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PARTIE 1 UNE EPIDEMIE DE SIDA EN GUADELOUPE

Table des matières

Nous présentons ici notre situation de départ, soit une épidémie de sida en Guadeloupe. Dans le but de mieux appréhender les soubassements de cette épidémie, nous proposons dans un premier temps de nous familiariser avec l’environnement guadeloupéen, terreau sur lequel se greffe cette épidémie. Puis dans un second temps, nous exposons les formes que prend l’épidémie sur le sol de la Guadeloupe.

La Guadeloupe est ce que l’on appelle un Département d’Outre Mer (DOM), soit un département français, à la rencontre de la mer Caraïbe et de l’océan Atlantique, appartenant géographiquement au continent américain. On l’appelle alors également Département Français d’Amérique (DFA). Situé à plus de 7 000 Km de la métropole française, ce département composé de six dépendances (les Saintes, Marie-Galante, la Désirade, Saint Barthélemy, Saint-Martin et Petite Terre) d’une superficie totale de 1 705 Km², fait partie de la zone Caraïbe et plus précisément des Petites Antilles.

Aussi, par sa double appartenance – caribéenne et française - la Guadeloupe se présente comme une société complexe. En tant que département français, elle bénéficie d’un côté des politiques, des infrastructures, des ressources humaines, du droit français, et de l’autre, par ses indicateurs socio-économiques, elle se rapproche d’un pays à développement intermédiaire. Société duale, la Guadeloupe combine ainsi la modernité que lui apporte son rattachement français et la tradition que portent les normes socio-culturelles du modèle afro-caribéen.

Afin de nous familiariser avec cet archipel et ses complexités, nous proposons de dresser un rapide portrait historique, démographique, social et économique de ce département au carrefour de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Europe.

À la rencontre du monde amérindien, européen et africain, les Caraïbes ont la particularité d’avoir vu leur population indigéne exterminée rapidement [27] au cours du XVIième siécle et remplacée par une population africaine. Ces nouvelles terres tropicales, porteuses de nombreuses denrées inexistantes en Europe furent ainsi investies et peuplées par une population importée des terres africaines afin de répondre aux exigences d’une production agricole qui demandait une main d’œuvre abondante.

Au fil des guerres menées localement, en Amérique du Nord ou encore en Europe, les traités de paix ont fait et défait l’appartenance privée ou nationale des îles [28] . En effet, les îles des Caraïbes se sont façonnées, fragmentées ou encore liées dans l’ombre des grandes puissances coloniales européennes : anglaise, espagnole, hollandaise et française. Remarquons d’emblée que le terme « Antilles », étymologiquement, renvoie à antilia, les « îles d’en face ». Par cette dénomination, elles symbolisent les antipodes des européens (Odille Gannier, 2000).

La Guadeloupe enrichie le patrimoine colonial français dès 1635. Elle n’échappera pas nénamoins aux lois de l’échange et de l'invasion ; elle fut ainsi à plusieurs reprises envahie et occupée par les Anglais.

Très tôt, dès son occupation française, la canne à sucre fut introduite et le système esclavagiste fut mis en vigueur afin de répondre au besoin de main d’œuvre. De ce fait, « [la] population esclave forma petit à petit la majorité de la population de l’île, puisque ce sont près de 290 800 esclaves qui furent ainsi introduits en deux siècles. Dans le même temps, les Caraïbes furent exilés vers les îles voisines de la Dominique ou Saint Vincent, par des colons désireux de s’approprier l’ensemble de leurs terres » [31] (Mulot, 2000, p. 82).

La Guadeloupe, tout comme ses îles voisines, se développa ainsi par une économie sucrière, selon le schéma suivant : capital européen, main d’œuvre d’esclaves d’Afrique et production d’exportation (Barbiche, 1989). « Ce "commerce du crime" comme le qualifiait l’abbé Grégoire, sera connu plus tard au XIXe siècle sous le nom de "commerce triangulaire". Au XVIIe siècle, il était appelé "commerce circuleux " » (Elie Lescot Jr., 2004, p. 38).

Dans le but de péreniser ce systéme et d’éviter les désordres ou soulévement de la population servile, Louis XIV édicta le Code noir en 1685. Cet édit réglemente ainsi la pratique de l’esclavage afin de garantir la suprématie des maîtres - population blanche minoritaire – sur les esclaves - population noire numériquement supérieure. Entre « humanisation » par l’évangélisation et l’identification de la qualité d’objet de l’homme noir, le Code noir institutionnnalise le division de la société en trois groupes : les Blancs libres, les Noirs esclaves et les affranchis (mulâtres ou Noirs libres).

Il faudra attendre la révolution française de 1789 pour rompre cet ordre. En effet, les nouveaux idéaux humanistes porteront leurs fruits en Guadeloupe [32] en abolissant l’eslavage en 1794. Cette période de renversement sera alors marquée par l’émigration ou l’éxécution de nombreux planteurs blancs.

Cependant, dès 1802, Napoléon Bonaparte désormais au pouvoir, rétablira le gouvernement prérévolutionaire et avec lui l’esclavage. Par cette nouvelle politique française, la population noire guadeloupéenne connaît à nouveau une régression après huit ans de fin d’un systéme servile.

Ce systéme perdura jusqu’en 1848, date française de l’abolition définitive de l’esclavage. Remarquons, ici, que l’abolition se matéralise dans un climat économique de plus en plus difficile où la hausse des coûts de production du sucre de canne en Guadeloupe et la concurrence de plus en en plus importante du sucre de betterave européen mettent à rude épreuve l’exportation (Christian Schakenbourg, 1980).

Cette deuxième émancipation de la population noire qui suivie entraîna une nécessaire réorganisation du travail. Les anciens esclaves ne souhaitant plus travailler pour les colons blancs se sont vu remplacer par une nouvelle population venue à nouveau de la mer : les Indiens. En effet, afin de palier à une pénurie de main d’oeuvre dans les Antilles et dans le but de poursuivre les productions locales, des Indiens, issues des comptoirs français de l’Inde, furent engagés sous contrats. Observons que la notion de contrat ici n’a pas exclu un traitement esclavagiste des Indiens, qui ont été emmenés et forcés de travailler dans des conditions proche de la servilité. Beaucoup resteront par la suite en terre guadeloupéenne.

Par la suite, à la fin du XIXe siècle, la Guadeloupe accueillera des populations originaires principalement du Liban, de la Syrie et de la Chine.

Notons encore que la population guadeloupéenne participa aux deux guerres mondiales.

Au lendemain de la seconde Guerre mondiale, la Guadeloupe devient un département français, par la loi d’assimilation du 19 mars 1946. Elle bénéficie alors d’un statut comparable à tous les autres départements français métropolitains. Cependant, nous pouvons observer que les dispositions les plus favorables n’ont pas été appliquées dès la départementalisation. Il faudra attendre la fin des années 1990 pour que la Guadeloupe bénéficie pleinement de l’égalité sociale.

Notons un courant pour l’autonomie de la Guadeloupe plus marqué dans les années 1960.

En 1982, la Guadeloupe devient une région monodépartementale, ce qui lui confère un pouvoir local bicéphale : un Conseil Régional [33] (niveau régional) et un Conseil Général [34] (niveau départemental).

Nous arrêtons ici notre brève présentation de l’histoire douloureuse et encore refoulée de la Guadeloupe. Comme précèdemment indiqué, nous souhaitons nous limiter à pointer les grandes phases clés de la Guadeloupe. La crainte d’une récupération d’un déterminisme historique [35] dans nos démarches, nous a en effet éloigné de la prise en compte du facteur historique dans ce présent travail. Loin de nous l’idée de nier ou encore de refouler l’histoire des Antilles, mais nous nous recentrons sur d’autres dynamiques comme déjà introduit pour saisir le rapport au sida.

Nous allons maintenant aborder le contexte démographique, social et économique de la Guadeloupe.

Nous constaterons ainsi que, si elle occupe le second rang au niveau de l’Indice de Développement Humain (IDH) dans la zone Caraïbe (INSEE, 1999), derrière la Martinique, sa situation socio-économique présente tout de même de nombreuses fragilités et difficultés.

Pour débuter, nous présentons quelques caractéristiques démographiques afin de mieux appréhender la dynamique populationelle de la Guadeloupe.

Société née de l’esclavage, la Guadeloupe d’aujourd’hui porte l’empreinte de son histoire et se présente comme une société métissée et créole.

Jean-François Niort (2002), quant à lui, évoque une société socio-raciale hiérarchisée :

Culture noire ne veut pas forcément dire culture africaine de laquelle le Noir antillais tient encore fermement, de nos jours, à se démarquer, de même qu’il a longtemps méprisé à la fois le mulâtre « aliéné » (« mulat ka oublié sé nèg qui manman’i ») et l’immigrant africain (nèg kongo) ou indien (coulie) fraîchement arrivé, occupant la dernière place de l’ordre socio-racial en raison des fonctions agricoles quasi serviles auquel il est voué par son engagement, contribuant ainsi à entretenir dans la société antillaise cette vieille et tenace « cascade de mépris » qui décidément ne parvient pas à se tarir. Le préjugé racial fonctionne ainsi comme une infrastructure sociale profonde incarnée biologiquement, affectivement, et vrillée aux processus d’identification personnels, une « mise en forme et en sens » du monde hiérarchique morcelée, discriminante et ségrégative qui résiste à l’idéologie et à l’action républicaine » (J.F. Niort, 2002, p. 110).

Sur cette base, pointons à présent, quelques indicateurs de la population guadeloupéenne.

La zone Caraïbe est une région de fortes migrations économique, politique, et professionnelle. La Guadeloupe apparaît alors comme une zone d’attraction et de richesses pour de nombreux voisins [38] et accueille en ce sens de nombreux migrants des îles avoisinantes en quête de meilleures conditions de vie.

Les étrangers représentent officiellement 5% de cette population. D’après les statistiques de l’INSEE, l’immigration intra caribéenne est la plus importante puisque les haïtiens sont les plus nombreux sur le sol guadeloupéen. Ils sont suivis de très loin par les pays d’Europe. La République Dominicaine, voisine d’Haïti, apparaît comme le troisième pays le plus représenté sur le sol guadeloupéen. Une particularité de cette immigration tient au fait que ce sont majoritairement des femmes qui sont recensées. Ces flux de migration, s’accompagnent majoritairement de pauvreté, d’un niveau d’éducation (sanitaire) faible et d’une priorisation des besoins différente.

À côté de cette immigration officielle, nous notons que la Guadeloupe réunit de nombreuses personnes en situation irrégulière (Benoît, 1999b, Bardinet, 1995) [39] .

À l’instar de ce premier mouvement, des Guadeloupéens se rendent en métropole dans l’espoir de connaître des conditions de vie meilleures, ou encore de poursuivre des études. Si certes, ce mouvement d’émigration vers la France métropolitaine s’est largement tari depuis une dizaine d’année, en 1999, l’INSEE comptabilise tout de même presque 106 000 personnes nées en Guadeloupe vivant en métropole [40] .

En ce qui concerne la natalité dans ce département, elle a fortement chuté durant ces dernières décennies. Le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 5,8 en 1964 à 3,2 en 1977 et depuis les années 1990, les femmes ont désormais en moyenne deux enfants. En 1999, l’indice conjoncturel de fécondité [41] est de 2,2 enfants en Guadeloupe contre seulement 1,8 en métropole.

De plus, observons qu’en Guadeloupe, les femmes ont en moyenne des enfants vers 28-30 ans. Différents éléments peuvent expliquer cette situation : le recours à un moyen de contraception (dont l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)), la mise en couple tardive et une période d’activité sexuelle antérieure non stable et régulière, pour ne citer qu’eux. Si certes, l’âge moyen à l’accouchement est de 28 ans, nous pouvons néanmoins observer des disparités puisque les grossesses à l’adolescence ne sont pas anecdotiques (actuellement, on enregistre environ 500 grossesses [42] chez les moins de 20 ans) tout comme les grossesses chez les femmes de plus de 40 ans. Pour ces deux polarités, le manque de recours à un moyen de contraception est observable. Le taux de recours à l’IVG nous indique également que ces tranches d’âge se protègent peu d’un risque de conception [43] (Bombereau, 2003a).

À titre indicatif, nous pouvons spécifier que ces dernières années, les services sanitaires de la Guadeloupe enregistrent environ 7200 naissances par an et plus de 5000 IVG [44] . De plus, nous pouvons noter que le recours à l’IVG n’apparaît pas uniquement comme un accident dans la vie d’une femme [45] . À partir de 30-34 ans, plus de la moitié des femmes qui ont eu une IVG en 1996 n’en étaient pas à leur première intervention.

Précisons en dernier lieu, que dans de nombreux pays des Caraïbes, l’IVG est interdite par la loi.

À partir de ces quelques données, nous pouvons d’ores et déjà remettre en question le mythe de l’importance numérique de la maternité en Guadeloupe. La transition démographique est amorcée.

Nous abordons à présent la Guadeloupe à travers quelques indicateurs socio-économiques. Par là même, nous présentons une Guadeloupe en développement.

Si, certes, la départementalisation de l’île a apporté une scolarisation massive de la population, notons que chez les plus de 30 ans, quasiment la moitié des guadeloupéens est sans diplôme (48,6 %) [47] aujourd’hui. Une minorité a obtenu le bac (8,4 %) et seulement 10% ont poursuivi et obtenu un bac minimum plus deux (Antiane Eco, 2003). Cependant, l’INSEE enregistre tout de même une amélioration puisque, par ailleurs, « en 1999, un tiers des jeunes antillais de 16 à 25 ans ne possédaient aucun diplôme, contre la moitié en 1990 » (Antiane Eco, 2003, p. 20).

Chez les 15-29 ans, 39% des jeunes sont sans diplôme, et seuls 18% ont un brevet, 7% un CAP et 16%, le bac (INSEE, TER 2003, p. 47) [48] .

D’une économie agraire, la Guadeloupe se tourne depuis la fin des années 1970 et principalement les années 1990, vers une économie reposant principalement sur le secteur tertiaire (M. Burac, 2000). Ces transformations structurelles de l’économie laisse apparaître un secteur primaire (agriculture, sylviculture pêche) ne regroupant plus que 2,3% des emplois en 2001, alors que le tertiaire en emploie 70%. [49] Notons également que l’économie de la Guadeloupe :

est en partie dépendante des transferts de ressources de la métropole et elle est peu diversifiée. L’insularité, l’éloignement de la métropole, le coût des transports, celui du travail et l’étroitesse des marchés locaux freinent (son) développement. Le tourisme apparaît comme une activité dynamique et créatrice d’emplois mais fortement concurrencée à l’heure actuelle par des destinations voisines, Saint Domingue, Cuba ou la République Dominicaine (...). L’industrie des Antilles est largement agroalimentaire et repose sur la transformation de la canne dans des sucreries ou des rhumeries. Les cultures de la canne comme celle de bananes sont aidées car elles font face à une forte concurrence régionale (CNS, 2003, p. 10).

Relevons encore que le climat social de la Guadeloupe génère de nombreux conflits et de nombreuses grèves de travail dans le département.

Un autre indicateur que nous pouvons retenir concerne les foyers fiscaux imposés en Guadeloupe. En effet, seul 23% des foyers guadeloupéens sont imposés [50] , en 2000 (contre 52% en France métropolitaine). Une des principales raisons expliquant cette situation réside dans le niveau des salaires versés.

En 1999, aux Antilles-Guyane, un salarié sur six touche le SMIC [51] . Ils sont deux fois plus nombreux qu’en métropole. La raison de cet écart est très liée à la structure du tissu économique de nos régions : prépondérance du commerce et des services aux particuliers, entreprises petites, jeunesse de la population, temps partiel répandu et souvent subi. Tous ces éléments favorisent un salaire minimum (Antiane Eco, 2002, p. 11).

Cet aspect n’est pas le seul à jouer sur la faible imposition. En effet, la situation du marché de travail laisse place à un chômage loin d’être négligeable.

En effet, en ce qui concerne le chômage, l’enquête emploi de mars 2000 de l’INSEE estime à 26% le taux de chômage en Guadeloupe [52] (en France, ce taux est en dessous des 10%). Les femmes et les jeunes sont surreprésentés dans les demandeurs d’emploi. Nous pouvons également notifier que le chômage de longue durée [53] concerne encore la moitié des demandeurs.

Par ailleurs, les allocataires du Revenu Minimum d’Insertion (RMI [54] ) sont en augmentation ces dernières années. Il est estimé qu’en 2001, plus de 30 000 personnes perçoivent cette allocation en Guadeloupe. Comparativement, à la France, c’est quatre fois plus de personnes qui perçoivent le RMI en Guadeloupe qu’en métropole.

Derrière cette réalité économique difficile, nous pouvons tout de même atténuer ce portrait négatif en précisant l’existence d’alternatives. En effet, « ces taux de chômage peuvent masquer des activités non déclarées » (CNS, 2003, p. 9). Ces « jobs », tout comme l’importance de la solidarité horizontale (système du don et du contre don) participent d’une économie souterraine non négligeable.

Pour conclure, tout au long de ce premier chapitre, nous avons pu découvrir une Guadeloupe aux singularités marquées. Si son économie moderne et ses infrastructures rappellent la situation métropolitaine, son profil populationnel et ses indicateurs socio-économiques défavorables évoquent son inscription caribéenne. Par-delà cette bipolarité, nous retenons pour l’heure un environnement socio-économique vulnérable et donc à même de favoriser l’épidémie du sida dans l’archipel guadeloupéen.

À présent, à partir de cette toile de fond, nous pouvons prendre connaissance de la situation du Vih/sida en Guadeloupe.

L’épidémie de sida occupe en Guadeloupe une situation critique. Une première réponse étatique valide cette situation en plaçant le département comme étant un des groupes prioritaires dans la lutte nationale contre le Vih/sida pour la période 2001-2004 [55] . À l’instar des usagers de drogues, des migrants, des homosexuels, la population entière est estimée groupe à risque. La seconde réponse marquant l’attention portée prend forme à travers la mise en place d’un Programme Régional de Santé (PRS) pour la période 1998-2000 spécifique au sida. De ce fait, cette pathologie est devenue priorité de santé publique [56] également au niveau départemental.

Cependant dans son rapport 2003, le Conseil National du Sida (CNS) revient non seulement sur la situation préoccupante du sida dans les Département d’Outre Mer mais précise également que « les stratégies de lutte contre cette maladie semblent mises en échec » (CNS, 2003, p.1) dans ces mêmes départements.

À partir de la connaissance de ces quelques éléments et dans le but de mieux appréhender la problématique du sida en Guadeloupe, nous présentons dans un premier temps le dispositif en charge du Vih/sida. Dans un second temps, nous mettons en relief les caractéristiques de l’épidémiologie du sida dans l’archipel guadeloupéen. Dans un troisième temps, nous présentons les principaux comportements alimentant cette épidémie dans l’île sur la base principalement des enquêtes quantitatives menées en Guadeloupe. Dans un quatrième temps, nous exposons les principales données disponibles concernant le niveau de connaissance de la population sur le Vih/sida afin de mieux comprendre la situation locale.

Nous présentons rapidement ici, les structures étatiques, sanitaires et associatives qui s’organisent autour de la pathologie du Vih/sida.

Le Réseau Ville Hôpital (RVH), Entraide Gwadeloup, Saint-Vincent-de-Paul, O’Big (association homosexuelle), les Liaisons Dangereuses et Blue Moon (à Saint-Matin), proposent diversement écoute, aide à l’insertion sociale, aide alimentaire, aide à domicile, logements, groupe de paroles, organisation de sorties, actions de prévention, etc. [58] Ces associations sont animées par différents professionnels (acteur de terrain, assistante sociale, psychologue, etc.).

Notons que nous avons observé des difficultés quant à l’organisation de ces structures en réseau. Il manque ainsi un véritable travail de lien entre les différentes associations.

Ayant connaissance des principales structures investies du dossier Vih/sida, nous pouvons à présent, nous tourner vers la situation épidémiologique.

Tout d’abord, notons qu’en ce qui concerne la région Caraïbe :

AIDS probably appeared first (...) between the late 1970s and the early 1980s, with the first case of AIDS reported in Jamaica in 1982. By the end of 1985, all of the Caribbean countries had reported at least one AIDS case. During the first decade of the epidemic, prevalence increased steadily. Within the last decade prevalence increased sharply with more new HIV infections reported during the years 1995 to 1998 than all the cases prior to 1995 (Marquez, Sierra, Gayle, & Crown, 2000) [60] . (R. Cameron Wolf et al, 2003, p. 4)

En ce qui concerne plus singulièrement la France, les principales spécificités de l’épidémie du sida en Guadeloupe au regard de la situation métropolitaine s’expriment en terme de prévalence, de mode de contamination et des caractéristiques démographiques des personnes infectées par le Vih/sida. Aussi, allons-nous à présent prendre connaissance du profil épidémiologique guadeloupéen.

La Guadeloupe recense 1092 cas [61] de sida : 368 femmes et 724 hommes. Avec un taux de létalité de quasiment 55%, plus de la moitié des personnes infectées recensées depuis le début de l’épidémie sont décédées à l’heure actuelle. Toutefois, notons que depuis l’arrivée des multi thérapies en 1996 la mortalité des personnes infectées a sensiblement baissé. Les traitements ont permis d’augmenter l’espérance de vie des personnes séropositives et par là même de réduire les nouveaux cas de sida.

Pour la période 1997-2001, la file active hospitalière (nombre de personnes suivies par les services sanitaires) a plus que doublé [62] et croît deux fois plus vite en Guadeloupe qu’en métropole. En ce qui concerne les nouveaux cas de sida déclarés, en Guadeloupe, on enregistre une hausse de près de 40% pour la même période. En 2003, les services sanitaires accueillent 51 nouveaux cas de sida (CISIH, 2003). Enfin, notons que depuis le début de l’épidémie, 2698 personnes vivant avec le Vih/sida ont été enregistrées (CISIH, 2003).

Tableau comparatif France / Guadeloupe : cas de sida uniquement

Source : INVS au 30.06.03

En Guadeloupe, le mode de contamination par voie sexuelle prédomine et représente entre 76,5 % et 91% (le mode inconnu est assimilé à une contamination par voie sexuelle [63] ) des cas de contamination. Les contaminations hétérosexuelles apparaissent comme majeures dans la répartition des cas de sida, contrairement à la métropole, où ces cas apparaissent en troisième position. En second, apparaît le mode homo/bisexuel. La contamination par UDI reste mineure en Guadeloupe alors que c’est le second mode de contamination en métropole. Quant à la contamination par voie verticale (materno-fœtale), son taux reste à la fois faible et en régression tout en étant encore bien supérieur à celui que connaît la France (2,7 % des cas cumulés en Guadeloupe, contre 1,1% en France).

Tableau comparatif France / Guadeloupe [64]

Source : INVS au 30.06.03 & CISIH, 2003

Si, tout comme en métropole, les 30-50 ans [65] représentent plus de la moitié des personnes infectées (63 %), des spécificités liées à l’âge particularisent les cas de sida en Guadeloupe. En effet, les personnes de plus de 50 ans représentent 27% de la population totale touchée par le Vih/sida en Guadeloupe contre 13,6% en métropole. Cette répartition est d’autant plus importante à considérer que les plus de 50 ans sont proportionnellement beaucoup moins nombreux qu’en métropole.

De plus, nous notons que les moins de 20 ans sont plus touchés que les jeunes métropolitains.

Nous présentons ici succinctement quelques données sur les personnes vivant avec le Vih/sida.

Selon le rapport du CISIH, en 2003, la file active en Guadeloupe se répartit comme suit :

- 52 % des personnes sont au stade A de la maladie (asymptomatique-primo infection)

- 17,5 % sont au stade B de la maladie (symptomatique sans critère)

- 30 % des personnes sont au stade C (sida déclaré)

En 2003, les principales maladies opportunistes sont la candidose oesophagienne (22 cas [66] ) et la toxoplasmose cérébrale (14 cas [67] ).

Par ailleurs [68] ,

- 40% des patients ont une charge virale indétectable

- 25% des patients ont une charge virale supérieure à 30 000 copies

- 79% des patients suivis sont traités. La plus grande majorité de ces patients bénéficient d’une tri ou d’une quadrithérapie.

En ce qui concerne les comportements en population générale, il est difficile de connaître la tendance actuelle. En effet, la dernière (et première) grande enquête quantitative menée en terrain guadeloupéen date de 1992. Toutefois, nous ne pouvons faire l’économie de cette étude, principale référence en la matière. Aussi, nous allons rappeler ici les grandes conclusions de cette recherche, nommée « Analyse des Comportements Sexuels aux Antilles et en Guyane » (ACSAG [71] ).

Nous nous référerons également à deux autres études. La première est l’enquête « Connaissances, comportements, attitudes de la population guadeloupéenne vis-à-vis du Vih » datant de 1996, menée par OBEA, auprès d’en échantillon beaucoup plus restreint [72] . La seconde est une étude menée auprès des jeunes scolarisés en Guadeloupe, en 2001, par l’Observatoire Départemental Social et Sanitaire (ODESSA) [73] .

L’enquête ACSAG a mis en relief quatre principaux traits dans l’activité sexuelle des guadeloupéens.

Selon l’enquête ACSAG, l’âge au premier rapport sexuel ne montre pas de précocité particulière dans les Antilles françaises. Les femmes guadeloupéennes débutent même leur vie sexuelle plus tardivement que leur homologues métropolitaines. Les jeunes générations connaissent leur premier rapport entre 16 et 18 ans alors que leurs aînées (45-69 ans) avaient entre 17 et 20 ans lors de leur premier rapport sexuel.

Cependant, selon l’enquête menée en 2001 auprès des jeunes scolarisés en Guadeloupe, le taux d’élèves déclarant avoir eu des rapports sexuels pour les classes de 4e[74] est de 47% pour les garçons et 15% pour les filles. Ce taux s’élève à 83% pour les garçons en BEP [75] et à 67% pour les filles de cette même filière. En terminale générale [76] , les garçons à 77% déclarent avoir déjà eu des relations sexuelles tandis que seules 57% des filles le déclarent.

De même, selon une autre enquête menée en Guadeloupe « les jeunes au centre de l’action de prévention » [77] , pour les élèves de 4e, l’âge moyen du premier rapport sexuel est de 12,7 ans et pour les élèves de 1ier l’âge moyen est de 15,1 ans. Ces chiffres sont tout de même à relativiser puisqu’une surdéclaration n’est pas exclue, mais ils indiquent néanmoins une tendance à la baisse de l’âge au premier rapport sexuel. Remarquons égalment que ces âges moyens au premier rapport sexuel se rapprochent des autres pays des Caraïbes qui connaissent une initiation sexuelle tôt. Pensons au premier round des enquêtes de surveillance comportementale mené en Jamaique par Family Health Internationl auprès des jeunes scolarisés et hors système scolaire (FHI, 2000), l’enquête menée à la Barbade par le Ministère de l’éducation (2001), l’étude sur les connaissances, perceptions et pratiques des jeunes à Trinité et Tobago orchestrée par le Ministère de la santé (1995) ou encore l’enquête réalisée par le CAREC à Montserrat auprès des jeunes scolarisés. (Daphne Phillips, 2003). En effet, toutes les études montrent un début de la vie sexuelle très jeune chez les adolescents et plus particulièrement chez les jeunes garçons. Ces derniers déclarent commencer leur vie sexuelle en moyenne autour des 13-14 ans.

Revenons à notre terrain. En ce qui concerne les collégiennes qui ont eu des rapports sexuels, notons que 13% n’étaient pas consentantes.

Les rapports de genres participent également aux difficultés qu’ont les femmes à imposer le préservatif. Comme le précise l'étude ACSAG, lors du dernier rapport sexuel précédant l’enquête, peu de femmes ont utilisé le préservatif. Seules 36% des femmes se sont protégées lors d’une relation occasionnelle. Les femmes apparaissent ainsi plus vulnérables dans les processus décisionnels.

La supériorité de l’homme dans les relations pose problème dans les relations remarquées entre des hommes mûrs et des jeunes filles (Post test Prisca, 2002) [78] . Cette pratique dénoncée comme une forme détournée de prostitution (relation sexuelle en contre partie de cadeaux, etc.) contribue à la transmission du Vih.

Répondant à deux codes culturels divergents, la partition entre le féminin et le masculin se répercute sur les représentations. Pour exemple, certains résultats de l’enquête post test sur « Prisca » montrent que le multipartenariat de la femme questionne et demeure une faute grave (contrairement au multipartenariat masculin accepté et toléré). La représentation de la femme active « seins debouts », en situation de plaisir dérange, comme le souligne le Post test Prisca (2002, p. 39). Les jeunes filles se doivent d’évoluer dans un univers domestique et maternel.

Le statut valorisant de mère participe également aux difficultés de demander l’usage de préservatif et ceci d’autant plus que seule la maternité est à même de fournir une identité sociale forte.

L’acception et la banalisation du multipartenariat masculin de la part des femmes participe également d’un risque de contamination.

L’enquête ACSAG a montré que l’utilisation du préservatif se fait de manière raisonnée selon les caractéristiques de l’activité sexuelle : plus la relation est récente et/ou plus il y a une multiplication des partenaires et plus les individus ont recours aux préservatifs [80] . Qui plus est, en 1996, on note que 60 % des personnes déclarent avoir déjà utilisé un préservatif (72 % des hommes et 48 % des femmes l’ont déjà utilisé).

Cependant, chez les générations d’hommes de plus de 50 ans, tout comme chez les hommes mariés, l’utilisation du préservatif reste faible, et ce, même s’ils sont multipartenaires. Selon l’enquête, plus de la moitié [81] des hommes mariés multipartenaires n’a pas utilisé de préservatif au cours des 12 derniers mois précédant l’enquête. Plus encore, deux tiers des hommes mariés multipartenaires ne se sont pas protégés lors de leur dernier rapport sexuel. Dans le cas où ce dernier rapport a eu lieu avec un partenaire occasionnel, pratiquement 50% des hommes n’ont pas eu recours aux préservatifs. Ce pourcentage de non protection monte à 64% pour les femmes.

Ainsi, plus la relation est régulière et ancienne, moins le préservatif est utilisé et ce, même si l’individu a des relations occasionnelles non protégées.

Les analyses signalent également un lien entre la fréquentation des offices religieux et l’usage du préservatif. En effet, en Guadeloupe

l’assiduité à fréquenter des offices religieux semblent constituer un facteur de non-utilisation de préservatifs alors qu’en Métropole, il ne semblait pas y avoir de liens entre l’utilisation de préservatifs et l’importance accordée à la religion : 75% des hommes multipartenaires aux Antilles [...] ayant déclaré n’aller aux offices religieux que pour les fêtes ou ne jamais y aller, ont utilisé des préservatifs contre 53,3% des hommes antillais [...] multipartenaires fréquentant les offices religieux une ou plusieurs fois par mois (Giraud, 1995, p. 60). 

En ce qui concerne les jeunes, l’enquête a mis en relief que plus de la moitié des lycéens ont des relations non protégées (seulement 46% des garçons et 34% des filles utilisent systématiquement des préservatifs).

Observons que le nombre important d’Infections Sexuellement Transmissibles ((IST)- dont une recrudescence des cas de syphilis), d’IVG ou encore de grossesses à l’adolescence attestent également du non usage du préservatif lors de relations sexuelles.

Même si en 1992 la demande de test de dépistage est proportionnellement aux Antilles deux fois plus importante qu’en métropole, elle semble relativement indépendante des caractéristiques de l’activité sexuelle. En effet, l’enquête ACSAG a montré qu’il n’y avait pas de liaisons nettes entre l’exposition au risque de contamination (ou l’auto-perception) et la demande de test de dépistage. Ainsi, l’existence d’une logique autre se substituant à une logique bio-médicale rationnelle régit le recours au test de dépistage.

En effet, comme le montrent les résultats de l’enquête, les personnes qui n’ont eu qu’un seul partenaire au cours des 12 mois précédant l’enquête déclarent avoir déjà fait un test de dépistage dans les mêmes proportions que ceux qui ont eu au moins deux partenaires. De plus, parmi ceux qui ont fait un test, seul 20%, voire 25% l’ont fait pour des motifs liés au sida. La majorité des demandeurs a fait un test dans une demande globale de contrôle de routine (bilan) ou pour répondre à une demande administrative (service militaire, prêt bancaire, assurance-vie (Halfen, 2000)). Un quart des femmes qui se sont fait dépister n’ont jamais eu de relation sexuelle (Halfen, 2000).

De même, le test de dépistage ne semble pas fonctionner comme un relais à l’utilisation de préservatifs puisque comme le souligne S. Halfen (2000), les individus en demande de test n’utilisent déjà plus le préservatif dans leurs relations et ceci même chez les personnes qui ont déjà été testées. L’auteur parle d’un échec de la prévention faite en CDAG puisqu’il n’y a pas de changements de comportements vis-à-vis de l’usage du préservatif entre les personnes déjà testées et celles qui ne se sont jamais fait tester. Cependant, nous relativisons ces conclusions puisque le profil des personnes déjà testées indique une prédominance des femmes. Or, les femmes peuvent être victimes de multiples vulnérabilités et ne sont pas toujours en situation d’imposer le préservatif dans le cas où le conjoint le refuse.

Nos travaux sur l’état des lieux sur le Vih/sida en Guadeloupe ont également montré ces limites. Les personnes viennent se faire dépister pour connaître leur statut sérologique à un moment donné. Dans la majorité des cas, le recours à un test de dépistage ne semble pas fonctionner comme un relais aux préservatifs qu’un couple souhaite retirer dans le cadre d’une relation stable et fidèle (ou du moins protégée en extérieur). De plus, nous repérons également des personnes qui viennent se faire dépister de manière cyclique, pour se rassurer, et ceci tout en prenant des risques dans leur activité sexuelle (Bombereau, 2003b) [82] .

Par ailleurs, nous pouvons spécifier que faire un test de dépistage demeure quelque chose de honteux. Ainsi, lorsque les personnes font des tests de dépistage, elles ne le disent généralement pas à l’entourage ou mentent pour se rendre dans un centre de dépistage. Le maintien du secret entoure donc cette pratique. De plus, pour réduire l’identification possible à une demande de test de dépistage, nous observons que la majorité des demandes des tests se fait en laboratoires privés (Bombereau, 2003b).

Selon les données recueillies au 31 décembre 2002, 49% des personnes enregistrées au stade sida ont appris leur infection à ce moment-là, cette tendance est d’autant plus marquée chez les personnes de plus de 50 ans (DSDS, 2003). De nombreuses personnes attendent d’avoir des signes cliniques ou des symptômes évoquant le sida pour se faire suivre médicalement.

De ce fait, le recours aux soins demeure tardif. Différents facteurs sont mis en exergue pour expliquer ce recours tardif. Le rapport de la DSDS (2002) sur les caractéristiques de l’épidémie Vih/sida en Guadeloupe pointe la non perception de la prise de risque, le manque de confidentialité des structures sanitaires de l’île, l’existence d’une population précarisée en situation irrégulière et la stigmatisation ambiante concernant le Vih/sida .

Le rôle déterminant de la stigmatisation et de la discrimination à l’égard des personnes vivant avec le Vih a été, entre autres, démontré par l’étude de S. Halfen (2000). En effet, en évoquant la surmortalité des homosexuels infectés en Martinique, elle souligne non seulement que le recours au système de soins se fait plus tardivement dans cette population hautement stigmatisée, mais également que l’observance des traitements est rendue également plus aléatoire.

Notons que les auteurs de l’enquête ACSAG concluaient la partie sur les comportements en spécifiant que les individus n’obéissent pas à la seule logique du calcul rationnel et de la préservation de la santé.

Nous présentons ici les données sur le niveau de connaissance de la population concernant le Vih/sida, toujours au vu des enquêtes quantitatives.

Les principaux modes de transmission sont largement connus par la population.

Dans l’enquête de 1996, ils sont 94% de l’échantillon à citer les relations sexuelles, la voie sanguine et la transmission materno-fœtale comme principaux vecteurs de la transmission du Vih. Toutefois, nous observons que la transmission verticale [83] apparaît comme méconnue chez la plupart des jeunes scolarisés.

Par ailleurs, l’enquête note que certaines circonstances dont la dangerosité est soit nulle, soit improbable (par la salive, les toilettes souillées) sont encore considérées comme à risque par une proportion importante de l’échantillon (Giraud et al, 1995). Plus encore, observons que 31 % des hommes et 37 % des femmes ayant fait un test de dépistage attribuent la contamination par le Vih à des influences externes : le destin, le manque de chance ou encore le hasard (Giraud, 1995).

Le caractère mortel [84] de la maladie est largement identifié par la population. En revanche, nous notons que l’aspect chronique de la maladie est peu identifié. Pour exemple, l’enquête auprès des jeunes de 2001 montre que 40% des élèves croyaient que la durée moyenne entre une contamination par le Vih et l’entrée au stade sida était de un an. Seuls 15% des élèves ont estimé ce temps de latence à dix ans.

Arrêtons notre descriptif ici et remarquons que dans l’ensemble ces résultats sont communs avec la majorité des enquêtes quantitatives menées dans les Caraïbes.

Quels sont les principaux éléments d’informations que nous pouvons retenir de cette première partie ? Tout d’abord, la Guadeloupe se présente comme un département [85] polymorphe. Cet archipel relève des lois, des politiques, des services sociaux, etc. français. À ce titre, les structures sanitaires et sociales, l’accès aux traitements et de manière plus générale, les politiques en matière de santé publique insèrent le département dans des dispositifs propres aux pays dits du Nord. Dans le même temps son inscription dans la zone Caraïbe se fait ressentir à travers son profil populationnel et ses indicateurs socio-économiques fragiles.

Deuxièmement, le profil épidémiologique du département montre non seulement que la situation de l’épidémie du sida est encore critique en Guadeloupe, mais également que l’homme hétérosexuel de plus de 30 ans est sensiblement vulnérable à l’infection au Vih. Ce profil se démarque de celui métropolitain et à l’inverse il se calque sur le modèle épidémiologique caribéen. Aussi, « l’épidémie du sida en Guadeloupe présente les caractéristiques du " sida du sud " : transmission majoritairement hétérosexuelle, extension épidémique rapide, émergence d’un discours moralisateur et discriminatoire sur la " promiscuité sexuelle " qui exposerait au Vih. » (Vidal cité par Pourette, 2002a, p. 366).

Troisièmement, nous avons pu constater que l’usage du préservatif n’est pas généralisé malgré un multi partenariat non négligeable. La demande de dépistage ne suit pas une logique de risque bio-médicale rationnelle et quasiment. Une part importante des personnes dépistées séropositives ne se fait pas traiter.

Par ailleurs, plusieurs indicateurs montrent l’importance des rapports sexuels non protégés. Nous pensons ici, à la recrudescence des cas de syphilis et autres IST, au fort recours à l’IVG, aux grossesses à l’adolescence ou encore à l’usage de plus en plus fréquent de la contraception d’urgence (Bombereau, 2003a) [86] .

Quatrièmement, la stigmatisation des personnes vivant avec le Vih/sida rend difficile le dépistage, l’accès au soin et l’observance des traitements.

Parallèlement, nous avons pu constater que la population générale semble avoir de très bonnes connaissances sur le Vih/sida  (les principaux modes de contamination sont identifiés, le caractère mortel et les moyens de se protéger sont connus).

À partir de ces principales caractéristiques, nous pouvons émettre une première conclusion. La Guadeloupe a réceptionné une politique, un dispositif et une prévention pensés pour une épidémiologie du Nord (transmission majoritairement homosexuelle et par voie intraveineuse) qui ne répond pas à sa réalité. S.Halfen (2000) parle, depuis son terrain martiniquais, d’une exportation d’outils de prévention du modèle métropolitain non adaptés. Ce modèle participerait du peu d’intérêt de la population antillaise pour la réalité du sida marqué par des figures métropolitaines bien particulières : l’homosexuel et le toxicomane.

Deuxième conclusion, en nous basant sur les trois enquêtes quantitatives [87] , nous pouvons remarquer que la Guadeloupe connaît ce que l’on pourrait appeler un Kap-Gap [88] . En effet, malgré un niveau de connaissance présenté comme très satisfaisant, les comportements ne suivent pas une logique de protection bio rationnelle. Plus encore, ces éléments d’informations et de connaissance n’arrivent pas à faire taire une stigmatisation et une discrimination à l’égard des personnes vivant avec le Vih/sida. Nous sommes donc en présence d’un décalage entre savoir et comportements.

Par là-même, nous confirmons, dix ans après, les conclusions de l’enquête ACSAG. En effet, les auteurs avaient déjà mis en relief cette divergence connaissance-comportement en soulignant qu’il n’y a pas

d’implication nécessaire entre les connaissances (ou les jugements) et les pratiques et qu’un bon niveau de connaissances ne conduit pas automatiquement dans les faits à des changements qui seraient favorables à la prévention, car les comportements, notamment sexuels, des individus obéissent à un ensemble complexe de facteurs et non à la seule logique du calcul rationnel (Giraud et al, 1995, p. 103).

Expliquer les conséquences et la gravité sanitaire de certains comportements ne suffit pas à favoriser les changements d’attitudes. Par exemple, les nombreux programmes de lutte contre le tabagisme ou encore l’alcoolisme ont montré leurs limites et leur inefficacité sur la population.

En ce qui concerne le Vih/sida, que ce soit les conclusions de l’analyse de Franciane Converty (1990), de l’enquête ACSAG (1992) ou l’un des constats du programme régional Vih/sida de Guadeloupe, 1998-2000, il est à noter que même si l’information sanitaire sur le Vih/sida  est bien répétée (modes de contamination, moyens de se protéger), peu d’individus changent leurs comportements et se protègent. Ainsi un bon niveau de connaissance ne conduit pas automatiquement dans les faits à des changements qui seraient favorables à la prévention.

Nous retenons donc, que les individus ne répondent pas toujours à la seule logique du calcul rationnel et de la préservation de la santé mais également que ces mêmes individus fonctionnent avec d’autres logiques. Les conséquences directes de cette distorsion indiquent qu’il y a une logique ou encore une rationalité autre à décoder. La gestion d’un risque sanitaire ne répond pas toujours à une rationalité scientifique. C’est en ce sens qu’il nous apparaît pertinent de chercher le savoir retravaillé par la population.

De plus, avec les conclusions de Halfen sur l’échec de la prévention faite en CDAG, nous pressentons l’existence de représentations sociales qui interfèrent avec les messages sanitaires.

C’est à partir de l’identification de cette situation problématique spécifique, mais néanmoins courante en matière de santé, que nous nous proposons de partir à la quête de ces représentations sociales que détient la population sur le Vih/sida. Par là-même, nous essayerons de déterminer les stratégies de protection mises en place par la population, si elles ont lieu d’être, et d’identifier la logique à laquelle la population obéit. Cette mise en question de la gestion du risque nous apparaît d’autant plus pertinente que la population a bien enregistré le risque mortel lié à cette pathologie. 

Comme le soulignait Patrick Peretti-Watel, le risque de damnation n’existant pas pour l’athée, « la façon dont nous nous représentons un risque dépend de nos croyances » (Peretti-Wattel, 2002, p. 37). La peur nous apparaît ainsi comme un fil conducteur qu’il nous faudra questionner dans cette gestion de l’autre (infecté ou non infecté par le Vih).

Cette approche socio-culturelle nous apparaît d’autant plus incontournable que la lutte contre le Vih/sida en Guadeloupe doit se parer des spécificités antillaises. Or, pour l’heure, aucune enquête socio-anthropologique sur les représentations sociales n’a été menée en Guadeloupe. [89]

À présent, nous allons exposer nos stratégies de recherche pour mettre à jour et analyser les représentations sociales sur le Vih/sida en Guadeloupe. Ce sera sur cette base que nous proposerons, par la suite, des recommandations pour la mise en place de programmes de prévention contre le Vih/sida culturellement sensibles et réceptionnables par la population d’un Département Français d’Amérique (DFA).



[27] La Dominique est aujourd’hui l’île comprenant la plus grande population d’Indiens Caraîbes des Antilles, estimée à plus de 3 000 personnes.

[28] Les guerres de succession d’Espagne, de succession d’Autriche, la guerre de sept ans, la guerre d’indépendance américaine, la révolution française, etc. ont fait l’histoire des Caraïbes. Pour exemple, les Anglais ont concédé dans le traité de Paris de 1763, la Guadeloupe aux Français en contre partie de laquelle ces derniers devaient abandonner leurs revendications sur des territoires au Canada.

[29] Pour exemple, les îles ont servi d’escales et de bases militaires pour les Anglais durant la guerre d’indépendance de l’Amérique, ou encore de points d’ancrage pour entrer en Amérique centrale et du sud.

[30] Nous pouvons noter qu’à l’heure actuelle, une forte assistance technique et financière des Etats-Unis est présente dans la zone Caraïbe pour lutter contre le sous-développement des petites Antilles. Cette réalité s’accompagne d’une grande dépendance politique des pays de la Caraïbe (M. Burac, 2000).

[31] Les chiffres sont des estimations qu’Y. Charbit souligne dans son ouvrage, pour la période 1451-1870, dans « Famille et nuptialité dans la Caraïbe », Travaux et Documents, cahiers n°14, INED, 1987.

[32] Notons que la Martinique, sous dépendance anglaise pendant la révolution française, ne connu pas les réformes, en particulier l’abolition de l’esclavage durant cette période et par conséquent ne vécu pas la rétablissement de l’esclavage.

[33] Membres du conseil élus au suffrage universel et à la proportionnelle.

[34] Conseil composé des élus des cantons.

[35] Par cette approche nous souhaitons évincer toute logique de déresponsabilisation et la crainte d’une récupération d’un facteur historique mis en exergue pour expliquer une épidémie.

[36] L’auteur souligne l’aspect aléatoire des pourcentages étant donné que le métissage « rend impropre toute catégorie figée et fermée ».

[37] Estimation de la population par l’INSEE, en juillet 2003 : 440 189 habitants.

[38] Les Caraïbes demeurent une zone en développement. Si quelques pays font exception, telles que les îles vierges ou l’île Moustique, ces îles en côtoient d’autres très pauvres, telles que Haïti, la République Dominicaine, ou encore la Dominique, St Vincent et les Grenadines, etc. De manière générale, dans les pays des Caraïbes, l’agriculture (banane, canne à sucre) occupe une place prépondérante. Seules quelques îles ont une industrie développée.

[39] La situation de Saint-Martin, est à cet effet paroxystique. On dénombre plus de quatre vingt dix ethnies différentes et les travaux de C. Benoît et de F. Bardinet ont largement mis en relief le développement de l’île sur la base d’une main d’œuvre en situation irrégulière.

[40] Pour comparaison, en 1975, la population guadeloupéenne en métropole était de 53 200, et en 1990, elle était de presque 102 000 personnes. Ce mouvement vers l’hexagone a pris son ampleur dans les années 1980 par la mise en place de politique favorisant l’emploi des habitants des départements français d’outre-mer. (Antiane Eco, n°52, Mai 2002, p.16).

[41] L’indicateur conjoncturel de fécondité donne le nombre d’enfants que mettrait au monde, en moyenne, une femme, qui, au cours de sa vie féconde (15-49 ans) aurait le comportement observé pendant l’année considérée pour l’ensemble des femmes.

[42] Etat civil, 1999.

[43] D’après l’INSEE, en 1992, chez les 18-24 ans, 56% des femmes ont une contraception en Guadeloupe alors qu’en France, elles sont 80% a avoir un moyen de contraception dans cette même tranche d’âge. De manière générale, moins d’une femme sur deux a un moyen de contraception en Guadeloupe, au début des années 90 (TER 2000). Le manque d’études récentes nous limite pour effectuer des comparaisons.

[44] Pour comparaison, selon le CESAG-enquête SAE, le recours à l’IVG est deux fois plus important en Guadeloupe qu’en métropole. En Guadeloupe, pour 100 conceptions, 39 IVG sont effectuées alors qu’en métropole, on enregistre 20 IVG pour 100 conceptions.

[45] Pour avoir une vision plus précise de cette situation, nous renvoyons le lecteur au travail que nous effectué pour la Délégation Régionale aux Droits des Femmes de Guadeloupe : G. Bombereau, Analyse de situation : la contraception, les grossesses à l’adolescence, l’IVG et la sexualité en Guadeloupe, COGES, 2003.

[47] En France, il est estimé que seul 20,6% des plus de 30 ans n’a pas de diplôme. Il est entendu ici par « sans diplôme », une personne qui n’a même pas eu le premier diplôme du cursus scolaire, soit le CEP obtenu généralement à 14 ans (ce diplôme n’existe plus).

[48] Nous retenons l’attention du lecteur sur la tranche d’âge sélectionnée ici. En France, dans une scolarité normale l’élève a 18 ans lors de l’année du baccalauréat.

[49] Source : INSEE, estimations d’emplois, 2001.

[50] De plus, nous pouvons noter que selon une étude du Trésor Public, en 2002, la Guadeloupe présente le taux de recouvrement de l’impôt le plus bas de tous les départements français. Seuls, 73,5% des foyers règlent leurs impôts.

[51] SMIC : Salaire Minimum d’Interprofessionnel de Croissance.

[52] Au 31 décembre 2002, l’ INSEE estime à 49 100, le nombre de personnes demandeurs d’emploi.

[53] On entend par chômeur de longue durée, une personne au chômage depuis au moins un an.

[54] Rappelons que le RMI est perçu par des personnes de plus de 25 ans sans activité reconnue.

[55] Le ministère français de la santé a défini son plan national de lutte contre le sida en plaçant les Départements Français d’Amérique (la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane) comme groupe prioritaire dans les stratégies de prévention de l’infection VIH/sida en France pour les années 2001-2004.

[56] La première conférence régionale de santé qui a eu lieu en 1996 a retenu le VIH/sida comme priorité de santé publique ; en 1997, l’élaboration d’un programme régional de santé (PRS) a été réalisée et ce programme a débuté en 1998.

[57] Notre étude sur l’état des lieux sur le Vih/sida en Guadeloupe (Bombereau, 2003b) a mis en relief le fait que les personnes qui viennent se faire dépister en CDAG sont issues des classes moyennes (travailleurs, étudiants), sont jeunes (20-40 ans) et principalement d’origine française.

[58] Pour plus de détails sur l’ensemble de ces associations (publics visés, missions, points positifs et négatifs), nous renvoyons le lecteur sur l’état des lieux du Vih/sida que nous avons réalisé, Bombereau (2003b).

[60] Notre traduction : « Le sida est probablement apparu pour la première fois (...) entre la fin des années 70 et le début des années 80, avec le premier cas de sida signalé en Jamaïque en 1982. Avant la fin 1985, tous les pays caribéens avaient signalé au moins un cas de sida. Durant la première décennie de l’épidémie, la prévalence augmentait régulièrement. Dans la dernière décennie, la prévalence augmentait nettement avec plus de nouvelles infections à Vih signalées durant les années 1995 à 1998 que tous les cas antérieurs à 1995. »

[61] Notons qu’en Guadeloupe, le taux d’incidence du sida est estimé à 14,9 cas pour 100 000 habitants. En métropole, le taux sur l’ensemble des autres départements est de 2,5 cas (INVS, 30.05.03).

[62] En métropole, pour la même période, la File Active (FA) a augmenté de 27%.

[63] Nous pouvons remarquer une surprésentation des hommes déclarant ne pas connaître leur mode de contamination. En effet, le mode inconnu est signifié à 88% par des hommes. Cette répartition peut laisser sous entendre des modes de contamination Homo/bi non avouées. Cette même tendance se retrouve en métropole.

[64] Tableau donné sans la tranche des 20-29 ans.

[65] Les classes d’âges les plus touchées sont les 30-39 ans (36,7% des cas) et dans une moindre mesure les 40-49ans (25,6 % des cas) au 31.12.2002.

[66] Données sans Saint-Martin (CISIH, 2003).

[67] Données sans Saint-Martin (CISIH, 2003).

[68] Rapport d’activité du CISIH, 2002.

[69] Les données concernent les pays membres du CAREC, soit : Anguilla, Antigua et Barbuda, Aruba, les Bahamas, la Barbade, le Bélize, les Bermudes, les Iles Vierges britanniques, les Iles Caïmans, la Dominique, Grenade, le Guyana, Haïti, la Jamaïque, Montserrat, Saint Kitts et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent et les Grenadines, Trinité et Tobago, Turks et Caïcos, le Surinam. Cette étude montre les grandes tendances de l’épidémiologie caribéenne, même si des disparités existent entre les différentes îles de la Caraïbe, comme déjà souligné en introduction.

[70] Les données dont nous disposons ne nous permettent pas de faire des comparaisons aussi précises avec le profil épidémiologique guadeloupéen puisque les tranches d’ages retenues ne sont pas les mêmes. Toutefois, nous remarquons que les 25-34 ans représentent 35,3% de la population infectée dans la Caraïbe, les 35-44 ans représentent, 28,1%, les 45-54 ans représentent 12,9%, les 55 ans et plus représentent 7,6%, et les 15-24 ans représentent 9,6%.

[71] Michel Giraud et al : Analyse des Comportements Sexuels aux Antilles et en Guyane, ANRS, 1995. Cette enquête a été menée auprès de 2634 personnes de 18 à 69 ans, en Guadeloupe, Martinique et Guyane. Notons qu’en 2004, une nouvelle enquête est lancée.

[72] Un échantillon de 400 personnes a été retenu pour l’enquête.

[73] Vanessa Cornelly et al : « Connaissances de l’infection à Vih-Sida : enquête chez les jeunes scolarisés en Guadeloupe », DSDS, ODESSA, 2001. Cette enquête fut menée auprès d’élèves de CM2, de 4ième et de lycéens en terminales.

[74] En 4e, les élèves ont normalement 14 ans.

[75] L’année du BEP, les élèves ont normalement 16 ans.

[76] En terminale, les élèves ont normalement 18 ans.

[77] « Les jeunes au centre de l’action : enquête en milieu scolaire, approche de la sexualité des jeunes en Guadeloupe et attentes en matière de prévention », Académie de Guadeloupe, Mission de Promotion de la Santé en Faveur des Elèves, 2001-2002. L’enquête concernait 781 lycéens et 683 collégiens.

[78] Ces remarques émanent également de nombreux professionnels de santé.

[80] Le recours aux préservatifs est plus important en Guadeloupe qu’en métropole.

[81] 6 hommes multipartenaires mariés sur 10 ne se sont pas protégés lors de rapports sexuels.

[82] Pour plus de détails, nous renvoyons le lecteur au travail que nous avons réalisé et plus précisément au paragraphe sur les fonctions octroyées au test de dépistage (Bombereau, 2003b). Nous pouvons néanmoins d’emblé préciser des limites quant à nos connaissances sur le thème du dépistage, puisqu’à l’heure actuelle il n’y pas réellement d’exploitation des données concernant les usagers des centre de dépistage et ce d’autant plus que le recueil des données sur les usagers se fait de manière hétérogène d’un CDAG à un autre.

[83] Transmission de la mère à l’enfant.

[84] Nous y reviendrons plus loin, mais nous pouvons d’ores et déjà spécifier que le sida n’est pas tant perçu comme une maladie mortelle que comme une maladie qui tue.

[85] À l’instar de la Martinique et de la Guyane, les deux autres DFA.

[86] Données issues de la recherche que nous avons effectuée pour la Délégation Régionale aux droits des femmes, en Guadeloupe. Nous pouvons noter que ces indicateurs de non-protection se retrouvent également en France métropolitaine et au Canada.

[87] L’enquête ACSAG de 1992, l’enquête OBEA de 1996 et l’enquête auprès des jeunes scolarisés de 2001.

[88] Fossé entre les connaissances et les comportements, les attitudes et les pratiques.

[89] Les seules enquêtes, à notre connaissance, abordant la question des représentations sociales du sida en Guadeloupe, tiennent au travail de C. Benoît auprès des Haïtiens en milieu Saint martinois uniquement et du travail de J. Beauchard et C. Delachet-Guillon , toujours auprès des Haïtiens.

© Gaelle Bombereau, 2005