d’évaluer l’utilité du RGTA26 dans le cadre de la production de vaisseaux produits par la méthode d’auto-assemblage, puisque la culture des feuillets de cellules musculaires lisses (CMLs) requiert l’utilisation d’héparine. En effet, les RGTAs en général ont justement été créés dans le but de mimer certains des effets de l’héparine (le RGTA26 et l’héparine ont des d.s. similaires; communication personnelle).

Aussi, l’effet RGTA pourrait être testé lors des dernières étapes de production des peaux reconstruites (mise en interface air-liquide). En effet, cette période est caractérisée par une forte activité protéolytique également présente dans les plaies où les bienfaits du RGTA ne sont plus à démontrer. Une protection de l’équivalent pourrait réduire la perte d’épaisseur des FDs subjacents se produisant à cette période dans certaines conditions de culture.

Un RGTA pourrait aussi être utilisé sur les modèles d’équivalents cutanés77 et cornéens82 développés au LOEX et pour étudier le mécanisme d’action du RGTA dans la guérison des plaies cutanées et cornéennes. Ces équivalents ont effectivement déjà été utilisés dans le cadre de l’étude des mécanismes de cicatrisation de la PNH77 et de la cornée (Carrier P. et al., manuscrit en préparation) et constitueraient donc d’excellents modèles pour étudier in vitro le mécanisme d’action du RGTA sur la cicatrisation de ces tissus.

© Éric Boucher, 2005