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4 Conclusion

Au Québec, l’eau de surface recouvre 11,5% du territoire. C’est une ressource essentielle dont la pérennité constitue un enjeu pour notre société. Certaines pratiques agricoles entraînent la contamination de l’eau de surface par le phosphore via les mécanismes de transport et, par conséquent, la pollution diffuse. L’indice de risque de perte du phosphore (IRP) est un modèle permettant l’évaluation des risques de perte de phosphore dus à l’agriculture. Comme tous les modèles, l’IRP doit être vérifié, évalué et validé pour les conditions particulières d’application avant d’être utilisé. L’analyse de sensibilité fait partie de ce processus de vérification car elle permet de déterminer les variables et les composantes de l’IRP auxquelles une attention particulière doit être portée lors de collectes de données ou de l’étalonnage. L’objectif de cette recherche était d’effectuer une analyse de sensibilité sur l’IRP décrit par Beaudet et al. (1998) pour une région du Québec, soit la région de Beauce-Appalaches.

La technique de simulation de Monte Carlo a été utilisée pour atteindre cet objectif car elle permet d'utiliser la distribution des variables d'entrée du modèle IRP et d'obtenir la distribution de la variable de sortie, soit l'IRP.

La région de Beauce-Appalaches se caractérise par des taux d’application élevés d’engrais phosphorés sous forme organique et des taux faibles d’application d’engrais phosphorés minéraux. Pour cette région, les risques de contamination sont associés à la gestion des engrais, soit la période et le mode d’application. De plus, 16 % des sols cultivés ont atteint le seuil critique de 10 % de saturation en P et la moyenne de P extrait par la méthode Mehlich-3 des sols correspond à 145 kg P ha-1, résultant en un risque de contamination très élevé vu le bilan total actuel de phosphore. Les composantes d’écoulement préférentiel, de ruissellement, d’érosion et de distance entre les drains souterrains sont toutes associées à des risques de contamination faible ou très faible. Cinquante-cinq pourcent des valeurs de l’IRP pour la région de la Beauce-Appalaches se situent dans la classe moyenne de risque de l’IRP. Les données de bases indiquent qu’il n’y a aucun sol cultivé qui entre dans la classe de risque très élevée.

L’analyse de sensibilité a permis de déterminer que les composantes PORGAN, DRAIN et PTOTAL ont le plus d’influence sur l’IRP. En effet, la composante PORGAN explique 58% de la variation de l’IRP. Les composantes DRAIN et PTOTAL expliquent respectivement 11% et 7% de la variation de l’IRP. Une attention particulière doit donc être portée à l’estimation des valeurs de ces trois composantes. De plus, l’utilisation des coefficients de régression de chacune des composantes comme poids de l’IRP, au lieu des poids suggérés par Beaudet et al. 1998, semble plus pertinente, puisque les coefficients de régression de l’analyse de sensibilité reflètent l’influence relative de chacune des composantes sur les valeurs de l’IRP.

Cette analyse de sensibilité est la première étape d'une validation du modèle IRP comme outil de gestion du risque perte de phosphore dans les eaux de surface pour la région de Beauce-Appalaches. L’utilisation de modèles d’indice permet de produire une vision d’ensemble des éléments affectant les pertes de phosphore. C’est une avenue à privilégier pour une meilleure gestion de la pollution diffuse par le phosphore d’origine agricole au Québec.

© Lucie Beaulieu, 2005