Collection Mémoires et thèses électroniques
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Introduction

Dans un contexte mondial où il devient nécessaire de cultiver le bois et de concilier les demandes des différents utilisateurs de la forêt, la forêt vierge du Québec laisse place progressivement aux forêts de seconde venue et à la sylviculture intensive. Cette transition, dont le but est d’augmenter le rendement en bois, se fait parfois aux dépens de la qualité du bois; nÅ“uds plus gros, masse volumique plus faible, proportion de bois juvénile plus importante et plus grande proportion de fibres courtes.

Les utilisateurs sont contraints d’aller chercher le bois de plus en plus loin vers le nord où se trouvent encore des forêts vierges mais, dans un avenir proche, la seule ressource sera la forêt de seconde venue. Parmi cette ressource, l’épinette noire est l’une des espèces commerciales les plus importantes du Canada et est principalement utilisée dans la fabrication de pâte à papier, de panneaux MDF et comme matériau de construction. Il devient donc important, voire primordial, d’étudier les différentes conditions de croissance et leurs conséquences sur le volume de bois et la qualité du bois.

La qualité du bois est une notion plutôt subjective qui réfère essentiellement à l’utilisation du produit final. Dans un contexte scientifique, l’étude de la qualité du bois concerne aussi bien le niveau microscopique que le niveau macroscopique, et fait interagir plusieurs domaines de recherche comme la physique du bois, l’anatomie du bois, la mécanique du bois et la chimie du bois. La proportion de bois juvénile, les noeuds et la masse volumique du bois, en tant que données importantes dans la commercialisation et la transformation du bois, sont des facteurs déterminants de la qualité du bois. Ils dépendent des conditions de croissance de l’arbre dont les composantes sont la qualité du site, la concurrence, le climat et les traitements sylvicoles. D’autre part, les facteurs déterminant la qualité du bois dépendent des variations internes dans l’arbre. L’anisotropie du bois démontre à quel point les propriétés et les caractéristiques du bois changent selon la direction considérée, et les variations radiales, en hauteur ou intra cernes témoignent de la grande hétérogénéité du matériau bois.

L’objectif de cette étude est de déterminer l’effet de la densité de peuplement sur la qualité du bois de l’épinette noire, en particulier sa masse volumique et la quantité de bois juvénile, à différentes hauteurs dans l’arbre et à partir d’un site unique constituant une forêt naturelle issue d’un feu. L’étude consiste aussi à mettre en évidence les relations entre les différentes propriétés anatomiques, physiques et mécaniques étudiées.

Une première implication de cette étude, sur le plan économique, est la détermination, en terme de probabilité ou de proportion, du volume de bois juvénile présent dans un arbre ou dans un peuplement. Etant donné que le bois juvénile et le bois mature ont des caractéristiques et des propriétés différentes, leur utilisation et le prix d’achat du bois devraient être déterminés en considérant la proportion de bois juvénile.

Une deuxième implication concerne la simulation du sciage. Actuellement on cherche beaucoup à augmenter le rendement en volume en utilisant des logiciels tels qu’Optitek qui permettent de calculer le nombre de pièces que l’on peut débiter dans une bille. Toutefois, le mode de calcul ne prend pas en compte la présence du bois juvénile. Pourtant, les études ont montré que les conséquences du bois juvénile sur les propriétés mécaniques ou sur le séchage du bois peuvent être significatives.

Sur le plan fondamental, l’étude apporte, des précisions sur les liens entre la structure anatomique, la masse volumique du bois, et les propriétés mécaniques de l’épinette noire afin de mieux connaître les particularités de cette espèce et éventuellement d’améliorer ses caractéristiques par la sélection génétique ou les traitements sylvicoles.

© Jérôme Alteyrac, 2005