Collection Mémoires et thèses électroniques
Accueil À propos Nous joindre

1 – La Sauvegarde de l’enfance de Québec : une réponse au problème de l’engorgement de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul et une aide à l’enfance sans soutien

Table des matières

Au XIXe siècle de même que durant une bonne partie du XXe siècle, les naissances «illégitimes» sont contraires à l’ordre moral établi. La société québécoise s’oppose à ce que les jeunes filles, enceintes malgré leur état de célibat, gardent leur enfant. Dans la ville de Québec, l’étape de l’abandon de l’enfant, après la grossesse et l’accouchement habituellement cachés, se concrétise, dans la majorité des cas, avec l’aide de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul qui vient en aide à un nombre considérable d’enfants annuellement à partir de 1901. Le parcours des petits, placés dans cette institution, ne peut toutefois s’arrêter à cette étape puisque ceux-ci se trouvent exclus de tous cercles familial et social et que la crèche, débordée, ne sait que faire de cette pléthore d’enfants. La création de la Sauvegarde de l’enfance, en 1943, vient en fait, solutionner un délicat problème de «gestion» des enfants «illégitimes» après leur abandon[38] . La naissance de cette oeuvre est toutefois le résultat d’un parcours antérieur et d’une vision définie du problème de l’enfance illégitime.

Dans ce premier chapitre, nous nous attardons à comprendre la Sauvegarde de l’enfance en tant que Société d’adoption. En traçant un portrait détaillé de cette dernière, nous parviendrons à mieux saisir les visions et les pratiques de l’organisme qui eurent un impact certain dans la ville de Québec et ce, pendant près de trente ans. Plus encore, nous nous questionnons sur son identité mais également sur ses prémisses, sur ses buts avoués ou non, sur son organisation, sur son budget, sur ses stratégies de promotion et sur ses réseaux d’alliance. Certaines questions sont soulevées et discutées tout au long du chapitre. Comme on peut le voir dans les grilles d’analyse présentées à l’annexe 1, un premier groupe de questions étudiées nous permet de définir le but de la Sauvegarde de l’enfance. Comment se définit, à la base, la Société d’adoption ? Peut-on affirmer que la Sauvegarde de l’enfance est conçue en réponse à des besoins sociaux pressants? Comment a-t-elle été influencée par le contexte social de sa création? Puis, un deuxième ensemble de questions nous permet d’évaluer les caractéristiques de la Sauvegarde de l’enfance et son modèle (ou sa structure) organisationnel. Quelles ont été les interactions entre la Sauvegarde de l’enfance et son milieu? Quelle importance la propagande longtemps incessante de la Sauvegarde de l’enfance a-t-elle revêtue quant au problème de l’illégitimité? Peut-on dire qu’elle s’est avérée concluante? La Sauvegarde de l’enfance est-elle le modèle unique d’une pensée originale et singulière matérialisée à travers la publicité ou est-elle la norme des sociétés d’adoption confessionnelles du moment? Comment la Sauvegarde de l’enfance s’est-elle structurée afin d’apporter le secours nécessaire à l’enfance illégitime à Québec? Autant de questions qui ont balisé notre démarche pour comprendre comment la Société a envisagé le problème de l’adoption des enfants «illégitimes» et pour saisir le rôle qu’elle a tenu dans la ville de Québec.

Nous posons comme hypothèse que la Sauvegarde de l’enfance a joué un rôle prépondérant dans le développement de l’aide à l’enfance dans la capitale québécoise en offrant, en fait, une réponse (ou une solution) à une situation que l’on croyait inextricable; les naissances hors mariage. Plus encore, les procédés qu’elle a mis en place et son évolution sur plus de deux décennies (1943-1964) ont prouvé la nécessité d’une intervention plus stricte dans le domaine de l’adoption dans la ville de Québec au XXe siècle. Par ailleurs, à notre avis, la forme qu’a prise la Sauvegarde de l’enfance est tributaire de l’homme qui l’a modelée, l’abbé Victorin Germain, puisqu’elle lui emprunte idées et méthodes. C’est lui qui a été, durant plus de 20 ans, son unique voix, imaginant une promotion colorée de l’adoption tout en visant à éduquer le public sur les questions de l’illégitimité et des pratiques sexuelles «débridées».

En 1901, les Soeurs du Bon-Pasteur commencent leur oeuvre de charité envers les enfants illégitimes, abandonnés et sans famille. On s’interroge dès les premiers instants sur l’avenir de ces petits dépendant de l’institution d’accueil. Que doit-on faire d’eux? Ce questionnement sur les problèmes de l’enfance s’inscrit dans un contexte particulier où les soins à l’enfant illégitime, orphelin ou autres ne sont pas développés. Au fil des ans et des besoins croissants, des oeuvres et institutions, telles que la Crèche Saint-Vincent-de-Paul seront créées pour soutenir notamment l’enfance défavorisée. La section qui suit se scinde en quatre parties différentes correspondant à des périodes différentes. D’abord, nous observerons l’aide à l’enfant démuni de l’époque coloniale au début du XXe siècle. Ensuite, nous regarderons les premiers efforts des Soeurs du Bon-Pasteur pour le placement des enfants abandonnés entre 1901 et 1921, puis nous nous concentrerons sur les premières collaborations de ces dernières avec l’abbé Germain entre 1922 et 1930. Finalement, nous serons en mesure de nous pencher sur le Service des adoptions (1930-1943) prémisse de la Sauvegarde de l’enfance.

À l’époque coloniale, le procureur du roi devait se charger du soin des enfants «trouvés». Pierrette Letarte dans sa thèse sur l’enfance abandonnée explique que « dans un pays qui est encore mal peuplé […] il ne faut rien perdre de ce qui fournit l’excédent des naissances. Le gouvernement colonial est amené à exercer une tutelle vigilante sur une catégorie d’enfants qui, plus que toutes les autres, est livrée sans défense à la maladie et la mort. [39] » Ces derniers, confiés à une nourrice[40] , évoluaient dans une famille jusqu’à ce qu’ils puissent assurer leur subsistance. Ces enfants étaient donc généralement, d’un point de vue pratique même si l’adoption n’existait pas encore comme institution légale, complètement intégrés dans une nouvelle cellule familiale.

Si au XVIe et au XVIIe siècles, le soin des enfants abandonnés et très probablement «illégitimes» est assuré par ce que l’on associera plus tard à celui des foyers nourriciers, ce système ne se perpétuera pas au-delà du XIXe siècle dans la ville de Québec. On peut se questionner sur ces changements dans l’assistance aux enfants laissés pour compte. Il semble que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les enfants abandonnés soient de plus en plus difficilement placés dans la société. Selon les juristes Dominique Goubau et Claire O’Neill, la guerre de 1754-1760 laisse plusieurs enfants privés de soutien financier en raison de la mort de leur père[41] . Ce facteur a probablement contribué à raréfier les milieux où les enfants abandonnés pouvaient être placés.

À Québec au XIXe siècle et au XXe siècles[42] , l’aide aux enfants illégitimes et abandonnés a été successivement assurée par différentes communautés religieuses qui tentent d’apporter une solution temporaire ou permanente à l’enfance délaissée. Selon certains, dont Gonzalve Poulin, la cellule familiale ne peut répondre aux impératifs de solidarité d’antan. Au début des années 1950, il n’hésite pas à affirmer que celle-ci est en crise:

La famille québécoise, dans sa majorité, n'est plus une unité basique de production et de moins en moins un centre actif de solidarité. La société se voit chargée de certaines responsabilités assumées jadis par la famille comme […] l'assistance et le bien-être. Si l'on songe aux tensions et aux pressions nombreuses auxquelles la vie urbaine soumet la famille; si l'on considère cette influence conjuguée de facteurs néfastes de mauvaise habitation, de revenu insuffisant, de mauvais voisinages, de fatigue nerveuse causée par les exigences du travail moderne, il faut conclure que notre famille urbaine est en crise aujourd'hui [1951] à cause de ces changements de structure et de fonctions et aussi parce que le changement externe s'accompagne de confusion et de doutes sur les valeurs et les fins morales traditionnelles poursuivies par elle. Cette crise familiale colore nécessairement nos problèmes d'organisation sociale et de bien-être[43] .

Ce bouleversement de la famille[44] et même parallèlement de la paroisse[45] , coeur de l’unité des fidèles catholiques, force les institutions charitables à recueillir les enfants abandonnés alors que là n’est pas leur première vocation.

À Québec, les premiers efforts de secours organisés à l’enfance illégitime et abandonnée sont réalisés par les Augustines de l’Hôtel-Dieu qui se voient confier le sort des enfants trouvés à la demande du gouvernement britannique du Bas-Canada entre 1801 et 1845[46] . En tout c’est 1 375 enfants qui sont déposés au tour de l’Hôtel-Dieu de Québec sur près d’un demi-siècle et qui sont placés chez des nourrices par l’entremise des Augustines[47] . En 1845, le gouvernement cesse de verser les octrois utilisés pour le soin des pupilles confiés; ce sera la fin de la prise en charge des petits malheureux. Bien qu’un souci de secourir l’enfance malheureuse soit présent au XIXe siècle, on peut voir que les moyens mis en oeuvre pour y arriver sont déficients. Le fait de confier l’accueil des enfants trouvés aux Augustines dont la mission est davantage médicale, révèle une certaine carence dans l’organisation de l’aide. Il est à noter que les Augustines effectueront les derniers placements systématiques en foyer nourricier des enfants abandonnés de la ville de Québec. Les Soeurs de la Charité prennent temporairement le flambeau à partir de 1849. Même si elles se consacrent davantage aux orphelins via l’Orphelinat d’Youville, quelques enfants trouvés seront admis à cette institution[48] .

Si l’enfance illégitime est désormais prise en charge, il en va de même pour les mères célibataires qualifiées au XIXe siècle de «filles-mères» et ce, jusqu’au milieu du XXe siècle où elles porteront désormais le qualificatif de «mères célibataires». En 1852, les jeunes femmes non mariées enceintes peuvent se réfugier à l’Hospice Saint-Joseph de la maternité dirigé par une laïque, Marie Métivier. Cette prise en charge de la maternité hors norme, condamnée sévèrement au XIXe siècle, tend à faire mieux connaître, au fil des ans, le problème de l’enfance illégitime abandonnée qui prend de l’ampleur. Tel que le souligne France Gagnon, l’Hospice Saint-Joseph exerce une double fonction auprès de l’enfance abandonnée. D’abord, on y recueille temporairement les enfants tout en leur prodiguant les soins relatifs à leur âge et à leur condition, puis, on redirige ces petits êtres vers les personnes pouvant les prendre en charge[49] . La plupart du temps, ils sont acheminés à la Crèche d’Youville de Montréal, oeuvre dont sont chargées les Soeurs Grises puisque aucune institution de ce genre n’existe encore à Québec. L’Hospice Saint-Joseph est ainsi la première oeuvre à tenter d’apporter un secours direct à la «fille-mère» et à son enfant dans la ville de Québec.

En 1874, les Hospitalières de la Miséricorde de Jésus de l’Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur de Québec ouvrent leurs portes aux enfants abandonnés, à la demande de l’évêque de Québec, Elzéar-Alexandre Taschereau, et ce jusqu’en 1929. En 1876, l’Hospice Saint-Joseph de la maternité qui s’occupait, depuis 1852, du soin des «filles-mères» passe sous la responsabilité des Soeurs du Bon-Pasteur et devient l’Hôpital de la Miséricorde de Québec. Une entente est conclue entre l’Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur et l’Hospice de la Miséricorde pour le placement des enfants abandonnés dans la région de Québec[50] . Cette organisation du secours à l’enfance délaissée prend toutefois son véritable envol avec l’ouverture de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul tenue par les Soeurs du Bon-Pasteur en 1901 et créée pour répondre spécifiquement au problème des naissances illégitimes. Dorénavant la communauté dirige et coordonne le soutien à la «fille-mère» et à son enfant et assure une certaine unité du secours.

Depuis les premiers temps de l’accueil des enfants trouvés, la solution prônée pour la «gestion» des enfants «illégitimes» avait toujours été celle du placement familial temporaire, dans le cadre de foyer nourricier, ou définitif, sous la forme «d’adoption». Les autorités de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec sont conscientes que l’avantage majeur de l’ancien système résidait dans le fait que l’enfant abandonné pouvait être intégré dans une nouvelle parenté. La famille, unité de base de la société, représentait, en fait, le seul endroit où un enfant pouvait s’épanouir. L’adoption sera développée au XXe siècle, croyons-nous, comme solution première à l’abandon institutionnel. Toutefois, l’adoption devra être réglementée et se concrétiser avec l’aide d’autorités compétentes et de spécialistes formés dans ce but. Le développement du service social au début des années 1940[51] favorise une meilleure «administration» des enfants abandonnés et permettra, entre autres choses, un meilleur encadrement des pratiques adoptives. Selon les dires de Gonzalve Poulin :

Les services sociaux professionnels mettent en valeur l'importance du milieu naturel et familial pour la formation et l'équilibre de l'enfant. Ce sont ces écoles, [l’École de service social de l’Université de Montréal et de l’Université Laval] qui ont permis la multiplication des services diocésains de l'enfance et de la famille qui ont pour but la réhabilitation des familles et le placement ou en foyers nourriciers ou en institutions ou en adoptions des enfants abandonnés selon les besoins individuels de chaque enfant[52] .

Le Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, fondé en 1930 puis la Sauvegarde de l’enfance s’inscrivent tous deux dans cette tendance de remise en valeur de la cellule familiale puisqu’ils prônent la «construction» de nouvelles familles par l’adoption. En fait, l’assistance à l’enfance se développe davantage au milieu du XXe siècle. Par exemple, la fondation de l’école de Puériculture en 1948 à même la Crèche Saint-Vincent-de-Paul a pour objectif l’amélioration des conditions de vie des «illégitimes» et la diminution du taux de mortalité infantile, particulièrement marquée en milieu institutionnel et qui fait des ravages à l’intérieur des murs de l’institution. En fait, la mortalité infantile à Québec, comme ailleurs dans la province particulièrement chez les Canadiens français, fut un drame d’une ampleur considérable. Au XXe siècle, des associations féministes, des médecins, des services de santé publique nouvellement créés et des associations bénévoles comme les Gouttes-de-lait notamment, entreprendront une vaste campagne d’éducation populaire, surtout auprès des mères, sur les soins à apporter à leur poupon afin d’éviter l’irréparable[53] . Durant la première moitié du siècle, petit à petit, les taux élevés de mortalité infantile seront réduits substantiellement, comme le constate François Guérard[54] . Cette avancée est attribuée par plusieurs chercheurs s’intéressant à la question, à de multiples facteurs (éducation des mères, meilleure alimentation liée à un meilleur niveau de vie, etc…)[55] .

Pour mieux comprendre à partir de quelles nécessités la Sauvegarde de l’enfance s’est développée, il importe d’expliquer le contexte de l’émergence de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. La mission de l’institution est, au-delà des considérations d’ordre spirituel, avant tout, celle du soin quotidien des abandonnés qui sont, comme nous allons le voir, légions. Afin de mieux saisir comment se structure le soutien à l’enfant délaissé, il faut pouvoir envisager le fonctionnement concret de la Crèche. L’encombrement de l’institution, la difficulté de subvenir aux besoins d’un trop grand nombre d’enfants expliquent, on le verra, les premières demandes de «foyers adoptifs» effectués par les Soeurs du Bon-Pasteur avant même la création d’une véritable Société d’adoption.

En 1901, les Soeurs du Bon-Pasteur fondent leur établissement de secours à l’enfance abandonnée qu’elles dirigent et dont elles assumeront l’intendance quotidienne jusqu’en 1972. Dès la deuxième année de son existence, les effectifs enfantins de la Crèche passent de 31 à 117 poupons (Voir tableau 1 ci-après). En réalité une crèche est une véritable plaque tournante pour les enfants abandonnés. Les départs des enfants en placement et les décès des pupilles sont vite compensés par les arrivées toujours soutenues, principalement durant les mois printaniers, alors que les naissances résultent des moments nonchalants et des relâchements de l’été précédent. Chaque jour, à la Crèche, des mouvements se produisent dans la population secourue : décès, départs en placement, arrivées… Ce tourbillon est incessant.

Tableau 1 : Les placements en «adoption» des enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul par les Soeurs du Bon-Pasteur, 1901-1920 [56]

[57]

Source : Tableau constitué à partir des archives statistiques de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, ASBPQ.

Pendant toute la durée de l’existence de la crèche, à l’intérieur des murs de l’institution, le manque d’effectifs qualifiés pose problème. Durant les tout premiers mois de l’institution où environ une trentaine d’enfants sont présents à la crèche, ce sept jours sur sept et 24 heures sur 24, quatre religieuses aidées de quelques bénévoles provenant de l’Hospice de la Miséricorde et de l’Asile Sainte-Madeleine se dévouent à la tâche[58] . Pour s’acquitter d’une partie des frais relatifs à leur hospitalisation et à leur accouchement, les jeunes femmes de l’Hôpital de la Miséricorde le désirant peuvent, et ce dès 1901, offrir leur collaboration aux Soeurs du Bon-Pasteur. Ces jeunes filles seront connues sous le nom de Marguerites du Sacré-Coeur. Malgré tout, la Crèche manque de personnel[59] .

En 1905, espérant améliorer la qualité des soins de santé dispensés aux enfants, la Crèche Saint-Vincent-de-Paul s’allie à la faculté de médecine de l’Université Laval. La Crèche sera un lieu d’apprentissage pour les futurs praticiens qui offriront leur savoir et leur temps aux petits institutionnalisés[60] .

Les problèmes de la Crèche ne se limitent pas qu’à sa pénurie de personnel qualifié et qu’à ses soins médicaux insuffisants. L’institution, point de chute d’une quantité impressionnante d’enfants nés hors mariage, se voit confronter à d’importants soucis financiers. Durant les premières années de sa fondation, la Crèche ne compte que sur la charité privée. En 1904, une première aide minime du gouvernement provincial est attribuée à la Crèche. Mais il faut réellement attendre que la Crèche puisse bénéficier des contributions de l’Assistance publique, en vertu de la Loi adoptée en 1921, pour que se concrétise une entrée de subsides gouvernementaux plus réguliers. Tout au long de l’existence de la Crèche St-Vincent-de-Paul, la charité de la population qui fait don d’argent, de vivres ou de matériels divers, lui permettra de survivre et d’accueillir toujours plus d’enfants.

Même si l’institution se trouve constamment dans une situation précaire, ses activités quotidiennes ne peuvent être compromises. Mais à quoi ressemble une journée dans ces murs institutionnels? La réponse est simple : à un perpétuel tumulte qui motive davantage les besoins de placements. En 1933, un journaliste rapporte qu’on compte, à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, 727 enfants hospitalisés tous en même temps, que les garçons sont changés de couches 12 fois par jour et que les petites filles le sont 8 fois. Ces couches, après utilisation, doivent être lavées, séchées, pliées, rangées. C’est 105 gallons de lait (près de 400 litres) et 10 caisses de lait condensé qui sont quotidiennement consommés par les 727 petits pupilles et ceci exclut, bien sûr, les aliments solides que mangent les plus vieux d’entre eux qui ont environ 3 ans d’âge. L’heure du biberon arrive 7 fois par jour et chaque enfant reçoit sa portion de lait déterminée par le médecin. Il ne suffit pas de langer, de nourrir et de soigner ces enfants, encore faut-il les habiller. En tout, 4 400 morceaux de vêtements sont confectionnés par les couturières de la Crèche en 1933. À ce nombre nettement insuffisant s’ajoutent les 23 000 morceaux fabriqués par différentes bénévoles et bienfaitrices de l’institution[61] . Ces quelques considérations permettent de mieux concrétiser ce qu’était, en fait, la Crèche Saint-Vincent-de-Paul et dans quelles situations d’urgence le personnel devait travailler jour et nuit.

Une crèche n’est pas un milieu de vie statique. C’est un endroit de passage où les enfants ne devraient pas demeurer, en théorie, au risque d’accumuler des retards de développement physique, psychologique et affectif faute d’un milieu aimant où s’épanouir pleinement[62] . En plus du continuel bal orchestré par les nouvelles arrivées et les départs, la Crèche est ouverte d’abord chaque jour de 2 heures à 3 heures aux visites extérieures, puis seulement les dimanches et ce, jusque vers la fin des années 1960. La population peut donc se présenter à ces moments déterminés et observer les petits oubliés de l’institution[63] . Ces visites ont pour principales fonctions d’éveiller le désir d’adoption chez les visiteurs. En 1948, l’École de Puériculture est inaugurée à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. Dorénavant, les jeunes puéricultrices donneront temps et efforts aux bambins de l’institution améliorant, du coup, les soins leur étant dipensés. De même, dans les années 1950 et dans les années 1960, la Crèche ne cessera d’innover pour le bien-être de ses protégés.

Source : Photo tirée des ASBPQ. n.d.

Source : Photo tirée des ASBPQ. n.d.

Au début du XXe siècle, l’établissement des enfants en foyer familial débute sous la direction des Soeurs du Bon-Pasteur (voir le graphique 1, p. 57). Il est bien ici question de placement en foyer familial et non de placement en foyer nourricier pour lequel les familles accueillantes sont rémunérées. De même, on ne peut parler, à cette époque, d’adoption au sens légal du terme. Le placement en foyer familial ne s’accompagne d’aucune garantie légale, l’enfant ni sa nouvelle famille ne sont prémunis contre une «réclamation» des parents biologiques de celui-ci. En 1924, cédant aux pressions des communautés religieuses et des différents acteurs dans le soutien à l’enfance «illégitime», le gouvernement du Québec entérine sa première Loi de l’adoption qui sera modifiée substantiellement dès 1925 et dans les années subséquentes. Après 1924, il est ainsi possible d’utiliser le terme adoption qui est dorénavant et pour la première fois au Québec chargé d’un sens légal[65] .

Dès la première année de l’existence de la Crèche (1901), les soeurs tentent de placer quelques enfants dans des foyers «adoptifs». À la lumière des informations disponibles toutefois, nous ne pouvons expliquer avec certitude comment s’orchestrent les placements durant la période antérieure au début des années 1930. Pierrette Letarte, dans sa thèse sur l’enfance abandonnée affirme que la Supérieure de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, mère Ste-Clémence, effectue entre 1906 et 1916, des voyages jusqu’en Gaspésie pour trouver des foyers pour ses pupilles[66] . Un article de la Semaine religieuse de Québec nous apprend qu’en juillet 1921, les Soeurs lancent un appel pressant aux curés pour que ceux-ci moussent l’idée de l’adoption auprès de leurs paroissiens[67] . La Supérieure de l’institution, Soeur Marie de Saint-Pierre Damien, prend soin de noter que «[t]oute personne désirant adopter un enfant doit présenter à la supérieure de «La Crèche» un certificat de moralité donné par son curé [68] ». Les soeurs veulent céder leurs enfants à des couples ayant, de leur avis, les capacités parentales adéquates. En octobre 1921, c’est au tour de l’archevêque de Québec, le cardinal Bégin, de s’adresser aux curés de son diocèse pour leur demander de « […] tâcher de placer dans quelques familles recommandables […] des enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. [69] » Cette stratégie de propagande, qui vise à faire du clergé un promoteur de l’adoption, sera utilisée ultérieurement par toutes les Sociétés d’adoption de la province[70] . En 1931, l’évêque de Gaspé, Monseigneur Ross, qui est également conscient du fardeau des enfants «illégitimes» souhaite « faire adopter ces pauvres petites victimes qui pourront apporter de la joie et du bonheur dans de bonnes familles chrétiennes et devenir [des] citoyens honorables et des chrétiens fervents [71] ».

Malgré cette volonté d’établir des pupilles à l’extérieur de l’institution dans des noyaux familiaux, les efforts des Soeurs trouvent peu d’écho auprès de la population. En 1901, comme on peut le voir au tableau 1 (p.24) ainsi qu’au graphique 1 (p.57), un seul placement se concrétise, mais on assiste tout de même à une accélération des placements qui demeure, malgré tout, nettement insuffisante. Plusieurs réponses peuvent être évoquées pour comprendre le peu de succès des placements. D’abord, il semble probable que la population n’ait été que partiellement au courant de la possibilité «d’adopter» un enfant venu de la Crèche durant les premières années d’existence de cette institution. De plus, comme nous le verrons plus en profondeur dans le second chapitre, de forts préjugés sont nourris contre les enfants nés dans l’illégitimité, ce qui met un frein considérable à leur intégration sociale. Ils sont ostracisés, victimes de «l’erreur» de leurs parents entachés d’une faute qu’ils n’ont pas commise, mais dont ils portent néanmoins le fardeau[72] .

Le rythme des placements en adoption ne suffit pas pour soulager les Soeurs du Bon-Pasteur du fardeau croissant des enfants illégitimes abandonnés. À titre d’exemple, en 1907, seulement 20 enfants trouveront preneurs, soit 8,9% des quelques 224 enfants qui se retrouvent dans les murs de l’institution. De ces 224 enfants, 110 décèderont. Et les chiffres de l’année 1907 ne sont pas les plus alarmants. Si l’on observe le tableau 1, on peut ainsi constater que le nombre d’admissions annuelles augmente constamment, alors que le nombre de placements décroît pendant la durée de la Première Guerre mondiale.

En 1908, à la Crèche, on assiste à la fondation des Placements en adoption selon soeur Irène Plante[73] . Malgré cette mention, on ne peut définir ce que sont ces Placements en adoption , leur teneur, leur fonctionnement. S’agit-il des prémisses d’une oeuvre d’adoption? L’année 1908 voit se concrétiser 21 adoptions de plus que l’année précédente et son pourcentage d’enfants placés bondit de 8,9% en 1907 à 16,2% en 1908. Faut-il attribuer cette augmentation aux Placements en adoption ? Même la thèse de Soeur Marie-de-la-Joie, travailleuse sociale, traçant l’évolution de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul durant ses quinze premières années d’existence, demeure muette sur le sujet[74] .

En plus de voir la création des Placements en adoption , l’année 1908 est porteuse d’autres changements, ceux-ci physiques, pour la Crèche. L’exiguïté des locaux force les soeurs à déménager leur oeuvre de charité, alors que l’on compte 253 petits à l’institution. Pénates et pupilles seront déménagés sur le chemin Sainte-Foy, alors en pleine campagne. À cet endroit, employés et religieuses sont tous plus susceptibles de trouver un meilleur environnement et plus d’espace pour vaquer à leur mission d’aide et de soutien, ce qui avantage également la marmaille placée sous leurs soins[75] . Malgré ce déménagement et l’espace plus vaste mis à leur disposition, les autorités religieuses de la Crèche voient quotidiennement leur oeuvre devenir de plus en plus encombrée.

Les années 1910 s’écoulent et le même problème devient un «leitmotiv»: un trop grand nombre d’admissions, une trop faible proportion de placements. En 1914, un sommet est atteint : 85 placements en une seule année et ce malgré le déclenchement de la Première Guerre mondiale[76] . C’est 28,9% des enfants de l’institution qui ont été intégrés à un nouveau foyer. Malgré ce succès, c’est 144 enfants qui vivent toujours à la Crèche le 1er janvier 1915. Le «succès» de l’année 1914 sera éphémère. En 1916, les choses se dégradent, le nombre de placements a chuté de moitié, passant de 85 placements en 1914 à 42 deux ans plus tard. Pourtant, le nombre d’entrées n’amorce pas la même décélération même si 22 entrées en moins sont comptabilisées en 1915 et 1916. Sans doute, le contexte de la Première Guerre mondiale ne favorise en rien le désir d’aller quérir un enfant à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul[77] . Les statistiques de placements évoluent donc de manière inconstante tout au long des vingt premières années de l’institution. Nul ne peut prédire l’issue à chaque année. Une chose est pourtant claire et sans équivoque : le rythme ne suffit pas, plus «d’adoptions» doivent être effectuées. Chaque année, le bilan des présences s’alourdit, l’engorgement reste constant, des agrandissements seront bientôt requis pour pouvoir loger toute la troupe des «illégitimes», des «bonnes» laïques et des soeurs qui veillent au bien-être des premiers.

Il est évidemment difficile de passer sous silence le taux élevé de mortalité infantile à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec qui contribue, malgré la dureté de cette affirmation, à désengorger la crèche. Nous ne croyons pas que les Soeurs du Bon-Pasteur aient envisagé la mort de leur petit protégé comme un moyen de «gestion» des délaissés. Durant les années 1920, les Soeurs ne ménagent pas leurs efforts pour tenter de diminuer le fléau de la mortalité. Plusieurs améliorations seront effectuées à la Crèche afin de limiter le nombre annuel de décès infantiles. On installe un nouveau système de ventilation, des espaces spéciaux sont créés afin d’isoler les enfants contagieux et ce, en vue de limiter les épidémies. De plus, les Soeurs acquièrent un troupeau de vaches laitières et un système de pasteurisation du lait pour mieux en contrôler la qualité. Une chaufferie et une buanderie font aussi partie des innovations. De même, certaines notions de puériculture seront dispensées au personnel religieux affecté aux soins des enfants. Nous croyons que ces améliorations reflètent nettement la volonté des Soeurs du Bon-Pasteur de limiter le nombre de décès annuels. On peut constater, à l’examen du tableau 1 et du tableau 2 (p. 24 et p. 33), que le nombre de décès décroît[78] , mais demeure particulièrement élevé pour l’année 1924 probablement en raison d’une épidémie à l’intérieur des murs de l’institution d’accueil. Lorsque les enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul ne décèdent pas et ne sont pas adoptés, ils sont acheminés entre autres, à la fin de leur séjour à la Crèche, vers différents orphelinats dont l’Hospice des Saints-Anges de Lyster fondé en 1925.

La mortalité infantile n’est pas seulement présente à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. Partout dans le monde et au Canada, mais surtout au Québec, le nombre d’enfants décédant en bas âge est alarmant. Au Québec, entre 1921 et 1925, le taux annuel moyen de mortalité infantile pour 1 000 naissances est de 127,1 alors qu’il est de 83 en Ontario et de 99 à la grandeur du Canada. De 1941 à 1945, le Québec affiche toujours un taux de mortalité supérieur à l’Ontario (68,7 décès pour 1 000 naissances contre 42,3)[79] .

En 1922, conscientes de l’état presque dramatique que provoque l’engorgement de la Crèche, deux religieuses se présentent au Secrétariat des Oeuvres de l’Action sociale catholique pour faire imprimer une nouvelle sollicitation destinée à sensibiliser les curés à la cause des placements. Rencontrant l’abbé Victorin Germain[80] , journaliste, les Soeurs lui demandent conseil et celui-ci leur suggère d’investir pour une publicité dans l’Action catholique. Cette publicité, imagée à l’aide de la photo d’un petit bambin de la Crèche, s’adresse directement aux lecteurs du journal. L’abbé Germain rapporte que la semaine où l’annonce paraît, deux couples se présentent à la Crèche en disant : « Nous voulons ce bébé-là; est-il encore ici? [81] ». Révolu est le temps où l’unique promotion de l’adoption se faisait par la bouche des curés en chaire. C’est à l’aide d’une promotion plus agressive et plus complète que l’intégration sociale des abandonnés de la Crèche pourra s’effectuer.

Dans les années 1920, les placements (avant 1924) et les adoptions pratiques (après 1924) augmentent d’une manière significative comme on peut le voir au tableau 2 (p.33) ainsi qu’au graphique 1 (p.57)[82] . Cette croissance a sans doute été motivée par la promotion de l’abbé Victorin Germain. Il nous est toutefois impossible d’estimer les répercussions réelles de cette promotion. On peut malgré tout penser que les premiers fruits de la propagande commencent à être récoltés en 1922 (12,2% de placements) et en 1923 (18,6% de placements). En 1924, pour la première fois dans l’histoire de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul[83] , on assiste au départ de plus de 170 enfants, alors qu’au premier avril on comptait 300 poupons dans les murs de l’institution pour un pourcentage de placement de près de 56%. Serait-ce une conséquence directe de la Loi de l’adoption nouvellement votée au parlement? Nous pouvons légitimement penser que oui puisque la loi offre des garanties nouvelles aux adoptants[84] .

Tableau 2 : Les placements en «adoption» des enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul par les Soeurs du Bon-Pasteur, 1920-1930 [85]

Source : Tableau constitué à partir des archives statistiques de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, ASBPQ.

En 1925, le bel espoir et la belle lancée des adoptions perdent de leur éclat. Cette diminution coïncide avec le départ de l’abbé Germain, dont le talent de propagandiste n’est plus à prouver, qui est affecté à Sainte-Marie de Beauce où il devient vicaire. En un an, soit entre 1924 et 1925, le pourcentage de placements décline d’un peu plus de 47% (177 placements en 1924 contre 93 en 1925). Alarmées par cette régression substantielle, les religieuses demandent à ce que l’abbé Germain puisse venir aider, occasionnellement, à la promotion mise en veilleuse avec son départ. C’est ainsi que le propagandiste reprend sa publicité inachevée. Les placements recommencent leur progression, l’implication de l’abbé Germain semble convaincre certaines gens du bien fondé de l’adoption. L’année 1926 voit se concrétiser 19,1% d’adoptions et ces dernières sont davantage considérables en 1927 (23% d’adoptions pour un total de 200 enfants adoptés) et en 1928 (24,9% pour un total de 222 enfants adoptés). Pour situer ces quelques données dans une perspective de longue durée, nous pouvons nous référer au graphique 1 (p.57) qui permet de constater l’évolution des placements en adoption et des adoptions entre 1901 et 1972.

Malgré la promotion qui se s’ébranle durant les années 1920 pour l’adoption des pupilles de la Crèche le problème de l’engorgement reste entier. Ce constat relève de l’évidence si on observe le nombre d’enfants à la Crèche. C’est qu’il existe toujours un fort malaise dans la population envers les enfants illégitimes. Le taux élevé d’abandon de ces petits va de pair non seulement avec la condamnation des autorités religieuses en ce qui concerne les relations sexuelles hors mariage, mais aussi avec l’opprobre général qui est dirigé vers la jeune femme «tombée». À ces cas multipliés d’abandon s’ajoutent le manque d’entrain de la population à fournir aux enfants «illégitimes» un foyer adéquat dans lequel s’épanouir et ce, malgré le succès toujours croissant du nombre de placements dans certains foyers familiaux. Le manque de ressources des Soeurs du Bon-Pasteur est aussi à considérer. Malgré la charité privée et les contributions gouvernementales de l’Assistance publique, le budget de la Crèche reste toujours précaire. La Crèche déborde et ses ressources demeurent limitées.

L’année 1929 marque un tournant majeur dans l’histoire de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. D’abord, en septembre 1929, l’Hôpital du Sacré-Coeur de Québec transfert les 131 enfants «illégitimes», dont il a la garde, à la Crèche à la demande du gouvernement provincial. En fait, ce transfert survient après la construction d’une extension à la Crèche, subventionnée par le service de l’Assistance publique[86] . La mission de la Crèche est, en quelque sorte, confirmée. À la fin septembre 1929, un record de 654 enfants n’ont d’autre foyer que l’institution de charité de la congrégation[87] . En 1928, 891 poupons avaient gravité à un moment où à un autre à la Crèche alors qu’on peut compter 1 148 admissions pour l’année 1929. Jamais plus dorénavant les admissions à la Crèche ne reviendront sous la barre du millier. Par ailleurs, la même année, l’Hospice de la Miséricorde devient attenante à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. On assiste, du même coup, à une prise en charge de la maternité hors norme. Dans un même bâtiment, deux missions intrinsèquement liées, l’aide à la mère célibataire et le soutien à son enfant abandonné. L’année 1929 marque aussi les premiers instants de la grande Crise économique des années 1930. Ce facteur précarise davantage l’économie et affaiblit, du coup, la Crèche Saint-Vincent-de-Paul qui jongle déjà avec de nombreux soucis financiers.

L’abbé Germain, de retour à Québec en 1930 est toujours lié à la promotion de l’adoption. Deux ans plus tard, en 1932, il est affecté de manière permanente à la direction des adoptions pour les enfants abandonnés[88] et fonde le Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul qui prend ainsi son envol durant la période difficile de la Crise économique. Si, durant ce temps, le taux de natalité au Québec décroît, le nombre d’adoptions subit, quant à lui, le même sort[89] . Moins fortunés, les paroissiens qui envisagent l’avenir d’un oeil pessimiste et qui sont souvent victimes du chômage retardent leur projet d’adoption alors qu’ils jugent le contexte économique nettement défavorable[90] . L’abbé Germain critique cette volonté d’attendre la fin de la récession alors que tant d’enfants sont entassés à la Crèche et que les appels au secours ne se font pas moins criants durant le marasme économique[91] . Alors que les adoptions se font plus rares, les admissions à la Crèche ne suivent pas la même logique ce qui pousse l’abbé Germain, en 1931, à signifier que :

Pour ce qui est de forcer l’acceptation d’un enfant, ou de le déposer subrepticement aux environs de la crèche, deux personnes ont récemment appris à leurs dépens que la police veille toujours; un homme a dû comparaître devant le Recorder pour vagabondage de nuit sur la propriété de la Crèche et payer l’amende; une femme a dû reprendre le poupon qu’elle avait voulu abandonner sur le perron de l’institution.[92]

La Crise vient aggraver le problème interne, plus d’entrées, moins de départs, alors même que l’année 1929 a contribué à soutenir le taux d’admissions élevé[93] . Encore une fois, les adoptions, tout comme lors de la Première Guerre mondiale, se trouvent tributaires du contexte social et économique régnant et évoluent en dents de scie durant les premiers temps des années 1930, comme l’illustre le graphique 1 (p.57).

L’abbé Germain débute, durant cette période agitée, son travail à temps plein pour le placement des protégés de la Crèche de Québec. Déjà, en 1930, un octroi de trois mille dollars du gouvernement vient subventionner les « grandes offensives de persuasion populaire »[94] qui s’amorcent. C’est que ce dernier est conscient que plus les placements en adoption seront nombreux et moins les dépenses associées aux soins des enfants «illégitimes» par le biais de l’Assistance publique seront élevées. Avant cette date, les Soeurs du Bon-Pasteur, malgré la précarité de leur budget, paient les dépenses promotionnelles pour mousser l’adoption de leurs bébés. Pour les Soeurs, la propagande est un investissement, chaque départ d’un poupon de l’institution vaut bien les sommes affectées à la publicité.

Dès le début des activités du Service d’adoption, l’abbé Germain en est le directeur. Il semble que l’abbé soit entouré de très peu de collaborateurs durant les premières années de son oeuvre, peut-être même que d’une secrétaire et d’une archiviste. Comment sont faits les placements alors que l’oeuvre en est à ses premiers moments? Les sources ne permettent pas de le déterminer exactement. Cependant, quelques traces peuvent être suivies ici et là. Dans un article de journal paru en août 1932, un journaliste raconte sa conversation avec l’abbé Germain : « Je suis venu en tournée de propagande, nous a dit l’abbé Germain et pour bien faire connaître ma «marchandise» j’en ai amené trois échantillons [enfants]. La paroisse de Grande’Anse, dans le diocèse Chatman, me les a pris [95] ». Il paraît clair, à la lumière de cette information, que les placements sont faits aléatoirement. Toutefois, un mois plus tard l’abbé Germain allègue qu’il est faux de penser que les autorités responsables des adoptions offrent ou imposent les petits poupons à des ménages sélectionnés au hasard[96] . Contradiction flagrante. Entre la réalité des premiers temps du Service des adoptions de la Crèche et la volonté de Germain de développer une oeuvre sérieuse et structurée, il existe certainement une marge. Peut-être les impératifs du moment qui sont ceux de la Crise économique ne laissent guère le choix de procéder à des adoptions rapides, à des distributions presque hasardeuses? Le travail doit toujours s’effectuer dans l’urgence qu’oblige l’engorgement de la Crèche, alors qu’en 1933, 727 enfants abandonnés forment sa population[97] .

Même si le Service des adoptions joue un rôle certain dans les départs des enfants pour des foyers adoptifs, il n’est pas incorporé et ne possède donc pas de statut particulier. Au Québec, il existe déjà, notamment à Trois-Rivières (1934) et à Montréal (1937), des Sociétés d’adoption catholiques reconnues. Ces sociétés trouvent une légitimité certaine dans le fait de leur reconnaissance légale, ce qui donne une portée plus grande à leurs actions puisque confirmées dans leur mission sociale d’aide à l’enfance.

À Québec, au début de l’année 1943, aucune Société d’adoption n’existe encore puisque le Service des adoptions s’apparente davantage à une oeuvre charitable. Cependant, à cette époque, le gouvernement provincial insiste pour que soit créée une Société d’adoption analogue à celles déjà en activité au Québec[98] . Malgré cette demande du ministère de la Santé, l’abbé Germain hésite. En fait, grâce au Service des adoptions, la Crèche bénéficie de la compensation financière distribuée par le gouvernement après chaque placement d’enfant[99] . Ces octrois, bien que versés principalement pour la propagande de l’oeuvre de placements, bénéficient également à la Crèche puisque le Service des adoptions lui verse l’excédent de ceux-ci après avoir comblé ses besoins. C’est donc la cessation de cette source de revenu pour la Crèche qui fait craindre à l’abbé Germain d’incorporer son oeuvre. L’abbé Germain, en 1943, n’hésite pas à exprimer ses inquiétudes au sous-ministre de la santé, le Dr Jean Grégoire :

Pour ce qui est de l’établissement d’une société d’adoption, mes matériaux sont disposés; il n’y aurait qu’à demander la Charte; mais vue que sous le présent régime, la Crèche, tous frais judiciaires, toutes dépenses de voyages et d’impression défalqués, profite encore, bon an mal an, de trois ou quatre mille dollars provenant de la compensation aux placements, j’attends, pour la priver de cette ressource, que l’institution soit assurée d’un tarif plus élevé d’hospitalisation.[100]

Le ministère répond au directeur des placements que l’augmentation des subsides sera effective dès l’incorporation d’une véritable société d’adoption. C’est ainsi qu’en mai 1943, la Sauvegarde de l’enfance voit le jour à Québec pour continuer de veiller aux adoptions des «illégitimes».

En mai 1943, la Sauvegarde de l’enfance voit officiellement le jour après la naissance de quelques services de placement dans différentes régions québécoises. En cela, elle n’est pas originale, ni unique, ni pionnière. Logiquement et dans un esprit de continuité, l’abbé Germain est nommé directeur-administrateur de la nouvelle Société[101] . Examinons ici quels sont les buts de la Sauvegarde de l’enfance et comment s’organise cette dernière. S’inscrit-elle dans la continuité du Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul? En quoi son existence est-elle singulière?

Au printemps 1943, la Sauvegarde de l’enfance vit ses premiers moments à Québec dans les murs de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. Six personnes requièrent l’élaboration d’une charte pour la Sauvegarde de l’enfance : deux religieuses du Bon-Pasteur, soeur Marie-Médiatrice, Supérieure provinciale et soeur Marie-du-Coeur-Immaculé, Supérieure de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. S’ajoutent à ces personnes l’abbé Edgar Chouinard, procureur de l’Archevêché de Québec, A. Roger Foley, médecin-hygiéniste au ministère de la Santé, Émile Morin, Recorder-suppléant de Québec et, évidemment, l’abbé Victorin Germain, directeur du Service des adoptions[102] . Cette diversité de requérants exprime bien l’importance qu’a la création de la Sauvegarde de l’enfance pour une multitude de gens, allant des autorités ecclésiastiques aux autorités politiques de la ville de Québec. Ces différents paliers décisionnels trouvent, en fait, tous leurs intérêts dans la fondation d’une Société d’adoption légalement reconnue. D’une part, le gouvernement ne peut qu’être optimiste puisque plus le nombre de placements s’accroît, moins les coûts d’entretien liés à l’enfance abandonnée croissent. D’autre part, les autorités religieuses ne peuvent qu’être heureuses que la marque patente de la dissolution des moeurs, l’enfance illégitime, soit intégrée au niveau social et familial. Plus particulièrement, les Soeurs du Bon-Pasteur, affectées de manière quotidienne par le flux incessant des admissions, souhaitent que le mouvement régulier et permanent pour les placements en foyer adoptif soit contrôlé par une Société structurée.

Que la Sauvegarde de l’enfance soit une Société confessionnelle n’étonne nullement. L’empressement de l’Église catholique à gérer l’assistance aux démunis et sa crainte d’une trop grande implication étatique dans ce champ social font que la Sauvegarde de l’enfance est représentative de l’époque dans laquelle elle est fondée[103] . Chantal Collard énonce que cette volonté du clergé de gérer la circulation des enfants sans soutien tient à ce qu’en premier lieu, tous les chrétiens sont enfants de Dieu et que leur appartenance première est donc celle de l’Église. Cette filiation, qu’aime reconnaître le clergé et non la législation québécoise, confère aux autorités ecclésiastiques un droit de regard sur les placements et les adoptions des petits malheureux[104] . De son côté, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, déclare, en 1944, que l’État n’a nulle intention de s’occuper lui-même du soin aux enfants démunis[105] .

Dès le départ, les buts et la mission de la Sauvegarde de l’enfance sont énoncés clairement, sans ambiguïté. Ceux-ci concernent directement ou indirectement les placements en adoption des enfants non seulement de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul de Québec, mais de tout autre enfant «illégitime» catholique né en résidence ou dans une maternité privée dans le diocèse de Québec[106] . En fait, la Société d’adoption a d’abord été conçue dans l’optique de secourir les enfants «illégitimes» de toute provenance. Par sa charte, la Sauvegarde de l’enfance se voit attribuer le pouvoir « d’exercer les devoirs […] concernant le placement et l’adoption des enfants [107] » et elle accepte «à l’égard des enfants secourus, les devoirs que les tribunaux croiront devoir lui confier [108] ». Cette idée de tutorat pouvant être délégué à des sociétés oeuvrant auprès de l’enfance malheureuse est énoncée, dès 1933, alors que l’on peut lire dans le rapport de la Commission Montpetit qu’il serait souhaitable que: « […] les sociétés pour la protection de l’enfance, constituées légalement, exercent sur les enfants abandonnés ou sans domicile, une tutelle morale et un droit de protection permettant d’agir en justice dans l’intérêt de l’enfant. [109] »

En fait, comme expliquée dans le rapport, la tutelle des enfants abandonnés n’est alors pas exercée par les sociétés de protection de l’enfance mais bien par :

Les commissaires chargés par le Lieutenant-Gouverneur de la surveillance de l’Hôtel-Dieu à Québec, de l’Hôpital général des Soeurs grises à Montréal, de l’Hôpital général à Québec, ou de toute institution dans le district de Trois-Rivières, qui reçoit des enfants trouvés, et leurs successeurs en office [qui] sont les tuteurs légaux des enfants trouvés de ces institutions et [qui] ont les pouvoirs qu’ils auraient eus s’ils eussent été nommés tuteurs suivant le cours ordinaire de la loi[110] .

En 1944, la Loi de protection de l’enfance est rejetée[111] . Par elle, la recommandation de la Commission Montpetit, à savoir la tutelle des enfants abandonnés par les sociétés de protection de l’enfance, prend l’eau[112] . Il faut attendre 1951 pour que la Crèche Saint-Vincent-de-Paul qui exerce le tutorat des enfants sous sa garde transmette officiellement ses droits à la Sauvegarde de l’enfance alors que la supérieure de la Crèche reconnaît la société de placement « comme la seule autorité pouvant prendre toute mesure qu’un parent, un tuteur ou un curateur puisse prendre à l’égard ou au nom [de l’enfant placé à la Crèche] [113] » à la suite des lois de protection de la jeunesse de 1950-1951. Si l’État fédéral notamment par la mise en place des allocations familiales en 1944[114] s’implique plus activement dans la sphère sociale de la société canadienne, il en est autrement pour le Québec des années 1930–1950 dirigé principalement par Maurice Duplessis, farouchement opposé au modernisme et aux interventions étatiques dans le domaine de l’assistance sociale[115] comme le démontre bien sa volonté de ne pas intervenir dans le soutien aux enfants démunis.

La Sauvegarde de l’enfance se donne comme mandat, dans sa charte, de trouver des familles aux bonnes références pour l’adoption de ses pupilles ainsi que de procurer aux parents adoptifs les services, le soutien et le support nécessaires pour que se concrétise leur projet d’adoption[116] . Elle s’oblige, dans cet ordre d’idées, à « faire les enquêtes […] aux fins de la Société dans les maternités pour filles-mères ou ailleurs [117] », ces enquêtes étant menées par des assistantes sociales diplômées. Parallèlement à ces champs d’action, la Sauvegarde de l’enfance s’engage aussi à continuer sa promotion afin d’augmenter le nombre de foyers désirant adopter un enfant sans soutien. L’abbé Germain continuera d’utiliser sa verve afin de sensibiliser davantage la population. Mais la Sauvegarde de l’enfance est-elle la seule société d’adoptions à utiliser ces moyens bruyants?

Alors que s’énonce ainsi les principaux buts et fonctions de la Sauvegarde de l’enfance, ailleurs au Québec, des Sociétés, certes encore jeunes mais déjà bien engagées dans leur mission sociale, continuent leur développement. À Montréal, en 1937, la Société d’Adoption et de Protection de l’Enfance voit le jour[118] et vient remplacer le bureau de placements des Soeurs de la Charité, dites les Soeurs Grises[119] . En 1945, la Société semble bien organisée et utilise les méthodes d’enquête en service social pour savoir si les requérants à l’adoption peuvent remplir les conditions spirituelles, matérielles et intellectuelles fixées par la Société d’Adoption et de Protection pour l’octroi d’un pupille[120] . Clairement énoncés dans sa charte, les buts de la Société d’adoption rejoignent ceux de la Sauvegarde de l’enfance alors qu’il est question « de l’adoption et de la protection de l’enfance sous toutes ses formes [121] ». La vocation est la même. Comme à la Sauvegarde de l’enfance, l’idée de favoriser l’adoption notamment au moyen de la publicité est présente chez sa vis-à-vis montréalaise. Posters, films et prédications des curés des paroisses semblent être les moyens utilisés pour stimuler chez le grand public, la charité de l’adoption.

Toujours à Montréal, mais du côté anglophone protestant, le Children’s Service Association est fondé en 1922, bien avant la Société d’Adoption et de Protection. La mission de ce service protestant s’accorde, elle aussi, avec celles des deux sociétés d’adoption catholiques vues précédemment. Cependant, il n’existe pas de crèches protestantes, les enfants abandonnés sont confiés à des foyers nourriciers à l’inverse des petits «illégitimes» catholiques qui sont hébergés dans de grandes institutions d’accueil[122] . Bien structurée, la Children’s Service Association fait appel à un personnel spécialisé dont la formation s’effectue à la Montreal School of Social Work [123] .

Sherbrooke et Trois-Rivières ont aussi leurs propres services s’occupant de l’adoption des enfants «illégitimes». En Estrie, la Société de Réhabilitation dirigée par l’Abbé Simon Perreault, débute ses activités en 1943 juste avant la fondation de la Sauvegarde de l’enfance. Cette société aux rôles diversifiés veut « favoriser l’adoption, le placement des orphelins, bébés et enfants abandonnés ou sans parents connus, ou enfants de parents déficients [124] ». La Société de Réhabilitation, malgré son champ varié d’activités, peut se targuer d’être un service de placements complet, régis par un code de procédure déterminé[125] . À Trois-Rivières, l’abbé Charles-Édouard Bourgeois dirige l’Assistance à l’Enfant sans Soutien qui protège l’enfant délaissé et abandonné depuis 1934 alors qu’elle était connue sous le nom du Placement de l’Orphelin[126] . Encore une fois, l’adoption et la promotion de l’adoption des pupilles sans soutien des crèches et orphelinats semblent être des préoccupations de ce service social trifluvien qui se propose également d’utiliser la propagande.

La Sauvegarde de l’enfance peut trouver, lors de son incorporation en regardant ses différentes collègues provinciales, les modèles et les idées nécessaires à son épanouissement. Toutefois, malgré le parcours intéressant des autres sociétés d’adoption, seule la Children’s Service Association devance en âge l’ancien Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, créé officieusement en 1932. Malgré cette avance temporelle, l’abbé Charles-Édouard Bourgeois, directeur de l’Assistance à l’Enfant sans soutien de Trois-Rivières allègue, en 1947, que la Sauvegarde de l’enfance de Québec, loin d’être déjà perfectionnée, est en processus de devenir une Société d’adoption fiable et méthodique alors que celle-ci progresse et veut instaurer un système d’enquête complet visant à assurer la qualité des services dispensés aux adoptants, aux mères célibataires et aux adoptés[127] . Cependant, en 1947, on compte trois assistantes sociales laïques qui travaillent à la Sauvegarde de l’enfance. Celles-ci sont uniquement affectées aux enquêtes effectuées auprès des mères célibataires ou auprès des requérants à l’adoption. Ces enquêtes visent notamment à dresser le dossier de l’enfant confié à la Crèche et à déterminer l’acceptabilité des requérants à l’adoption. Est-ce une polémique entre deux services sociaux ou s’agit-il réellement d’un retard accumulé par la Sauvegarde de l’enfance dans les services dispensés à sa clientèle juvénile, aux parents naturels et aux parents adoptifs? La Sauvegarde de l’enfance et l’Assistance à l’Enfant de Trois-Rivières se percevaient-elles comme des concurrentes?

On constate qu’au fil des ans, le territoire de placement des Soeurs du Bon-Pasteur, puis du Service d’adoption, puis de la Sauvegarde de l’enfance se rétrécit, notamment en raison de la création des différents services adoptifs mentionnée précédemment. Avant la création du Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul et avant la naissance des différents services d’adoption de la province le territoire de placement des Soeurs du Bon-Pasteur comprenait le diocèse de Trois-Rivières (avant la création du Placement de l’Orphelin par l’abbé Charles-Édouard Bourgeois), le diocèse de Rimouski, le diocèse de Chicoutimi, le diocèse de Gaspé, le vicariat du Golfe Saint-Laurent, le diocèse de Nicolet, le diocèse de Sherbrooke (avant la création de la Société de Réhabilitation) et le diocèse de Québec[128] . Durant les années 1950 et les années 1960, différents services sociaux seront mis en place partout au Québec et s’occuperont, eux-aussi, d’adoption ce qui limitera le champ d’action de placement de la Sauvegarde de l’enfance au diocèse de Québec.

Plusieurs services de placements sont donc en activité au début des années 1940. On observe pour cette même période, que l’adoption tend à devenir populaire et qu’elle est, effectivement, sur une lancée. De 1943 à 1945, selon les calculs de l’Abbé Charles-Édouard Bourgeois qui est bien au fait des pratiques adoptives au Québec, la Sauvegarde de l’enfance réalise 1230 adoptions légales[129] . Pendant ce même laps de temps, 270 adoptions légales sont effectuées par le Children’s Service Association de Montréal, 2796 par la Société d’Adoption et de Protection de l’Enfance aussi de Montréal. Cet impressionnant résultat n’est pas surprenant compte tenu de la taille de la région montréalaise. À Sherbrooke, c’est environ 605 adoptions légales qui sont conclues par la Société de Réhabilitation, pendant que l’Assistance à l’Enfant sans Soutien de Trois-Rivières peut se glorifier d’avoir réussi 534 adoptions légales[130] . En l’espace de trois années, c’est 5435 enfants qui trouvent un foyer adoptif et ainsi, du même souffle, qui sont définitivement intégrés dans une nouvelle cellule familiale au point de vue légal. Ainsi, à Québec, malgré son jeune âge, la Sauvegarde de l’enfance obtient des résultats concrets.

Avant même d’être affecté aux placements des enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, l’abbé Germain consacre déjà une partie de son temps à la promotion de l’adoption. Cet homme de lettres et d’Église est un érudit. Son style d’écriture est original, particulier, coloré. Les messages, dont il veut imprégner ses rédactions, sont tissés d’images et d’émotions. Son style est parfois étonnamment direct, d’autres fois beaucoup moins alors que les métaphores se succèdent, permettant ainsi au lecteur d’atteindre un second niveau de compréhension en analysant ces dernières.

Le ton qu’emploie l’abbé Germain dans presque tous ses écrits est souvent moralisateur même s’il n’est pas nécessairement toujours culpabilisant, ce qui est subtilement différent. Le vocabulaire religieux et les références bibliques souvent utilisées, servent à bien faire comprendre aux lecteurs, les comportements à adopter et à défendre.

Pour comprendre la propagande de la Sauvegarde de l’enfance, un retour à l’époque du Service des adoptions s’impose. En 1931, l’abbé Germain lance la première offensive de propagande dans les médias écrits. On publie, pour la toute première fois, une Chronique de la Crèche. Les Chroniques de la Crèche, qui prennent la forme de petites histoires, seront nombreuses et seront rassemblées. Elles seront d’abord publiées dans une cinquantaine de quotidiens et d’hebdomadaires dont le Soleil ou l ’Action catholique et ce, tout au long des années 1930 et du début des années 1940[131] . Toutefois, l’avènement de la Seconde Guerre mondiale force l’abbé Germain à restreindre sa propagande puisque les différents médias écrits consacrent une place primordiale aux nouvelles, articles et publicités de guerre. Malgré tout, après la fin du conflit, les choses se rétablissent et l’abbé Germain indique qu’en deux ans, 345 Communiqués de la Crèche, suppléant les anciennes Chroniques, paraissent pour le Service des adoptions et rejoignent un lectorat composé d’environ 80 000 personnes[132] .

Les Chroniques autant que les nouveaux Communiqués de la Crèche sont conçus dans un style accessible à tous. La mère ou le père de famille, les enfants ainsi que les jeunes filles et jeunes hommes peuvent en faire la lecture et ensuite méditer sur leur contenu. C’est ce que souhaite l’abbé Germain. En fait, il affirme lui-même que sa propagande comporte un enseignement[133] . Il veut faire plus que d’éveiller les consciences à l’adoption, il veut avoir une réelle portée sociale, il veut instruire, enseigner, informer, faire réaliser à la population la réalité de l’illégitimité et ses conséquences immédiates ou lointaines.

En 1945, les Chroniques de la Crèche sont rassemblées sous forme de recueil. Celui-ci est offert gratuitement aux curés, aux aumôniers des communautés religieuses et aux principaux des écoles normales. Au total, c’est 1124 volumes que l’on distribue ainsi pour faire davantage connaître l’oeuvre. Deux ans plus tard, le recueil des Chroniques est offert aux directeurs et directrices, religieux et religieuses des écoles de la ville de Québec. C’est 379 nouveaux exemplaires qui trouvent preneurs[134] . Puis on décide de mettre les Chroniques de la Crèche en vente et c’est 6 000 copies de plus qui seront éditées en 1947. Pour Germain, le contact établi ainsi avec les autorités cléricales et scolaires est un gage de réussite dans la stratégie de promotion puisque ces dernières sont en constant contact avec la population. L’abbé Germain est conscient de ce grand pouvoir du clergé, c’est pourquoi il intervient fréquemment auprès de ses confrères des différentes paroisses du Québec, leur demandant de promouvoir l’adoption à la messe et dans leur vie quotidienne[135] . Même s’il semble que plusieurs curés soient compatissants envers les enfants illégitimes, d’autres refusent catégoriquement d’encourager le placement des enfants du «vice». Selon l’abbé Germain, « beaucoup font déjà leur large part, [mais] plusieurs prêchent dans le désert et sèment sur le préjugé »[136] . Malgré ces réticences, les autorités religieuses demeurent les alliées précieuses de l’abbé Germain dans sa recherche de parents adoptifs.

Les chroniques de la Crèche ne sont pas les seules publications ou publicités de l’Abbé Germain à être publiées pour un large public. Par exemple, l’avant dernière page de la revue la Semaine religieuse est, depuis 1932, réservée par le propagandiste pour y placer publicité et diverses adresses aux curés des paroisses. De surcroît, les différentes parutions du Service des adoptions puis de la Sauvegarde de l’enfance dans les journaux ne se comptent plus. À quelques occasions, des journalistes sont invités stratégiquement par l’abbé Germain à visiter la Crèche. Ceux-ci, toujours très impressionnés par la logistique de fonctionnement de l’endroit, déplorent généralement la présence de tant d’enfants et appellent leurs lecteurs à la «charité» adoptive[137] . En région éloignée pour effectuer certains placements, l’abbé Germain se permet aussi de visiter des personnes influentes ou des journalistes afin que ceux-ci participent directement ou indirectement à sa promotion[138] .

La propagande effectuée par Germain avant ou après la fondation de la Sauvegarde de l’enfance est considérable. Il arrive également qu’à titre charitable, certains journaux ou autres parutions accordent gratuitement un espace pour la promotion adoptive de l’abbé. N’est-ce pas un signe que l’oeuvre de l’adoption commence à être reconnue comme oeuvre méritante dont chacun doit se soucier ou également que l’abbé Germain a une influence morale certaine dans le milieu de l’imprimé? Il faut garder à l’esprit que l’homme d’Église a été journaliste aux premières heures de son mandat apostolique (voir l’Annexe 2 pour la biographie de l’homme).

L’abbé Germain n’hésite pas non plus, à de nombreuses reprises, à écrire de véritables brochures se rapportant toujours d’une manière directe ou non au problème de l’illégitimité. Ces brochures sont distribuées aux notables de la ville, aux curés et parfois à un lectorat plus élargi. On espère certainement pouvoir compter sur l’influence et sur les réseaux de contact des différentes personnalités de la ville pour propager l’idée de l’adoption. Une chose est certaine, les brochures et les diverses parutions sont lues, regardées, discutées. Seulement pour l’année 1947, quatre brochures paraissent aux éditions de la Sauvegarde de l’enfance soit : «Une réforme des moeurs est-elle possible?», «Les prêtres devraient-ils prôner l’adoption des délaissés?», «De zéro à sept ans la formation du chrétien est-elle possible?» et «Les illégitimes peuvent-ils prétendre à quelque vocation?». Chacune de ces brochures a été tirée à 2 000 exemplaires comme plusieurs autres écrits de l’abbé Germain[139] .

L’abbé Germain produit de nombreuses brochures, chroniques et autres types de parutions dans les années 1930 et les années 1940, alors que l’on note une sensible diminution de la propagande dans les années 1950. Pour la première fois depuis sa fondation en 1901, donc depuis cinquante ans, le nombre d’adoptions est plus considérable que le nombre d’entrées dans l’institution. Le message de l’adoption a certainement été entendu. Pour cette raison, le début des années 1960 voit se restreindre considérablement le flot incessant des appels répétés de l’abbé Germain pour l’adoption des enfants «illégitimes» de la ville de Québec. En fait, les brochures écrites dans les années 1950 et les années 1960 s’attardent davantage à relever les problèmes liés à l’adoption et à les solutionner. Elles expliquent de manière plus concrète les démarches adoptives, les motifs de refus de candidature et les obligations de la loi.

La propagande pour les adoptions est probablement l’endroit où les frontières entre l’abbé Germain et son oeuvre sont les plus ténues, les moins tangibles. La promotion est conçue, écrite par l’abbé Germain. Elle est imprégnée de lui, de ses valeurs et de ses convictions. C’est certainement dans cette propagande que l’abbé Germain personnifie davantage son oeuvre de charité. À notre avis, les écrits de ce directeur impliqué permettent d’établir une liaison entre le Service des adoptions de la Crèche et la Sauvegarde de l’enfance dans les faits. L’abbé Germain assure la continuité non seulement de l’oeuvre, mais aussi des idéaux qu’elle véhicule qui sont perceptibles justement dans ces parutions.

Les écrits de l’abbé Germain permettent de sonder en profondeur le malaise social que provoquent l’illégitimité et l’incompréhension que suscite l’adoption des enfants porteurs de cette «tare». Le ton alarmiste et alarmant donne le tempo à l’oeuvre des adoptions, il rythme la Sauvegarde de l’enfance, définit sa ligne de conduite. La promotion de l’abbé Victorin Germain, selon les dires de son homologue Charles-Édouard Bourgeois de Trois-Rivières, est « originale et réellement extraordinaire [140] ». Voici donc la singularité de cette publicité. Elle est colorée et parfumée de l’essence même de l’abbé Germain. Les procédés sont audacieux, le ton employé sans équivoque. L’homme d’Église, grand communicateur, sait comment susciter l’attention du lecteur et sait comment faire bouger les choses.

C’est directement avec la Sauvegarde de l’enfance que les futurs adoptants doivent transiger en vue de l’obtention d’un pupille adoptif. Elle s’occupe des entrevues avec les requérants à l’adoption, de la correspondance avec ceux-ci, des enquêtes à leur domicile ainsi que des relations avec les filles-mères souvent pensionnaires ou anciennes pensionnaires de l’Hospice de la Miséricorde des Soeurs du Bon-Pasteur. De plus, le service d’adoption se charge des transferts des enfants dans d’autres institutions telles que les orphelinats ou les hôpitaux pouvant s’occuper des soins médicaux particuliers dont tel ou tel bambin a besoin. On transfert aussi parfois des enfants dans d’autres services sociaux, mesure servant à effectuer un «mélange» des enfants «illégitimes»[141] . Ceci permet d’éviter que les pupilles en provenance d’une paroisse soient adoptés dans celle-ci. Parfois, les requérants à l’adoption tiennent à ce que leur futur enfant provienne d’une agence différente de celle avec laquelle ils font affaire[142] . La peur est toujours présente qu’en grandissant, le pupille adoptif puisse ressembler étrangement à tel ou tel paroissien ou paroissienne... Toutefois, on ne sait à quelle fréquence ces techniques de transfert sont effectuées et quelle ampleur celles-ci prennent dans la réalité puisque les rapports annuels de la Sauvegarde de l’enfance ne signalent que le nombre d’enfants transférés sans spécifier leur destination. Ainsi on ne connaît que des données fragmentaires sur le sujet. Par exemple, en 1949, 81 enfants sont «transférés» sans que l’on sache réellement où et comment. En 1952, 97 transferts ont lieu. En 1955, 48 petits garçons sont transférés, mais aucune fille ne l’est.

Il incombe aux assistantes sociales de la Sauvegarde de l’enfance de reconduire les enfants dans les familles adoptives éloignées. Spécifions qu’avant l’arrivée de ces employées qualifiées, l’abbé Germain se chargeait lui-même de ces «livraisons» d’enfants tel qu’il les qualifie[143] . Inversement, les assistantes sociales s’obligent parfois à un long trajet pour retirer d’un foyer adoptif un enfant dont le placement serait devenu immoral ou dangereux. Ces voyages sont toujours conditionnés par de bonnes raisons, mais ils demeurent coûteux. On ne connaît pas systématiquement les sommes allouées annuellement pour ces placements «longue distance». Toutefois, Soeur Sainte-Alix mentionne dans une lettre à sa supérieure au début de l’année 1948, que c’est 6 150$ qui sont investis pour les voyages d’adoption par la Sauvegarde de l’enfance sur environ 40 000$ de budget.

De même, la Sauvegarde de l’enfance défraie souvent les soins médicaux spéciaux pour les enfants disponibles à l’adoption (prothèses, orthèses, opérations). Certaines infirmités sont, en effet, remédiables telles les bec-de-lièvre ou certains troubles de la vue. C’est pourquoi afin de favoriser l’adoption des enfants nés avec une difformité ou un handicap mineur, la Sauvegarde de l’enfance n’hésite pas à investir dans des interventions chirurgicales parfois dispendieuses. Encore une fois, les chiffres disponibles à ce sujet sont fragmentaires. Selon la lettre rédigée par soeur Sainte-Alix au début de l’année 1948, la Sauvegarde investit pour des lunettes, radiographies, frais de pénicilline et autres soins et opérations 3 750$ sur le grand total de 40 000$. Les frais de pénicilline sont de 1 250$ pour la seule année de 1946[144] . Toujours soucieuse également, selon les dires de son directeur-administrateur, de développer ses techniques et de favoriser l’avancement des études et des connaissances en service social, la Sauvegarde de l’enfance reçoit aussi visiteurs particuliers, journalistes, étudiants et stagiaires en service social de l’Université Laval. Quelques mémoires de maîtrise ont été conçus en collaboration avec la Société d’adoption[145] .

En 1948, alors que la Sauvegarde de l’enfance est dans une phase d’ajustements et d’évolution, elle subit une transformation majeure. En effet, elle étend à ce moment son champ d’action en incorporant le Service de protection appartenant à l’Association patronale des services hospitaliers[146] . Pendant le reste de son existence, la Sauvegarde de l’enfance sera marquée par cette dualité complémentaire assurée, d’une part, par le Service des adoptions, branche doyenne, et d’autre part, par le Service de protection, ajout ultérieur. Quant à lui, le Service de protection se soucie de l’enfance «désavantagée et malheureuse» en aidant les enfants abandonnés ou dont le foyer ne peut veiller à leur bien-être[147] . Ce service redirige ces enfants soit vers les institutions appropriées (pensionnats, orphelinats, etc.) ou soit vers des foyers nourriciers. En fait, le Service de protection « étudie toute demande de placement, soit en foyer nourricier, soit dans une institution ou un pensionnat et dirige, s’il y a lieu, les enfants vers la meilleure forme de placement pour eux [148] ». Le champ d’action du Service de protection est donc vaste et touche les enfants de différents groupes d’âge. La Sauvegarde de l’enfance, à partir de 1948, est donc opérée sur cette base dyadique, mais selon une étude de l’administration de la Société, jamais le Service de protection n’égalera le Service des adoptions[149] . Le nouveau Service de protection est confié, lors de sa fondation, à l’abbé Noël Simard qui sera entièrement responsable de sa section tout en travaillant sous la direction de l’abbé Victorin Germain, le directeur-administrateur de la société. Ce nouvel ajout confirme le rôle d’agence familiale de la Sauvegarde de l’enfance.

La Sauvegarde de l’enfance et la Crèche Saint-Vincent-de-Paul sont des piliers dans l’aide à l’enfance abandonnée dans la ville de Québec. Ces deux institutions gèrent, à elles seules, avec quelques maternités privées et plus tard avec les hôpitaux de la cité, une grande majorité des cas d’abandon d’enfants «illégitimes» catholiques connus à Québec. C’est à la Crèche que se retrouve la majorité des enfants illégitimes abandonnés qui proviennent aussi bien de la cité que des régions plus éloignées. C’est par la Sauvegarde de l’enfance que ces derniers doivent transiter pour être placés en foyer adoptif. Il existe bien sûr des passations d’enfants qui défient les paramètres de la loi comme lorsqu’une mère célibataire ayant accouché à domicile demande à son médecin de trouver des parents adoptifs à son bébé. Le placement du poupon n’est, en conséquence, entériné par aucune autorité des services adoptifs de la province et demeure absent des statistiques concernant les enfants nés dans l’illégitimité. La Sauvegarde de l’enfance joue, de ce fait, un rôle primordial non seulement dans l’aide à l’enfance dans la ville de Québec et ses environs, mais aussi dans l’assistance sociale dans un ordre plus général en tentant de placer les enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul.

Le budget de la Sauvegarde de l’enfance, quant à lui, s’équilibre à même la compensation aux placements octroyée pour chaque enfant placé en foyer adoptif par le gouvernement provincial dans le cadre de l’Assistance publique. Cette mesure, comme spécifiée précédemment, est instaurée en 1936 et est successivement modifiée dans les premières années d’existence de la Sauvegarde de l’enfance. En 1945, la compensation au placement par enfant est de 60 sous par jour pour 120 jours. En 1946, la compensation est encore bonifiée alors que l’octroi se prolonge à 150 jours pour un total de 90$ par enfant placé. À la fin des années 1940, c’est 150$ que rapportera une adoption pratique à la Sauvegarde de l’enfance et ce jusqu’à sa disparition en 1972. Outre les frais de propagande, l’oeuvre doit aussi rémunérer ses employés et veiller à tous les autres frais administratifs. C’est plus d’un demi-million de dollars qui sont gérés par la Sauvegarde de l’enfance si l’on tient compte des compensations aux placements, des salaires des employés, des frais de fonctionnement et des déboursés de l’Assistance publique que les autorités de l’oeuvre doivent répartir entre les enfants institutionnalisés du Diocèse de Québec[150] .

On sait donc mieux quelle est l’unique ressource budgétaire de la Sauvegarde de l’enfance, mais on ne sait pas exactement comment sont dépensées les sommes octroyées par le gouvernement. Dans les archives des Soeurs du Bon-Pasteur, on peut retrouver l’estimation budgétaire de l’année 1944 qui nous en apprend davantage sur la manière dont est géré l’argent de la Sauvegarde de l’enfance alors toute jeune. On estime les dépenses totales à 19 040$ dont les réparties sont les suivantes :

Salaire des deux soeurs du bureau de placement : 1 000$
Salaire de l’abbé Victorin Germain : 3 000$
Loyer du local (la Sauvegarde de l’enfance est alors à la Crèche) : 200$
Frais de voyages de placements : 3 300$
Frais d’enquêtes auprès des parents adoptifs : 150$
Frais judiciaires : 1 000$
Imprimés de propagande : 3 000$
Vestiaire des partants[151]  : 4 500$
Timbres postes, téléphones locaux et interurbains, papeterie : 490$
Frais des visiteuses sociales[152]  : 2 400$

Les principales dépenses de la Sauvegarde de l’enfance sont donc liées d’abord au «vestiaire des partants», aux frais de voyages de placements et au paiement des salaires. Toujours selon la lettre de janvier 1948 de soeur Sainte-Alix à sa supérieure, les frais que l’on pourrait qualifier d’administratifs (téléphone, papeterie, etc.) comptabilisent environ un millier de dollars, ce qui est plus considérable qu’en 1944, chose normale vu les dimensions toujours croissantes de la Sauvegarde de l’enfance. Celle-ci paie également les études spécialisées de certaines religieuses pour que ces dernières deviennent infirmières ou travailleuses sociales, en autant que leur apprentissage puisse profiter, dans l’avenir, aux enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul[153] .

Le rapport annuel de 1952 nous en apprend aussi un peu plus sur les dépenses de la Sauvegarde de l’enfance. Durant cette année, c’est 50 688$ que verse en salaire la Sauvegarde de l’enfance, contrairement au 6 750$ versés entre 1944 et 1948 à ses religieuses employées[154] . La laïcisation du personnel et l’accroissement de ce dernier expliquent, sans doute, l’augmentation de cette partie des dépenses. Par exemple, on sait que la Sauvegarde de l’enfance embauchera davantage de travailleuses sociales laïques au fil des ans. Les voyages d’enquêtes et de placements drainent quand à eux 20 569$, alors que les compensations aux placements rapportent 100 000$[155] .

Constamment, la Sauvegarde de l’enfance est associée à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul. Même si les deux oeuvres sont étroitement liées, il se trouve qu’elles sont distinctes l’une de l’autre. C’est pourquoi, dès 1949, la Sauvegarde de l’enfance aménage ses locaux sur la rue d’Auteuil, à Québec. L’oeuvre se distingue de cette manière de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul tout en continuant malgré tout d’entretenir des relations étroites avec cette dernière et en lui faisant toujours bénéficier de certaines sources d’aide financière comme sa participation au «vestiaire des partants». En 1951, la Crèche Saint-Vincent-de-Paul reconnaît la Sauvegarde de l’enfance « comme organisme qui entretient et qui a ou a droit d’avoir sous sa garde légale chaque enfant habitant ladite institution et au sujet de qui est versé un octroi, [90$ par enfant en 1952], de la Loi d’Assistance publique de Québec [156] ». Ce document établit, dans la foulée, comme mentionné auparavant, la reconnaissance de tutorat de la Sauvegarde de l’enfance. Cette passation de la tutelle des enfants disponibles pour l’adoption est rendue possible par l’instauration des Lois de protection de la jeunesse de 1950-1951[157] .

La Sauvegarde de l’enfance n’est pas qu’en relation avec la Crèche. Elle entretient aussi des liens avec le Conseil central des oeuvres de Québec[158] depuis 1945, avec l’évêché, avec le ministère de la Santé et plus tard avec le ministère du Bien-Être social et de la Jeunesse de même qu’avec la cour de Bien-Être social. Évidemment, toutes les sociétés d’aide à l’enfance de la région de Québec ou des diocèses de la zone de placement de la Sauvegarde de l’enfance sont, un jour ou l’autre, en lien avec la dite Société. La Sauvegarde de l’enfance se doit aussi d’être en relation avec les maternités privées. En fait, elle doit parfois y déplacer des enfants non catholiques ou encore placer les pupilles nés dans ces endroits et transférés à la Crèche dans des foyers adoptifs. La Sauvegarde de l’enfance reste aussi en contact avec les services de placements d’autres confessions religieuses afin de garantir aux pupilles de différentes confessions religieuses une adoption réglementaire aux yeux de la loi[159] . La société de placement est liée, en outre, avec d’autres institutions ou services sociaux sans qui elle ne peut s’acquitter de sa mission de bienfaisance.

Voici donc un portrait de la Sauvegarde de l’enfance. Ce regard nous apprend comment fonctionne la Société d’adoption, quels sont ses valeurs, ses buts, ses plans, sa structure, sa propagande. Vers la fin des années 1940, la Sauvegarde de l’enfance est en maturation constante, en évolution. Elle s’affermit, se définit, s’enrichit. Les années 1950, quant à elles, seront des années fructueuses pour la Société, alors que les années 1960 la forceront à revoir certaines de ses politiques en lien avec le vent de nouveauté soufflant sur le Québec. Finalement, la société sans avoir été ni unique ni même pionnière, a joué un rôle primordial dans l’organisation du secours à l’enfance illégitime à Québec.

Selon l’anthropologue Chantal Collard, le pourcentage d’enfants adoptés dans les sociétés occidentales se situe, la majorité du temps, entre 1 et 2%[160] . Observons l’évolution des placements en adoption de la Sauvegarde de l’enfance à l’aide du graphique 1.

On remarque que le nombre d'adoptions est très faible jusque dans les années 1920. On assiste alors tranquillement à une augmentation, assurément laborieuse, du nombre d’adoptions annuelles effectuées à la crèche de Québec. La quasi-léthargie des premières années (de 1901 à 1910 pour un total décennal de 241 adoptions) fera place, à partir de 1929, et plus concrètement tout au long des années 1930, à une augmentation frappante et continue des placements d’enfants «illégitimes» sans soutien (de 1931 à 1940, on note 3 590 adoptions).

La filiation adoptive entre, dans les années 1930 et ce malgré les bouleversements de la crise économique, dans une phase plus stimulée. Cette phase correspond à la naissance du Service des adoptions de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul et donc à une période où la promotion de la filiation adoptive produit ses premiers résultats. On peut croire que l’arrivée d’une telle propagande, plus réfléchie et plus agressive, contre partiellement l’effet négatif de la Grande dépression qui force des candidats à l’adoption à mettre en veilleuse leur projet. En fait, l’abbé Germain constate que la crise nivelle, vers le bas, la quantité de couples désirant adopter. Les données indiquent que les effets de la récession semblent plutôt se produire à partir de 1932, soit au plus fort de la crise économique[161] , puisque entre 1930 et 1931, les adoptions augmentent, passant de 291 à 367. À preuve, on constate une chute de près de 24 % du taux de croissance entre 1931 et 1932. Malgré cette baisse, le nombre d’adoptions demeure élevé au regard des statistiques passées.

On peut constater également que malgré les succès répétés du Service des adoptions, les années 1939 et 1941 voient décliner sensiblement le nombre d’adoptions et ce, en dépit d’une connaissance accrue de la filiation adoptive. Il faut évidemment blâmer le contexte d’insécurité engendré par la Seconde Guerre mondiale qui influence les parents adoptifs. Par ailleurs, l’abbé Germain limite, en ces temps difficiles, sa propagande hebdomadaire dans différents quotidiens. Moins sollicités, les couples adoptifs se présentent en moins grand nombre à la crèche. La guerre terminée, le nombre d’adoptions connaît une croissance fulgurante interrompue seulement en 1950 et en 1952. La Sauvegarde de l’enfance réussit un exploit en 1955 où 977 enfants seront adoptés. Jamais plus un tel niveau ne sera atteint puisque le territoire de placement se restreint et que de moins en moins d’enfants seront abandonnés pour adoption, ce qui explique la chute des adoptions entre 1955 et 1957 (près de 25%). D'autres services sociaux, et ce partout en province, entreprennent dans les années 1950, de secourir les petits abandonnés de leur région, ce qui minimise le territoire pouvant être ratissé par la Sauvegarde[162] . Par exemple, en 1953, le district de Sainte-Anne-de-La-Pocatière se dote d’une section «Adoption» intégrée à son Service social. Elle sera dirigée par l’abbé Proulx qui se consacrera, lui aussi, à la cause des enfants «illégitimes». L’année 1966 voit la quantité d’adoptions connaître une remontée grâce, selon le personnel de la Sauvegarde de l’enfance, à la publicité effectuée par le ministère du Bien-Être et de la Famille du Québec[163] . Les années 1960 sont marquées par de profonds bouleversements au Québec en ce qui concerne l’intervention étatique[164] . En 1960, l’élection des libéraux menés par Jean Lesage marque un tournant certain vers la modernité, mais aussi vers une plus grande implication étatique dans le domaine social. Il n’est donc pas surprenant que l’État provincial s’implique activement dans les questions d’adoption puisqu’il intervient désormais, en collaboration avec les congrégations religieuses, dans l’assistance aux enfants sans soutien.

La dégringolade de la quantité d’adoptions entre 1967 et 1972 n’est pas due, comme il serait possible de le penser, à la fin de l’engouement populaire pour la filiation adoptive. Bien au contraire, les demandes des parents adoptifs ne cessent d’affluer, mais de moins en moins de mères célibataires veulent confier leur enfant en adoption. Certaines femmes ont désormais le loisir de garder leur enfant; elles ont suffisamment de ressources financières puisqu’elles peuvent occuper des emplois mieux rémunérés. De même, le poids du jugement social à la fin des années 1960 et au début des années 1970 concernant les mères célibataires et leurs enfants «illégitimes» s’atténue. Les jeunes femmes désirant élever leur enfant seule peuvent désormais compter sur leurs proches et les enfants «sans père» deviendront davantage, au cours des années, les égaux de leurs petits compagnons «légitimes». De même, les jeunes femmes désirant avoir des relations sexuelles hors mariage, mais ne pas procréer ont désormais davantage accès aux méthodes de contraception existantes. Les pilules contraceptives sont notamment très en vogue et comme l’affirme les auteurs de l’Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles  : « les parents apprennent à vivre avec l’idée que leur fille ne sera pas vierge le jour de son mariage; les filles, quant à elles, découvrent une nouvelle liberté qui était interdite aux générations passées[165] ». Ce changement de mentalité permet donc aux femmes enceintes n’étant pas mariées de mieux vivre leur grossesse et de pouvoir s’occuper ensuite de leur enfant.

En résumé, on perçoit une évolution des conceptions liées à la pratique adoptive qui conduit à une facilité d’intégration sociale pour les enfants sans soutien. Évidemment, la situation était différente au début des années 1900, alors que la population parvient difficilement à intégrer dans ses rangs les enfants nés hors mariage et que ces derniers sont condamnés à la vie institutionnelle.

La Sauvegarde de l’enfance n’est pas née subitement en 1943. Elle est issue d’un contexte social particulier, elle est le fruit d’efforts antérieurs, d’essais et d’erreurs. Comme ses consoeurs de Montréal et de Trois-Rivières, elle est issue d’un service associé à la Crèche de la ville qui constitue son principal bassin de clients. Son incorporation lui permet de jouer un rôle certain dans le soutien de l’aide à l’enfance dans la ville de Québec pendant près de trente ans, alors qu’elle est le seul organisme à s’occuper de l’adoption des enfants «illégitimes». Elle n’hésitera pas, au cours de son mandat, à diversifier ses activités notamment en incorporant le Service de protection en 1948. La participation de l’abbé Germain à cette oeuvre est significative et prend son importance autant dans la structuration de la Sauvegarde de l’enfance que dans le développement de la propagande effectuée des années 1930 jusqu’aux années 1960, à des degrés toutefois variables. La Société d’adoption est à l’image de ses consoeurs du Québec, seule sa promotion pour l’adoption semble teintée d’originalité, d’unicité. Cette originalité lui vient, sans contredit, de l’homme qui la façonna si longtemps, l’abbé Germain. L’homme et son «oeuvre» se confondent et en viennent, la plupart du temps, à ne former qu’une seule voix. La Sauvegarde de l’enfance s’est donc donnée, au cours des années, une structure solide, des procédés et des méthodes de travail qui lui permirent d’affronter les problèmes qu’entraîne l’illégitimité. Elle s’est très tôt proposée, dès le début de son existence, d’attaquer le problème des naissances hors mariage à la base et d’éduquer la population afin d’éradiquer les comportements bafouant les codes moraux établis.



[38] Au sujet d’une «gestion» de l’aide à l’enfance sans soutien, on peut consulter les articles de Lucia Ferretti pour la région de Trois-Rivières. Lucia Ferretti, «Charles-Édouard Bourgeois, prêtre trifluvien, et les origines de l’État-providence au Québec (1930-1960), Nouvelles pratiques sociales , vol 14, no1, 2001, p. 169-182. Lucia Ferretti, «L’Église, l’État et la formation professionnelle des adolescents sans soutien : le patronage Saint-Charles de Trois-Rivières», RHAF , vol 56, no 3 (hiver 2003), p. 303-327.

[39] Pierrette D. Letarte, «Histoire de l’assistance aux enfants abandonnés dans le Québec», Thèse de maîtrise en service social, Québec, Université Laval, 1955, p.13-14.

[40] La nourrice étaient à l’époque, choisie par le procureur du roi, par le procureur fiscal ou par le curé dans les lieux «où il n’y avait pas d’officiers de justice.» Ibid., p.14.

[41] Dominique Gourbau et Claire O’Neill, Op. cit., p.102.

[42] En ce qui concerne les efforts de la population protestante de Québec pour venir en aide à ses enfants délaissés, on peut consulter les deux ouvrages de Louisa Blair. Ces ouvrages sont également utiles pour comprendre l’organisation sociale de cette population. Louisa Blair, Les Anglos : la face cachée de Québec, 1608-1850 , Québec, Commission de la capitale nationale du Québec et les éditions Sylvain Harvey, 2005, 144 pages. Louisa Blair, Les Anglos : la face cachée de Québec depuis 1850 , Québec, Commission de la capitale nationale du Québec et les éditions Sylvain Harvey, 2005, 144 pages.

[43] Gonzalve Poulin, L'assistance sociale dans la province de Québec, 1608-1951 , Québec, Étude préparée à l'intention de la Commission Royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels de la province de Québec, Décembre 1953, p. 139-140.

[44] Peter Gossage voyait aussi une déstructuration de la famille pourtant au cœur de l’organisation sociale au XIXe siècle. Peter Gossage, loc. cit , p. 539.

[45] Marie-Josée Larocque affirme qu’au «XXe siècle, les paroisses perdent de leur emprise sociale. L’affaiblissement de la vie paroissiale fait en sorte que les citadins n’affichent plus le même attachement qu’auparavant à leur paroisse.» Marie-Josée Larocque, «Paroisse et école en milieu urbain» dans Serge Courville et Normand Séguin dir, Atlas historique du Québec : La paroisse, Sainte-Foy , Presses de l’Université Laval, 2001, p.169.

[46] François Rousseau, La croix et le scalpel : Histoire des Augustines et de l’Hôtel-Dieu de Québec (1639-1989) Tome 1 (1639-1892) , Sillery, Éditions du Septentrion, 1989, p. 175-181.

[47] AAQ, Registre des admissions des enfants trouvés 18000-1845.

[48] On peut consulter spécialement le chapitre V «Le soin à l’enfance orpheline» dans Nive Voisine et les autres, Histoire des Sœurs de la Charité de Québec : plus de 150 ans d’histoire (1849-2001), Beauport, Publications MNH, p.141-173. De même, pour en connaître davantage sur la catégorisation des enfants sans soutien, on peut se référer à : Johanne Daigle, André Turmel avec la collaboration de Virginie Fleury-Potvin et Sophie Lapointe, «La catégorie d’orphelin en milieu institutionnel : quelques paramètres pour la région de Québec (1850-1950) dans Brigitte Caulier et Luc Courtois, dir., Québec Wallonie : Dynamiques des espaces et expériences francophones , Sainte-Foy, Les Presses de l’Université Laval, 2006, p. 113-134.

[49] France Gagnon, «Transitions et reflets de société dans la prise en charge de la maternité hors-norme : l’exemple de l’Hospice Saint-Joseph de la Maternité de Québec, 1852-1876», Mémoire de maîtrise en histoire, Québec, Université Laval, 1994, p.50.

[50] ASBPQ, Sœur Irène Plante, La Crèche St-Vincent-de-Paul , 1994, p.2.

[51] Poulin rappelle que l’École de service social de Montréal (Université de Montréal) est créée en 1941 alors que celle de l’Université Laval est fondée en 1943. Gonzalve Poulin, op. cit., p. 187.

[52] I bid ., p. 188.

[53] Au sujet du combat contre la moralité infantile et de la médicalisation de la maternité on peut consulter l’ouvrage de Denyse Baillargeon, Un Québec en mal d’enfants : la médicalisation de la maternité, 1910-1970, Montréal, Éditions du Remue-Ménage, 2004, 373 pages.

[54] François Guérard, «L’hygiène publique et la mortalité infantile dans une petite ville : le cas de Trois-Rivières, 1895-1939», Cahiers québécois de démographie , Vol.30, no 2 (automne 2001), p.231.

[55] François Guérard, loc. cit ., p.233.

[56] Abbé Victorin Germain, Les enfants naturels devraient-ils bénir ou maudire leurs parents illégitimes? Bénir quand même , Sainte-Foy, les Éditions de la Sauvegarde de l’enfance, 1950, p.5. On peut aussi consulter les rapports statistiques de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul pour valider ces données. Nous aurions souhaité, pour le bénéfice de cette recherche, pouvoir calculer le nombre de placements annuels sur le nombre d’entrées annuelles à la Crèche. Cependant, il nous a été impossible de le faire puisque les sources originelles se basent sur le nombre d’enfants à la Crèche pour établir leurs données quantitatives. Nous comprenons que calculer le nombre de placements annuels sur le nombre de présences à la Crèche fausse probablement un peu la réalité, mais nous ne pouvons faire autrement. De même, nous aurions souhaité connaître le taux de mortalité infantile chez les nouveaux arrivants de l’institution d’assistance. Toutefois, pour les mêmes raisons, ceci nous a été impossible à reconstituer.

[57] N’oublions pas que l’année 1901 est incomplète puisque la Crèche n’ouvre ses portes qu’en septembre.

[58] Sœur Marie-de-la-Joie, «La Crèche St-Vincent-de-Paul et l’enfant né hors mariage (1901-1915)», Thèse en service social, Québec, Université Laval, 1965, 154 pages.

[59] Les statistiques sur le nombre de «bonnes» laïques et de religieuses employées à la Crèche annuellement sont lacunaires.. Du 1er avril 1920 au 1er avril 1921, on mentionne que 45 bonnes et 13 religieuses se dévouent aux soins des pupilles abandonnés dont le nombre frôle le demi millier. ASBPQ, Rapport annuel de l’œuvre de la Crèche St-Vincent-de-Paul du 1 er avril 1920 au 1 er avril 1921 , p.1.

[60] Plusieurs spécialistes de la santé donneront des heures incalculables de leur temps, et ce bénévolement, pour le soin des petits de la Crèche comme le docteur René Fortier qui, pour sa part, gravitera près de 25 ans, auprès de ces derniers. Sœur Marie-de-la-Joie, op. cit ., 154 pages.

[61] ASBPQ, Inconnu, «Par pitié, donnez aux enfants de la Crèche : pressant appel à la générosité de la population pour une oeuvre admirable», Le Soleil , mardi 7 mars 1933.

[62] L’abbé Germain affirme que «les enfants, bien nourris, bien soignés, mais groupés dans différentes salles suivant leur âge, croissent physiquement, mais développent très peu leur intelligence ; ils en sont tous au même point : lents à parler, lents à comprendre.» L’abbé Germain, Les prêtres devraient-ils prôner les adoptions ? On les en implore , Sainte-Foy, Les éditions de la Sauvegarde de l’enfance, 1947, p.5.

[63] En mars 1932, l’abbé Germain fait état de la provenance de certains des visiteurs de ses pupilles, il nomme différents pays tels que la Jamaïque, la France, la Hollande, les Etats-Unis (Maine, Rhode Island, Minnesota, Illinois, Montana, Massachusetts, New Hampshire, Washington, New Jersey, Pennsylvanie, Connecticut). Certains visiteurs proviennent du reste du Canada. ASBPQ, Chroniques de la Crèche , 5 mars 1932.

[64] Remarquons que les petits bains servent de lits aux enfants en «surplus».

[65] Néanmoins, ce terme est déjà employé par la population qui semble plus ou moins consciente de l’inexistence des paramètres légaux régissant la filiation adoptive. Chantal Collard, Une famille, un village, une nation : la parenté dans Charlevoix 1900-1960 , Boréal, Montréal, 1999, p. 112.

[66] Pierrette D. Letarte, op. cit , p. 46.

[67] On compte alors dans l’institution 222 enfants. ASBPQ, Sœur Marie de Saint-Pierre Damien, Pour l’œuvre de la Crèche .

[68] ASBPQ, Sœur Marie de Saint-Pierre Damien, Pour l’œuvre de la Crèche .

[69] Cardinal Bégin, Circulaire au clergé, Archevêché de Québec, #137, 15 octobre 1921.

[70] Abbé Charles-Édouard Bourgeois, Une richesse à sauver: l’enfant sans soutien, Trois-Rivières, Éditions du Bien Public, 1947, p. 134-143.

[71] ASBPQ, Chroniques de la Crèche , 28 novembre 1931.

[72] La question de l’ostracisme dont sont victimes les enfants «illégitimes» sera abordée dans le chapitre suivant.

[73] Sœur Irène Plante, La Crèche St-Vincent-de-Paul , 1993, p.5.

[74] Sœur Marie-de-la-Joie, op. cit., 154 pages.

[75] Ibid ., p.5.

[76] Comme nous le verrons un peu plus loin, le nombre de placements annuel est souvent influencé par le contexte social, économique et politique.

[77] Au sujet de l’impact de la Première Guerre mondiale au Canada et au Québec on peut consulter Paul-André Linteau et les autres, Histoire du Québec contemporain : de la Confédération à la crise 1867-1929 , Montréal, Boréal, 1989, 760 pages.

[78] Comme nous pouvons le constater, le pourcentage des décès oscille grandement entre 1920 et 1930. Les améliorations doivent, sans doute, être dues aux efforts des autorités religieuses, tandis qu’il est probable que les années particulièrement meurtrières pour les enfants de la Crèche aient été les témoins d’épidémies s’étant rapidement répandue dans l’institution. Les efforts des religieuses, des médecins et des étudiants en médecine de l’Université Laval présents à la Crèche depuis 1924 réussissent à fléchir le nombre de décès annuels. En 1941, la mortalité infantile est de 17%, en 1945, elle augmente à 26%. En 1950, le taux de mortalité est inférieur à 5% et en 1960, il est inférieur à 2%.

[79] Ces statistiques proviennent des rapports annuels du ministère de la Santé du Québec. Denyse Baillargeon, op. cit. , p. 35.

[80] Une courte biographie de l’abbé Germain est présentée à l’annexe 2.

[81] Abbé Victorin Germain, Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance œuvre sociale fondée en 1943 : buts-moyens-résultats , Éditions de la Sauvegarde de l’enfance, Sainte-Foy, 1948, p.2.

[82] Lorsque l’on parle des statistiques d’adoption, il faut différencier les données des adoptions légales et celles des adoptions pratiques. Lorsque l’on parle du nombre total d’adoptions dans une année, on se réfère aux adoptions pratiques. Les adoptions légales sont comptabilisées différemment.

[83] Abbé Victorin Germain, Ayez Pitié!, 1924, Archives des Sœurs du Bon-Pasteur.

[84] Pour en savoir plus sur la Loi de l’adoption on peut consulter le chapitre 3 de ce mémoire.

[85] Abbé Victorin Germain, Les enfants naturels , p.5. On peut aussi consulter les rapports statistiques de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul pour valider ces données. Nous aurions souhaité, pour le bénéfice de notre recherche, pouvoir calculer le nombre de placements annuels sur le nombre d’entrées annuelles à la Crèche. Cependant, il nous a été impossible de le faire puisque les sources originelles se basent sur le nombre d’enfants à la Crèche pour établir leurs données quantitatives. Nous comprenons que calculer le nombre de placements annuels sur le nombre de présences à la Crèche fausse probablement un peu la réalité, mais nous ne pouvons faire autrement. De même, nous aurions souhaité connaître le taux de mortalité infantile chez les nouveaux arrivants de l’institution d’assistance. Toutefois, pour les mêmes raisons, ceci nous a été impossible à reconstituer.

[86] ASBPQ, Inconnu, Souvenir de l’accession à la prélature romaine de monseigneur Victorin Germain , p.d. 1959.

[87] ASBPQ, Sœur Irène Plante, op. cit. , p.6.

[88] L’Archevêque qui l’assigne à cette tâche, Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve, exprime sa volonté en ces termes : «pour procurer des aumônes en faveur de la Crèche et surtout provoquer et diriger le placement des enfants reçus à la Crèche». Cet extrait de la lettre de Mgr Villeneuve est disponible dans la brochure de L’abbé Germain, Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.3.

[89] Aux États-Unis, les adoptions semblent augmenter au cours des années 1920 et 1930. Julie Berebitsky affirme que cette croissance est attribuable à une plus grande acceptation du phénomène adoptif, phénomène qui devient de plus en plus populaire grâce à l’intérêt que lui porte certaines personnalités d’Hollywood ou du monde politique. On pourrait affirmer que l’adoption est alors, aux Etats-Unis, «à la mode». Julie Berebitsky, op. cit. , p.128.

[90] La Crise économique de 1929 perdure quelques années et a des conséquences économiques néfastes qui se répercutent dans tous les secteurs de la société. John A. Dickinson et Brian Young, Brève histoire socio-économique du Québec , Septentrion, Québec, 1995, p. 286-294.

[91] Dans sa chronique du 20 février 1932, l’abbé Germain rappelle que «[l]a crise économique peut affecter l’affluence des aumônes et des parents adoptifs; elle n’affecte pas, bien au contraire, les abandons d’enfants.» ASBPQ, L’abbé Germain, Chronique de la Crèche , 20 février 1932.

[92] ASBPQ, Abbé Victorin Germain, Chroniques de la Crèche , 12 décembre 1931.

[93] Andrée Lévesque affirme que la fermeture obligée de certaines maternités ayant des difficultés économiques durant la dépression fait augmenter le nombre d’enfants déposés dans les crèches de la province. Andrée Lévesque, op. cit. , p.122.

[94] Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.3.

[95] ASBPQ, A.R., «À propos d’une visite qu’on nous a faite ce matin», Évangéline , Moncton, vendredi 26 août 1932.

[96] Vous «[êtes] sous une fausse impression si [vous croyez] que nous partons avec une provision et que nous allons offrir ou imposer nos enfants à tel ou tel ménage qui nous aurait été indiqué.» ASBPQ, Abbé Victorin Germain, Chroniques de la Crèche , 4 septembre 1932.

[97] Inconnu, «Par pitié», Le Soleil , 7 mars 1933. Il est difficile de savoir le nombre maximal d’enfants qui se sont trouvés en même temps hébergés à la Crèche puisque ces mesures ne sont prises que sporadiquement et non quotidiennement. Toutefois, on sait que le 30 juin 1935, 792 enfants vivent à la Crèche. ASBPQ, Rapport annuel de la Crèche St-Vincent-de-Paul pour l’année 1935 , 4 juillet 1936.

[98] Abbé Victorin Germain, Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.4.

[99] Cet octroi, fourni après le départ d’un enfant pour un foyer adoptif, est équivalent à trois mois de pension à 18 sous par jour en 1936. Le tarif sera ajusté au cours des ans.

[100] Abbé Victorin Germain, «Lettre de l’abbé Victorin Germain à M. Le Dr Jean Grégoire, le 2 avril 1943», dans Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.4.

[101] La toute jeune œuvre n’a, à ses débuts, qu’un personnel restreint. En mars 1944, seulement deux religieuses épaulent l’abbé Germain dans son travail. ASBPQ, Inconnu, Sauvegarde de l’enfance séance du 6 mars 1944 .

[102] Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.6.

[103] À ce sujet, Lucia Ferretti précise que : «Après la Seconde Guerre mondiale, la présence de l’Église catholique dans le domaine de l’assistance et du bien-être au Québec se fait plus multiforme et plus intense que jamais auparavant.» Lucia Ferretti , « Caritas-Trois-Rivières (1954-1966)», dans http://www.erudit.org Revue d’Histoire de l’Amérique Française, volume 58, no 2, par. 5.

[104] Chantal Collard, «Enfants de Dieu, enfants du péché : anthropologie des crèches québécoises de 1900 à 1960», Anthropologie et sociétés , 1988, vol, 12, no 2, p.98.

[105] Propos de Maurice Duplessis, Le Devoir , Montréal, 17 mai 1944 cités dans Marie-Paule Malouin , op. cit. , p.39.

[106] À partir de 1949, toutes les maternités privées du Québec sont contraintes de rapporter toutes naissances illégitimes à une Société d’adoption comme la Sauvegarde de l’enfance. Chantal Collard, «Enfants de Dieu», p.102.

[107] Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.6.

[108] Ibid.

[109] Édouard Montpetit , Deuxième rapport de la Commission des assurances sociales du Québec , Québec, ministère du Travail, 1933, p. 25.

[110] Deuxième article de la Loi des enfants trouvés (status refondus de 1925) cité dans Édouard Montpetit , op. cit. , p. 25.

[111] Le clergé catholique a été en grande majorité défavorable à cette loi. L’abbé Bourgeois de Trois-Rivières, homme de confiance de l’Église en matière de soutien à l’enfance malheureuse, qualifie même la loi de dangereuse. C’est que le clergé craint de perdre sa prédominance dans le secours à l’enfant démuni à la suite d’une implication active de l’État dans ce domaine. En 1944, Maurice Duplessis prend le pouvoir et met un terme à la Loi de protection de l’enfance. Ses opinions, très traditionalistes au sujet de l’implication du clergé dans le domaine de l’assistance rejoignent fort bien celle de son ami l’abbé Bourgeois. Renée Joyal et Carole Chatillon, «La loi québécoise de protection de l’enfance de 1944 : Genèse et avortement d’une réforme» dans : Renée Joyal, op. cit ., p.131-162.

[112] Gonzalve Poulin, op. cit., p. 154.

[113] Entre 1943 et 1951, la Sauvegarde de l’enfance semble jouer le rôle de tutrice auprès des enfants de la Crèche Saint-Vincent-de-Paul, malgré l’absence d’une législation concrète sur le sujet. ASBPQ, Inconnu, Convention entre la Sauvegarde de l’enfance et la Crèche Saint-Vincent-de-Paul signée et remplie par Sœur Marie de Saint-Vincent-de-Paul, supérieure, 16 novembre 1951.

[114] Selon les historiens John Dickinson et Brian Young, «Devant la crise provoquée par la guerre, Godbout laissa au gouvernement fédéral le soin de planifier l’économie et, quand Ottawa créa le programme des allocations familiales en 1944, il ne chercha pas à contester cette intrusion dans la compétence exclusive de la province en matière de services sociaux.» John A. Dickinson et Brian Young, op. cit., p. 305.

[115] John A. Dickinson et Brian Young, op. cit., p. 302.

[116] Inconnu, Vous qui songez à adopter un enfant , La Sauvegarde de l’enfance.

[117] Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.6.

[118] Selon l’historienne Rita Desjardins à l’initiative du docteur Lessard du ministère de la Santé, Monseigneur Chartier, vicaire général du Diocèse de Montréal participe à la création de la Société. Probablement que les Sœurs grises s’occupant des soins à l’enfant sans soutien y travaillèrent également.

Rita Desjardins, «L’institutionnalisation de la pédiatrie en milieu franco-montréalais 1880-1980. Les enjeux politiques, sociaux et biologiques », Thèse de doctorat en histoire, Montréal, Université de Montréal, 1998, http://www.pum.umontreal.ca/theses/pilote/desjardins/these_body.html#r_763.

[119] Micheline D’Allaire, Les communautés religieuses de Montréal : Les communautés religieuses et l’assistance sociale à Montréal 1659-1900 , Tome 1, Montréal, Éditions Le Méridien, 1997, p. 93.

[120] La Société d’Adoption et de Protection de l’Enfance, rapport annuel 1945 , Montréal, p.33 ; cité dans Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op. cit., p. 136.

[121] Charte de la Société d’Adoption et de Protection de l’Enfance, 7 mai 1939 ; cité dans Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op. cit. , p. 138.

[122] ANQQ, Lettre de madame Monique Perron, directrice du secteur adoption au ministère de la Santé et des Services sociaux à Monsieur Jacques Pigeon, chef du service des relations régionales, 7 février 1972, Fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux, Archives nationales du Québec.

[123] Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op.cit. , p. 141.

[124] Ibid ., p. 139.

[125] Abbé Kuo Teh Chen, «Procédure d’adoption pratique dans le Québec», Mémoire de maîtrise en service social, Québec, Université Laval, 1954, p.50-69.

[126] «L’œuvre du Placement de l’Orphelin commence en septembre 1931, dès l’entrée des enfants dans le nouvel orphelinat Saint-Dominique; elle est approuvée par l’autorité diocésaine en 1934, qui devient ainsi la date officielle de sa fondation.» Lucia Ferretti, «Charles-Édouard Bourgeois, prêtre trifluvien», p. 174.

[127] Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op. cit. p. 140.

[128] ASBPQ, Inconnu, Tableau des adoptions aux diocèses suffragants de Québec de 1901 à 1931 exclusivement .

[129] L’adoption légale peut se faire après le placement préliminaire de 6 mois d’un enfant dans un foyer adoptif que l’on appelle adoption pratique. L’adoption légale sert à régulariser la situation de l’enfant adoptif et lui permet d’acquérir tous les droits d’un enfant du sang. Ces données ne peuvent être confirmés à partir des rapports annuels de la Sauvegarde de l’enfance puisque on ne trouve plus copies des années 1943, 1944 et 1945.

[130] L’Abbé Bourgeois ne précise pas si ces chiffres concernent exclusivement les enfants «illégitimes». Certains services dont l’Assistance à l’enfant sans soutien s’occupent aussi de l’adoption des orphelins. Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op. cit., p. 136-143.

[131] Les Chroniques seront publiées notamment dans le Progrès du Saguenay, La Patrie, L’événement, Le Saint-Laurent , Le B ulletin de la ferme . ASBPQ, Chroniques de la Crèche , 2 janvier 1932.

[132] Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.17.

[133] Idem ., p.16.

[134] Idem ., p.19.

[135] Déjà, les Sœurs du Bon-Pasteur avaient, dans les premiers temps de la Crèche, développé cette tactique.

[136] L’abbé Victorin Germain, Les prêtres devraient-ils prôner les adoptions ? On les en implore . Sainte-Foy, Éditions de la Sauvegarde de l’enfance, 1947, p.10.

[137] Il est vrai que dans les années 1930, le nombre de décès infantile demeure élevé à la Crèche Saint-Vincent-de-Paul ce qui peut ternir l’idée que la population s’en faisait à cette époque. Néanmoins, n’oublions pas que la Crèche hébergeait une quantité impressionnante d’enfants tout en donnant à ces derniers les soins les plus adéquats possibles. Comme nous l’avons précédemment souligné, la Crèche est en perpétuel roulement. Comment ne pas être impressionné devant l’ampleur de la tâche tout en gardant bien à l’esprit les ratés de l’organisation institutionnelle?

[138] ASBPQ, A.R. «À propos d’une visite qu’on nous a faite ce matin», Évangéline , Moncton, Vendredi 26 août 1932.

[139] L’ABC de la Crèche qui est en fait un acrostiche avec toutes les lettres de l’alphabet prônant l’adoption est tiré à 10 000 exemplaires. Pour leur part, l’Horoscope de la Crèche, les Semailles de la Crèche, sortes de petites circulaires, sont imprimés en respectivement 197 000 et 153 000 exemplaires. Abbé Victorin Germain , Qu’est-ce donc que la Sauvegarde de l’enfance , p.25.

[140] Abbé Charles-Édouard Bourgeois, op. cit. , p. 141.

[141] Les statistiques de ces transferts d’enfants en institutions spécialisées ou dans d’autres services d’adoption paraissent dans les rapports annuels de la Sauvegarde de l’enfance.

[142] Abbé Germain, Aperçu sommaire de la pratique et de la procédure de l’adoption dans le Québec : une génération légale , Sainte-Foy, Les Éditions de la Sauvegarde de l’enfance, 1959, p. 9.

[143] En fait, le premier voyage de placements de l’abbé Germain a lieu en novembre 1931 et le mène jusqu’en Gaspésie. ASBPQ, L’œuvre des placements .

[144] ASBPQ, Sœur Sainte-Alix, Lettre à la Révérende Mère Marie Médiatrice, 27 janvier 1948.

[145] Par exemple, ceux de Mance Lachapelle, de l’Abbé Kuo Teh Chen et de Gisèle Turgeon.

[146] Mathilde Chardon du Ranquet, «Le placement d’enfant dans le diocèse de Québec : coordination existant entre le Service de la Protection de la Sauvegarde et les agences familiales», Thèse en service social, Québec, Université Laval, 1959, p.93.

[147] Ibid ., 160 pages.

[148] L’abbé Victorin Germain et L’abbé Noël Simard, XIIe Rapport annuel de la Sauvegarde de l’enfance , Sainte-Foy, Éditions de la Sauvegarde de l’enfance, 1955, p.27.

[149] Selon P.S. Ross chargé de concevoir un rapport sur l’administration de la Sauvegarde de l’enfance en 1967, «Le service de l’adoption […] fut pendant plusieurs années la seule raison d’être de l’agence, qui avait alors été fondée en vue de promouvoir l’adoption des enfants illégitimes. D’ailleurs, ce simple fait se reflète d’une façon non-équivoque dans les politiques de l’agence elle-même, qui à plusieurs reprises nous ont laissé l’impression très nette que la Sauvegarde de l’enfance s’identifiait au service d’adoption ou à peu près.» P.S. Ross et associés, Étude de l’administration de la Sauvegarde de l’enfance , Québec, P.S. Ross et Associés, 1967, p.22. 

[150] Comme le mentionne une coupure de presse conservée dans les archives des Sœurs du Bon-Pasteur, «La Sauvegarde de l’enfance est aussi chargée, par l’autorité religieuse du diocèse, des enfants demeurés dans des institutions. C’est elle qui voit à l’attribution mensuelle, à 2000 enfants, des chèques d’allocations familiales.» ASBPQ, « La Sauvegarde de l’enfance a aidé 2000 jeunes protégés», sans auteur, ni date (probablement rédigé entre 1950 et 1951).

[151] Le vestiaire des partants est en fait le vestiaire qui sert d’approvisionnement vestimentaire aux enfants placés. Au départ de chaque enfant de la Crèche, quelques morceaux de vêtements accompagnent ce dernier. Il faut donc d’immenses réserves de vêtements pour subvenir aux besoins des petits adoptés quittant l’institution.

[152] Le seul endroit où l’on mentionne les visiteuses sociales est dans cet estimé budgétaire.

[153] «[L]es directeurs de la Sauvegarde acceptent de payer le cours complet des Sœurs suivantes : Sr Ste-Alicia, Marie de Liesse, et Marie de Jessé, et de payer ensuite la première année d’étude de Sr Saint-Paul-de-la-Croix. Pour les trois premières, la bourse sera de 200$ par année soit 600$ pour les trois ans de chacune. La Sauvegarde défraiera aussi le cours de Sr Marie-Laetitia, savoir deux ans à 250$». ASBPQ , Extrait du procès-verbal d’une Assemblée de la Sauvegarde de l’enfance tenue à la Crèche le 28 juin 1949 .

[154] ASBPQ, Sœur Sainte-Alix, Lettre à la Révérende Mère Marie Médiatrice, 27 janvier 1948.

[155] Toutes ces statistiques sont présentes dans le rapport annuel de 1952. ASBPQ, L’abbé Victorin Germain et l’abbé Noël Simard. Rapport annuel de 1952 présenté à l’Assemblée générale , 15 mars 1953, p.9-10.

[156] La Crèche reconnaît également, dans un document interne entre les deux parties, «la Sauvegarde de l’enfance comme l’organisme qui, par le fait qu’il entretient ou a sous sa garde légale [les enfants], a seul droit de déterminer les circonstances dans lesquelles [ils peuvent être] admis dans une telle institution, en sortir, y être ou en être transférés, y compris le transfèrement dans un foyer nourricier, selon [leur] meilleur intérêt. De reconnaître la Sauvegarde de l’enfance comme la seule autorité pouvant prendre toute mesure qu’un parent, un tuteur ou un curateur puisse prendre à l’égard ou au nom d’un enfant.» ASBPQ, Document interne de la Sauvegarde de l’enfance, 7 novembre 1951, signé par Sœur Marie de Saint-Vincent-de-Paul, Supérieure de la Crèche.

[157] Renée Joyal, «Les lois de protection de la jeunesse de 1950-1951 : Un accommodement historique sous le signe du paternalisme d’État et d’Église», dans :Renée Joyal, dir . L’évolution de la protection de l’enfance au Québec : des origines à nos jours , Québec, Presses de l’Université du Québec, 2000, p.169.

[158] Le Conseil central des oeuvres (CCO) a pour mission de «Grouper, orienter et diriger les œuvres d’assistance et les sociétés de bienfaisance sociale de Québec et du Diocèse. Le CCO «coordonne et développe le travail des différentes œuvres sociales dans un plan d’ensemble». ACQ, Jean-Paul Deschênes, Structure et organisation du Conseil Central des Œuvres , CCO, 1965, p. 4-5.

[159] Durant la majeure partie de l’existence de la Sauvegarde de l’enfance les enfants adoptifs doivent être établis dans des foyers adoptifs de leur religion et cette disposition est prévue dans la Loi de l’adoption.

[160] Chantal Collard, «Nouer, dénouer le cordon ombilical», p. 54.

[161] Sur la Crise économique des années 1930, on peut consulter le chapitre VIII «De la Dépression à la Révolution tranquille, 1930-1960» dans John A. Dickinson et Brian Young, op. cit., p. 286-313.

[162] Fernand Lord. L’abbé Maurice Proulx - Le service social de l'enfance et de la famille, Archives de la Côte-du-Sud , [En ligne] http://www.shcds.org/expo/abbeproulx/servicesociofamilial.htm (Page consulté le 13 mars 2006)

[163] Soeur Saint-Sylvestre, employée de la Sauvegarde de l’enfance, nous apprend en 1966 que «Deux fois le mois, ces personnes (M.R. Edgar, sous ministre, Mlle Monique Perron, directrice de la division de l’adoption des Services à l’Enfance et à la jeunesse, M. Luan Asllani, directeur) viennent rencontrer les autorités de la Sauvegarde de l’enfance- secteur adoption- pour préparer les moyens les plus sûrs pour promouvoir les adoptions des enfants un peu plus âgés qui n’ont pas ce bonheur. Le succès a couronné la propagande, car depuis 1955, nous n’avions pas eu un nombre [d’adoptions] aussi élevé.» Soeur Saint-Sylvestre, Annales des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec au domicile de la Sauvegarde de l’enfance de 1949 à septembre 1969. Il existe aux ANQQ, un fonds d’archives nommé Comité de la promotion de l’adoption contenu dans le Fonds du ministère de la Santé et des Services sociaux. Son accès est toutefois interdit jusqu’en 2014.

[164] Comme il est souligné dans l’ouvrage Histoire du Québec contemporain : le Québec depuis la crise , «L’action du gouvernement [dans le domaine social] s’appuie sur deux rapports importants : celui du Comité d’étude sur l’assistance publique, formé en 1961 (rapport Boucher) et celui de la Commission d’enquête sur la santé et le bien-être social créée en 1966 (commission Castonguay-Nepveu), qui servent de base à l’intégration des politiques sociales. Au cours des années 1970, l’État-providence devient ainsi une réalité quotidienne pour les Québécois.» Paul-André Linteau et les autres, Histoire du Québec contemporain : le Québec depuis 1930 , Montréal, Boréal, 1986, p.581.

[165] Collectif Clio, L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles , Éditions Le Jour, Montréal, 1992, p.538.

© Virginie Fleury-Potvin, 2006