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Annexe 6 : Entretien de Tristan[204]

Restaurateur

51 ans

Depuis quand savez-vous que vous êtes infecté par le Vih ?

Alors, ça va faire 3 ans.

3 ans, ok, et dans quelles circonstances l’avez-vous appris ?

ba, en fait, j’avais... une bronchite et à cause de la bronchite, on m’a fait faire des analyses et à ce moment là, je l’ai appris.

Vous n’aviez jamais pensé à ça avant ?

Avant, non.

Que saviez-vous sur le sida avant ?

Ba, tout ce que l’on pouvait savoir, c’était un peu par la presse et.... et tout ; à vrai dire, je n’ai jamais pensé que je pourrais en être infecté.

Vous n’avez pas été sensible au message ?

Non

Vous connaissiez les différents modes de contamination à l’époque ?

Euh.. enfin, la première mode, c’est par les voies sexuelles, je savais à ce moment là, j’en avais entendu parlé donc je savais très bien que...mais ce n’est pas toutes les formes de contamination... À ce moment là, bon, quand on m’a déclaré la maladie, c’est-à-dire avec le Docteur Boulard, j’ai pu savoir qu’il y avait diverses façons de contracter cette maladie.

Que vous ne saviez pas avant ?

Que je ne savais pas avant.

La prévention n’était pas bonne ?

Non

Vous ne vous protégiez pas à l’époque ?

Euh... vous savez la protection, ça dépend. Ca dépend avec qui on a affaire, c’est le partenaire, il y a des gens, bon, une relation occasionnelle ou je ne sais pas... je ne sais pas vraiment comment, avec qui j’ai été contaminé.

Vous ne l’avez pas identifié ?

Non, non, jusqu’à maintenant, non.

C’est quelque chose qui vous manque ou pas ?

Enfin, je, vraiment, ouais, c’est vrai que là, je ne peux pas vous dire exactement comment ça a, s’est passé, je ne sais pas.

C’est un besoin de savoir qui a transmis ?

Bien sûr, parce que ça aurait pu être évité... d’autres problèmes à quelqu’un d’autre, mais, voilà, jusqu'à maintenant, je ne sais pas, non.

Donc, vous n’avez pas toujours eu recours aux préservatifs ou même jamais ?

Si, si, mais je vous dis ça dépend de la relation que j’ai eu, bon, les relations occasionnelles, il y avait toujours usage du préservatif, mais si c’est quelqu’un qu’on ne connaissait pas, c’est, si, c’est quelqu’un qu’on connaissait, bon, ce n’est pas, ce n’était pas systématique.

Et lorsque vous l’utilisiez occasionnellement, c’était bien accueilli ou il y a des résistances encore ?

Oui, il y en a certaines personnes qui, qu’on fréquente et bon, mais là, je vous dirais même depuis le jour où j’ai été infecté comme, maintenant, je sais que je dois obligatoirement le faire, il y en a, des partenaires, parce que, je ne dis pas à tout le monde que je suis infecté mais, il y en a des partenaires qui arrivent quelques fois, qui refusent l’utilisation du préservatif, peut être qui vous connaisse ou..........

On se connaît, on n’a pas besoin ?

On n’a pas besoin.

C’est ça le discours, il n’y a pas d’autres explications, que ce n’est pas agréable ou ?

Non, non, ça s’arrête là. Il y en a des gens, on se connaît, je te connais, il n’y a pas de problème.

Et vous faites quoi dans ces cas-là, vous avez quand même des rapports non protégés ?

Non, je n’ai jamais eu des rapports non protégés, là, je retourne la question, je... ils vous disent bon, je vous connais mais moi, je peux leur dire, je ne sais pas ce que vous faites alors ; moi, je sais que c’est moi le contaminé... j’essaye de faire comme ça, mais moi, je ne sais pas ce que vous faites.

Et c’est bien accepté ?

Oui, ça passe comme ça.

Et avec le sang, vous prenez des précautions particulières ou pas ?

Avec le sang ?

Oui, vous parliez de la voie sanguine

Oui, puisque je sais que c’est, une voie majeure dans le système de contamination... maintenant, je sais que... même en cas de, je n’ai pas eu l’occasion d’avoir de transfusion ou quoi que ce soit mais même en cas de prélèvement, je sais que..........

D’accord, vous n’avez jamais fait de test de dépistage ?

Avant, non, je n’avais jamais fait

Vous êtes à quel stade de la maladie ?

Ça fait plus de 5 ans, jusqu’à maintenant, je suis encore séropositif

Est-ce que vous connaissez ou pour vous, quelle est l’origine, le point de départ de cette maladie ?

Enfin, j’ai eu plusieurs, plusieurs échos, quoi, que ça viendrait d’un premier endroit de certains pays sous-développés comme l’Afrique ou Haïti ou des trucs comme ça et deuxièmement aussi... là encore, c’est plus, que ça viendrait, de certaines expériences que les américains ont fait et que... ils ont transmis ça un peu, c’est des expériences qu’ils ont fait sur certains animaux ou sur des gens, je ne sais pas comment et après ça a, je ne sais pas très bien d’où ça vient.......

Il y a différentes hypothèses qui circulent et pour vous comment c’est venu sur l’île ?

....franchement, je... je ne peux pas le dire puisque d’où ça pourrait venir, on ne sait pas très bien.

Vous voyez plus des Guadeloupéens qui sont partis ailleurs et qui sont revenus ou des gens de l’extérieur qui seraient venus ?

Ouais, c’est que, ça pourrait venir d’ailleurs ou bien un Guadeloupéen qui, aurait, avoir voyagé et ça aurait pu se faire, non, on ne sait pas très bien.

Quelles sont les manifestations de l’infection sur vous ?

Alors, ça brise un peu le moral.

Oui

C’est vrai que... ça donne à réfléchir... ça coupe un peu le sommeil parce que certaines fois, on y pense et puis surtout avec mon travail là, c’est un peu difficile, si jamais...ça se saurait que je suis infecté, je perdrais et beaucoup de gens ne viendraient plus.

Et là, ça se sait ?

Jusqu’à maintenant, non. Dans mon entourage, il n’y a personne qui le sait, même avec mes parents, c’est tout à fait normal, juste pour éviter ça parce que je sais que si quelqu’un le saura autour de moi, là, je serais fichu du point de vue professionnel.

Quelles seraient leurs premières réactions ?

Ba, la première réaction, ce serait de m’éviter totalement.

Physiquement ?

Oui, physiquement

Par crainte de quoi ?

Juste de... les gens ici, vous savez, c’est petit la Guadeloupe, alors juste un mot, ça fait le tour de l’île en moins d’une heure.

Il y en a qui conduise vite, c’est vrai (rire)

Alors (rire), si jamais, ça se saurait, ça serait fichu pour moi, du point de vue professionnel et puis...

Et les gens ne viendraient plus ?

Les gens, je n’ai pas toujours vécu ici. Ca fait, j’ai vécu pendant longtemps en métropole, la vie, ce n’est pas pareil... si jamais un truc comme ça se savait ici, je n’aurais plus qu’à fermer boutique.

Ce serait quoi, une peur d’être contaminé aussi, ce serait être identifié aussi à une personne séropositive ?

On associe vraiment un peu n’importe quoi, un peu. Alors là, puisque, la première chose que j’ai demandé dés que je l’ai su, j’ai demandé au Docteur Boulard, la maladie se transmettait comment, s’il y avait, si c’était juste par contact ou des trucs comme ça parce que sinon, moi-même j’aurais abandonné la profession pour ne plus avoir de problèmes, parce que...et là, c’est à ce moment là que lui m’a expliqué, c’est uniquement par le sang ou par voie sexuelle ou des trucs comme ça.

Vous pensiez à quoi par rapport à la profession ?

Parce que je suis restaurateur, mais si jamais un de mes clients, il apprend que j’avais le sida ou quelque chose comme ça, même pour la ( ?), je n’aurais pas pu, parce que les gens d’ici, ils associent tout, parce que on a beau dire, même là encore, l’information, ça passe mal. On ne sait pas très bien à quoi on a affaire et tout.

Donc, ils penseraient quoi : personne de mauvaise vie, sexualité débridée ?

Euh...même pas. Pour eux, bon, tout ce qui est, tout ce qui vient d’une maladie quelconque... ça c’est très difficile à accepter.

C’est une faute commise ?

Oui, une faute commise ou bien dés qu’il y a une certaine forme de contamination, ça... c’est une faute commise, ça va un peu loin.

Quelque soit la maladie ?

Quelque soit la maladie. Même, si c’est cancérigène ou n’importe quoi, ils penseraient encore quelque chose pareille, quoi. Donc là...il faut faire très attention de ce côté-là.

Comment êtes-vous amené à justifier vos RDV à l’hôpital, des prises de médicaments, si quelqu’un vous voit ?

Euh...j’en ai une certaine chance parce que j’ai plus de 50 ans, donc tout ce que je peux avancer c’est que bon, je dois faire un bilan ou quelque chose comme ça, je m’arrange comme ça.

Il n’y a jamais eu de doute ?

Non, non, jusqu’à maintenant, non, je dois faire un bilan, traiter une fatigue ou n’importe quoi...

Ca passe bien ?

Même, il y a un ami qui m’a vu une fois à la pharmacie de l’hôpital et comme ma mère est assez fatiguée, j’ai dit bon, j’achète des médicaments pour ma mère. Je suis obligé de mentir, quoi, je suis obligé de jongler comme ça.

D’après vous, personne ne se doute dans vos proches, dans votre famille ?

Dans mes proches, je ne sais pas trop bien parce que... mais autrement je ne peux rien dire.

Je voudrais revenir sur les craintes des autres s’ils le savaient, vous m’avez dit qu’ils ne viendraient plus ici, mais pour vous, c’est une peur d’être infecté ici, d’être vu avec vous ?

Il y a peut être, il y a ça aussi, oui. On peut dire qu’il y a ça aussi. Je sais que parmi mes relations parce que... je sais que, avec mes amis, il y en aurait qui craindrait d’être vu en ma présence, ça oui.

Et qu’est-ce que diraient les autres, si ça se savait et qu’un ami continuerait à vous voir ?

Vous savez, il y en a, il y en a, même parmi, même parmi mes amis, je sais pertinemment qu’il y en a, ceux qui sont suffisamment au courant de certaines choses pour, et ceux-là, ils diraient que, ceux qui sont au courant de cette maladie, qui diraient que bon, il n’y a pas de problèmes, je sais que, il y en a parmi eux, qui le feraient et... mais je sais qu’il y en a beaucoup et comme vous savez que, ça, quelques fois, comme on dit, ça fait tâche d’huile, qu’il y en a qui à cause de l’un, ça permettra à certains d’avoir certaines idées et que il y a beaucoup qui pourraient suivre ce que..

Par méconnaissance ?

Oui, voilà, surtout par méconnaissance. Donc, mais, il y en a d’autre qui connaissent, qui savent très bien comment c’est, comment ça se transmet et tout ça, qui ; là, c’est un risque, bon, je ne sais pas, toujours le risque de faire savoir dans le milieu, pour, pour avoir ce genre de problème.

Que craignez-vous le plus dans cette maladie ?

...et ben, ne pas faire du mal à quelqu’un.

Ne pas le transmettre ?

Là, c’est vraiment le truc... que je crains le plus, c’est ça, c’est transmettre la maladie.

Vous avez pu prévenir les anciens partenaires ou pas ?

Si, mais sans vraiment leur dire la vérité. Alors, j’ai essayé bon, à leur demander si, ils n’ont pas eu, du moment que l’on se fréquentait, s’ils n’ont pas eu de, d’autres partenaires ou, de leur demander, bon, je savais très bien ce que, bon, on va faire un test et ils l’ont fait et je n’ai pas eu de problèmes.

En dehors de l’hôpital, avez-vous consulté d’autres personnes, je pense plus à des traitements traditionnels de Guadeloupe ?

Ca n’existe pas.

Des tisanes, des bains ?

Non, non, non, puisque j’ai, vu le test de l’hôpital, enfin, c’est mon docteur traitant qui m’a envoyé, il m’a dit bon, tant qu’affaire, vous avez la bronchite et il m’a dit de faire un test, on a fait le test mais en arrivant encore à l’hôpital, le Docteur Boulard, il a refait le test et c’est à partir de ce moment là que j’ai eu la confirmation vraiment.

J’ai cru comprendre que la médecine traditionnelle ici, est beaucoup basée sur le nettoyage du corps, des tisanes, des lavements ?

Bien sûr, bien sûr, on en fait tous les années, c’est pratiquement normal pour nous de faire.

Mais par rapport à cette maladie, il n’y a pas ?

Mais par rapport à cette maladie, jusqu’à maintenant, non, là, j’ai essayé, tout de même de .....

Vous avez essayé ?

Je suis allée voir une dame-là, qui est, je ne lui ai pas dit exactement comme ça ! et là, elle m’a donné une série de tisanes et de bains à prendre parce que quelques fois, comme là, j’avais des boutons et là, elle m’a donné des tisanes à prendre et tout ça et bon, pendant un moment donné, c’était tout bien fait, ça m’avait tout nettoyé et tout et depuis quelques jours encore, j’ai vu que j’ai encore des boutons alors je resoigne pour la tisane, puisque la dernière fois ça m’avait enlevé des boutons.

C’est efficace, c’est bénéfique.

Oui, mais là, je ne peux pas dire exactement que ça a un pouvoir spécial (rire étouffé), parce que la façon dont on parle de cette maladie, c’est un virus donc, ce n’est pas n’importe quoi, il y a certaines choses, bon.

Certains évoquent le fait que c’est une maladie envoyée

Une punition divine !, hum, si, on pourrait croire.

Par méchanceté, par jalousie

Non. Là, c’est un peu plus technique que ça, je pense que... lorsqu’on a parlé de ce système de, c’est une recherche de savants, comment se fait-il que ce soit d’un côté et pas d’un autre ou, plus, certaines personnes et pas d’autres parce que..

Vous pensez à quoi là ?

Là, je pense, on a parlé des savants, des savants américains, là, parce que, actuellement, vous savez, les armes bactériologiques, chimiques et tout ça, c’est, quoi que ce soit donc, ça aurait pu être un truc pareil, enfin, je n’accuse personne mais... mais je pense plutôt que ça viendrait...plutôt d’un machin pareil, quoi.

Pour vous, est-ce qu’il y a certaines catégories de personnes qui n’attraperont jamais cette maladie ?

Ça se pourrait, puisque... si on croyait que, puisque la Bible nous enseigne à ne pas avoir ce genre de comportement et puis, nous, on n’en tient pas compte ; la fidélité entre partenaires.

Donc les gens fidèles sont pour vous

Ouais, ils sont épargnés de beaucoup de choses...

Et les plus sensibles ?

Les plus sensibles, vous savez, on a inventé quelque chose qui est très... très néfaste dans la vie actuelle, c’est l’argent. Moins on en a et plus on est exposé à n’importe quoi.

Vous pensez à la prostitution là ?

Il y a la prostitution, d’accord, mais je vous parle vraiment de l’argent, parce que, la prostitution encore, c’est un truc de pauvre, parce que, celui qui en a les moyens d’exister, lui, il ne va pas se prostituer, hein, mais celui qui en a les moyens de faire ce qu’il veut, il peut faire n’importe quoi.

Par exemple ?

(rire) mais je vous dirais que quelqu’un qui est riche, par exemple, il peut se payer n’importe quel partenaire donc... avec n’importe quel partenaire, il peut s’exposer aussi à n’importe quelle maladie parce que si vraiment, lui, si vraiment, lui, il fait attention, il n’aura rien du tout mais s’il couche tout ce qu’il veut, en faisant n’importe quoi, n’importe qui, comme il veut quoi, donc euh... il y a beaucoup (rire), beaucoup de situations, beaucoup de cas de figures.

Je voudrais revenir sur la maladie et savoir comment vous interprétez le fait que le virus ne peut être évacué de votre corps, pour l’instant ?

Je vais encore me répéter...pour moi ça a été vraiment quelque chose de, c’est la recherche qui a pu commettre ce genre de, c’est-à-dire que, pour moi, c’est quelque chose qui a été, c’est dans les recherches, ils ont fait ça et puis, ils n’ont pas pu aboutir à ce qu’ils voulaient, ils ont abandonné ça et... là, ils n’ont pas trop suivi ce qu’ils voulaient faire, à cause de ça, que.

Jusqu’à maintenant, ils ont trouvé le moyen d’opérer le cerveau alors, donc, ça serait plus simple pour un virus, ils ont les moyens quand même.

Donc ce serait une volonté ?

Voilà, ça ne les intéresse pas et puis...

Mais tout de même, mais tout de même, je pense à une chose qu’est-ce que cela leur coûterait à ce qui voudraient tout de même guérir ça ? Rien du tout.

A travers le monde, il y a des tas de laboratoires qui cherchent pour essayer de trouver

Oui, mais qu’est-ce que cela leur coûteraient ?

De trouver ?

De trouver un vaccin, qu’est-ce qu’ils gagneraient, pas qu’est-ce que ça leur coûteraient, qu’est-ce qu’ils gagneraient ?

Beaucoup d’argent en vendant le vaccin

Vous pensez ? Alors je vais vous dire les gens qui sont infectés par cette maladie, à part, bon, nous sommes pratiquement des privilégiés ici, nous sommes français, nous avons des médicaments pour nous soigner et tout, mais, pensez-y aux pays défavorisés, vous, vous allez leur vendre combien ce vaccin qu’ils pourraient mettre au point.

Ces gens-là, ils ne peuvent pas faire face à ce genre de dépenses. Même s’ils ne le vendaient pas cher, donc, on, les savants qui pourraient avoir raison de cette maladie, qu’est-ce que cela leur coûteraient, ça leur coûteraient rien du tout ; ils n’ont rien à gagner, donc...

Bon, dans votre quotidien, quels sont les problèmes les plus importants que vous rencontrez ?

C’est la prise de médicaments

Oui, parce que

C’est assez astreignant

Au niveau des horaires ?

Oui... et même lorsque l’on prend les médicaments, il y a une certaine frustration qui, tu prends ça... ouais

Dans quel sens frustration ?

Pour moi, prendre les médicaments, c’est, je, d’autres soucis, donc, euh...

Ce n’est pas facile tous les jours ?

Ouais, ce n’est pas facile tous les jours.

Et vous sentez quand même une amélioration ?

Les améliorations... si... mais pas d’une façon très directe, quoi, parce que bon, je ne peux pas dire, si je ne les prenais pas, qu’est-ce que cela me ferait, quelques fois, bon, et je vous assure, il y a quelques fois, je ne prends pas les médicaments et.... Et puis un beau jour, on se réveille, on se dit, ah, il faut recommencer et puis on recommence.

Vous en avez beaucoup à prendre ?

Maintenant, non, c’est un peu plus facile, mais je vous assure qu’au départ...il fallait prendre 14 cachets par jour ; ce n’est pas n’importe quoi, après on a...ça fait quelque chose d’un peu bizarre, ça me faisait mal, fait que... lorsqu’on prenait ça, bon, ça jouait sur mon appétit, ça jouait sur un peu tout, après, sur mon estomac, un peu tout. Là, maintenant, bon, c’est plus facile. Mais au début...lorsqu’on prenait les 14 cachets par jour, il fallait avaler ça, quelques fois, on n’avait pas le moral à faire ça. Maintenant, faut... bon, ça va un peu mieux et même quelques fois, on se dit, est-ce qu’il ne faudrait pas tout laisser tomber et puis...et puis.

Et qu’est-ce qui vous fait revenir dans la bonne décision pour suivre vos traitements ?

Je ne sais pas, moi, l’instinct de survie (rire gêné)

À part la prise de médicaments, faites-vous autre chose pour éviter que la maladie s’aggrave, vous m’avez parlé de bains, de tisanes

Ah, non

Est-ce que vous faites attention aux aliments que vous mangez ?

Là, maintenant, je vais vous dire franchement, madame, je m’en fiche, je mange n’importe quoi, je fais n’importe quoi et puis... là... si, il y a quelque chose qui ne va pas avec ça, parce que bon, il hésite à m’engueuler, je le sais bien, il est très gentil le docteur mais... maintenant, je fais de la tension, je sais qu’il hésite à m’engueuler mais...

Au début, vous faisiez attention, c’est ça que vous..

Ouais, au début, je faisais un peu attention, mais maintenant, non, tant pis.

Depuis quand, il y a eu ce renversement ?

Depuis un an.

Oui

Pendant deux ans, j’avais peur de tout et puis après, je me suis dit bon.

C’est une lassitude des traitements, c’est ... ?

Peut être ça ; peut-être... lorsqu’on ne voit pas le bout du tunnel, je ne sais pas ce qui pourrait arriver... un beau jour, j’ai pensé qu’on est né pour mourir donc euh...

Si je vous demandais d’associer 3, 4 mots au mot SIDA, vous me diriez quoi ?

Je pourrais dire la malédiction, mais quelques fois, c’est où la malédiction, je ne l’ai pas vraiment cherché.

Il y avait des cas dans votre famille ?

Non....non, non. Donc, qu’et-ce que je pourrais dire, c’est une fatalité, je ne sais pas. Enfin... ce qui me vient vraiment à l’esprit, c’est tant pis pour moi.

Donc, une culpabilité quand même ?

Ouais, ouais, c’est moi qui ai eu tort. Ce n’est pas, comme je vous l’ai dit au départ, je ne sais pas d’où ça vient mais c’est moi que j’accuse.

Pour une faute commise

Pour une faute commise mais où, je ne sais pas mais la faute, je l’ai commise.

Est-ce q’il y a un sentiment de saleté quand on a cette maladie, d’impureté ?

Oui, oui, oui... parce que, maintenant, là...il y en a beaucoup de choses, enfin, je me dégoûte en moi-même, quelques fois, quand même.

Vous vous dégoûté, parce que ?

Parce que, moi, je me dis, pourquoi et comment, enfin je me pose des questions, et là franchement, vous dire que... le seule personne qui a des torts là, c’est moi, je n’aurais pas du avoir ce genre de truc, mais... et lorsqu’on réfléchit, lorsque l’on entend les chiffres... donc euh... à ce moment là, je me dis, bon, ben, si c’est arrivé à tant de personnes.

Au niveau de votre corps, vous le percevez d’une certaine manière ou pas ? Comment décrivez-vous le sang à l’intérieur de vous ?

Là, c’est où est tout le problème. Parce que, qu’est-ce qu’on pourrait se dire quelques fois que, bon, c’est à cause du sang que c’est arrivé...mais vous savez d’un autre côté, bon, là encore, je reviendrais sur des questions de religion, parce que c’est des trucs qu’on aurait pu éviter si vraiment.. on se référait vraiment à ce que nous dit la Bible mais d’un autre côté, comment... c’est vrai là...ça me dépasse.

Le multi partenariat est un modèle ici, c’est quand même banalisé ?

Mais... vous dites ça mais si on s’était basé uniquement sur ça, il y aurait du y avoir longtemps que cette maladie aurait existé...

Donc, nous revenons à votre hypothèse (rire)

Bien sûr, parce que si, c’est vrai, si on se réfère à ça, ça aurait pu exister depuis bien longtemps ; si c’est arrivé jusque, c’et maintenant donc... pour moi, c’est le fruit de la recherche et pas autre chose, ce n’est pas autre chose, c’est une maladie que l’on a inventé.

Dans quel but ?

Le pouvoir

Détruire les pays sous développés ?

Peut être pas pour les pays sous-développés parce que les gens que je pense qui auraient pu inventer cette maladie, ce n’est pas pour les pays sous-développés, ils auraient pu faire ça pour autre chose.

Alors pour qui ?

C’est c’est arrivé avec les pays sous-développés parce que, ils sont à la merci de n’importe qui et puis, je pense que ce genre de truc, ça a été préparé peut être pour une guerre, pour un truc quelconque et puis, le développement de cette maladie n’était pas assez rapide donc ils ont abandonné ça et puis...

Une guerre contre qui ?

L’homme contre l’homme, c’est toujours ça.

Mais vous ne voyez pas de ?

Non, je ne peux pas citer vraiment, mais pour moi, l’idée c’était une préparation à quelque chose.

Vous en êtes les victimes donc ?

Il y en a eu des victimes, vraiment, peut être, enfin des innocentes victimes.

Bon, je vais revenir à votre sang, vous ne m’avez pas dit comment vous le voyez, s’il a une couleur particulière, une fluidité.. ?

Non, non, enfin jusqu'à maintenant... parce que, je fais, tous les 3 mois, je fais une prise de sang, bon, ça a toujours été pareil ; et même je dirais même, j’ai fait les prélèvements et tout ça, mais... maintenant là ( ?), moi, quand ( ?), je fais la prise de sang pour, parce que le docteur me dit de le faire mais... je trouve que, même en ce moment là, si encore, je pense à ce que j’ai fait et tout... là alors vraiment psut...

Et votre sperme, vous le voyez différemment ou pas ?

Non, non, non. Il n’y a pas de, il n’y a pas vraiment de différence. Mais d’un autre côté, peut être, je ne sais pas si c’est mon âge, ça calme les ardeurs, on a pas..

Peut-être les médicaments

Peut être aussi, là, je n’ai pas les mêmes envies.

Vous avez des relations en ce moment.. suivies ?

J’ai une relation, non, je n’ai plus de relations suivies depuis, depuis 3 ans, je n’ai plus de relations suivies, j’ai essayé d’écarter, puisqu’un accident est vite arrivé ; une relation occasionnelle... oui, d’accord mais une relation suivie, parce qu’une relation suivie, c’est... il faut se déclarer ou bien, un accident est vite arrivé, donc, euh, je ne tiens plus à en avoir.

Pour le moment

Pour le moment, mais non.

Est-ce que vous pensez que cette infection a joué sur votre masculinité, virilité ?

Si, peut être, comme je viens de vous le dire, c’est que, on n’a plus les mêmes envies euh...parce que, si, si j’avais, bon, je n’aurais pas eu cette infection, j’aurais pu avoir une copine régulière, mais, mais, là, ça ne m’enchante plus, là.

Et en dehors de ce cadre, vous ne vous sentez pas moins homme ?

D’une manière, oui, d’un certain côté, parce que, je vais vous dire, même, en utilisant le préservatif... il y a un moment, enfin, je vais vous parler franchement, au moment de la jouissance, on a envie de se retirer... pour, peut être pour qu’il ne puisse pas y avoir d’accident quoi, donc.

Vous n’avez pas confiance finalement

Voilà, même pas, même pas, en préservatif, on ne fait pas confiance. Donc, à ce moment là...

Pourtant, ils sont efficaces 

Ba, c’est vrai que, et en ce moment là, c’est vrai qu’on.......

On ne le pense pas

Voilà, et puis... d’un autre côté, même en faisant, on est pressé de finir, donc, parce que ça m’est arrivé, là, à plusieurs reprises, on est pressé d’en finir donc euh... c’est vrai que ça joue, il y a trop de choses.

Et si je vous dis maintenant le mot sexualité, à quoi pensez-vous ?

(rire) ah non...mais...

Les premières associations que vous faites

Maintenant, c’est vrai que... qu’est-ce que je pourrais penser quand on parle de sexualité, maintenant...

Ça peut-être, je ne sais pas, plaisir, vice, procréation...

Procréation, c’est interdit, il ne faut même pas y penser. Vice, euh, on ne peut pas vraiment appeler ça...bon, là, ça a toujours été, moi, mon, ma façon de penser que sexualité et vice, je ne fais pas une pleine association ; puisque pour moi, la sexualité, c’est un aboutissement de ce que deux personnes pourraient penser... Mais, mais actuellement, bon, je vois ça d’un autre œil, je vois ça comme, bon, ça a toujours été une certaine nécessité et donc, maintenant, qu’est-ce que je pourrais penser euh... ouais, il faut que ça se fasse...mais plus dans n’importe quelles conditions.

Sinon, vous m’avez dit que la personne qui vous a infecté, vous ne l’avez pas identifié ?

Non, jusqu’à maintenant.

Que pensez-vous d’elle quand même sans mettre un nom ?

Ba.....je la juge comme moi, elle a été peut être une victime aussi...peut être que cette personne, bon, parce que, de toute façon, un moment, j’ai eu une vie assez dissolue d’une certaine manière quoi, donc, cette personne là, peut être qu’elle aussi a été, enfin, pas peut être, parce qu’elle n’aurait pas, c’est certainement une victime aussi de ses envies, de ses besoins.

C’est quand vous étiez en métropole ou ici ?

J’étais déjà ici. Mais, je pense que, ça s’est passé ici parce que, pour, la date que l’on m’a donné, ça a dû se passer ici...Comme lorsque, j’étais en métropole, ça aurait pu se faire, j’étais en travail en déplacement euh... j’ai fait pas mal de pays et tout, donc euh... ça aurait pas se passer n’importe où.

Et c’était pour vous, à l’époque, une période de relations occasionnelles que vous aviez ?

Ouais, parce que, j’ai été marié pendant quelques temps et depuis là, il y a eu la déception de mon mariage, les relations occasionnelles se sont multipliées, puisqu’à partir de ce moment là, j’ai pensé être victime d’une injustice, donc, euh, j’ai abandonné certaines idées et puis...

Par rapport à l’échec de votre mariage ?

Oui, par rapport à l’échec de mon mariage, j’ai eu d’autres, enfin, j’ai vu la vie autrement.

Et pourquoi une injustice, qu’est-ce qui vous a fait penser à ça ?

J’ai eu une fille de mon mariage que, jusqu’à maintenant, je n’ai pu la voir une fois que je suis allé en métropole

D’accord

Ça, ça a été, et ma fille m’a dit qu’elle n’a pas de père, alors... ce jour là, j’ai, j’ai eu tout le mal du monde et puis... je ne sais pas, il y a quelque chose qui s’est passé en moi à ce moment là ; je n’avais plus de famille.

Donc, j’imagine que vous n’avez plus de contacts avec votre ancienne femme ?

Non, même pour des lettres, on s’est retrouvé au tribunal ou n’importe quoi, alors j’ai dit bon, tu restes où tu es et puis terminé.

Vous avez une fille ?

J’en ai deux filles, deux filles de...

deux filles de deux femmes différentes

deux femmes différentes, ouais.

Et elles vivent en métropole ?

Il y en a une en métropole, l’autre est ici, mais l’autre, j’ai, elle a été élevée maintenant, elle vit ici.

Vous n’avez pas de contacts particuliers avec vos enfants ?

Celle qui est ici, oui

Et elle a quel âge ?

Elle a 27 ans.

Et les problèmes de sexualité, c’est quelque chose que vous abordez ensemble ?

Si, avec elle, on cause de n’importe quoi, mais je ne lui ai pas dit pour ma maladie. 

En général, le sida ?

De manière générale, on parle de tout, de n’importe quoi, de tout, il n’y a pas de problème.

Et vous lui dites de faire attention par rapport ?

Surtout depuis que je sais que j’ai été infecté.

Et c’est un discours qu’elle reçoit ?

Je crois que, elle me soupçonne de, de ça, puisque la question revient assez souvent.

Donc c’est plutôt quelque chose de positif ?

...ouais....

Est-ce que vous prenez des précautions particulières pour protéger justement votre famille d’un risque de transmission ?

Si, même avec mes amis. Donc, je m’arrange toujours pour....pour quelqu’un qui, je sais, pourrait avoir une aventure, je leur dis de faire attention donc euh...parce que pour moi, ça a été, ça a été un choc... donc euh, d’une manière générale, que ce soit mes amis, ma famille ou n’importe qui, j’essaye de, de leur dire de faire attention avec les relations.

Vous les encouragez à se protéger ?

Voilà.

Et directement de vous à eux, vous ne prenez pas de précautions particulières 

De moi à eux ?

Dans votre famille ou votre entourage

Je vais vous dire que moi, depuis que, enfin, tout au début, tout au début, j’avais seulement, comment on peut dire, je pensais surtout à moi au début, mais jusqu’à maintenant même, j’achète des préservatifs pour mes copains lorsque je sais que..

C’est bien

C’est vrai, j’en achète et dès que je sais qu’ils ont un rendez-vous quelque part, je leur dit, bien, prenez ça.

Et ils les prennent ?

Ouais, ils les prennent.

C’est bien

Donc voilà.

Donc d’après ce que je comprends, vous n’avez personne à qui parler de cette maladie ?

Non

À part le médecin

À part, oui, avec le médecin, il est très positif, le Docteur Boulard, c’est quelqu’un, bon, on peut discuter avec lui... ça passe bien.

Et en dehors de lui ?

En dehors de lui, non, j’en parle à personne d’autre.

Etes vous allé voir une association ou un psychologue ?

Non c’est que, enfin...j’estime que, il y a quelques fois que, j’aurais envie d’en parler avec quelqu’un, mais j’essaye tout de même de... d’un autre côté, c’est vrai, j’assume de côté-là, un peu, c’est pas, ce n’est peut être pas réellement positif, mais j’essaye d’assumer ce qui m’arrive ; parce que d’un côté, moi, je, c’est moi, je m’accuse donc, euh... lorsque ça me pèse trop, je me dis mais c’est tant pis pour toi, alors...

Est-ce que vous vous considérez comme malade, est-ce que vous vous donnez ce statut de malade ?

Je me considère en fait, plus, non, pas comme un malade mais comme... comme quelqu’un de maudit quoi (rire), c’est... c’est ça.

Par rapport à votre mariage ?

Ça, ça me revient, mais je ne mets pas ça tout de suite en cause, je dis que si je n’avais pas été... comme je l’étais, c’est-à-dire à faire n’importe quoi, ça ne m’aurait pas arrivé.

Ça veut dire quoi, vous avez eu vraiment beaucoup de partenaires à un moment donné ?

À un moment donné, ouais... ça aurait pu m’arriver même avant le mariage, puisque lorsque je vivais en métropole, pour tout vous dire, j’ai eu l’occasion à faire plusieurs déplacements, un peu partout dans le monde...à ce moment là, je vivais avec la mère de ma première fille et... là, à ce moment là (rire), c’est vraiment, si je pouvais vous le dire, c’est elle, qui m’a maudite parce que... elle m’a dit un jour, je vais payer ce que je fut.

Je vais lui faire payer ce qu’il a fait ?

Non, elle m’a dit, je vais payer ce que je fais

Que vous, vous lui faite à elle ?

Ouais, ce que je fais. Vraiment ce que je faisais non pas que je fasse à elle, mais je vais payer ce que je fais, c’est-à-dire, à ce moment là, c’était un peu n’importe quoi.

Donc, vous aviez d’autres partenaires à côté de votre première femme, c’est ça ? Et des hommes et des femmes, c’est ça ?

Non, je ne suis pas homo (rire)....je ne suis pas homo ; mais elle m’a dit que le fait de courir plusieurs partenaires, un jour ou l’autre, je vais payer ça.

D’accord, et ce serait le retour de la médaille aujourd’hui ?

Voilà, alors c’est pourquoi d’un certain côté, j’accepte un peu ce qui m’arrive.

D’accord, mais par rapport à ses paroles à elle ?

Ouais

Quelqu’un appelle le Monsieur

Donc, voilà, c’était par rapport à une vie un peu effrénée que vous avez eue

Ouais

Quels regards auraient sur vous les personnes si elles savaient que vous êtes infecté ? Qu’est-ce qu’elles penseraient ?

Alors, là, ça va être un peu... je sais qu’il y en a, alors, bon, de toutes les manières, bon, vous savez les gens d’ici, je les connais très bien, je sais que pertinemment au départ, bon, on aurait toutes les accusations possibles, hein.

Du style ?

Mauvaise vie et tout.... Enfin surtout mauvaise vie, c’est pourquoi j’essaye d’éviter d’en parler à qui que ce soit.

Et qu’est-ce que les gens mettent derrière mauvaise vie ?

Mauvaise vie, c’est-à-dire, bon, un coureur ou même homo.

Ce sont les images qui tout de suite leur viendraient ?

Oui, tout de suite

Comment expliquez-vous que l’on dise des choses négatives par rapport à une personne qui va courir alors que le multipartenariat est toléré ?

Vous pensez ça ?

C’est l’impression que ça donne, tellement c’est commun

Mais ce n’est pas bien vu, c’est vrai que... entre amis, ça passe mais même avec la famille, avec n’importe qui, le multipartenariat, ce n’est pas bien vu.

D’accord

Mais en famille, ça, c’est, si c’est une discussion qu’on a, on ne fait pas ça assez souvent, mais ce n’est pas quelque chose de bien vu de la famille ; ce n’est pas tellement bien vu. Ca c’est une histoire de copinage, là, on parlerait de...ba, j’ai fait si ou ça, ça fait rigoler

Une discussion de mec, quoi

Voilà, une discussion de mec. Mais ce n’est pas quelque chose de, qu’on aurait dit à ses parents, ce n’est pas quelque chose...

Mais pourtant tout se sait donc ça doit bien revenir à un moment

Oui, oui, là, je vous assure que, il y en avait des fois, bon, les parents, ils vous montrent du doigt... d’ailleurs, c’est pire qu’ailleurs puisque (rire), ils vous traitent de malpropres là, lorsqu’on...

Derrière mauvaise vie ?

Ouais, ils vous traitent de malpropres, même vos parents 

Donc, c’est quelqu’un qui court à droite, à gauche, ou homosexuel, c’est vraiment les deux caractères ?

Ah oui, là, et si on est homosexuel, alors, là, il ne faut pas le dire (rire), ce n’est pas quelque chose qui passe, c’est pas bon du tout, ça.

Oui, j’ai l’impression que c’est quelque chose de...

Ah, oui, ici, grave.

Je repense à votre bras, est-ce que parfois, on vous pose des questions

Si, c’est des moustiques

Et ça passe ?

Je ne sais pas si ça passe mais je le dis.

Ok

Est-ce qu’il y a des activités que vous pratiquiez avant votre infection que vous ne faites plus maintenant ?

Non, non...si pendant un ou deux ans, euh, même, de fréquenter des amis comme je le fais maintenant et je faisais avant ; pendant deux ans, ça a été un peu mitigé, puis après le Docteur, enfin, il a essayé de me faire comprendre que ce n’est pas une maladie qui se transmet par contact, juste comme ça, parce que je m’étais enfermé pendant quelques temps.

C’est vous, qui vous posiez des limites et c’était par crainte de

Si, c’était la crainte de contaminer pendant... parce que, je crois bien que, le fait d’être contaminé et de le faire à quelqu’un d’autre, même si c’est involontaire, c’est...j’en ai, mais jusqu’à maintenant, même d’une façon involontaire...ça me... ça... c’est vrai, ça donne à réfléchir, parce que j’ai peur de ça.

Et pendant deux ans, vous n’aviez pas les informations qui vous disaient qu’il n’y avait pas de risques ?

Si, j’ai été informé par

Changement de K7

Pour savoir vraiment où ça en était... je n’ose plus embrasser une femme

Vous n’osiez plus embrasser une femme, même aujourd’hui ?

Même aujourd’hui, c’est comme ça.

Il n’y a pas de risque par la salive

Il parait, mais je n’en sais rien

Vous avez une méfiance vis-à-vis de la science

Ouais...

Et votre fille, vous la prenez dans les bras ?

Ça a été pendant quelques temps, je vais vous dire le pire, elle a une enfant, et ben, au début, ce n’était pas facile

Des craintes ?

Ouais

Et aujourd’hui ?

Maintenant oui, mais c’est à cause de ma fille, même, et c’est pourquoi je vous dis que, je sais que d’un certain côté, elle me soupçonne d’être malade, c’est parce qu’un jour, elle me l’a dit, elle m’a dit mais même si t’es malade, tu as quelque chose, ça ne va pas contaminer sa fille ; et puis moi, d’un côté, la réticence que j’avais même, à la toucher et tout, enfin, elle me l’a dit un jour que, elle m’a dit que même si tu étais malade, c’est pas hein !... c’est à ce moment là que... c’est une fille, X, qu’elle s’appelle là...elle est mignonne comme tout.

Et par rapport aux verres et couverts, vous faites attention ou pas ?

Jusqu’à maintenant.

Oui

C’est vrai que quelques fois, moi, maintenant, là, je ne peux même pas travailler aussi vite que je le peux pour ne pas me blesser parce que je me sers d’un couteau, par exemple, parce que si jamais je me blesse, à savoir... comment ça peut se passer, si j’en ai du sang sur quelque chose.... C’est tout un problème..... Si je saigne, je ne sais pas qu’est-ce qui pourrait se passer et c’est là tout le problème. Si jamais, je me blesse par exemple, alors là, c’est tout un problème.

Est-ce que vous vous interdisez de faire certaines choses, de fréquenter certains lieux, certaines pièces, certaines personnes ?

Euh... moi, non, mais par contre...je ne laisserais personne toucher à ce que moi, j’utilise de.... Comme les trucs de toilettes ou des trucs comme ça, j’évite que quelqu’un... les touchent.

Et à l’inverse, vous sentez-vous obligé de faire certaines choses ?

Ouais, de prendre des précautions à tout ce que je fais parce que maintenant, avec tout, avec tout le... j’évite certains contacts même, il y a des amis qui m’invitent chez eux... je peux vous le dire, même pour boire dans un verre...j’évite le contact du verre avec ma bouche.

Vous savez qu’il n’y a pas de risque non plus ?

On me l’a dit

Vous vous embêtez la vie là

On me l’a dit mais...vous savez, maintenant, c’est venu presque systématique...j’évite le contact du verre avec ma bouche.

Vous ne voulez pas le croire ?

Je ne sais pas...

Là, vous vous embêtez la vie

Ça me rend plus tranquille

Est-ce que vous avez rencontré d’autres personnes infectées ?

Si, une fois...une dame que j’ai rencontré, qui était infectée ; je ne lui ai pas dit que moi aussi je l’étais et...bon, elle avait déjà fait son test et tout ça, elle prenait des médicaments et là... je l’ai assez soutenu parce qu’elle avait beaucoup de craintes aussi, pratiquement pareilles au mien et puis...

Qu’est-ce qui était pareilles à vous ?

Les craintes qu’elle avait, c’est-à-dire de penser qu’elle pouvait faire du mal à quelqu’un d’autre. Et elle, ce n’est pas elle qui me l’avait dit, c’est quelqu’un d’autre qui me l’avait dit.

D’accord, ce n’est pas dans le cadre de l’hôpital ?

Non, non.

C’était par qu’en dira-ton que l’on vous a dit que cette dame

C’est quelqu’un d’autre qui m’avait dit, alors j’ai demandé à cette personne, elle m’a dit oui, et elle était mieux dans sa tête que moi, parce que là, elle m’en a parlé, comment...

Ouvertement

Ouvertement

Et elle n’a pas été surprise de votre question ?

Non... et là, c’est, c’est (rire) et si vraiment ça s’était mal passé, je mettais mis dans la tête que, si vraiment ça se passait mal, je lui aurais dit mais moi aussi, je, et là, mais comme j’ai vu qu’elle le prenait assez bien et puis on a discuté pendant un bon moment.

Et vous ne l’avez jamais revu ?

Non, non, on ne s’est jamais revu. Elle m’a dit franchement, elle, elle savait de quoi, qui l’avez fait.

D’accord, donc vous avez bien discuté

Ouais, on a discuté et elle m’a dit, ça s’est passé comme ça voilà ; et c’est pour ça, au départ, je vous ai parlé de cette question d’argent, parce que elle, elle a été infectée par un, c’est quelqu’un qui gère un voilier à Gosier, dans la marina.

Un métro ?

Enfin, elle ne m’a pas dit qui s’était, enfin, un métro, je ne sais pas si c’est un américain qu’elle m’avait dit, alors je pense, c’est un américain alors ça s’est passé comme ça, elle m’a dit que, enfin, c’est là, encore, c’est, c’est pas quelqu’un d’ici hein ! Cette dame là, mais elle m’a fait comprendre, bon, c’est lorsque, pour apporter de l’argent, quoi, c’est parce que ce type là lui avait proposé, bon, de l’argent et puis, elle a accepté...et puis, quelques temps après, elle s’est retrouvé enceinte et là, encore, heureusement, et elle a fait un avortement, et c’est au moment de l’avortement qu’elle a su qu’elle a été contaminée.

Et pour elle, le monsieur le savait, il a fait express ?

Elle pense qu’il a fait express, elle pense qu’il a fait express.......Et c’est là aussi, moi, ça, ça m’a fichu un peu la tête de savoir, bon, parce que là, elle m’a dit bon, franchement, elle peut le dire à n’importe qui et c’est...

C’est peut être une certaine étape aussi

Ouais, peut être aussi.

Votre fille à priori vous invite au dialogue 

Si, si, je le sens ça, hein, parce que, elle est revenue assez souvent sur la question, je pense que, elle a dû voir les médicaments, aussi je pense parce que, lorsqu’elle vient là, bon, elle a dû voir les médicaments quelque part, je pense que c’est à cause de ça que et puis elle me semble un peu trop informée là-dessus.

C’est plutôt bien si elle s’est renseignée, en pensant que vous étiez infecté ?

Ouais, mais elle est un peu trop informé là-dessus, je pense qu’elle a dû voir les médicaments que je prenais, elle a fait l’amalgame donc...

De quelle manière vous sentez-vous différent des autres personnes infectées ?

Je ne peux pas dire vraiment et... certaines différences et... et... parce que les personnes infectées, je n’ai, je connaissais un ami, il est mort, il est mort, ça fait un ou deux ans...mais là, parce que lui, enfin, tout le monde le savait...mais là, pour se sentir différent, là, je ne sais pas vraiment comment chacun ressent cette situation parce que, lui, se savait infecté et comme c’était par transfusion, il a été hospitalisé, il s’en foutait royalement, et puis il est mort et je vais vous dire aussi, il m’a aidé d’un certain côté sans le savoir, c’est lui, qui, il m’a dit un jour (rire) on est né pour mourir, et on discutait de ça et il m’a dit, « ah ouais, on est né pour mourir », alors il s’en fichait royalement.

En fait, le mode de contamination est déterminant dans la réponse de l’entourage 

Ouais.

Là, par transfusion, c’est acceptée 

Là, bon, ce n’était pas de sa faute, il a été contaminé

On va peut être revenir sur les notions de respectabilité et de mauvaise vie, vous vous mettez plus de quel côté ?

Pour

Pour vous, pas le regard des autres

Ba...moi, je vois plutôt le côté accidentel, puisque je conçois que l’on cherche véritablement, je vois plutôt le côté accidentel mais aux yeux des autres, c’est pas pareil, puisque là, j’avais cette crainte là

Pardon 

J’en avais une certaine crainte, comment les autres acceptent ce genre de situation parce que...pour moi, il y a la fatalité, quelque chose est arrivée, mais comment une autre personne perçoit ce genre de situation, c’est ce qui m’inquiète le plus, c’est pourquoi, je n’ose pas le dire.

Vous ne savez pas du tout l’image 

Voilà, puis, je vous dirais d’un autre côté...je prends exemple sur mon ami, là, qui est mort, lui, même on l’a aidé ( ?) largement puisque à une certaine époque, on sortait ensemble et tout

Excusez-moi vous l’avez aidé à ?

Non, pas moi, je ne l’ai pas aidé mais, lui, on sortait quelques fois, on s’amusait ensemble, il venait ici et tout, il arrivait ici, il me demandait un verre et il buvait tout seul dans le même verre et il partait avec... et c’est peut être à cause de ça aussi que (rire), j’en ai, il partait avec, il vous payait le verre, il partait avec, et je me demande moi, de mon côté, en tant que commerçant, si jamais on le saurait comment, quelle idée se feraient les gens, des clients, des éventuels clients de la situation, parce que dans des cas pareils, les premiers à vouloir dire, ce sont vos amis, ce sont ce que vous voyez tous les jours et comment ça se passerait quoi, c’est.... Vraiment

Vous avez un bout de réponse avec votre fille

Oui, là, c’est pas pareil, c’est ma fille, je sais très bien que, bon, je lui ai écrit une lettre !, je ne lui as pas transmis, mais j’ai mis la lettre pour un jour, bon, elle sache vraiment ce qui se passe, donc ; d’un autre côté, je sais pertinemment qu’elle doit le savoir parce que, elle me parle assez souvent, elle revient assez souvent sur la même question... donc, je pense qu’elle doit le savoir, elle doit s’imaginer qu’il y a quelque chose.

Mais vous justement, vous n’avez pas envie de lui en parler ?

Moi, je n’ai pas envie de lui parler, mais, je sens que, elle doit le savoir parce que...la conversation revient toujours, toujours, toujours sur la même chose, donc, je sens qu’elle doit le savoir.

Et quelles sont vos craintes si vous lui disiez en face ?

Ah...là, c’est vrai, c’est un peu délicat puisque...elle c’est... c’est la personne pour moi, bon, c’est la personne que j’aurais pu dire n’importe quoi, penser tout, c’est parce que... la façon dont elle agit avec moi, je sens que je devrais avoir confiance et lui dire que tiens... mais d’un autre côté, je pense à moi-même, que si moi, j’ai pas vraiment une souffrance physique... je n’aimerais pas qu’elle en ait une certaine souffrance qui pourrait, c’est vrai... je n’aimerais pas ( ?) quoi que ce soit à ma fille.

De la peur de lui faire de la peine

De lui faire de la peine voilà, c’est ça, ce qui me gène là, c’est plutôt cette crainte là, si jamais elle apprend que son papa est malade...

C’est pour la protéger... on va revenir un peu sur le même thème, pourquoi pour vous, le sida est encore une maladie si stigmatisée et tabou ?

Ba....dés qu’on ne connaît pas, vous savez le, le...on n’a pas vraiment....on ne peut pas savoir, cette maladie, on ne connaît pas ni sa guérison, si ses origines, pour moi, tout ce qui est un peu secret fait peur, c’est pourquoi, je pense que... c’est à cause de ça.

On ne la maîtrise pas, on ne connaît pas très bien, on a peur

On ne la maîtrise pas, voilà, puisque, comme le dit le Docteur, on peut vivre 100 ans avec en se soignant bien (rire), mais d’un autre côté, on se dit, c’est, pour se soigner toute une vie, c’est lourd, c’est très lourd.

Et l’association parfois faites, sida et maladie diabolique, vous en pensez quoi ?

Ba...madame... (Rire nerveux), c’est ...enfin, je vous ai dit, c’est moi qui me maudit !... puisque, c’est tout à fait normal de penser, lorsqu’on a une maladie, surtout une maladie pareille que, ça vient de quelque chose qu’on aurait pas du faire qu’on a fait... Mais d’un autre côté, si c’était une maladie bénigne, qu’on pourrait guérir facilement, je n’aurais pas pensé pareil...parce qu’à un moment, lorsque quelqu’un avait la syphilis, il était considéré comme maudit aussi, donc, c’est... c’est tout ça, puis il y a l’appartenance du sexe aussi, quand ça arrive, tout le monde ne pense pas pareil, puisque... avec le sida même, même jusqu’à maintenant, le fait de penser à quelqu’un, que ça vient des transfusions ou, ça peut arriver par d’autres situations, que par des relations sexuelles mais tout le monde fait l’amalgame au sexe et peut être que, il y en a peut être, beaucoup de personnes qui ont été contaminées par des transfusions et puis, on n’en tient pas compte parce que même, comme je vous disais tout à l’heure, que, ça vient de l’infidélité ou de l’échange de partenaires, mais si quelqu’un qui est même fidèle à une même personne a été contaminée par une transfusion..

Je ne sais pas si cette question est pertinente mais peut-on répondre à la question de qui a-t-on le plus peur par rapport à cette maladie, est-ce qu’il y a une personne ?

Vous savez c’est, dans cette question, c’est vrai c’est très bien posé parce que, nous, ici, en Guadeloupe, qu’est-ce qu’on craint le plus... un étranger qui serait plus pauvre que nous, c’est-à-dire quelqu’un qui, qui s’est expatrié uniquement par le manque de moyens dans son pays.

Les haïtiens, les dominicains ?

Les haïtiens, les dominicains, quoi qu’en Dominique, ils ne sont pas si mal lotis que ça parce que, si on regarde même en proportion, ils en ont moins que, il y a moins de contaminés en Dominique qu’en Haïti, même, dans certains autres pays mais là, c’est ces personnes là qu’on voit tout de suite, on voit tout de suite quelqu’un qui vient d’un autre pays qui... qui voudrait... qui vient ici et qui nous emmènerait la maladie, euh...

Je n’ai pas très bien compris ce que vous disiez là

Je vous dis que, moi, enfin, je parle en mon nom, que je verrais tout de suite un étranger qui se trouve moins bien que nous, qui viendrait ici, c’est-à-dire qui viendrait pour améliorer sa condition

Oui, ça, je suis d’accord

Alors je verrais tout de suite quelqu’un comme ça, qui aurait amené la maladie ici.

D’accord, c’est que vous avez pris ma question différemment, mais aujourd’hui, par rapport au fait que vous êtes infecté, est-ce qu’il y a une personne de votre entourage, qui vous ferez peur ou qui serait la dernière personne que vous auriez envie qu’elle le sache ?

Vous savez, madame, il faudrait mieux que personne ne le sache, que personne ne le sache, pour moi, ça serait dévalorisant que ce soit un ami ou un parent ou n’importe qui, qui pourrait vous faire un certain jugement...alors c’est la chose que je crains le plus.

Que ça se sache

Que ça se sache... puisque pour moi, si il y a une personne qui le sait, là, maintenant et que, pour moi, vraiment... ça serait catastrophique parce que ... pour moi... on va me juger d’une certaine façon.. et un jugement n’est jamais bien vu, donc, si quelqu’un vous juge, la personne vous juge à sa façon...donc euh...moi, c’est vrai, c’est tout ce que je pense.

Donc la peur du regard, du jugement

Ouais, du jugement, pour moi, ça serait vraiment...

Et en même temps, ils diraient quoi, que vous avez eu plusieurs partenaires à un moment ?

Si, ils savent, mais...

Que pourraient-ils dire d’autres ?

Parce que vraiment ici, j’ai pu avoir des échos de certaines situations...à ce moment, ils ne penseraient plus à « vous avez eu plusieurs partenaires », ils ne penseraient plus à quoi que ce soit... ils penseraient qu’à une chose, vraiment, pour eux, celui-là, lui, il est maudit, il est (rire), ils penseraient à quelque chose de ce genre, ils penseraient à vraiment, lui, ce qui lui arrive, c’est qu’il a dû faire quelque chose pour ce genre de.

Un retour par rapport aux actes qu’il a fait auparavant ?

Voilà, un retour, là, ils penseraient comme ça, ils penseraient, ah ouais, ils auraient pu dire qu’il a eu plusieurs partenaires, qu’il était malade mais ils ne penseraient pas comme ça, ils se diraient tout de suite, celui-là, il a dû faire quelque chose pour que ça puisse lui arriver, alors.

Ce n’est pas anodin, si

Non, non, ils ne penseraient jamais à quelque chose, ils ne penseraient jamais à un accident mais vraiment, c’est, comme on dit, c’est de la cause à l’effet.

Pourquoi lui, il y a une raison

Ah, oui, il y a des bonnes raisons.

Justement, on parle de « pourquoi lui » alors le « pourquoi moi », toujours pas de réponse ?

Toujours pas de réponse. Si j’en ai pensé à plusieurs réponses mais toujours pas de réponses, pourquoi moi, j’ai mis les pieds où il ne fallait pas.

C’est où ses pieds que vous avez mis

Jusqu’à maintenant je cherche à savoir, j’ai essayé déjà à savoir ce qui s’est passé. Bon... peut être, je ne sais pas, parce que... j’ai fréquenté quelqu’un qui est tout de même, cette personne a disparu, mais...je me suis dit peut être c’est, c’est moi, qui n’ai pas eu de chance...et l’autre personne n’a rien eu, il n’a rien, c’est quelqu’un que je connais, il a eu un accident... c’est un marchand, il y a un truc qui lui est tombé dessus, alors je suis allé le voir à l’hôpital et je lui ai dit mais pendant que tu es là parce que je savais déjà que j’avais la maladie, je lui ai dit, pendant que tu es là, mais... et puis, il s’est fait faire un test aussi pour savoir puisque je lui ai dit bon, comme on a eu l’occasion de fréquenter la même personne, on ne sait pas si cette personne fréquentait d’autres personnes, et il m’a dit ouais et un beau jour, il m’a dit, « tiens j’ai fait ça » et c’était négatif, il est retourné 6 mois après et puis, pas de problème, il dit bon, comme le Docteur m’a dit, c’est possible que lui n’ai pas eu de contamination et moi, je l’ai eu, ça dépend de certaines situations.

Donc là, ça contribue encore à se dire ce n’est pas par hasard

Voilà.

Et quel sens donnez vous alors à cette maladie par rapport à votre vie ?

...vous savez le pire dans cette maladie (rire) c’est que comme on dit, il suffit d’une fois... c’est ce qui m’inquiète le plus, parce que, n’importe qui peut être exposé...moi, de mon côté...qu’est-ce que je pourrais faire, on ne peut pas arrêter la vie... et là... c’est vraiment inquiétant.

Vous êtes en train de vous contredire, vous me dites que ça relève de la malédiction, que ce n’est pas par hasard, que ça arrive sur vous et dans le même temps, vous me dites une seule fois ça suffit.

Oui, mais là, on le sait après ça, parce que là, si je vous dis comme ça, bon.

Ça aurait pu être une des femmes avec qui vous avez été marié ?

Oui, oui, oui, mais là, le fait que, je pense comme ça, pour moi, cette histoire de malédiction, c’est moi qui le pense... c’est moi qui le pense, à savoir que j’ai dû faire ce que je n’aurais pas du faire...mais d’un autre côté, on sait très bien que... ce n’est pas facile la vie, c’est pas facile, il y a aussi d’autres trucs qui auraient pu m’arriver, euh, que je n’ai pas eu mais il y a d’autres trucs qui auraient pu m’arriver aussi, alors là...

Est-ce que vous appartenez à une religion ?

Oui, je ne suis plus guère pratiquant, je suis catholique

Pratiquant ?

Plus guère pratiquant mais dans ma jeunesse, ce n’était pas pareil

Et aujourd’hui, vous allez rarement à l’église ou... ?

J’y vais pour certaines cérémonies : un enterrement, un mariage

Noël et Pâques, les classiques

Nouvel an, pâques

C’est quelque chose qui vous aide ou non dans le quotidien ?

Ca m’aide plus, puisque comme je vous l’ai dit la religion peut nous protéger à un certain niveau...mais là... on est plutôt dans un monde où...la religion, pour moi, maintenant, on n’est plus dans un monde où la religion tient, si vraiment on suit la religion, on... on devient dingue maintenant, parce que si on regarde actuellement les effets de la religion sur certains hommes, ça fait peur parce que, ma mort n’aurait plus de surssie, là maintenant, parce que il y a quelque chose de radical.

Je n’ai pas compris, excusez-moi

Si vraiment, on suit ce que nous dicte la religion, ma mort n’aurait plus de surssie

La mort n’aurait plus de surssie ?

Ma mort n’aurait plus de surssie parce que, ça serait radical, ça serait du jour au lendemain quoi, parce que c’est vrai que c’est très difficile, c’est très, très difficile de suivre vraiment une religion pour, pour son bien être. Ca vous change trop et totalement... donc euh... j’ai connu la religion jusque, jusqu’à dans ma vingtaine d’années et puis après, je n’ai plus tellement suivi la religion. Lorsqu’on est ici, on voit les choses d’une certaine manière et puis, on voyage, on voit ce qui se passe ailleurs... j’ai peur de la religion.

Vous avez peur de la religion ?

Ouais

Par rapport à ?

Mais par rapport à ce qui se passe, dans certains pays où vraiment les gens...

Sont fanatiques

Ouais, voilà, ça, il y a, vraiment, c’est pas d’un pas à l’autre.......

Bon, je vais le tour de mes questionnements, souhaitez-vous abordé quelque chose d’autre, me dire quelque chose de particulier.

Non



© Gaelle Bombereau, 2005