Collection Mémoires et thèses électroniques
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Annexe III : Exemple de discours réflexif collaboratif à prédominance technique (Van Manen, 1977)

Mon intervention ici est en fonction de la gestion de classe. J'ai pu assister à un cours donné par une ancienne stagiaire de PROTIC en début de semaine. Bien que celle-ci ne soit qu'une suppléante, j'ai remarqué à quel point les élèves l'écoutaient et la respectaient. Tout au long du cours (un cours de MTI. en plus!), les élèves ont travaillé individuellement sans trop de bruit. Personnellement, je me souviens lorsqu'il y avait des suppléants dans un de mes cours, c'était la folie furieuse. Rien ne marchait droit et les élèves étaient très indisciplinés. La suppléante que j'ai observée avait un petit truc que je crois être la clef du succès pour une bonne gestion de classe: LES 5 PREMIÈRES MINUTES. En effet, si l'on fait le lien avec tout autre aspect de la vie quotidienne, la première impression influence grandement la relation avec autrui. J'ai donc remarqué qu'elle ne commençait pas le cours au tout début, après le son de la cloche. Elle attendait quelques minutes avant d'intervenir. En faisant la comparaison avec nous, étudiants universitaires, nous fonctionnons de la même manière. Jamais nous ne débutons un travail quelconque sans avoir respiré un peu avant. De plus, à la suite de ces 5 minutes, lorsqu'elle demande le silence afin de débuter ses explications, elle attend toujours le silence le plus complet. Si nous laissons un seul élève parler pendant que nous débutons le cours, tous les élèves vont croire qu'il n'est pas vraiment nécessaire de se taire car le professeur laisse passer ce comportement. Je crois personnellement qu'en tant que stagiaires, nous faisons souvent cette erreur. Dès le son de la cloche, nous sommes pressés de débuter notre cours et nous ne laissons pas les élèves s'installer à leur aise._Je crois également que de cette manière, la gestion de classe sera plus efficace. De cette manière, nous laissons tomber les tensions et l'excitation accumulées lors des la récréation. Les élèves sont donc plus aptes à être attentifs et productifs. Je tenterai donc dans ce stage de tester cette méthode que je crois en théorie très bonne. Nous verrons donc dans quelques semaines si le résultat fut celui attendu.
L'idée de laisser le temps aux apprenants de s'installer pendant les 5 premières minutes du cours est louable. Par contre, je me demande si un enseignant qui commence cela ne risque pas de transformer ces 5 minutes en 7 minutes, puis en 10 minutes. L'inverse est aussi vrai. Bref, une période de 75 minutes pourrait en devenir une de 55 minutes. Si je multiplie la perte de temps par 20, j'obtiens de 200 à 400 minutes par semaine. C'est plus de 3 heures par semaine!!! Je ne veux pas discréditer les bienfaits de ces 5 minutes. Cependant, j'ai vu jusqu'à présent deux modèles à ce sujet. Faisons une analogie avec l'aviation. Pour certains enseignants, la deuxième cloche correspond à l'heure d'embarquement tandis que pour d'autres, c'est l'heure du décollage. Il s'agit donc de deux visions opposées à la gestion de temps en classe. Avez-vous déjà expérimenté les deux méthodes ? Qu'en pensez-vous ?
5 minutes par ici, 5 minutes par là… N'oublions pas une chose : en PROTIC, les 65 autres minutes ne sont pas nécessairement toutes productives! Dans ma classe, il n'est pas rare, en plein milieu de la période, pendant que tout le monde semble travailler, d'en accrocher un en train d'ajuster sa musique, ou d'écrire un message à un ami, ou de vérifier l'horaire du cinéma de la soirée… Ajoutons donc ces 5 minutes, peut-être même 10 ou 15 même que nous tolérons en classe (que nous ne contrôlons pas en fait) qui sont en fait des minutes de liberté, aux 5 minutes du début du cours et aux 5 minutes de fin de cours… Il n'en reste pas beaucoup! Je crois que dans une classe conventionnelle, les cinq minutes, que ce soit au début ou à la fin, sont louables, et peuvent être bénéfiques. Mais dans un contexte de PROTIC (je parle de ma classe, je ne peux pas juger de comment ça se passe dans les autres classes), l'enseignant a amplement le temps de discuter avec les élèves, souvent de sujet hors-matière, et les élèves ont la liberté de choisir leur 5 minutes et de le gérer à leur guise, c'est toléré en classe. Dans ce contexte, un 2 minutes pour s'asseoir et se calmer, en plus de la liberté accordée en classe sont suffisants à mon avis. Dans vos classes, est-ce que ça se passe de la même façon ?
À la suite d'un petit fait vécu, je me suis questionnée sur l'importance des 5 minutes de liberté des jeunes. Mais cette fois, je me suis demandé si 5 minutes à la fin, ce n'était pas plus profitable ou même devrions-nous leur laisser 5 minutes au début de la période et à la fin ? Vendredi dernier, les élèves continuaient d'avancer dans la mission. Les pairs-aidant ont présenté une capsule explicative, puis j'ai demandé aux élèves de poursuivre leur travail au sein de leur équipe. À ce moment, j'ai regardé l'heure et j'ai aperçu la grande aiguille sur le 6. Donc, dans ma tête je me suis dit qu'il restait encore assez de temps aux élèves pour avancer. Je pensais que nous étions à la dernière période et non à la troisième. Les élèves travaillaient très bien, pour la plupart. Quatre élèves s'étaient levés et discutaient ensemble dans un coin. Je leur ai alors suggéré d'aller essayer quelques problèmes avant de partir, car les pairs-aidant étaient disponibles pour les aider et que l'apprentissage coopératif ça ne se fait pas seul dans sa chambre à la maison. C'est alors que l'un d'entre eux m'a répondu qu'il ne restait que 1 minute avant la fin de la période. Après cette intervention, j'ai réalisé l'importance de permettre aux élèves de cesser leur travail quelques minutes avant la fin. Ainsi, ils peuvent discuter d'un autre projet, ils peuvent aller voir une autre équipe et discuter de leurs apprentissages. Même s'ils ne font rien, je crois que ça leur prend du temps pour "digérer" ce qu'ils viennent d'acquérir ou de modifier. La fin de la période, c'est également le temps pour dialoguer avec les élèves. Les élèves ont le besoin de sentir que nous nous intéressons à eux. Je vous pose donc la question. Quel est le meilleur moment pour leur laisser de la liberté ?
J'approuve ton point de vue. Ce que j'apprécie dans ce que tu rapportes, c'est que tu considères justement qu’il ne faut justement pas sous-estimer l'impact d'une bonne amorce de la relation avec ses apprenants pour une période donnée. Il ne faut pas brutaliser les élèves durant ce premier 5 minutes. En fait, ces premières minutes devraient même nous servir à nous rapprocher de nos apprenants. C'est le tendon d'achille pour la négociation qui s'ensuit. C'est un moment privilégié pour user de ses stratégies personelles: humour, philosophie, etc. Stratégies qui ont pour but d'établir la relation que nous cherchons à développer avec les élèves._Cet instant n'est donc pas seulement idéal pour instaurer une bonne gestion de classe, je crois que c'est sans doute le moment le plus opportun pour établir le contrat d'apprentissage, pour responsabiliser les consciences. J'ai moi-même brûlé des étapes avec mes apprenants lors de mes premières présences en classe, j 'ai dévoré le gâteau sans le savourer. Si je veux amener mes apprenants à se dépasser, je dois prendre chaque bouchée comme une occasion de créer et non comme une corvée dont je dois me débarrasser illico presto.

© Stéphane Allaire, 2006