Collection Mémoires et thèses électroniques
AccueilÀ proposNous joindre

Annexe 7 Entretien de Géraldine

Secrétaire

32 ans

Depuis combien de temps savez-vous que vous êtes infectée ?

Ho-là-là, je le sais depuis, 80..., alors j’avais été faire, comment on appelle ça...

Un test ?

Non même pas, un don du sang, c’est comme ça que je l’ai su en fait, un don du sang, c’était en 92, 92, par-là. On m’a envoyé un courrier pour me rapprocher de l’hôpital, de je ne sais plus d’ailleurs le nom, et c’est là que j’ai su en fait, décembre 92.

Vous faisiez déjà des dons de sang avant ?

Non, c’était la première fois. C’est mon entreprise qui sollicitait le membre du personnel. Je me suis dit « tiens, pour la première fois, j’y vais ». Et c’est là que j’ai su. Il n’y aurait pas eu ça à mon avis...

On vous a bien dit les choses ?

Bon le courrier d’une part, bon, on m’a rien dit, on m’a juste dit que, on a relevé quelque chose qui était anormal et tout et on m’a convoquée et là, on me l’a annoncé assez cordialement, gentiment, je veux dire, tout en cherchant à savoir la façon dont j’avais été infectée en fait. Et euh... la seule solution c’était par relation sexuelle, c’est clair.

Tu avais pensé au sida avant ?

Ce qui est bête, c’est que durant la même année, je ne sais pas pourquoi, mais ça me trottait dans la tête et je me disais il faut que j’aille faire, il faut que j’aille faire un test, il faut que j’aille faire un test et puis, j’ai laissé passer et puis je me suis dit bon, c’est l’occasion ou jamais et puis peut être que de là on me dira exactement, mais ça ne m’avait jamais effleuré, jamais, parce que j’étais mariée d’une part, entre parenthèse c’est par mon mari. Donc euh, je n’ai pas cherché à aller faire un test, parce que je savais que bon, je n’avais aucun risque à ce niveau là.

Tu vis toujours avec ton mari ?

Non.... L’année d’après on a divorcé. L’année d’après on divorçait.

Tu penses qu’il était déjà contaminé avant de te connaître ?

Pas avant, parce que on a eu un enfant ensemble qui lui n’a rien. Donc je pense que, c’est par la suite, que c’est par la suite et surtout j’ai obtenu confirmation cette année-là, par un parent à lui qui m’a dit qu’il avait eu des relations avec une fille, justement, qui est décédée des suites.

Tu l’as identifiée elle ?

Oui, je la connais en plus (rire). Un petit peu, enfin, je l’ai connue, je ne savais pas qu’elle était, c’est après que j’ai su qu’elle était malade et dès que je l’ai vue. Elle était restée absente quelques années de la Guadeloupe et quand elle est revenue et que je l’ai vue, je me suis dit, mais, tout en sachant que, c’était des années après, on était déjà divorcé et tout, je me suis dit mais ce n’est pas possible, elle doit être malade, mais je ne savais pas encore que ça s’était passé. Et euh, du fait de sa maigreur, du fait de, je ne sais pas, peut être que, c’est vrai que quand on voit quelqu’un de maigre automatiquement, on dit sida. Ici, c’est ça, ici, c’est ça. Bon, c’est vrai que c’est caractéristique parce que ça ne peut pas être la faim, ça ne peut pas être, ni l’anorexie parce que pour eux apparemment ça n’existe pas. Dès que tu es maigre ici, tu as le sida.

Et comment perçois-tu cette femme ?

C’était une jeune fille

Une jeune fille

Une jeune fille, la percevoir c’est-à-dire ?

Quand tu la vois à quoi pense-tu, elle renvoie à quoi ?

En fait, c’est une histoire assez compliquée parce que ce n’était pas volontaire.... C’était un viol, on va dire, donc euh.., elle même ne l’a pas dit à ses parents, que mon mari l’avait violée, dans la famille et c’est vraiment sur son lit de mort, en fait qu’elle l’a dit à sa mère et c’est comme ça que moi, je l’ai su au mois d’août, cette année que c’était vraiment lui, j’avais des doutes, parce que quand on m’a dit ça, quand j’étais à Paris, quand on m’a dit que j’étais infectée et tout, je me suis dit bon, il faut que je me rapproche des personnes que j’ai connu, il faut que, il faut que je sache, il faut que je sache, donc, je me suis dit bon, après mon mari, on s’est séparé, en 92, j’étais en métropole, on était déjà séparé. Et euh, donc, je me suis dit, il faut que j’appelle la dernière personne avec qui j’ai eu des rapports, bon, j’ai eu son médecin, lui, je ne l’ai pas eu, mais son médecin m’a certifié bon, à mon avis, même sous le sceau du secret professionnel il ne m’aurait pas dit la vérité, mais il m’a dit que non.

Là, c’est le médecin de ton mari ?

Non, le médecin de la dernière personne avec qui j’étais, après mon mari, donc, elle m’a dit que non, j’ai dit bon. Alors j’ai cherché, j’ai cherché, j’ai cherché. J’ai prévenu les personnes que j’ai connues entre temps et tout et ils ont fait des tests, aucun problème. C’est ce qui était dur à admettre pour moi, en fait, c’est que les personnes que j’ai connues après, ils ont eu le temps de faire le test, ils n’ont rien eu. Ca m’a paru tellement bizarre que j’ai, j’ai mis du temps avant d’admettre que j’étais malade. J’ai mis du temps et euh....

Après, donc par la suite, euh... en fait, je l’ai plainte quand même parce que bon, c’est quand même quelqu’un de la famille et tout, ça m’a fait chier, excusez-moi pour le mot, franchement, parce que je me dis que, peut être pendant qu’il était avec moi et qu’il me disait qu’il va faire un tour, peut être que c’est derrière elle qu’il allait, et puis qu’après il revenait à la maison et tout, j’ai eu les boules quand même, j’ai eu les boules. Mais bon, c’est déjà fait, c’est déjà fait. Je ne pouvais rien faire d’autre. Je l’admets quoi, je l’admets et en plus c’est le père de mon fils donc en même temps, je ne peux pas, il y a une rancœur, c’est-à-dire que tant que je ne savais pas que c’était vraiment lui, on va dire que je m’abaissais un petit peu, que j’avais peur que ce soit moi effectivement qui le lui ai donné.

À partir du moment où j’ai su que c’était lui, j’ai pris beaucoup plus d’assurance et aussi bien quand il essayait de me marcher sur les pieds et tout. Maintenant que je sais que ce n’est pas moi, j’ai pris beaucoup plus de... plis, on va dire, sur lui. Ouais, je me laisse plus marcher sur les pieds, je ne me laisse plus, parce qu’il m’a quand même accusé, hein, il m’a dit, parce que lui, il le sait, il le sait et il m’a dit que c’est toi qui me l’as donné, je lui ai dit « non, je suis désolée, je ne t’ai jamais trompée comment j’aurais fait pour te le donner, comment j’aurais fait, je ne me drogue pas, comment j’aurais fait » et c’est pour ça que depuis le mois d’août, je suis fluou...

Et lui quand a-t-il fait un test ?

Ba, en fait, je ne sais pas s’il a fait un test parce que pour être clair, on s’est séparé en 92.... Ouais en 92.

La même année où tu l’as appris en fait

Voilà, moi, je l’ai appris en décembre et nous, on s’est séparé, on s’est séparé en... août. Ouais juillet, août, il ne faut pas que je dise de bêtises, il faut que je réfléchisse correctement, je me suis trompée d’une année. En fait, on s’est quitté en août 92 et j’ai su en 93, voilà. Il ne faut pas que je dise de bêtises, un an après.

La séparation a eu lieu

Avant que je sache, voilà

D’accord

Et lui me l’a dit en .... Combien de temps après, il me l’a dit, il ne me l’a pas dit tout de suite. Quand on s’est revu, entre janvier et... juillet 93, avant que je parte en métropole, très charmant, il m’a invité au resto et tout, il m’a dit ouais tu sais, il me l’a annoncé comme ça, j’ai dit « ah bon », et il me dit « c’est toi qui me l’as donné », bah t’es gentil mon gars mais comment j’aurais fait pour te le donner. Il m’a dit « ah! Je suis sûr ce c’est toi et tout ». Bien sûr... bon en fait, je ne suis pas restée là-dessus et puis.... Après j’ai entendu parler de la mort de cette fille justement et bon, je ne me suis pas occupée, vous savez ici, il y a beaucoup de « on dit » , beaucoup de commérage donc euh, et mon oncle qui est venu me voir un matin très tôt, il était 6 heures, je l’ai vu arrivé en pleurs et tout, je me suis dit mais qu’est-ce qui lui arrive, pourquoi tu pleures comme ça, il me dit ouais, « je viens, je viens d’apprendre par déduction que tu étais malade et tout », je lui dit « ah bon, comment ça », il me dit oui, et la fille qui avait une relation avec.... mon ex-mari est décédée et on suppose que c’est de cela qu’elle est décédée, je lui dis « ah bon », c’était en quelle année ça, je ne sais plus, peut être en 80...

Donc tu apprenais non seulement la mort de cette fille et que

Et que mon mari était.., alors j’ai dit ; et donc de là, ça faisait déjà 6 ans, parce que, je me rappelle bien parce que il m’avait demandé « ça fait combien de temps que tu es malade », j’ai dit « ça fait 6 ans » et euh, donc, il me dit « ouais, ça m’embête que ça t’arrives à toi, s’il a chopé ça, c’est certainement par toutes les filles avec qui il sortait », donc en même temps, j’apprenais tout. C’était super, c’était génial (rire) pour une matinée, elle commence super bien ; alors je lui dis « ah bon » et puis il dit bon et puis, en fait c’était resté un doute mais la confirmation même, je l’ai eu au mois d’août, et c’est là vraiment que l’on m’a dit ça et la personne, elle a dit « si je savais que ça te torturait à ce point ça fait longtemps que je te l’aurais dit, qu’il faisait ce genre de choses », je lui ai dit « ah bon », ouais parce que moi pendant des années, je me suis prise la tête à me sentir coupable, quoi.

Quand toi, tu as su que tu étais infectée, tu en as parlé au bout de combien de temps avec ton ex-mari ou c’est lui qui est venu en fait ?

C’est lui qui est venu me parler de ça le jour que...

C’est à ce moment là que tu lui as dit

Voilà, tout à fait. Je ne lui ai pas dit tout de suite parce que, d’une part dans ma tête c’était forcément lui et personne d’autre... et euh... en fait, j’étais en France aussi, donc il faut dire que, c’est pour ça aussi que je ne l’ai pas vu, c’est quand je suis arrivée ici qu’on en a parlé.

Comment vois-tu ton ex-mari maintenant ?

Oh-là-là !, je ne sais pas s’il y a des mots assez.... assez costaud pour, pour toutes les misères qu’il ma fait subir, pour toutes les galères par lesquelles je suis passée avec lui.

Tu es restée mariée combien de temps avec lui ?

À peine 3 ans...

Il était violent aussi avec toi ?

Ca lui est arrivé une fois, ouais. Ca lui est arrivé, mais euh... je ne sais pas, le pire c’est que, quand on le regarde, quand il me parle, c’est le mec le plus gentil du monde, c’est le mec le plus adorable du monde et tout, pour lui, jamais, il n’a rien fait du tout, c’est ... on se parle comme si on était des vieux amis, des vieux amis. Mais quand moi, à chaque fois que je lui parle, je sais très bien, il y a toujours une rancœur, il y a toujours une...

Vous n’en parlez plus ?

Ah non !, pas du tout, pas du tout, pas du tout. Des fois, quand même, pendant une fois ou deux, il est venu auprès de moi en me disant que, on en parlait pas, mais il disait que ouais, d’ailleurs, j’ai eu tort de faire ça et il me dit ouais, je prends des médicaments, je l’ai dépanné pendant 4 jours, il dit je fais ça mais c’est vraiment parce que c’est toi, mais quand je réfléchissais après, je me disais que je n’aurais peut être pas du faire parce qu’on ne sait jamais, je ne sais pas, je vais à l’extrême, peut être se servir de ça pour me ..Nuire ou bien pour, tu vois, pour essayer de, de faire... un coup de crasse, quelque chose de ce genre, bon, c’est déjà fait, donc... et bon, maintenant, je ne sais pas.

De quelle manière il pourrait te nuire ?

Bah dans le sens où il a déjà tout inventé pour m’enlever mon fils, donc euh...

Il voulait la garde de l’enfant ?

Mais il l’a eu, c’est ça le pire (rire), il l’a eu, il l’a eu dans le sens où il a fait jouer toute sa famille avec lui en disant que ouais, que je n’étais pas une mère capable, bon tout ça n’était pas encore su, mais, que j’étais une mère incapable, que je ne pouvais pas prendre soin de mon fils, que je ne pouvais pas.... j’étais inapte en fait, j’étais inapte, toute la famille a suivi. Maintenant, je rigole maintenant, parce que toute sa famille a suivi en disant que c’était moi la plus mauvaise des femmes et maintenant qu’ils savent ce qu’il a fait, ils me regardent autrement, ils ne me disaient pas bonjour. Ah ouais, ils passaient dans la rue, ils m’ignoraient et maintenant, ils me disent bonjour, moi je leur réponds parce que je suis polie, parce que je suis polie mais s’ils savaient ce que je pense au fond de moi (rire), ils ne me diraient pas bonjour, ça c’est clair, ça c’est clair.

Parce que faut voir comment on dénigre quelqu’un alors que l’on ne sait rien. Bon c’est vrai que je ne peux pas leur en vouloir parce que c’est leur parent donc, ils sont obligés de le croire lui par rapport à moi donc, je ne leur en veux pas, mais j’aurais voulu quand même qu’ils me donnent, comment on dit ça encore le.... Oh-là-là, le bénéfice du doute. Et qu’ils ne me cataloguent pas tout de suite. Ba, non, ils ont préféré me cataloguer et tout, d’ailleurs j’ai été surprise, jusqu’à l’année dernière, il y avait une des sœurs qui ne me disait pas bonjour, et il y a à peine 3 semaines, elle m’a dit bonjour. J’ai dit « ah bon, il y a du nouveau ». C’est... elle m’a dit bonjour, j’ai répondu. Mais franchement, franchement euh.... si je pouvais le bannir, si je pouvais effacer tout, effacer tout ce qui s’est passé, ah oui, je le ferais parce qu’il m’a trop fait souffrir, pour voir que, il me colle ça en plus sur le dos, m’empêcher de faire ma vie et tout. Ca, je n’accepte pas.

Ok, pour toi, quelle est l’origine de cette maladie ?

L’origine première ?

Oui

En fait... Je n’ai jamais réfléchi, je ne sais pas du tout, je ne sais pas du tout. J’ai écouté les, les différents thèmes le jour du 1er décembre là, mais c’est vrai que c’est quelque chose à laquelle je n’ai jamais réfléchi. Je ne sais pas du tout. Je sais juste que ça vient de tel pays ou tel pays, mais la cause même, non. Je n’ai jamais réfléchi, je ne sais pas du tout.

Je pense à ça car quelqu’un m’a demandé « qui a transmis ça en Guadeloupe » ?

Oh, c’est des gens qui l’ont emmené, moi, je suppose que ce sont des personnes qui sont parties dans des pays, des... ouais, c’est vrai c’est une question assez...

Tu penses à des pays en particulier ?

Ba oui, moi, je pense, c’est que, oui, moi je pense à des pays d’abord, à des gens, parce que bon, d’accord, la drogue y est pour quelque chose, mais je ne sais pas, je vois plus, je vois plus au niveau relation sexuelle dans des pays qui ne, où des gens sont partis et n’ont pas fait attention et puis, ça a commencé par une ou deux puis après. Je ne vois pas la drogue, non, ou alors, il faut que ce soit quelqu’un qui était malade, qui soit venu ici et qui est transmis ici. Non, moi, je vois plutôt une relation, quelqu’un qui est parti dans un pays quelconque, je ne sais pas. Le pays le plus touché, je crois, c’est... au début sans le savoir et puis l’a transmis à une personne ici. Non, je le vois plus comme ça.

Penses-tu à un pays en particulier ?

Un pays plus, enfin, moi, je vois par rapport à ce que je vois ici, moi, je vois plus les communautés haïtiennes, etc., dominicaines, tout ça. Parce que bon, je ne peux pas dire africaines parce que je n’en vois pas du tout, je vois plus .... Des communautés haïtiennes ou dominicaines. Ca peut être d’autres personnes, hein, mais...

Elles sont plus présentes au niveau de la prostitution ?

Voilà, exactement, c’est pour ça que moi, je pense que ça vient plus de là.

C’est ce que l’on appelle les « espagnoles » ?

Tout à fait, tout à fait (rire). Les Espagnoles ici, c’est les filles qui viennent soit de Porto Rico, des coins chauds comme ça et elles viennent se prostituer dans la rue Raspail. Mais vous n’avez jamais vu, vous n’avez pas eu l’occasion de passer par-là. Passez un soir, vous verrez (rire).

Elles sont à l’extérieur ?

Ah oui, carrément, assises dehors, tranquillement, aucun problème. Matin comme après-midi, comme ça. Et on voit vraiment que c’est la classe, vraiment, la classe sociale la

plus basse quoi. Bon c’est vrai que, peut être, tout à chacun y va ! mais le soir, quand par exemple, on sort du ciné ou bien en fin de journée quand je sors de Pointe-à-Pitre, quand je passe par-là, quand je vois la tête des gens qui sont là, je n’ai pas envie de m’éterniser, c’est clair ; je vais passer mais espérer qu’il n’y a pas une file d’attente pour que je puisse faire l’embouteillage. Ah ouais, ça c’est clair.

D’ailleurs, je ne passe jamais à pied par-là (rire), c’est clair. J’y passe soit en voiture ou en bus, je ne passe pas par-là, ah non, pas question, pas question.

Il y a des risques d’agressions physiques ?

Je ne sais pas, en fait, je ne sais pas du tout mais c’est le contexte, c’est l’aspect qui ne me donne pas du tout envie de passer par-là. C’est quoi, c’est des petites maisons en tôles, c’est la musique à fond, c’est des gens dehors, c’est, quand tu vois les gars qui sont là, mais, je ne sais pas, mais, on a pas envie de passer, c’est comme aux E.U. où il y a des quartiers où les gens n’osent pas passer, bah moi, c’est un quartier où je n’aime pas passer, c’est clair.

Donc pour moi, ça vient des gens, des gens soit qui sont venus ici, soit des gens qui sont partis, qui sont revenus avec. Mais pas au niveau de la drogue, je ne sais pas pourquoi, mais, ça ne m’a jamais, pas que ça ne m’a jamais effleuré parce que je sais que ça existe aussi par-là.

C’est pas aussi développé peut être qu’en métropole ou ailleurs où c’est plus flagrant.

Sinon, on va revenir à la maladie, comment la ressens-tu, quelles sont les manifestations que tu ressens ?

Alors franchement, comme je dis tout le temps, si quelqu’un ne le sait pas, ça ne se voit pas du tout, ça ne se voit pas du tout, sauf, dans le sens où j’attrape plus souvent les grippes de tout à chacun.

Comme des fois je garde des enfants, s’ils ont la crève, la semaine d’après, je suis malade. Les deux enfants sont malades, deux fois de suite, je suis malade et quand je suis malade, je suis malade, je suis malade. C’est perte de kilos, c’est amaigrissement... visuel, c’est, c’est tout.

Le mois dernier, il y avait quelqu’un qui avait attrapé la dengue, je l’ai attrapée, on va dire quoi, 3 ou 4 jours après. Je suis devenue comme ça. Ah ouais, c’est clair, moi, quand j’ai la dengue, c’est couché, je ne mange pas, je ne bois pas, c’est des vomissements et tout, c’est une semaine sans manger.

La première fois que j’ai attrapé la grippe, c’était il y a 3 ans, 3 ans et là, j’étais vraiment, mais je ne ressemblais à rien, j’étais une loque, j’étais une loque couchée sur un canapé pendant, quoi, 5, 6 jours sans manger ; parce que je n’arrivais pas à manger, avec des courbatures donc impossible de dormir et euh, c’est à partir de ce jour-là que chaque année j’attrape la grippe. Mais avant je ne l’attrapais pas.

Bon, sinon depuis 93 tu suis un traitement ?

Non, je n’ai pas commencé tout de suite. J’ai commencé peut être, au départ tout allait bien. J’ai commencé, combien de temps après ? on va dire 6 mois, 6 mois presque un an, je ne sais plus mais je n’ai pas commencé tout de suite le traitement.

Donc c’est que ça allait ?

Voilà, c’est que ça allait très bien au départ donc, il n’y avait aucun souci, c’est par la suite que ça a, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, mais bon, faut pas chercher à comprendre. C’est par la suite que l’on m’a donné le traitement, il y avait quoi, AZT, et puis un autre, je ne sais plus, je ne me rappelle plus des noms, il y en a tellement que j’arrive pas à me souvenir.

Un traitement lourd ?

Non, il était pas lourd celui-là, il était pas lourd. C’était tranquille, je n’avais pas beaucoup de choses. Mais on me donnait quelque chose en plus contre la grippe, que l’on ne me donne pas ici d’ailleurs. Quand je suis arrivée ici, on l’a arrêté.

Et euh ouais, donc, en fait, non, sinon, je, je n’ai aucun signe extérieur, je n’ai pas de, de, de... on dit qu’on attrape la diarrhée, non, moi, ce n’est pas plus que, c’est normal. Amaigrissement, bon, c’est depuis la dernière fois que j’ai attrapé la grippe, j’ai maigri énormément. Je n’ai jamais repris mon poids normal. Euh... je ne sais pas, non, j’ai beau chercher. J’ai entendu dire que certains médicaments donnaient plus d’hormones, comment ça s’appelle ces hormones, je ne sais plus si c’est progestérone ou l’autre, qui amène la personne à être beaucoup masculine. Non, je n’ai pas de problème. Extérieurement, je n’ai aucun problème. Absolument pas.

Et intérieurement ?

Bah là, intérieurement, c’est les médecins qui savent, ce n’est pas moi (rire).

Te sens-tu contrainte dans ton quotidien ?

Ah, non, pas du tout. Bon, avec le nouveau traitement là oui, parce que j’ai changé de traitement, il y a, il y a un mois, là oui, parce que les autres étaient plus simples, mais là il faut attendre des heures bien précises et tout. Puis ça m’énerve parce que quand j’ai faim avant, je suis obligée d’attendre, mais bon, je n’ai pas le choix donc. Je n’ai que ça à faire, je me dis que c’est pour mon bien, je me dis que c’est pour mon bien, mais c’est vrai que j’en prends plus qu’avant, dans le sens, tu sais, je me suis fait une raison et je me dis que c’est pour moi, c’est pour mon bien, c’est, j’ai encore mon fils, j’ai envie de le voir grandir et tout. Donc, je ne prends pas ça comme une contrainte. Je le prends parce qu’il faut que je le prenne, parce que je veux rester avec lui, le voir grandir et je me dis que demain ça peut hein... Mais non, pour moi ce n’est pas une contrainte.

Que crains-tu le plus de cette maladie ?

Que ça se voit... parce que le jour, je ne sais pas que j’ai un gros, pourquoi, parce que ça me fait penser à quelque chose, à chaque fois, mon oncle qui était venu me voir pour m’apprendre qu’il le savait, il a vu une tâche que j’avais sur la joue et il a pris peur parce qu’il m’a dit, « il faut que tu fasses attention parce que tu as une tâche là et tout ». J’ai dit « non, ça n’a rien à voir » et c’est là que je me dis que le jour où peut être, s’il y avait des signes distinctifs, le jour que l’on verrait ces signes là, on dirait « ah, elle est malade ».

Et qu’est-ce qu’on dirait justement ?

Je ne sais pas, je pense que, sans s’arrêter, on dira, elle a quelque chose donc euh... je sais très bien parce que je racontais, je racontais non ; il y avait quelqu’un qui avait des vues sur moi et la première chose, je lui ai dit, il m’a dit « ah d’accord », bon bah écoutes, il n’y a pas de problèmes, on reste amis, hein... Franchement ça tue, ah ouais, alors là, ce jour là, ça m’a, ça m’a cassé et bon, ba, ça ne m’arrivera pas deux fois et ça ne m’est pas encore arrivé.

Ca veut dire que tu ne diras pas ?

Que je ne ferais rien du tout, que je ne ferais rien du tout, parce que, tu vois, ce qui me fait peur : je rencontre quelqu’un, on parle, on se lie et puis, pour moi-même, je ne pourrais jamais avoir des rapports avec lui sans le lui dire, parce que imagines que le préservatif, il péte ou quoi que ce soit, je lui dis quoi au gars, moi. Je ne peux pas. Je ne peux pas, donc euh, depuis, oh, on va dire presque un an, je préfère ne pas avoir de relation avec qui que ce soit. Parce que je n’ai pas envie d’avoir la même réflexion qu’on m’a faite et puis si à chaque fois que je rencontre quelqu’un il me dit la même chose.... Je pense qu’à force là, ça va me détruire intérieurement.

Les gens comprennent le refus de relation ?

Bah celui-là, il a pas compris. Àmon avis, il n’est pas trop au courant, parce qu’on a échangé un baiser, c’était un smack, il m’a dit « ah bon, c’est vrai mais on s’est embrassé », je lui dis « mais tu te fous de ma gueule ou quoi », ça m’a choqué et ça m’a énervé, je lui dis « mais attends, tu réalises ce que tu me dis là », je l’ai envoyé sur les roses, je l’ai envoyé sur les roses parce que je me suis dit, on est en l’an 2000, ça fait combien d’années que ça existe et tu oses me dire, j’ai dit non, non, « tu sors de chez toi un peu, tu écoutes les informations, tu prends des nouvelles », « non, mais je ne voulais pas te », je lui dis « c’est trop tard tu l’as fait, je suis désolée, c’est trop tard, tu l’as fait, il fallait réfléchir avant de le dire, tu aurais pu me le dire d’une autre façon, est-ce que machin » « ah, mais on s’est embrassé en plus».

C’était une crainte ?

Ah oui, mais c’est total, c’est total, aussi bien, il y en a que j’ai connue à qui je l’ai dit, ils m’ont dit qu’il n’y a aucun problème, ils s’en fichaient complètement, aucun problème. Mais faut dire, c’était la seule fois quand même, c’est le seul refus que j’ai eu. Quand je parlais de cette personne là, c’était lui, mais tous les autres que j’ai connu, il n’y a eu aucun problème. Mais c’est la réalité antillaise pure ; les autres personnes que j’ai connues, c’est des personnes que je connaissais qui étaient en métropole. Donc là, il y a déjà une plus large ouverture d’esprit mais ici, les gens ne sont pas encore, je ne sais pas s’ils ne sont pas encore prêts à ça, mais je ne sais pas, pour eux, c’est le moindre contact, le moindre... ils ne sont pas prêts à ça, ils ne sont pas encore au courant, je dirais.

Quels sont les modes de contamination qu’ils ont en tête ?

Bah, c’est sur que c’est les relations, ceux qui ont une relation. Au départ, je ne pensais pas qu’on m’aurait dit, que quelqu’un m’aurait dit que c’est par la salive, le baiser ou la salive, car pour moi, c’est quelque chose de vraiment révolu et ... ouais, ça reste...

Donc ça reste encore ça ?

Bah, moi, je pensais que non, mais apparemment oui, apparemment oui, mais... oui, en fait, pour certains, on va dire pas tous, pour certains, mais ça reste plus quand même au niveau des relations sexuelles, c’est plus ça ; ou alors peut être la drogue, mais il y en a moins qui pensent ça parce que les gens qui se droguent ici, sont plutôt des camés, qu’on appelle ça, mais comment on appelle ça le truc, le crack ou quelque chose comme ça, pas forcément seringues. Donc, pour les autres en fait, je suis entourée, tu sais par des personnes, enfin, tout le monde ne le sait pas, la plupart des gens qui le savent... je mange chez eux, je bois chez eux, ils boivent dans ma timbale, ils boivent dans mon verre, je bois dans le leur, je mange, tu vois, il n’y a pas de.... pas de crainte ça, c’est mon entourage.

Justement, à qui tu l’as dit ?

À mes deux sœurs, à mes deux frères, euh... mon frère qui est à Paris, il est au courant, sans compter les amis que j’ai eu... euh. Qui encore dans ma famille, il n’y a pas grand monde, mon oncle mais euh... dans la famille de mon oncle, je pense qu’ils le savent par, par déduction, par rapport au fait que, aussi c’est une histoire de famille, donc je pense qu’ils se posent la question, ils se disent que peut être que... mais je ne leur ai pas dit, les gens qui savent par rapport à moi ce sont mes sœurs et mes frères ; ma mère, elle n’est pas au courant, ce n’est même pas la peine.

Qu’est-ce qu’elle dirait ?

Elle dirait rien, mais parce que mon frère est hémophile et il a été contacté par, contacté

Contaminé

Contaminé par, par le sang. Il était dans un centre et on leur a donné du sang contaminé, donc elle sait pourquoi il est malade et tout, mais, elle l’accepte bien, sans aucun problème. Mais je pense qu’en tant que femme, moi, elle le prendrait beaucoup plus difficilement, sauf si elle sait toute la vérité, dans le sens que c’était mon ex-mari, qui infecté, qui me l’a donné, mais je n’ai jamais osé lui dire. Parce que c’est une femme qui réagit au quart de tout, c’est-à-dire qu’elle ne va pas attendre que je lui dise comment ça c’est passé et qui va me juger tout de suite, mais c’est vrai que dès qu’elle me voit malade (rire), c’est la première chose qui lui vient en tête. Elle ne me le dit pas mais elle me dit, « mais Géraldine faut faire attention, regardes comme tu es maigre, il faut faire attention parce que tu as vu ceci, il faut que tu ailles voir un médecin, parce que regardes ça ». Tout de suite, elle pense à ça. Elle ne me le dit pas, mais la façon dont elle parle et dont elle s’exprime, c’est systématiquement des choses qui sont liées à ça, ce ne serait pas un cancer, ce ne serait pas, ni quoi que ce soit. Automatiquement, sida. Pourquoi, je ne sais pas. Non, je ne préfère pas lui dire, elle a bien assez souffert comme ça.

Et ton père ?

Il est décédé, donc euh... de ce côté là, je n’ai pas de soucis.

Et par rapport à tes frères et sœurs, tu leur as dit à un moment particulier ?

Mon frère le savait bien avant que je le lui dise. Il ne m’a jamais rien dit, mais, on a continué à vivre comme si de rien était. Mais j’ai su qu’il le savait le jour où, on va dire gentiment mon ex-petit ami a cru bien faire en allant le dire parce que je lui avais dit, en allant le dire à... ma belle sœur qui l’a dit en premier ou ma sœur, je ne sais plus, enfin à l’une des deux et elles ne m’ont rien dit non plus, elles ne m’ont rien dit et c’est le jour du décès de mon grand-père que, d’ailleurs, je ne sais même plus comment la conversation a commencé et elles m’ont dit mais « Géraldine, tu sais, un tel est venu nous dire ça, ça, ça, machin et tout », j’ai fait « ah bon » et pourquoi il a dit, comme il a dit que tu devais nous le dire donc euh... il a trouvé plus utile de le dire à mon entourage et tout, pour t’épargner, j’ai dit « ah bon », il est gentil lui, c’est sympa, si je n’avais pas l’intention de vous le dire après, tant pis vous le savez déjà. Mais elles le savaient, elles ne m’ont rien dit et je n’ai pas senti de, comment dirais-je

De clash, de jugement

Non, pas du tout. Le quotidien, franchement, aucun problème.

Elles t’ont aidé au contraire ?

Oui, en fait, c’est-à-dire que, elles me surveillent, elles me, elles sont toujours avec moi, ma sœur et moi, on s’est rapproché et euh.... mon frère qui lui, vit en France, celui qui est hémophile, est toujours en train de me demander si ça va, à combien sont mes T4, à combien sont ceci, cela, euh, puis ma petite sœur aussi qui est en métropole maintenant oui, ils sont toujours en train de me demander comment ça va, est-ce que tu te portes bien et tout. Ouais pour ça, je me sens vachement entourée, il n’y a aucun problème, ils me disent fais attention. Aucun souci à ce niveau là. Je sens vraiment qu’ils sont là, que si demain j’ai un problème, je pourrais compter sur eux. Et ils ne font pas comme certaines personnes, des réflexions complètement, enfin comme la personne en question, des réflexions un petit peu hasardeuses ou bien complètement, qui n’ont rien à voir là-dedans, quoi, en fait.

Du style ?

Bah, je ne sais pas, comme le gars que je te disais qui me disait « mais on s’est embrassé » donc là, non, ma sœur, d’ailleurs, je ne sais pas si elle fait pour me montrer justement qu’elle n’a pas peur, mais quand je bois dans un verre, elle boit derrière moi dans le même verre, c’est-à-dire que s’il me reste de l’eau, elle boira le reste de mon eau ; donc je ne sais pas si c’est pour me montrer que, qu’elle n’a pas peur, moi, je le prends comme ça et bon, je lui dis, bah c’est super, et puis en France, je continue à venir manger chez elle ou elle me laisse avec son bébé de, à peine un mois et demi, et puis tous les autres chez qui je vais manger, qui viennent manger chez moi et tout ça, il n’y a aucun soucis à ce niveau-là. Mais les autres parents, je ne sais pas comment ils réagiraient donc je préfère ne rien dire.

Et par rapport à ta mère qui s’en doute un peu, elle n’a pas changé dans son quotidien avec toi ?

Non, mais dans le sens où elle ne le sait pas.

Oui, mais tu me disais qu’elle s’en doutait un peu

Ah, non, non, non, aucunement. Je suis toujours invitée à manger, c’est même moi qui l’invite d’ailleurs (rire). Non, aucun, non, non, pas du tout. Rien n’a changé, absolument pas.

La prise de médicaments te pose t-elle des problèmes quand tu sors ?

Non, je pars avec. Bon, avec les autres, c’était autrement parce que je pouvais rentrer, les prendre quand je rentre, mais là, comme je sais que c’est à des heures précises, donc, je me dis que bon, on ne sait jamais. Si jamais je rentre plus tard que prévu, je mets tout dans mon sac, j’ai ma petite boite, je mets tout dedans et puis je pars avec. Aucun problème, aucun problème.

As-tu essayé d’autres thérapies en dehors du corps médical ?

Non, pas du tout.

Je pense à des choses plus traditionnelles, propres à la Guadeloupe

Je ne savais même pas que ça existait.

Je pense au recours aux tisanes, aux bains, etc.

Non, ça ne m’a jamais effleuré l’esprit d’ailleurs, non.

Quels sont les résultats les plus importants que tu attends des traitements que tu prends ?

Pas la guérison, mais presque (rire). Les résultats... que ça me laisse comme je suis le plus longtemps possible....

Au niveau du poids ?

Le poids, non même pas, c’est la, c’est la, comment on appelle ça encore, je ne dirais pas la déchéance mais le fait de, de me voir mourir en fait, je ne voudrais pas. J’espère que, je puisse rester toujours comme je suis, ne pas avoir à maigrir encore plus. Oui, peut être bien, ouais, c’est vrai, l’amaigrissement, oui, certainement. Il y a quelque chose qui se passe à l’intérieur, quoi, mais.... Bah, oui, en fait, c’est vrai que, quand on regarde bien, il n’y a que ça, peut être les... les tâches, ouais, on voit certaines personnes, des fois, qui ont des tâches qui apparaissent sur leurs jambes ou sur leurs bras. Donc tous les matins (rire) inconsciemment, je regarde mes jambes, je regarde mes bras pour savoir si je n’ai pas de tâches. Dès que j’en vois une suspecte, je me dis « oh, ça doit être un moustique que j’ai ».

Pour toi, comment se comporteraient les gens que tu ne connais pas et qui pourraient identifier des tâches, des amaigrissements liés à la maladie ? Comment ils se comporteraient, ils t’éviteraient, ils ne te parleraient pas ?

Euh.... ouais, je pense plutôt que, ouais, ils continueraient à me parler puisque, en faisant toujours référence à la même personne, elle continue à me parler. On parle super bien au téléphone, c’est un collègue de travail, on parle super bien au téléphone. Il n’y a aucun souci. Mais bon, je ne pense pas qu’il m’inviterait au resto ni à sortir avec moi quelque part... Plutôt le contact, je pense. Le contact, ouais, peut être qu’il a peut être peur de me toucher la main, de me prendre la main au cas où je pourrais le couper avec mes ongles ou bien. Ca c’est vraiment l’extrême, mais euh, ouais plutôt le contact. Ou bien alors s’il venait 3 ou 4 fois par semaine chez moi, il ne viendra plus qu’une seule fois, en prétextant un petit peu n’importe quoi.

Des conduites d’évitement ?

Voilà, tout à fait.

Comment perçois-tu le fait que le virus qui est en toi, actuellement ne peut s’évacuer ?

Ne pourra pas être évacué, c’est-à-dire que tant que l’on ne trouvera pas de..... bah des fois, je n’en dors pas, ouais, des fois, j’ai des coups de blues, je ne vais pas me mettre à pleurer, parce que je suis très sensible à ce niveau-là, dès que je pense à ça, ça me prend la tête (rire). Euh, ouais.... Le coup de blues. Ouais, des fois, je suis là, je me mets à réfléchir, pardon (s’excuse pour les larmes).

Tu es jeune

Ouais, j’ai quand même 32 ans, ouais, c’est vrai que je suis jeune, c’est vrai que je suis jeune. Mais ce qui m’embête le plus quand même c’est de ne pas pouvoir avoir un deuxième enfant, la peur, la peur !

Oui, parce que maintenant, médicalement ça se fait ?

Ouais, mais il faut trouver quelqu’un qui veut te faire un enfant, ça c’est une autre histoire (rire), ça c’est une autre histoire. Donc, euh... non, je pense plutôt que c’est... c’est une peur de mourir. La mort en elle-même fait peur, mais on se dit...

La mort avancée

Voilà, donc, on se dit ouais, mais comme je suis malade, peut être que je vais mourir avant les autres ou bien il me reste moins de temps à vivre que les autres. Tout en me disant que, oh peut être qu’ils vont mourir avant moi, on ne sait jamais, je ne sais pas. Mais euh...

Ca fait 10 ans que tu es infectée, tu es belle comme tout ?

C’est ce que je me dis tous les jours (rire). C’est ce que je me dis tous les jours, donc, je me rassure un petit peu comme ça. Je me dis bon, ça fait 10 ans que je suis là, donc il n’y a pas de raison que je ne reste pas 10 ans de plus. Donc, c’est pour ça que je prends précausieusement mes médicaments tous les jours, que je fais attention, je fais du sport, je fais attention à ce que je mange.

Suis-tu un régime alimentaire ?

Je ne dirais pas un régime.

Une sélection plus ?

Ouais, voilà, moi qui ne mangeais pas trop de légumes avant, j’en mange beaucoup plus maintenant. Je ne sais pas, qu’est-ce que je, qu’est-ce que je pourrais dire ; j’étais très sucreries, j’ai, bon, bien que les sucreries n’ont rien à voir là-dedans mais je fais beaucoup de sport, à manger correctement et puis, d’ailleurs, je me suis toujours dis que, enfin, j’avais posé la question une fois, on m’avait dit que ce n’était pas nécessaire, ça fait longtemps, c’était au début. Je voulais avoir les conseils d’un diététicien, tu vois, pour savoir, pas ce que je devais manger mais savoir exactement s’il y a avait un rapport de calories à avoir chaque jour ou quelque chose comme ça, pour ne pas...

Tu ne connais pas la brochure d’Entraide, l’association a fait une brochure là-dessus ?

Non, je ne savais pas. C’est ce que je me posais comme question parce que, je sais que, comme on est sensé être plus touché par les diarrhées, etc. donc, je me suis dit, il faut que je mange des choses qui ne me donnent pas ça, quoi, donc je fais attention à manger des choses assez solides, et donc, je me renseigne un petit peu sur tout.

Est-ce que tu vois où se situe Entraide ?

Tout le temps, je me dis qu’il faut que j’y aille. Et tout le temps, je n’ose pas y aller (rire). Je me dis si jamais je rencontre quelqu’un que je connais ou bien, c’est ça qui m’empêche d’y aller. Tout le temps, tout le temps, je me dis il faut que j’y passe. J’ai l’adresse. Je me dis tout le temps, il faut que je prenne mon courage à deux mains, quand même, il faut que j’y aille, il faut que.... Je ne sais pas, tu l’as déjà donc, on vit avec et puis tant pis pour les autres, on s’en fiche.

Sinon, à qui peux-tu en parler ?

Je peux en parler seulement avec mes frères et sœurs mais...

Ce n’est pas abordé ?

Non, parce que, c’est vrai, il y a plein de choses que... mais c’est vrai que ça fait longtemps que je me dis il faut que j’aille voir quelqu’un pour pouvoir parler avec une personne, pour qu’on puisse, mais je ne sais pas, je remettais toujours à demain, je me disais.... Non, j’y vais... et puis, donc je reste dans mon coin, à réfléchir, à me faire des idées noires et puis enfin de compte, après je pleure et puis quand je me réveille, ça va mieux (rire). C’est ma thérapie à moi, mais bon, c’est plus des flashes noirs qu’autres choses que j’ai en fait.

Te sens-tu différente des autres personnes contaminées ? Du style, je suis infectée mais, moi, je suis différente parce que... ?

Les gens qui sont plus atteints que moi, oui, peut-être, dans ce sens là. Quand je vois que je peux avoir des médicaments par rapport aux autres, oui. Après, par rapport à ceux qui ont la possibilité de l’avoir et qui ne le font pas, mais je me dis, mais, c’est gens là, ils sont complètement... ; des fois quand je voyais le docteur, il me disait ouais, toujours le mot gentil, vous êtes la patiente la plus, pas la patiente la plus préférée mais dans le sens où, parmi tous ses patients, je suis l’une d’entres elles qui suit à la lettre, qui suit machin, parce que, il y en a d’autres, ils viennent au rendez-vous quand ils veulent, ils prennent leurs médicaments quand ils veulent et puis après, ils se plaignent que ça décline, ah, je me dis c’est, soit ils n’ont pas envie de vivre, soit ils s’en fichent, soit ils s’en fichent, ils disent que bon, ils n’ont pas de but dans la vie, je ne sais pas. Moi, j’en ai donc, c’est peut être pour ça que je me prends...

Récupérer ton enfant, j’imagine ?

Ouais, tout à fait (rire)

Où habite-t-il ?

Il est en France... c’est encore un autre problème, donc, tout ça, ça joue sur... parce que, le fait de, d’aller en métropole, ça ne me gène pas du tout, parce que j’ai grandi là-bas, ce n’est pas un problème. Mais euh... en même temps je me dis que non, je n’ai pas envie de le faire, parce que c’est remuer beaucoup de choses passées, parce qu’il a quand même déjà 12 ans. Si c’est pour le remettre dans un bain de tribunal, de ceci, de cela, et son père aussi va vouloir le... dire, mais ouais, mais il y a ceci donc... Après je déprime et je me dis, non, le mieux ce serait que je fasse un autre enfant, mais faire un autre enfant, ça ne remplace pas le premier, ça ne remplace pas le premier, ce sera peut être une consolation sur le moment mais, ça ne remplacera jamais celui que je n’ai pas.

Comment ça se fait que tu sois revenue en Guadeloupe ?

Bah, en fait, on m’avait appelé ici pour un travail... que je n’ai pas eu tout de suite d’ailleurs, je suis restée un an à galérer avant de l’avoir donc j’ai tout quitté là-bas en fait, je travaillais, j’avais un appartement, j’avais tout, donc j’ai tout, j’ai tout laissé en plan puis mon fils était ici aussi, donc comme j’attrapais des cafards monstres là-bas, parce que je ne le voyais pas, donc je me suis dit, ça tombe bien, je travaille, mon fils travaille donc, donc tout ira très bien. Donc c’est pour ça que je suis revenue et un an après, c’est lui qui partait (rire). Je me disais, c’est pas possible, c’est incroyable, donc c’est pour ça que je me dis que finalement, pas qui faut que je prenne la peine de me battre ou quoi que ce soit, mais je me dis qu’à courir à gauche et à droite comme ça, en fin de compte, c’est moi, qui ne me stabilise pas, c’est moi, qui ne cherche pas, peut être.... Je ne dirais pas à ne pas faire ; oui, à ne pas faire ma vie, oui, effectivement, parce que j’ai tendance à tout mettre de côté pour lui, donc...

Tu as quand même des contacts avec lui ?

Oh, oui, je l’appelle tout le temps, je l’appelle tout le temps, je lui écris parce que c’est M. Fainéant au niveau écriture, je l’appelle, je lui écris, d’ailleurs, je pars bientôt le voir, et euh, oui, pour ça, il n’y a aucun problème.

Il sait que tu es malade ?

Ah non !

Et son père non plus ?

Ca par contre, je ne sais pas. Ca, je ne sais pas. C‘est vrai que je me suis posée la question plusieurs fois. Mais comme je n’ai pas envie de parler de ça avec lui donc euh... Mais il m’a fait une réflexion un jour, il m’a vu prendre mes médicaments, il m’a dit « oh tu prends les mêmes médicaments que papa » (rire). Donc euh, je ne sais pas si son père le lui a dit mais, enfin apparemment... je ne sais pas s’il est au courant.

Et plus tard, tu penses aborder les questions de sexualité avec lui ?

Bah, j’espère avoir l’occasion mais comme je pense que son père s’en occupera avant moi. J’aimerais bien le faire. Mais comme il est toujours avec son père, donc je suppose, je ne pense pas enfin, je ne sais pas, ça dépendra de la façon dont son père lui aura parlé de ça et s’ils en ont parlé donc c’est, comment lui en parler et si je dois lui en parler. On va voir.

Il est encore jeune 

Oh, il me dit quand même « maman, j’ai ma petite copine » , donc euh, surtout, j’ai regardé une émission avant hier soir dans « Zone interdite », les gamins, ils ont commencé à 13 ans, 13, 14 ans, donc moi, je me dis d’ici un an ou deux...Donc euh, là c’est vrai que... je me dis que bon, en même temps, je pense que ce sera son père qui lui en parlera ; il donnera sa version, il ne lui donnera certainement pas.... Mais bon, s’il lui apprend ce que lui, il a fait, c’est pas la peine, ce ne sera vraiment pas nécessaire.

Je voudrais revenir à ton corps, comment perçois-tu le sang qui circule en toi, est-ce que tu le perçois d’une façon particulière ?

Non, pas du tout, pas du tout. Franchement, non.

Tu ne le vois pas plus épais, plus fluide, plus chaud, plus froid...

Non, c’est une chose à laquelle, je ne pense même pas. Je n’y pense pas du tout. Ca m’a peut être effleuré une fois, mais ça ne m’a pas effleuré deux fois, quoi. Non, c’est vrai que, c’est quelque chose qui ne m’a jamais traversé l’esprit (rire). C’est vrai en plus, non, non, non, pas du tout. C’est vrai que bon, quand on me dit, qui me disait ça ?.... comment intérieurement, comment ça va et tout, je dis qu’extérieurement ça va, intérieurement, je n’en sais rien du tout. C’est aux médecins de me le dire. Je ne sais pas du tout. Non, je n’y pense pas du tout.

On l’a abordé tout à l’heure, je voudrais y revenir. De quelle manière pense-tu que ta féminité est atteinte par la maladie ?

Hum.... Ba euh... en fait, je me dis que quand je sors avec quelqu’un, quand je rencontre quelqu’un, si jamais je rencontre quelqu’un, cette personne là me plait et vice-versa... je n’oserais pas, en fait, maintenant, je parle actuellement, de ce qui m’arrive en ce moment, je n’oserais pas aller jusqu’au bout, parce que toujours la peur de... pas l’échec, mais bon, que la personne me quittera ou bien, des fois, je me fais des films et il me dit « oh, c’est pas grave », c’est chouette et puis en même temps, ça dépend, c’est vrai que j’aimerais pouvoir trouver quelqu’un qui...

Oui, c’est peut être ça, tu ne l’as pas encore rencontré ?

Voilà, tout à fait, bon, je me dis que si j’arrive à dire à chaque personne que je rencontre que je suis malade et qu’à chaque fois, ils disent la même chose.........Donc, c’est ça qui me fait peur et en même temps je me dis, oh, je pourrais le faire et puis rien lui dire, en faisant très attention puis après je me dis mais oui, mais, tout en faisant très attention et qu’un jour il me dise, tu sais, je t’aime, je veux qu’on se marie, machin et tout, faudrait que je lui dise et, à ce moment là, comment il va réagir, donc ça me bloque pour beaucoup de choses, ça me bloque énormément et euh...

J’essaye, quand je rencontre quelqu’un, j’essaye de voir si c’est quelqu’un de proche de moi ou quelqu’un de totalement inconnu. Si c’est quelqu’un de totalement inconnu, je m’en fiche, je lui dirais puis, mais si c’est quelqu’un qui est dans mon entourage, qui habite le secteur, non, le secteur, non, ce n’est même pas la peine, qui habite Y, on va dire, on va être large (rire), qui habite Y, je ne prendrais pas le risque car je suis sûre qu’il me connaît et automatiquement, il connaîtra mon nom, mon de famille, tout quoi. Donc, euh, je ne l’aborde même pas. Je ne le laisse même pas me draguer, entre guillemets et je ne lui dirais pas, je, je ne sais pas, j’aurais peur qu’effectivement il le divulgue. Tout en sachant qu’il y a des gens qui ne sont pas sincères, mais on ne sait jamais. Des fois, je me dis oh, on ne peut pas toujours vivre pour les autres, mais connaissant les guadeloupéens. Par contre, je serais en métropole, ça ne me gênerait pas du tout, je le percevrais autrement, je le dirais automatiquement, ça ne me gênerait pas.

Tu as l’intention d’y retourner ?

Bah, en fait, je devais y retourner cette année, au mois de juillet, là, définitivement mais j’ai trouvé du travail et euh, pour l’instant je suis obligée de rester, je n’ai pas trop le choix.

Tu fais quoi comme travail ?

Je suis secrétaire et euh... donc je ne sais pas, peut être y revenir plus tard, soit comme mon contrat pour l’instant c’est un an, avant d’être renouvelable, donc, s’il me renouvelle, je reste, s’il ne renouvelle pas, je prends mes clics et mes clacs et je m’en vais.

Tu me disais qu’en métropole, tu le dirais plus facilement, c’est que la crainte que tu as le plus, c’est que ça...

Que ça se sache

C’est-à-dire que la Guadeloupe, c’est tellement petit que tout le monde se connaît. Même si euh, tu vois cette personne large, tu te dis, il ne peut pas connaître mes parents, lui, et bien manque de pot (rire), ça peut s’avérer que c’est le meilleur ami d’un tel, d’un tel et qui est proche de moi, quoi, donc, tout de suite, dans le sens ou ça se répercute et dans le sens aussi, de ne pas à avoir à recevoir des claques à chaque fois, quoi, les portes qui se ferment. Ca, ça fait mal, très mal...

Si tu devais associer 3, 4 mots qui te viennent à l’esprit au mot sida, que me dirais-tu ?

Mort.... Euh... solitude, euh... mort, solitude et... rejet, tout en sachant que rejet est lié à solitude, tu vois, exclusion, tous ces adjectifs qui sont en fait pratiquement la même chose.

Et pour toi, pourquoi ceux qui ne sont pas contaminés, ont ce rejet de la personne infectée ?

C’est une question que je me pose tous les jours. C’est... c’est vrai que quand j’entends les gens en parler, on a l’impression que c’est, que c’est vraiment quelque chose de vraiment... c’est pas que, c’est pas catastrophique, je suis d’accord mais quand on sait que, on peut se préserver, quand on sait que...je ne sais pas, c’est aberrant, des fois, bon, d’entendre les gens, des fois, les gens de mon boulot en parler et tout...

Ils savent ?

Non, non, ils savent pas... parce que, c’était quoi, c’était deux, trois jours avant le 1er décembre, on parlait de ça, comme ça, donc les gens parlaient de ça parce que, on avait entendu ça aux informations et tout, puis, je les entendais parler mais j’avais envie de leur dire mais si vous saviez, mais qu’est-ce que vous diriez (rire) ?

C’était quoi les propos ?

Ah, bah, c’est du style, je ne sais pas, je vais essayer de me rappeler correctement ce qu’ils m’ont dit, euh... oh lala... je ne me rappelle plus. Ah zut, enfin, c’est pas des choses pour rejeter les gens, mais bon, c’est du style que, ouais, il y a beaucoup de gens qui sont contaminés, que, on ne sait jamais à qui on a affaire, que la personne à côté de toi, elle peut l’avoir et tu ne sais pas. Ce n’est pas spécialement méchant, ce n’est pas méchant, mais bon, on se dit que, si eux, ils le savaient comment ils réagiraient par rapport à moi. Là, ils sont super sympa avec moi et tout, rien à dire. Le regard des autres fait peur quand même. C’est une chose difficile, le regard des autres...

Mais ce n’est pas spécifique au sida ici ?

Ouais, de tout, mais on parle du sida, de tout, parce que pour un rien les gens ici te regardent méchamment, avec un regard destructeur et tueur même. Dès que tu fais quelque chose, c’est, t’es un pestiféré de la famille ou quelque chose de ce genre là.

Quelque chose de hors normes ?

Voilà, tout à fait, tout à fait, tout à fait. Puis si tu l’attrapes, c’est parce que hein ! c’est ceci, c’est cela, tu ne pouvais pas rester où tu étais, tu ne pouvais pas regarder ailleurs. Ils ne disent pas que non, tu as rencontré quelqu’un de charmant, de gentil et tout. Moi, il le savait par cœur, il le savait et puis, c’est tout voilà. C’est ça que les gens n’ont pas encore réussi à comprendre, c’est que, on ne l’a pas demandé, on n’a pas cherché à l’avoir. On me l’a collé, point, trait.

C’est ça que je me dis, ils ont une chance pas possible les gens que j’ai connu, parce que bon, ils n’ont rien eu, je me dis que.... je me dis que je suis contente, dans le sens où justement, je ne l’ai donné à personne. Donc, ça me rassure, en me disant que bon, ça me rassure et puis, je ne l’ai donné à personne, donc ça, je ne suis pas criminelle (rire).

Tu penserais ça ?

Ah, ouais, c’est clair, c’est clair. J’avais un ami, le préservatif avait éclaté et tout, il le savait et je n’en ai pas dormi, j’étais, quand il n’avait pas fait le test, j’étais fluou ! j’étais sur les nerfs, je, j’attendais, j’attendais, j’attendais, puis finalement, il m’a dit, non, il n’y a aucun problème. Ah non, mais ça je ne voudrais pas, c’est d’ailleurs pour ça que je préfère ne pas en avoir que plutôt le refiler à quelqu’un d’autre. C’est quelque chose sur la conscience, c’est trop, ah non, c’est énorme, c’est énorme. Je ne pourrais pas...

Mais les préservatifs sont bien efficaces 

Oui, je ne dis pas non, mais on ne sait jamais avec la chance que j’ai (rire).

Avec tes anciens compagnons, la question du préservatif n’était pas dans le couple ?

C’est-à-dire que je le disais d’abord.

Quand tu ne le savais pas

Ah, quand je ne le savais pas... euh, si c’était préservatif. Il y avait le préservatif, mais dans le sens où il y a pu avoir des ruptures ou des trucs comme ça, je me suis dit, bon, et puis au départ, j’étais pas vraiment, pour dire, informée, j’étais pas vraiment au courant et tout. Voilà, parce que la question qui me tracassait aussi, je me disais, est-ce que soit par cunnilingus, soit par fellation, ou qui que ce soit, j’avais pas encore trouvé quelqu’un à qui poser la question, parce que, je ne voyais pas encore de gynécologue, donc, bon, on ne sait jamais et tout, et c’est pour ça que je préfère en être sûre, bon, maintenant, je sais que, il y a vraiment un pourcentage infime que ça se passe.

Tu te posais des questions sur le Vih/sida avant de savoir que tu étais infectée ?

Ouais.

Et les relations étaient la plupart du temps protégées ?

Ah, toujours, toujours, bon, sauf, au départ ou vraiment, on ne s’occupait pas de ça, c’est vrai que j’ai, je ne peux pas dire que je ne l’ai pas eu. Mais euh... je me posais la question, quand je voyais des petits magazines qui traînaient partout, je les prenais pour les lire et tout et puis voilà. C’est quelque chose de... ceux qui ne voulaient pas, bah « tu ne veux pas, bah, il n’y aura rien, ça sera avec préservatif ou rien du tout, donc c’est pas la peine ».....Quand j’étais avec mon mari, je ne pouvais pas demander de préservatif (rire), c’est clair.

Vous n’avez pas fait de test avant ?

Bah, si, on l’a fait, mais, il n’y avait rien du tout, mais c’est pas la suite enfin...

Et donc tout de suite, ici, Vih/sida, ça rejoint infidélité, multi partenariat ?

Ah, oui, c’est clair, c’est clair. Ils ne diront pas que tu ne l’as pas fait exprès, que c’est quelqu’un qui te l’a donné, non. Automatiquement, c’est que tu as plusieurs relations, les femmes, bon, je parle pour la femme, pour l’homme, l’homme, on sait que l’homme est volage mais pour la femme, c’est automatiquement que, c’est une femme qui n’est pas fidèle, c’est une femme qui a plusieurs hommes, tout ça, c’est clair, oui, c’est clair.

Aussi bien quand on me pose la question, « est-ce que vous savez comment vous l’avez eu, est-ce que c’est par transfusion, est-ce que c’est par, ceci, par cela », les gens tout de suite, sida, elle a couché avec quelqu’un. C’est clair, c’est clair.

Et c’est vrai que, au départ, quand j’ai su que je l’avais, je me suis posée la question, je me suis demandée, est-ce que ce n’est pas par mon frère que je l’ai eu, parce que je l’ai aidé à faire ses perfusions. Puis, je me suis dit non, je ne pense pas, parce que bon, je me serais rendu compte que je me suis piquée à un moment ou à un autre et tout, mais c’est vrai que je me suis posée la question...

Les gens, ils ne cherchent pas à savoir. Les gens, toi, t’es malade, bah, c’est forcément par ça que tu l’as eu.

Ca fait longtemps que ton frère a été contaminé ?

Oh-là-là, Oh-là-là, mon Dieu, ça remonte à... si moi ça fait 10 ans, lui, ça doit faire au moins 15, 16, voir plus, parce que, l’histoire du sang contaminé, c’était quand, c’est 80... Moi, je l’ai su en 93 et mon frère, ça faisait un moment qu’il le savait donc...

85

Oui, quelque chose comme ça, exactement.

Donc tu étais plus sensibilisée à cette maladie par rapport à ton frère ?

Voilà, exactement. Quand je l’ai su parce que je ne l’ai pas su tout de suite, c’est pour ça, effectivement. Je ne dis pas que je ne l’aurais pas été mais je l’ai été beaucoup plus par rapport à ça, c’est sûr. Parce que je regardais ce qu’il faisait, je le suivais, tout ça. Mais lui, c’est quelqu’un qui ne se prend pas la tête. C’est lui, d’ailleurs qui m’a beaucoup aidé, dans ce sens là, il m’a dit, « ne te prends pas la tête, tu sais que tu l’as, ok d’accord, mais surtout ne réfléchis pas, si tu restes assises là à réfléchir, à te prendre la tête, à te prendre le chou, ça va te détruire, tu ne vas même pas t’en rendre compte ». Effectivement, j’ai appris la leçon et c’est vrai que dès que j’ai un coup de blues, j’ai coup de cafard, je prends ma voiture, je sors ! je m’en vais, je ne reste pas là à réfléchir. Effectivement, je pense que ça agit enfin, pas que ça joue sur la maladie en elle-même, mais ça te pousse à ne pas avoir des idées noires, à te dire mais à quoi ça sert de les prendre, si je sais que je vais mourir et tout, machin, donc. Il m’a aidé en fait à banaliser. Donc, depuis ça...

Dans ta famille, la maladie de ton frère est-elle plus parlée du fait que ce soit par transfusion ?

L’hémophilie ? Bah, en fait, on n’en parle pas vraiment spécialement, mais bon, effectivement, sachant que lui c’est par transfusion qu’il l’a eu, euh...

C’est moins tabou ou pas ?

Voilà, voilà, parce que lui, ce n’est vraiment pas de sa faute, lui, ce n’est vraiment pas de sa faute. C’était un cas vraiment de nécessité, c’était pour sa santé, c’était pour qu’il puisse, donc ce n’est pas du tout tabou, pas du tout, pas du tout. C’est vrai que quand je dis que mon fils est hémophile, mon fils est hémophile aussi, quand je dis que mon fils est hémophile, je me sens presque dans l’obligation de rajouter derrière que, qu’il a eu de la chance, il n’était pas dans la période de sang contaminé. C’est à quoi les gens penseraient quoi. Ils pourraient dire que c’est moi qui lui ai refilé ou bien, on ne sait jamais, mais c’est vrai que je me sens toujours dans l’obligation de rajouter ça derrière.

Et avec ta mère, tu parles de ton frère ?

C’est plutôt elle qui m’en parle, c’est plutôt elle qui m’en parle, parce que des fois, elle a, elle réfléchit énormément, quand elle regarde des émissions ou des trucs comme ça là-dessus, ça la travaille un petit peu, beaucoup même d’ailleurs. Elle me dit, bon, quand je pense que lui aussi il l’a, ceci, cela. C’est vrai qu’elle est, comment dirais-je, elle est plutôt réservée, oui, effectivement elle est... S’il a besoin de quelque chose, elle fera tout ce qu’elle pourra pour le lui donner. Elle se dévoue, on va dire, presque, parce que bon, il n’a rien demandé le pauvre. Donc, elle essaye de lui donner un petit peu... ce dont il a besoin, ouais.

Prends-tu des précautions particulières pour ne pas contaminer ton entourage, ta famille, tes amis ?

Non, non, pas spécialement. Non, mais c’est vrai que si, par exemple, je dois toucher quelque chose soit de coupant ou de, où je risque de me couper, que le sang puisse... ouais là, je fais attention, là je fais attention. Ouais, à ce niveau-là, oui, si je vois que, je ne sais pas. Précautions particulières, non ! Mais je fais attention. Si je dois casser un verre ou si je dois, je ne sais pas ce que je pourrais dire, si je dois éplucher des légumes ou des trucs comme ça, oui, je ferais attention à ne pas me couper, je demande plus à quelqu’un de le faire et moi, je ferais quelque chose où je sais que je ne touche rien de tranchant. Parce que, automatiquement, si je me coupe, c’est tout à la poubelle, ce serait dommage que ce soit le repas de famille (rire), qu’elle me coupe et que je me coupe en même temps. Donc, ouais, ça oui. Mais pour moi, je ne pense pas que ce soit une précaution particulière.

Ca ne te contraint pas ?

Non, voilà. Pas du tout, pas du tout.

Donc, tu m’as dit que tu ne fréquentais pas d’associations et qu’il n’y avait pas vraiment de personnes avec qui le dialogue est ouvert, c’est un manque ou ?

En fait, j’y ai pensé plusieurs fois, parce que, par rapport en fait à mes coups de cafards, ouais, je me dis que j’aimerais bien, je ne sais pas, pouvoir parler, pouvoir trouver des réponses des fois aux questions qui me viennent comme ça et euh.... c’est vrai qu’il y ait n’importe quel bouquin qui traîne ou bien une émission là-dessus, je vais écouter pour savoir si j’ai mes réponses. Oui, on peut dire ça.

Tu as trouvé toutes tes réponses ?

Pour le moment, là, effectivement, je.... Comme je t’avais dit la question que j’avais posé au gynéco, bon, ça j’ai eu ma réponse donc, je lui ai posé la question, j’ai mis du temps avant de poser la question (rire), je n’osais pas en fait, donc j’ai posé la question et bon. C’était plus au début, quand même les questions, est-ce que je peux boire dans ce verre, est-ce que je peux reprendre à travailler, parce que c’est resté longtemps euh... pas un traumatisme mais quand j’allais chez quelqu’un, je n’osais pas boire dans le verre de, des gens qui connaissent, hein, je me disais mais est-ce qu’elle ne va pas le mettre à la poubelle et tout.

D’ailleurs, en parlant de ça, ça me fait penser à quelque chose... je crois que, j’ai fait une réflexion une fois à quelqu’un, à ma meilleure amie, elle va m’en vouloir, mes deux meilleures amies, qui sont au courant d’ailleurs depuis le début et je lui ai fait une réflexion, parce qu’elle m’avait donné à boire, je crois dans une timbale en plastique. Je dis « pourquoi, t’as peur d’être malade ou quoi » et là, elle m’a envoyé promener en fait, mais je ne sais pas, c’était plus fort que moi. Par ce que je me suis dit « mais attends je suis chez toi, tu es dans ta maison, pourquoi tu ne me donnes pas à boire dans un verre » et là, elle m’a dit « non, je suis en vacances, je n’ai pas envie de faire la vaisselle et tout, donc c’est poubelle après ». Puis c’est vrai que ça m’a tracassé sur le moment.

Un regard plus suspicieux finalement ?

Ouais, tout à fait. Moi, personnellement, ça m’est arrivé de surveiller, de voir, ce que la personne faisait par rapport aux verres, par rapport aux couverts, si elle les mettait à côté. Ca c’était au début, enfin, quand je dis au début, ça me tracassait jusqu’à l’année dernière. Mais c’est vrai que de voir maintenant les gens, comme je disais tout à l’heure, boire dans mon verre et tout, je sais que maintenant, je peux boire sans aucun problème, le verre, elle ne le mettra pas à la poubelle.

Que cherchais-tu à savoir justement ?

Euh, par rapport aux gens qui sont avec moi, ba, leur réaction, leur façon de, d’être avec moi. S’ils osaient... je ne dirais pas me tenir la main, parce que c’est vraiment machin, mais s’ils osaient, s’ils n’avaient pas peur de moi, je veux dire, s’ils n’avaient pas peur de moi. Mais euh, au fur et à mesure, je me suis rendu compte qu’en fait, non, pas du tout. Parce que plusieurs choses m’on fait voir que bon, ils m’invitent toujours chez eux, on est resté en contact, je dors chez eux et tout, donc, je me dis qu’en fin de compte, il n’y a plus cette peur. Je parle pour les gens que je connais, vraiment, dans mon entourage.

Et pour ceux qui ne savent pas, es-tu amenée à justifier la prise de médicaments, les rendez-vous médicaux ?

Oh-là-là ! oh mon Dieu !...qu’est-ce que je dis, enfin, je n’aime pas mentir mais des fois, je suis obligée quand on me demande, je dis que c’est pour mon anémie !, que je suis anémique, qui faut que je prenne des médicaments, parce que je n’ai pas envie de le dire. Comme je fais de l’anémie, il faut que je prenne des médicaments et tout, ou alors pour l’hôpital, je dis aussi que, oui, en fait, le cas général, c’est mon anémie. Comme effectivement, je suis anémiée, donc ça passe très bien. C’est vrai que la première chose que l’on voit, « qu’est-ce t’as, pourquoi tu es allée faire une prise de sang ? », « c’est pour mon anémie, pour savoir où en est mon taux, etc. ». Ca passe comme une lettre à la poste (rire).

As tu le statut de malade ?

Non, non, fragile peut être, mais malade, non. Non, parce qu’ils savent que l’anémie est quelque chose qui est assez courant, donc euh, non, pas là-dessus en fait, pas du tout.

Reçois-tu des conseils particuliers de tes proches, pour te porter mieux, te garder en bonne santé ?

Au niveau, physiquement.

Oui, ou moralement, est-ce qu’il y a des conseils ?

Ouais, on me dit « Géraldine, n’arrêtes pas de faire du sport, continues ton sport ».

Tu fais quoi ?

Je vais en salle, au fitness, des trucs comme ça, on me dit, « continues à faire du sport ». Pour garder le moral, on me dit de ne pas rester seule, de sortir, parce que je suis très casanière et euh, ouais, en général, c’est ça qu’on me disait, c’est, de ne pas rester seule et puis, quand je suis chez moi, on me dit « allez, viens nous rejoindre et tout », « je n’ai pas envie », « ba, on vient te chercher » (rire) donc, là, je n’ai pas trop de choix ou euh, c’est plutôt ça.

Au niveau alimentation, non, parce que, ils pensent que, on mange normalement comme tout le monde donc, il n’y a pas de souci, mais euh, ouais, c’est plutôt au niveau du sport et au niveau, le fait de ne pas rester toute seule.

Tu es plus casanière maintenant ?

Ouais (rire), plus casanière maintenant. Avant, j’étais toujours dehors, une vraie vagabonde, on va dire, j’étais toujours en sortie, toujours en boîte, toujours partout, puis maintenant, je me dis « à quoi ça sert », bon, je vais y aller un jour comme ça mais pas aussi souvent qu’avant.

C’est ça qui déplaisait à la famille de ton ex-mari ?

Le fait que je sorte, non, oh, quand j’étais avec mon mari, j’étais toujours à la maison. J’étais femme au foyer donc il ne risquait pas de dire que je sors de trop, ça c’est clair, non, non, non.

Quelles activités pratiquais-tu avant que tu ne sois malade et que tu ne peux plus faire maintenant ?

Rien, je fais comme tout comme avant, parce que je continue le sport. Non, qu’est-ce que je ne fais plus maintenant ?...bah, non, je fais tout. Tout ce que je faisais avant, maintenant, je continue.

Est-ce que tu t’interdis de faire certaines choses ?

Chez moi ?

Oui, ou que ce soit de fréquenter certaines personnes, certains lieux, certaines pièces, je ne sais pas ?

Non, pas particulièrement, puisque, non, non, non. Ce sont des questions très (rire)... elles sont recherchées. Non, c’est vrai que, je.... Non, quelque soit l’endroit où je vais, bon, quand, c’est des gens que je ne connais pas, c’est clair que je vais rester assise sur la véranda et que je ne vais pas bouger mais si c’est chez mon frère, ma sœur, aussi bien la cuisine, la salle de bain, je vais partout. Je vais partout, n’importe où, il n’y a aucun problème.

Et à l’inverse, te sens-tu obligé de faire certaines choses ?

Quand je reçois chez moi ou moi, personnellement ?

Les deux

Non....non, moi, je dirais, enfin pour revenir à la question que tu m’as posée tout à l’heure, je me sentirais plus obligé, dans le sens affectif, de me sentir obligé de dire ou de faire certaines choses mais en enlevant l’affectif et les sentiments, je fais tout comme avant.

Sinon, tu ne rencontres pas d’autres personnes qui sont infectées ?

J’ai eu l’occasion d’en connaître, parce que bon, il y a des gens qui, d’ailleurs, je me suis faite la réflexion un jour, les gens sont froids et impersonnels à l’hôpital, oh-là-là.

À l’hôpital ?

Je ne parle pas des infirmières, je parle des gens. On dirait un troupeau d’animaux qu’on a parqué là et puis, je ne sais pas. D’accord, on est malade, je suis d’accord mais, bon, ce n’est pas une raison pour s’enterrer. Je vais là-bas, des fois, je pars joyeuse de chez moi, mais quand j’arrive là-bas oh ! j’arrive déconfite, parce que les gens, ils n’ont pas le sourire, les gens, ils sont ternes, ils sont, je suis d’accord, c’est vrai qu’on a quelque chose qui, on quelque chose qui nous pèse, mais je ne sais pas, essayer d’être décoincé.

Ca m’est arrivé combien de fois de rire là-bas, si ça m’est arrivé deux fois, ça m’est arrivé beaucoup de fois, c’est vrai. Il n’y a qu’avec les infirmières que je rigole bien, quand j’arrive et tout, « alors comment tu vas, machin ». Elles demandent de mes nouvelles, on papote, on rigole, c’est super agréable de sentir que bon, on est pas obligé à chaque moment de sa vie de se sentir malade, tu vois, il na faut pas que ce soit quelque chose qui te pèse tout au long de ta journée, de tes nuits, de, c’est vraiment, c’est un cadeau ce genre de chose. Je ne peux pas, je ne supportais pas et, c’est peut être pour ça aussi que je me, que des fois, je ne me pose pas de question et que des fois, je ne veux pas penser à certaines choses, parce que, à part quand je prends mes médicaments, mais, je ne veux pas avoir chaque moment de ma journée, à penser que « ah, je suis malade, je ne peux pas faire ça, ah, je suis malade, je ne peux pas le dire. Non, ce serait un trop lourd fardeau à porter. D’ailleurs, c’est quoi la question (rire), je m’excuse.

C’était si tu connaissais des personnes infectées ?

Ah, ouais, donc j’ai eu l’occasion d’en rencontrer pendant justement, je devais faire mes prises de sang et autre, et, j’ai eu l’occasion de parler avec des personnes là, mais bon, on ne s’est jamais revu après, en fait, on a jamais eu l’occasion d’avoir les mêmes rendez-vous aux même heures, donc euh... à part mon frère, non.... et mon ex-mari (rire), je ne connais personne d’autre, personne.

Aujourd’hui, quelle image as-tu l’impression de donner aux autres ?

Des gens qui savent ou des gens qui ne savent pas ?

On va faire les deux.

Les gens qui savent, des fois, je me pose la question : qu’est-ce qu’ils pensent ? mais bon, comme je sais qu’ils savent comment je l’ai attrapé donc, je me dis que.... La seule chose que je ne veux pas qu’ils aient comme sentiment, c’est la peine, c’est-à-dire que, ça me fait de la peine... de la pitié. Je n’en veux pas. La pitié, pour moi, non. Je me considère comme quelqu’un de... tout à fait, machin, je ne veux pas qu’il y ait de pitié. Le jour où tu me dis que ouais, non, non, non, pas question. Je ne veux pas. Ca, c’est clair. Je me considère comme avant, donc, de ce côté là, je n’ai pas de problème, donc je ne peux pas dire que, ils me considèrent toujours comme avant, on parle toujours des mêmes choses qu’avant. On fait toujours les mêmes choses, exactement, pareils, donc euh... ouais, pour les deux, je dirais la pitié.... À part ça...

Quand tu dis que ceux qui savent connaissent le contexte de ta contamination et que c’est quelque chose de très important, ça te détache de l’image de la femme de mauvaise vie ?

Tout à fait, exactement.

D’ailleurs, qu’est-ce qu’on met derrière une personne de mauvaise vie ?

Qu’est-ce qu’on met ?

Dans les représentations, ça renvoie à quoi ?

Euh... la fille de mauvaise vie, c’est la fille qui ne peut pas garder un garçon à la fois ou bien, à qui y lui en faut plusieurs ou bien qui les passe comme une chemise, comme ça, quoi, tous les jours.

Ca renvoi à une sexualité plutôt très chaude ?

Ouais, tout à fait, exactement.

Ce serait un comportement comme celui de l’homme ou très différencié ?

Je pense que c’est pareil, je pense que c’est pareil. Parce que, aussi bien, l’homme que la femme, avant, on pouvait dire qu’une femme était plus... restreinte, on va dire qu’un homme mais les moeurs ont tellement évolué que maintenant, c’est aussi bien l’un que l’autre, donc, oui, je dirais, peut être pas autant, mais je dirais oui, presque comme un homme.

Je ne sais pas si c’est une question pertinente par rapport au sida mais peux-tu répondre à la question : de qui on a le plus peur par rapport à cette maladie ?

Mais quand tu dis de qui on a le plus peur, est-ce que c’est en parlant de soi et de l’autre ou bien...

De toi par rapport à ta maladie, de qui as-tu le plus peur ?

A une personne, je n’avais pas bien compris, ok, je n’avais pas pris dans le bon sens, est-ce qu’il y a quelqu’un en particulier qui me fait peur, pour le divulguer ou...

Oui

Pour le divulguer.... Mon ex-mari, il le sait, il le sait déjà donc, c’est vrai, euh...

De quelle façon, il peut encore te faire peur ?

Par rapport à mon fils parce que je pense qu’il pourrait faire ce qu’il veut, ce qu’il peut pour que je ne puisse plus le voir. Je ne sais pas, c’est resté, comme il a déjà essayé, donc je me dis pourquoi il n’essayerait pas encore une fois. Et comme maintenant, mon fils revendique le droit de me voir.

Il ne peut pas jouer sur ta maladie puisque lui aussi est infecté.

Voilà, d’ailleurs, je te poserais une question par la suite là-dessus, il faudrait qu’on le garde en mémoire, euh, ouais, mais... sinon, à part lui.... Je ne sais pas si je peux avoir peur de lui, dans le sens, c’est lui qui est allé le dire à ma sœur et à mon frère, je parle de mon ex-petit ami, mais bon, ouais, peut être lui, mais ce n’est pas une peur, c’est une... une crainte, une peur même... peut-être, par méchanceté, par euh... ouais, parce que c’est la dernière personne qui est au courant.

Sinon, tu m’as dit que tu ne ressentais pas de responsabilité par rapport à ta maladie, que tu ne te sentais pas responsable

Non, parce que je ne suis pas allée le chercher, donc.

Sinon, pourquoi toi, as-tu trouvé une réponse ?

(rire), bah oui, bah, je me pose toujours la question, « pourquoi moi ? », pourquoi ?; c’est vrai que c’est une question qui m’a longtemps tenu, parce que, je me suis dit, attends, je suis, je ne sais pas, est-ce que j’ai l’étiquette là, qui me dit, « malheur à toi », parce que bon, divorce, perte de mon fils, derrière, ça, je me suis dit, mais attends, c’est la totale, quoi, c’est la totale. Donc, je me dis que bon, on peut dire que c’est un manque de chance, mais bon, je ne mets pas ça sur la question de la chance, je vais être machin, comme ça, puisque.... Sinon, je n’aurais pas d’autres réponses, je n’aurais pas d’autres réponses parce que ce n’est pas pour dire que j’ai cherché, j’ai fréquenté des gens qui, soit qui l’avait ou bien, ou j’avais un comportement à risque, je n’en avais pas, donc forcément, c’est vrai sur le coup, on se demande, mais pourquoi moi ? pourquoi ça m’arrive à moi ?

Par rapport à ta vie maintenant, quel sens tu donnerais à cette maladie ?

Quel sens ?... je ne sais pas, c’est, dans les buts que je me suis fixée, dans la conception de la vie que j’aurais aimé avoir, c’est-à-dire peut être me remarier, avoir des enfants, avoir une vie de famille et tout, là, ça me bloque quoi, parce que j’ai la hantise du quand dira t’on, j’ai la hantise de...., j’ai la hantise tout simplement d’être seule, quoi, ça a joué un rôle assez important quand même, je ne dirais pas primordial, mais presque.

Qu’est-ce qui serais le plus nocif pour toi, qu’est-ce qui serais le plus terrible, finalement dans le regard des autres ?

Il y aurait le rejet, c’est vrai. Mais euh... l’ignorance. Dans le sens où, on va revenir effectivement sur la même chose.

Que tu devrais constamment te justifier ?

Tout à fait, ils me catalogueraient automatiquement, c’est ça. Ils ne chercheraient pas à savoir, ni comment ça m’est arrivé, ni, ça peut être aussi suite à une opération, ils ne savent pas ! donc j’aurais l’impression d’être jugé.

Tout de suite la sanction 

Voilà, automatiquement, ils couperaient, paf !

Bon, j’en arrive à ma dernière question, appartiens-tu à une religion particulière ?

Non, chrétienne, catholique, non pratiquante, quand ça me prend.

Tu ne cherches pas...

Non, pas du tout. C’est vrai que ma sœur qui est témoin de Jéhovah, tu rentres, c’est ceci, c’est cela, parce que pour eux, il y a comment ils appellent ça, armagedon, la fin du monde, la résurrection, donc il faut que tu sois parmi les ressuscités et tout machin. Donc ça, oui, ou, c’est vrai que ça m’est arrivé, durant cette année d’ailleurs, de recevoir une personne qui était, évangéliste ou... je ne sais plus et qui m’a sorti le baratin du style, bon, « si vous êtes malade, c’est qu’on vous a donné cette maladie, parce qu’il y a des gens qui vous ont fait du mal, ils vous ont ensorcelé et tout donc, on va combattre ça »... ils font des séances de.... de l’exorcisme enfin presque et euh... et quand je l’ai vu la première fois, il ne me l’a pas dit à moi, mais il l’a dit à la personne qui l’avait appelé, « ah, il faut que je la voie, il faut que je lui fasse quelque chose parce qu’on lui a fait des choses pas bonnes du tout, il faut que je la sorte de là ».

Comme je suis très curieuse de nature, il n’y a pas de problème. Il a commencé ses incantations, machin, ça m’a... sur le moment, bon, on se dit qu’est-ce qu’on risque, mais après, très vite, on se rend compte qu’en fait, c’est du n’importe quoi, si on veut, parce que la maladie est toujours là, elle n’est pas partie donc euh, on se dit, c’est là, c’est là, point final, c’est tout. Je suis revenue à mes croyances (rire) du départ. Je ne les ai pas quittées, c’était l’espace de quoi, d’une semaine à peine.

C’est vrai qu’il y a des gens, qui, comme je disais tout à l’heure, qui utilisent d’autres, qui recherchent des remèdes plus performants que les médicaments qu’ils prennent. Peut être qu’il y a effectivement, il y a des gens aussi qui cherchent la guérison par la voie de la sorcellerie, etc., c’est choses courantes en Guadeloupe, donc, ça ne m’étonnerait pas.

C’est plus la recherche de la personne qui a envoyé, c’est ça ?

Aussi, aussi. Qui l’a envoyé et pourquoi. Mais bon, ça m’a tracassé, bon, le jour même, pendant qu’il me posait la question, mais après, je me suis dit, c’est quoi, c’est... n’importe quoi, je ne suis pas restée là-dessus.

Tu les avais rencontrés par quel biais ?

Bah, en fait, c’est l’une de mes belles-sœurs qui, qui était entré là-dedans, par le biais d’autres personnes et elle avait trouvé ça super, elle m’avait dit, « il faut que tu rencontres ces gens-là et tout », j’ai dit « ouais, si tu veux ». Bon, je l’ai rencontré, mais je l’ai rencontré qu’une seule fois, je ne l’ai pas rencontré deux fois, c’est clair. Je ne l’ai pas rencontré deux fois. Parce qu’en fait, c’est vrai que sur le coup on se dit, bon, on croit à tout, on a envie de croire à plein de choses, à plein d’espérances et puis.

C’est vrai qu’en parlant de ça, je me rappelle, effectivement, ça c’était une autre personne qui m’avait emmenée ailleurs encore, mais ça, je ne savais pas encore que j’étais malade, elle me disait « ouais, je vais voir quelqu’un, viens avec moi et tout, tu vas savoir ton avenir », « ouais, si tu veux », et ça m’est resté dans la tête jusqu’à ce soir parce que je me dis que c’est de par ça que ça m’a tracassé, parce que ça m’a tracassé un peu, le fait d’aller..

C’était en Guadeloupe ?

Ouais, ici, d’aller faire le, comment on appelle ça, pas le dépistage, le don, la personne m’avait dit « t’as une carte », comment on appelle ça, une tête de mort, « on t’a envoyé quelque chose pour te tuer, on ne sait pas encore de quoi, mais tu vas mourir ». Comme j’étais jeune à l’époque, bon.

C’est rare qu’on dise les choses négatives ?

Et bien oui, mais il m’a dit carrément que j’allais mourir, quoi. Alors, c’est vrai que c’est resté dans ma tête pendant des années et tout. Et puis, quand on m’a dit ça, j’ai dit, bah voilà, bah voilà, il m’avait dit.

Automatiquement, on est obligé de chercher un lien, donc je me suis dit, bah, voilà, il me l’avait dit, il avait raison, peut-être. Et puis, après, quand on est un petit plus rationnel, on dit, c’est vrai que le mal existe, c’est vrai que le bien existe, mais euh, pourquoi moi, pourquoi est-ce qu’on aurait fait ça à moi, qu’est-ce que j’ai fait à quelqu’un, une jalousie quelconque ou je ne sais pas, c’est vrai que la personne qui est venue m’a dit la même chose, elle m’a dit c’est par jalousie, il me dit, ouais, « c’est par jalousie, on t’a collé cette maladie et tout, alors on va la faire sortir ». Tu parles que du blabla, donc, après j’ai oublié tout ça, je me suis dit non. C’est pas la peine que je pense à ce genre de choses parce que si c’était vraiment ça, parce que ça existe en Guadeloupe, il ne faut pas se voiler la face, ça existe, mais si c’était vraiment ça, je me dis que après tout ce que les gens, ils m’ont fait, ça serait sorti.

Et tu sais que même jusqu’à, jusqu’à quand, je veux dire, je me suis toujours dit que j’aurais du faire un deuxième test. Ca m’est arrivé de penser à ça, parce qu’en fait, je n’ai pas fait de test. Et je me suis dit, mais quand on m’a dit ça, je me suis dit mince, j’aurais du faire un test pour être, bon, je me suis dit, écoutes, si tu prends des médicaments, si on voit tes trucs, donc c’est que forcément, tu es malade. Donc je ne cherche pas, c’est là, c’est là.

C’est vrai qu’on cherche toujours une voie de recours, une voie de soulagement pour se dire mais après tout, je ne l’ai pas et que c’est juste et puis on revient très vite à la réalité (rire). Non, en fin de compte, c’est vrai que ça nous permet d’espérer un peu de se dire, que.... c’est juste.... des pensées bienfaisantes, mais ce n’est pas ça.

Pour conclure, je voudrais qu’on revienne juste sur le sida, maladie stigmatisée, tabou. Pour toi, cette maladie est si mal perçue car elle est rattachée aux gens de mauvaise vie, ou y a –t-il quelque chose derrière ?

Hum....non, la première chose que je vois c’est ça, parce qu’après, après ça, qu’est ce qu’il pourrait y avoir... peut être, peut être des histoires d’homosexuels...

Une sexualité dite déviante ?

C’est tout, c’est... une sexualité dépravée complètement, ouais, parce que qu’est-ce qu’on dirait que c’est, que si elle était restée avec son gars, elle ne l’aurait pas attrapé, c’est parce qu’elle est allée avec un tel avec un tel donc...

J’ai l’impression que ça se porte plus du côté des femmes ?

Les hommes, on leur passe du beurre sur le dos. Alors qu’en fin de compte, ce serait eux d’abord qui devraient prendre leur responsabilité. Mais ce n’est pas toujours le cas parce que même, tout en étant malade, je peux te le dire qu’il y a des gens, sachant que j’étais malade et que je leur disais de prendre des préservatifs, ils me disaient non.... on a pas besoin de ça, ce n’est pas la peine, je dis mais ça ne va pas dans ta tête. Je te jure, je me suis dit mais ils ont pas peur ces gens là ou quoi.

Parce que physiquement tu es bien ?

Ouais, mais je leur disais, ouais, peut être que c’est ça, ils me disaient que bon si, c‘est vrai que je ne leur ai jamais posé la question. Dans le feu de l’action, on n’a pas le temps de penser à toutes ces choses, mais c’est vrai que, on pourrait se poser la question, on pourrait se dire effectivement, est-ce que c’est parce qu’ils me voient bien qu’ils se disent que, mais non, si je suis bien, je ne peux pas l’attraper, c’est clair, mais moi je me dis que, il y a un manque de responsabilité, un manque de... c’est ça parce que c’est pour ça que j’ai dit que la première chose, pour moi, que je vois qui, qui est pris en compte par les gens, c’est le niveau sexuel, c’est uniquement par rapport à ça. À partir du moment où tu me dis que tu es avec une fille, elle te dit que, elle est malade et tu lui dis, « c’est pas grave, on ne met pas de préservatifs », c’est que t’as un grain, c’est que t’as un problème dans ta tête. Je suis désolée, ce n’est pas possible, ce n’est pas possible. C’est vraiment se moquer d’une part de sa vie, mais se moquer aussi de celles que tu vas rencontrer par la suite.

La sexualité est-ce un sujet parlé dans la famille ?

Oh, non, pas du tout, pas du tout. Ce n’est pas de ma mère que j’ai appris quoique ce soit donc, non, non, non. Il y a peut être des familles qui sont ouvertes, qui parlent de ça, mais euh, par rapport aux générations, moi, je vois peut être, je suis la troisième génération, ma grand-mère, ma mère, moi, je vois que moi quand j’ai été élevée, on ne parlait pas de tout ça à la maison, ah non, surtout pas. Quand mon père me voyait avec un garçon, la seule chose qu’il savait me dire, c’est « on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche », mais parler de la vie sexuelle, comment, pas comment faire, mais comment l’aborder... jamais, j’ai appris ça à l’école.

Et contraception ?

Encore pire (rire), encore pire. Moi, c’est au planning familial que j’allais prendre les renseignements quand j’étais en métropole. De la bouche de mes parents ou des gens qui m’ont élevé, jamais, on ne parlait de ça. Pas du tout, pas du tout.

C’est, peut être maintenant, peut être que moi, ma génération, on va en parler avec nos enfants, parce que nous, on a appris beaucoup plus facilement. Ma mère, si elle a un enfant maintenant, elle n’en parlera pas. Je ne pense pas qu’elle en aura mais elle ne parlera jamais de ça avec son enfant, c’est clair. Et je pense que c’est dans toutes les familles, pareil, dans toutes les familles pareil. Quand je regarde les autres autour, si bien que, pourquoi des jeunes filles de 14, 15, 16 ans tomberaient enceintes.

Et il y a beaucoup d’IVG ici 

D’accord, donc, moi, je me dis, si on ne parle pas de ça, c’est que les filles, elles font ce qu’elles ont à faire, elles ont envie, elles ont envie de connaître ou bien c’est par curiosité, ou je ne sais pas par quoi. Si elles savaient ça, pas qu’elles ne savent pas, mais pour elles, ce n’est pas important, préservatif, pilule, etc. ; mais je ne sais pas et puis j’ai l’impression aussi qu’elles ont peur aussi qu’on les voit aller au planning familial, qu’on les voit aller, je ne sais pas, voir un gynécologue. Parce qu’ici la langue est très déliée donc automatiquement, peut être que les jeunes ont peur qu’on les voit et tout ça.

D’ailleurs, il y a un truc qui était très explicite là-dedans dans les sketches qu’ils ont passé à la télé et effectivement, c’est la peur des autres parce qu’il y a une dame qui disait, elle était allée faire un test, elle avait peur qu’on la voit aller faire le test et effectivement, c’est l’image représentative des Guadeloupéens. C’est dommage. C’est pour ça que je pense qu’il y a beaucoup de gens qui, soit qui ont peur, soit qui n’osent pas.

Et par rapport à la sexualité mére-enfant, c’est un tabou, c’est qu’on ne veut pas que l’enfant ait des relations, refuser le droit à, parce qu’il est considéré comme trop jeune ?

C’est une question d’éducation. Par exemple, ma mère n’a pas été éduquée comme ça, donc automatiquement, ça ne lui viendra pas à l’esprit de m’éduquer pareil. Tu vois, elle ne prendra pas le temps de me mettre assis et de me dire « bon, écoutes en tant que jeune fille, attends toi à l’age de 11, 12 ans d’avoir tes règles, ceci », pas du tout. Moi, je pense que c’est une question d’éducation. Les gens n’ont pas été éduqués comme ça donc ils ne voient pas la nécessité, ils ne voient pas l’importance de transmettre en fait, l’information.

Et toi, donc tu as envie de changer un peu ça ?

Beaucoup plus de communications, permettre aux jeunes d’avoir. Faut dire aussi, c’est l’école ; moi, j’ai fait classe en France, c’est vrai que, c’est peut être pas pareil donc, on aborde pas peut être les mêmes sujets ici par rapport à là-bas, je ne sais pas. Je n’ai pas fait classe ici donc je n’en ai aucune idée d’ailleurs, je ne sais même pas comment j’ai su qu’il y avait un Planning familial, je ne sais même plus. Que ce soit par le biais de l’école ou pas, mais c’est comme ça que j’ai su que la pilule du lendemain existait, que les pilules en elles-mêmes existaient. C’est parce que bon, je ne sais plus d’ailleurs. En fait, ce n’est pas ma mère qui me l’a dit, ça c’est clair.

C’est peut être au lycée, il y a des visites médicales obligatoires

Ouais, ça doit être ça, je ne me rappelle plus, je ne sais plus. Peut être bien, c’est vieux, je ne me rappelle pas. Et puis aussi les magazines parce qu’à l’époque, je lisais beaucoup de podium, des trucs comme ça donc, effectivement, c’est toujours écrit, je lisais beaucoup ça, donc je pense aussi que c’est ce qui m’a aidé. Mais en Guadeloupe, il n’y a pas ce genre de chose, il n’y a pas cette communication, il n’y a pas cette information qui est retransmise automatiquement. On apprend tout, en fait sur le tas. Des fois, il est un peu tard.

Quand tu vois des gamines de 18 ans qui se trimballent avec deux ou trois gosses, tu te dis, mais attends, la pilule ce n’est pas fait pour les chiens, je suis désolée. Peut être qu’elles l’ont voulu, ça je ne sais pas mais à18 ans, je me vois mal m’embarrasser avec trois gamins alors que je n’ai encore rien fait de ma vie. Je ne sais pas. Et puis il y a aussi beaucoup de gens qui sont, qui sont dans des situations défavorisées qui n’ont pas forcément...l’automatisme, on va dire d’aller chercher l’information, d’aller se renseigner. Moi, je pense que tout passe par une question d’éducation. Ca commence depuis l’école et qu’après.... ça se poursuit à la maison et vice versa, je pense.

J’ai oublié de te demander, où tu étais en métropole ?

J’étais dans le 93, j’étais un peu partout quand je suis arrivée.

C’est la Seine St Denis

Et puis le dernier endroit où j’ai habité, c’était à Epinay/Seine, et j’ai fait mes 3 dernières années en France.

Et tu étais contente ?

Oh super ! alors là, moi, comme j’ai toujours vécu là-bas donc, moi, mon pays c’est là-bas, ici, c’est mon lieu de vacances (rire), c’est mon lieu de vacances ; si bien que j’aimais venir ici en vacances et repartir tout de suite là-bas parce que je m’ennuyais après ici... jusqu’à présent d’ailleurs.

Et tu as de la famille en métropole ?

Là-bas, j’ai quoi, j’ai peut être des frères et sœurs, des cousins, des cousines, mais la famille proche, mère, tantes, oncles sont ici en Guadeloupe. C’est pour ça, je pense aussi que, je ne sais pas, je me sentais mieux là-bas, mieux là-bas et mieux peut être dans ma peau... parce qu’on ne me connaît pas (rire), parce qu’on ne me connaît pas. Ici, dès qu’on me voit, on voit mon père, on voit ma famille, c’est une ressemblance qui est vraiment...

C’est quelque chose de lourd ?

Ouais, c’est incroyable, dès qu’on me voit dans la rue, « tiens, mais c’est la fille d’un tel », ouais, effectivement. Comment est-ce que tu peux faire quoi que ce soit dans ces cas là, tu ne peux pas, tu ne peux pas donc, on est obligé de s’abstenir et... c’est vrai que c’est saoulant quand même parfois, c’est vrai que c’est... ça pèse, ça pèse énormément.

Je me dis que je ne devrais pas à avoir... à calculer ma vie sur les gens, c’est... bon, je n’ai pas le choix pour l’instant. Peut être que le jour où vraiment je mettrais en tête que.... tu t’en fous des autres, tu vis ta vie et point barre. J’y arrive à certains moments (rire) mais après...

© Gaelle Bombereau, 2005