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Annexe IV : Exemple de discours réflexif collaboratif à prédominance délibérative et critique (Van Manen, 1977)

Bonjour à tous! Concernant le cercle du travail collectif et individuel évoqué par Annie, j'ai aussi mon mot à dire. Dans les cours que je planifie, le passage du collectif à l'individuel est fréquent et pas toujours facile à gérer. D'abord, j'ai souvent tendance à recourir au collectif en debut de cours parce que je veux situer les élèves dans leurs connaissances et leur cheminement. Aussi, je veux connaître leur intérêt pour le sujet abordé. Ensuite, je les renvoie à eux-mêmes. À partir de ce moment, c'est à eux de choisir s'ils continuent à recourir au collectif ou s'ils sont prêts à cheminer seuls. Donc, je pense que le recours au collectif répond à mon besoin de connaître les élèves, mais il permet aussi aux élèves de se situer par rapport aux autres. De cette facon, également, ils peuvent apprendre des autres et reconnaître ceux qui peuvent les aider. J'introduis l'idée de ZDPG. En commençant avec le collectif, un obstacle m'est apparu. Des élèves plus avancés, qui comprennent déjà, ne sont pas nourris et portent peu d'attention à la discussion de groupe, leur ZDP n'est pas atteinte. Tandis que des élèves plus en retard ne sentent pas qu'ils peuvent apporter quelque chose et semblent décrocher, ça dépasse les limites de leur ZDP. Comment pourrais-je mieux m'adapter aux besoins de chacun ? Serait-il possible que je suggère des séances collectives à participation volontaire ? En sous-groupes, des élèves pourraient mieux profiter et les discussions seraient plus fructueuses qu'en grand groupe. Qu'en pensez-vous ?
Ton idée est intéressante, mais je pense qu'un changement de point de vue sur le collectif pourrait faire une difference encore plus importante et sensible sur les élèves._Je m'explique. Tu disais : " le recours au collectif répond à mon besoin de connaître les élèves, mais il permet aussi aux élèves de se situer par rapport aux autres. De cette facon, également, ils peuvent apprendre des autres et reconnaître ceux qui peuvent les aider "._Je pense que si nous entrons dans un rapport au collectif, ce devrait essentiellement être dans l'intention de faire négocier le sens d'un problème ou d'une connaissance. Je pense que s'il s'agit de négocier le sens, le degré de connaissance de tous les élèves est sollicité également car il s'agit précisément de partir de l'individuel pour en arriver à une image collective. J'admets qu'en pratique c'est difficile. Encore ici, domine la question de la valeur de la tâche, de la dévaluation. Pour ma part j'essaie vraiment d'utiliser le collectif uniquement pour de telles négociations : à travers elles, bien sûr, les élèves et moi nous nous situons les uns par rapport aux autres. La difficulté que je rencontre est la suivante : J'ai de la difficulté à gérer cette négociation pour que justement elle aboutisse à un consensus. Le plus souvent, c'est moi qui dois finalement poser les bases et solliciter l'adhésion, mais ce n'est pas comme ça que je voudrais que les choses se passent!
Je vois aussi des obstacles à travailler en va-et-vient individu et collectif. Ce que je constate, c’est que ces obstacles représentent aussi une facon de situer la ZDPG. D’abord, je tiens à identifier l’obstacle auquel j’ai dernièrement fait face. Les élèves se sont, il y a deux semaines, un peu révoltés contre un projet et contre le mode de fonctionnement général de secondaire trois. Cette crise passagère semble calmée. Ce que je retiens c’est l’esprit de communauté qui règnait pendant les revendications faites par les apprenants. C’est comme si à ce moment, j’aurais dit que la plupart étaient en mode opposition. J’en ai alors profité pour leur parler de ce sentiment qui semblait généralisé d’opposition. Je pense que leur ZDPG émergeait dans une certaine mesure à ce moment. Comme tu le mentionnes: "Alors, on peut reconnaître notre zone d’une part et celle des élèves d’autre part." Et cela nous met sur la piste de l’identification de la zone avec les élèves. C’est pour nous comme pour eux, je crois, important de se situer pour avancer. Quand on ne se situe pas on ne peut pas ou que difficilement reconnaître les pas que nous faisons, d’où l’importance de dire je pars d’ici et je vais là. Comme le conflit cognitif que je décrivais sommairement ci-haut ne représente qu’une facette disons émotive de la ZDPG, il est certes possible de situer une ZDPG plus académique. Mais la ZDPG émotive dans ce cas du moins représente une importante facette de l’apprentissage qui était freinée par l’émotivité. Les élèves en conflit cognitif se sont visiblement sentis en manque d’échafaudage. Le besoin que j’ai de situer la ZDPG collective est motivé par l’utilité qu’elle peut avoir dans la situation de la ZDPI et ainsi, dans le travail vers un apprentissage durable. En partant du collectif on peut mieux aller vers l’individuel. De fait, si on arrive à tâter la ZDPG par exemple en observant, de sorte à "entendre leurs connaissances antérieures ", on pourra possiblement sur le fait situer les élèves ayant un bagage important. Je pense aux deux expériences de lancement de projets pendant lesquelles j’ai amené les apprenants à me donner leurs représentations des concepts centraux dans un cas et dans l’autre des types de territoires composant le territoire région du programme de géo. Je les ai ensuite de là dans les deux cas amenés à faire des choix qui marqueraient le début du projet et l’orientation qu’ils y donneraient. Cet exercice place aussi la ZDPG devant leurs yeux ils peuvent se situer en regardant si eux avaient un plus ou moins gros bagage. C’est aussi dire que cette zone changera possiblement en cours de projet. Ça me fait penser à une image de la terre étant le centre, la majorité, la lune en orbite comme représentant les marginaux, ceux en marge un peu plus loin ou un peu moins, et plus ailleurs, mais dans le même système, le soleil, l’enseignant.
Pour moi, la compréhension d’un concept abstrait, tel la ZDP est plus facile si je peux m’en faire un dessin, si je peux le transformer en une situation concrète, visuelle. Mme X illustre bien le cas où la majorité des élèves du groupe entrent en mode d’opposition, "un peu révoltés contre un projet et contre le mode de fonctionnement général". Donc, l’émergence d’une réaction commune est un bon indice de la position du groupe. Il est aussi un indice de CCG. À ce moment, la synergie de groupe apparaît dans un commun accord. Le message lancé par les élèves est clair : le projet ne nous satisfait pas, le mode de fonctionnement général non plus. C’est la majorité qui l’emporte. La pensée de chacun est dirigée, les élèves n’ont pas le choix de se remettre en question, de se positionner face au groupe. Là, le CCG est vécu et la ZDPG est en partie reconnue. Personnellement, je me souviens qu’un événement semblable est survenu dans mon groupe lorsque j’enseignais une technique complexe de manipulation algébrique. J’ai senti que les élèves vivaient un CCG par leur réaction. Même les élèves plus forts semblaient en déséquilibre. Lorsque j’ai demandé: «Qui comprend ?», deux ou trois mains timides se sont levées. J’avais alors toute l’attention des élèves pour expliquer et expliquer encore la fameuse technique. Je sentais que les élèves étaient prêts à recevoir l’information. Mon discours n’était pas trop loin de leur zone puisqu’ils paraissaient réceptifs, prenaient des notes, posaient des questions. Après quoi, je leur ai laissé du temps pour pratiquer la technique. Est-ce que tous les élèves sont impliqués lors d’un CCG ? La majorité, c’est vrai. Mais est-ce que la minorité, les marginaux peuvent en bénéficier. Comment vivent-ils cette cohésion ? Se sentent-ils rejetés ? J’aime beaucoup l’image évoquée par Mme X: "la terre étant le centre, la majorité, la lune en orbite comme représentant les marginaux, ceux en marge un peu plus loin ou un peu moins, et plus ailleurs, mais dans le même systeme, le soleil, l’enseignant." D’abord, elle considère le rôle de l’enseignant comme celui qui peut éclairer tout le monde. Puis, j’ajoute que la Terre, sans la Lune n'est pas la même réalité et que la Lune existe grâce à ceux qui sont sur la Terre. Alors, grâce au CCG chaque individu a l’opportunité de se situer par rapport aux autres. Et comme le mentionne Mme X, c’est "important de se situer pour avancer. Quand on ne se situe pas on ne peut pas ou que difficilement reconnaître les pas que nous faisons, d’où l’importance de dire je pars d’ici et je vais là." Il serait donc impossible de se situer sans faire référence aux autres… C’est là que je trouve difficile de distinguer ZDPG et ZDPI. Pourrais-je affirmer que l’un est lié à des objectifs de groupe et l’autre à des objectifs individuels ? Je pense que oui. Dans l’exemple de Mme X, les élèves défendent un projet et un mode de fonctionnement commun. Il en est de même pour mes élèves qui veulent des explications algébriques. Ils sont conscients que l’algèbre est un pillier des math 436 pour lesquels ils souhaitent réussir en fin d’année. Sur ce, qu’en pensez-vous ?

© Stéphane Allaire, 2006